vignette|Wanyan Aguda (1115-1123), premier empereur des Jürchen Jin et conquérant des Khitan Liao. vignette|Empire des Jürchen Jin (en violet) qui fait face aux Chinois Song (en gris).
vignette|Plats en or de la dynastie jürchen Jin.
Les Jürchen [ mandchou : Jušen, ; ] sont un peuple aujourd'hui disparu qui se développa en Mandchourie sous l'empire khitan (907-1125). Ce terme est utilisé pour décrire collectivement un certain nombre de peuples d'Asie orientale parlant le toungouse qui vivent dans le nord-est de la Chine, une région qui sera plus tard connue sous le nom de Mandchourie. Ayant vécu avant le , les Jürchens sont les ancêtres en ligne directe des Mandchous qui fonderont la dynastie Qing. Les origines des Jürchens sont obscures et les différents groupes composant ce peuple ont des modes de vie variés, pouvant être des chasseurs-cueilleurs, des pasteurs nomades ou des agriculteurs sédentaires. Généralement dépourvus d'autorité centrale et communiquant peu entre eux, de nombreux groupes Jürchens tombent sous l'influence des dynasties voisines, leurs chefs payant un tribut et occupant des postes nominaux en tant que commandants héréditaires des gardes-frontières.
Les fonctionnaires chinois de la dynastie Ming (1368-1644) ont classé les différents peuples Jürchens en trois groupes, reflétant la proximité relative de ces derniers avec la Chine :
Jianzhou () Des tribus jürchens, dont certaines étaient mélangées avec des populations coréennes et chinoises, vivant à proximité du fleuve Mudan, des montagnes Changbai et du Liaodong. Ils sont réputés pour leur capacité à coudre des vêtements similaires à ceux des Chinois et vivent de chasse et de pêche, d'agriculture sédentaire et de commerce de perles et de ginseng. Haixi () Des tribus Jürchens, dont le nom provient du fleuve Haixi ou Songhua. Les Haixi comprennent plusieurs tribus indépendantes et de grande taille, largement réparties entre les pasteurs nomades à l'ouest et les agriculteurs sédentaires à l'est. Ce sont les Jürchens qui sont le plus fortement influencés par les Mongols. Yeren (), terme parfois utilisé par les commentateurs chinois et coréens pour désigner tous les Jürchens. Il désigne plus spécifiquement les habitants des régions peu peuplées du nord de la Mandchourie, au-delà des vallées des fleuves Liao et Songhua. Ces tribus vivent de la chasse, de la pêche, de l'élevage de porcs et d'une certaine agriculture migratoire. De nombreux « Jürchens Yeren », comme les Nivkhes (qui parlent une langue isolée), les Negidales, les Nanai, les Oroqen et les Evenks, sont aujourd'hui considérés comme des groupes ethniques distincts.
Les Jürchens sont surtout connus pour avoir fondé deux dynasties ayant conquis tout ou partie du territoire chinois. La première est la dynastie Jin (1115-1234) fondée par Wanyan Aguda. Ce dernier finit par envahir l'empire de Khitans et le Nord de la Chine, repoussant les Song au Sud. Les Jin sont la première dynastie régnant sur la Chine à faire de Pékin leur capitale sous le nom de Zhongdu (中都, « Capitale du Milieu »). Ils subissent les attaques de Gengis Khan et de ses descendants, voyant leur territoire se faire grignoter pendant trois décennies par les Mongols avant de finalement disparaître. Un royaume des Jürchen va perdurer en Mandchourie durant le siècle suivant, jusqu'à la fondation de la dynastie Qing (1616/1636-1912). Cette dynastie porte au moment de sa création le nom de "Jin postérieurs", en référence à celle de 1115. Elle est fondée par Nurhachi (r. 1616-26), un chef Jürchen Jianzhou qui unifie la plupart des tribus Jürchen, qui incorpore toute leur population dans des régiments militaires héréditaires connus sous le nom de Huit Bannières. Il ordonne également la création d'un alphabet jürchen basé sur l'écriture mongole. C'est Huang Taiji, le fils et successeur de Nurhachi, qui achève l'unification des Jürchens et décrète en 1635 que, dorénavant, le terme mandchou est le seul nom acceptable pour ce peuple..
Nom thumb|Une carte italienne de 1682 montrant le "Royaume de Niuche" (i.e., Nǚzhēn) ou les "Kin (Jin) Tartares", qui "ont occupé et dirigent actuellement la Chine", au nord de Liaodong et de la Corée. Le nom Jürchen est dérivé d'une longue lignée d'autres variations du même nom.
Selon les linguistes, la forme khitan initiale du nom est Lüzhen. La variante Nrjo-tsyin (aujourd'hui Nüzhen, d'où l'anglais Nurchen) apparaît au sous la dynastie Liao. Les Jürchen sont également connus sous le nom interchangeable de Nrjo-drik (aujourd'hui Nüzhi), ce qui est traditionnellement expliqué comme étant la conséquence d'un « tabou de nom » chinois. En effet, le caractère chinois présent dans la forme chinoise de Nrjo-tsyin aurait été supprimé après l'intronisation de Zhigu, l'empereur Liao Xingzong, en 1031, parce qu'il apparaissait dans la forme sinifiée du nom personnel du nouvel empereur. Cependant, le linguiste chinois (mandchou) soutient qu'il s'agit d'une étymologie populaire plus tardive et que la raison initiale de cette modification est les différentes prononciations au sein des différents dialectes concernant le -n final du nom.
Jürchen est issu d'une anglicisation de Jurčen., un mot qui est une tentative de reconstruction d'une forme originale, aux origines floues, du nom autochtone, qui a été transcrite en chinois médiéval sous le nom de Trjuwk-li-tsyin () et en sous le nom de Julisen. Les ethnonymes Sushen et Jizhen ()Baxter-Sagart., présent dans des ouvrages géographiques comme le Classique des montagnes et des mers et le Livre des Wei sont peut-être des cognats《汲冢周书》.. Elle est à l'origine des termes Zorça de Fra Mauro et Ciorcia de Marco Polo, qui reflètent la forme persane du nom des Jürchens. Le linguiste considère que le nom des Jürchen dérive probablement des mots toungouses utilisés dans l'expression « peuple de rennes » et est apparenté aux noms des Orochs du Kraï de Khabarovsk et des Oroks de Sakhaline. À l'heure actuelle, la distinction entre "Toungouses des chevaux" et "Toungouses des rennes" est encore la répartition/division de base entre les différentes cultures toungouses.
Le linguiste finlandais Juha Janhunen fait valoir que ces écrits anciens reflètent déjà la forme plurielle du nom en langue mongole classique, tel qu'il est écrit dans l'Histoire secrète des Mongols sous le nom de J̌ürčät., et reconstruite plus tard sous le nom de *Jörcid. La forme en langue mongole moderne est Jürčid dont le -r- médian n’apparait pas dans les formes Jucen ou Jušen de la langue Jurchen tardive ou dans la forme Jushen de la langue mandchoue. En mandchou, ce mot est plus souvent utilisé pour décrire les serfs - mais pas les esclaves - des Mandchous libres, qui, pour la plupart d'entre eux, sont les anciens Jürchens. En fait, pour décrire le peuple historique qui a fondé la dynastie Jin, les Mandchous ont repris à leur compte le nom mongol Jurcit.
Aspect physique Selon le missionnaire franciscain Guillaume de Rubrouck, les Jürchens sont « basanés comme des Espagnols ».
Le Coréen Sin Chung-il note (dans ses notes de voyages à Jianzhou) que lors de sa visite à Fe Ala à la fin du , tous ceux qui sont au service de Nurhaci portent les mêmes habits et la même coiffure : ils se rasent tous une partie du crâne et rassemblent le reste de leurs cheveux en une longue tresse. Tous les hommes portent des bottes en cuir, des culottes et des tuniques.
Histoire
Préhistoire et Antiquité thumb|right|Habitants de la Sibérie en train de capturer un renne.
La première mention des Jürchens dans les archives chinoises date de 748. À cette date, ils habitent les forêts et les vallées fluviales de la région qui est maintenant divisé entre la province chinoise du Heilongjiang et la région russe du Kraï du Primorié. Dans les documents antérieurs à cette date, cette région était connue comme étant la patrie des Sushen (vers 1100 Av. J.C), des Yilou (vers 200 Av. J.C), des Wuji (vers 500) et des Mohe (vers 700). Les études menées depuis la période Qing font remonter l'origine des Jürchens à la "tribu Wanyen des Mohos" vivant autour du mont Xiaobai, ou aux "Heishui Mohe" vivant sur les rives du fleuve Amour.. Certaines sources soulignent la continuité entre ces peuples anciens et les Jürchen, mais cela reste du domaine de la conjecture.
Les ancêtres les plus probables des Jürchens sont les tribus toungouses Mohe, des sujets du royaume multiethnique de Balhae. Les Mohé aiment manger du porc, dont ils pratiquent l'élevage extensif, et sont principalement sédentaires. Ils utilisent des peaux de porc et de chien pour leurs manteaux. Ils sont principalement des fermiers et cultivent le soja, le blé, le millet et le riz, en plus de la chasse. Comme tous les peuples toungouses, les Mohé pratiquent l'esclavage. Les chevaux sont rares dans la région qu'ils habitent, ce jusqu'au , période à laquelle ils tombent sous la domination des Khitans. À la place des chevaux, les Mohe utilisent des rennes comme monture.
Dynastie Jin
thumb|Carte de la Chine vers 1141.
Au , les Jürchens sont des vassaux des souverains Khitans de la dynastie Liao. Par contre, les Jürchens de la région de la rivière Yalu sont des vassaux du royaume coréen de Goryeo depuis le règne de Wang Geon, qui a fait appel à eux durant les guerres de la période des Trois Royaumes tardifs. Mais les Jürchens changent d'allégeance entre Liao et Goryeo à plusieurs reprises par opportunisme. Ils offrent des tributs aux deux cours par nécessité politique et par attrait des avantages matériels qui découlent de leur soumission.
Avant que les Jürchens ne renversent les Khitan, leurs femmes mariées et leurs filles étaient violées par les envoyés des Khitans, une coutume qui suscite le ressentiment des Jürchens à l'égard de leurs suzerains.
La situation change lorsque Wanyan Aguda, le chef de la tribu Wanyan, unifie les différentes tribus Jürchen en 1115 et se proclame empereur. En 1120, il s'empare de Shangjing, également connue sous le nom de Préfecture de Linhuang (), la capitale du nord de la dynastie Liao. Pendant les guerres entre les dynasties Jin et Song, qui débutent après la chute des Liao, les Jürchen envahissent les terres de la dynastie Song et annexent la majeure partie de la Chine du Nord. Ils s'emparent de la capitale de la dynastie chinoise, Bianjing, en 1127, et leurs armées repoussent les Song jusqu'au sud du fleuve Yangtze. Finalement, la frontière entre les terres des Jürchens et celles des Song se fixe le long du fleuve Huai.
Pour gérer leurs nouvelles conquêtes, ils commencent par créer les États fantoches de Da Qi et , mais ces tentatives se soldent rapidement par des échecs et ils décident de gérer directement les territoires conquis. Ils adoptent un nom dynastique, à l'image des autres dynasties ayant régné sur la Chine et choisissent "Jin" (金), qui signifie "or". Il ne faut pas confondre cette dynastie avec les dynasties Jin (晋) antérieures, le sinogramme qui les désigne provenant du nom de la région entourant les provinces du Shanxi et du Henan. Le nom de la dynastie Jürchen, lui, dérive de la "rivière d'or" (Jurchen : antʃu-un ; Mandchou: Aisin) qui coule en Mandchourie, dans la région d'origine de la tribu Wanyan. Avec le temps, les Jürchens qui délaissent leur mode de vie nomade/semi-nomade pour s'installer dans les villes chinoises finissent par se marier avec des hommes et des femmes appartenant aux autres ethnies vivant en Chine. Les dirigeants Jin eux-mêmes en arrivent à vivre en suivant les normes confucéennes.