Martín Miguel Juan de la Mata de GüemesL'on notera la position du tréma, lequel se place, en espagnol, sur la première des deux voyelles à séparer. Montero Goyechea y la Corte (Salta, 1785 ― Cañada de la Horqueta, province de Salta, 1821) était un chef militaire et homme politique argentin. Le rôle historique considérable qu’il lui fut donné de jouer se situe sur deux plans distincts : d’une part, dans le cadre de la guerre d’indépendance de l’Argentine, en tant qu’il sut, par une stratégie de guerre de harcèlement quasi ininterrompue, dite Guerra Gaucha, garantir les provinces septentrionales de l’Argentine actuelle — et, partant, le reste du pays — contre les tentatives de reconquête militaire entreprises au départ du Pérou par les royalistes espagnols à la suite de la révolution de Mai de 1810 à Buenos Aires ; d’autre part, dans le contexte de la première phase des guerres civiles argentines (opposant fédéralistes, partisans de l’autonomie provinciale, et unitaires, partisans d’un État centralisateur), en se faisant nommer gouverneur de la province de Salta sans l’assentiment du pouvoir central de Buenos Aires.
Son gouvernorat fut interrompu, après six houleuses années d’exercice, par sa mort prématurée, consécutive à une bénigne blessure par balle, mais compliquée par l’hémophilie dont il semble avoir été affecté.
Vénéré en Argentine comme un héros national, Güemes a donné son nom à diverses localités, institutions, grandes infrastructures etc.
Origines et débuts dans la carrière militaire
Issu d’une famille aisée, Güemes eut pour père Gabriel de Güemes Montero, natif de Santander, dans la province espagnole de Cantabrie, homme de renom exerçant les fonctions de trésorier royal de la couronne espagnole, qui fit en sorte que son fils pût bénéficier d’une bonne éducation avec des précepteurs lui enseignant les connaissances philosophiques et scientifiques de son temps ; sa mère, María Magdalena de Goyechea y la Corte, était originaire de Salta. Il épousera en 1815 dans la cathédrale de Salta Carmen Puch, de qui il aura 3 enfants, et qui, après avoir appris la mort de son mari, décidera de se suicider, à l’âge de 25 ans.
Il suivit ses études primaires dans sa ville natale, en alternant enseignement formel et apprentissage des travaux des champs dans le domaine agricole où il vivait avec sa famille. À 14 ans, il s’enrôla dans le Régiment fixe d’infanterie de Buenos Aires, dont le quartier général était établi à Buenos Aires, mais qui maintenait aussi depuis 1781, à la suite de la rébellion de Túpac Amaru II, un bataillon à Salta.
En 1805, il fut envoyé avec son régiment à Buenos Aires, car le vice-roi Rafael de Sobremonte redoutait alors une attaque des Anglais. Celle-ci se produisit effectivement l’année suivante, et fut le point de départ des deux offensives britanniques contre le Río de la Plata, au cours desquelles il fut donné à Güemes de prendre part à la reconquête de Buenos Aires. L’année suivante, il participa également à la défense de la ville et eut l’occasion d’accomplir un singulier exploit : ayant avisé qu’un rapide du fleuve avait fait s’échouer un vaisseau anglais, il dirigea vers celui-ci une charge de cavalerie et l’aborda ; ce fut l’une des rares fois dans l’histoire militaire qu’un navire de guerre fut capturé par une troupe de cavalerie.
En 1808, il fut atteint d’une maladie de la gorge, dont il garda une grave déficience de locution, se manifestant par une prononciation nasillarde, sur laquelle ses compagnons le plaisantaient. Par ailleurs, il souffrait de symptômes attribuables à l’hémophilie, affection inconnue jusqu’alors, qui retarde grandement l’étanchement de sang des lésions externes et internes.
Il réussit à obtenir son transfert à Salta.
Première campagne militaire dans le Haut-Pérou Le nouveau comité exécutif, dit Première Junte, qui fut institué à la suite de la révolution de Mai de 1810, décida d’envoyer dans le Haut-Pérou, qui faisait partie du territoire du Vice-royauté du Río de la Plata, la première d’une série d’expéditions militaires dite auxiliaires. Güemes, membre de l’armée du Nord, fut placé à la tête d’un escadron gaucho, lequel, positionné dans le défilé de Humahuaca (province de Jujuy) et dans les vallées de Tarija et de Lípez, était chargé d’empêcher la communication entre les contre-révolutionnaires et les troupes royalistes espagnoles du Haut-Pérou. Dans la bataille de Suipacha, livrée le , unique triomphe des armes patriotes tout au long de cette première expédition, la participation du capitaine Güemes fut décisive.
Il se maintint dans la zone du défilé jusqu’après la défaite des armées des provinces d’en-bas lors de la bataille de Huaqui, le , et apporta son aide aux vaincus en fuite ; c’est à ce moment qu’il inaugura sa fameuse guerre de ressources, qui lui permit peut-être de retarder l’avance des troupes royalistes, avant l’arrivée du gros de l’armée, sous le commandement du général royaliste Pío Tristán.
Avec son concours, le général Juan Martín de Pueyrredón parvint à traverser la selve de Salta et à sauver les bassins miniers relevant de l’hôtel des monnaies de Potosí, qui se trouvait aux mains des royalistes.
Le , Güemes, sur ordre d’Eustoquio Díaz Vélez, sut récupérer pour les patriotes la ville de Tarija, tombée au pouvoir des partisans du vice-roi du Pérou, José Fernando de Abascal. Díaz Vélez lui ayant ordonné de réintégrer l’armée, Güemes s’exécuta emportant avec lui 300 hommes de troupe, 500 fusils et deux canons. Les révolutionnaires cependant furent contraints de se replier sur San Salvador de Jujuy devant l’avancée des troupes royalistes, numériquement supérieures, placées sous le commandement de José Manuel de Goyeneche.
Lorsque le général Manuel Belgrano prit la tête de l’armée du Nord et engagea la deuxième expédition auxiliaire dans le Haut-Pérou, il ordonna la mutation de Güemes pour motif d’indiscipline, conséquence d’une affaire de jupons d’un autre officier. Il fut versé dans l’État-Major général et demeura à Buenos Aires.
Débuts de la Guerra Gaucha thumb|Gauchos argentins. Quand fut connue la nouvelle du désastre patriote à la bataille d’Ayohuma, Güemes reçut le grade de lieutenant-colonel et fut envoyé dans le nord, au titre de chef des forces de cavalerie de José de San Martín, le nouveau commandant de l’armée du Nord. Lors de cette troisième expédition auxiliaire dans le Haut-Pérou, il eut la charge de l’avant-garde de l’armée en remplacement de Manuel Dorrego, autre officier brillant muté pour raisons de discipline.
À Salta, il fit figure de protecteur des pauvres et de partisan résolu de la révolution. Néanmoins, il peina à obtenir de nouvelles ressources de la part des milieux aisés. Parmi ses principaux collaborateurs figurait aussi sa sœur María Magdalena « Macacha » Güemes.
San Martín lui confia le poste avancé sur le río Pasaje (nommé ensuite río Juramento, en raison de ce que le général Belgrano y avait fait prêter serment d’obéissance au gouvernement de Buenos Aires, à l’assemblée de l'an XIII et au drapeau national). Peu après, il assuma aussi le commandement des troupes opérant dans la vallée de Lerma, où est sise la ville de Salta. C’est dans ces conditions qu’il lança sa guerre d’attrition, faite d’escarmouches et d’embuscades, dénommée Guerra Gaucha, aidé en cela par d’autres caudillos locaux, tels que Luis Burela, Saravia, José Ignacio Gorriti et Pablo Latorre. Ladite guerre consistait en une longue série de petits affrontements, quasi quotidiens, se réduisant à de brefs échanges de coups de feu suivis d'une rapide retraite. Par ce mode opératoire, quelques maigres troupes peu disciplinées et mal équipées, mais épaulées par la population, furent en mesure d’infliger de lourds dommages à une armée régulière d’invasion.
À l’aide de ses troupes composées de gauchos campagnards, Güemes sut ainsi stopper l’avancée du général Joaquín de la Pezuela et permettre que fût réalisée une nouvelle percée patriote vers le Haut-Pérou. Sous les ordres du général José Rondeau, il joua un rôle de premier plan dans la victoire à la bataille de Puesto del Marqués. Cependant, indigné par le mépris que manifestait Rondeau à l’égard de ses troupes et par l’indiscipline qui régnait dans l’armée, il se retira du front et s’achemina vers Jujuy. En effet, il tenait pour assurée la défaite de l’armée du Nord dans de telles conditions, et, dans cette éventualité, aurait besoin de ses hommes. Lors de son passage par Jujuy, il s’empara de l’armement de réserve de l’armée, ce qu’apprenant, Rondeau (qui allait plus tard être nommé Directeur suprême des Provinces Unies du Río de la Plata) le déclara traître.
Gouvernorat de Salta Le retour de Güemes à Salta avait, outre des motifs militaires, également des raisons politiques, ajoutées à ses aspirations personnelles au pouvoir, car il désirait évincer du gouvernement provincial de Salta le parti conservateur.
La nouvelle de la chute du Directeur suprême Carlos María de Alvear eut pour effet de dépouiller de son autorité le gouverneur-intendant Hilarión de la Quintana. De surplus, Quintana ne se trouvait pas à Salta, ayant en effet accompagné Rondeau, nommé entre-temps Directeur suprême ― mais temporairement remplacé à ce poste par un suppléant ―, dans sa marche sur le Haut-Pérou.
Lorsque Güemes arriva à Salta, le peuple sortit dans la rue pour réclamer au cabildo la nomination d’un nouveau gouverneur, sans la participation du Directoire. En plus d’être le seul candidat à se présenter dans l'immédiat, Güemes avait l’avantage que son frère, le docteur Juan Manuel Güemes, était pour cette année 1815 un des membres du cabildo. Celui-ci fit élire Martín Miguel de Güemes comme gouverneur-intendant de Salta, dont la zone de compétence englobait alors les villes de Salta, Jujuy, Tarija, San Ramón de la Nueva Orán et plusieurs districts ruraux. C'était la première fois depuis 1810 que les Salteños avaient pu élire eux-mêmes les autorités de Salta, ce qui impliquait de fait l’autonomie de Salta, en désobéissance ouverte envers l’autorité centrale du Directoire.
Toutefois, le Cabildo de Jujuy refusa de reconnaître Güemes comme gouverneur. Face à ce rejet, et la menace d’une offensive royaliste contre la ville se précisant, il fit mouvement avec ses troupes jusqu’à Jujuy, afin de faire pression sur les habitants et obtenir ainsi que le cabildo le reconnût. De toute manière, le représentant local du gouverneur, Mariano de Gordaliza, ne pouvait assurément pas passer pour un subordonné complaisant de Güemes.
Deux semaines après avoir pris la direction des affaires à Salta, Güemes contracta mariage avec Carmen Puch, issue d’une famille très fortunée ayant des intérêts à Rosario de la Frontera.
Peu après son accession au pouvoir, et après que fut connue la réaction négative de Rondeau, arriva à Tucumán une force militaire venue de Buenos Aires, envoyée en renfort de l’armée du Nord, et placée sous les ordres de Domingo French. Attendu que celui-ci avait reçu instruction de renverser Güemes en passant par Salta, ce dernier lui interdit le passage qu’il ne l’eût d’abord reconnu comme gouverneur. Cependant, il était trop tard déjà : lorsque French arriva à Humahuaca, l’on apprit la calamiteuse défaite des forces patriotes commandées par Rondeau dans la bataille de Sipe-Sipe, le . Cette nouvelle victoire des royalistes solda la perte définitive du Haut-Pérou, conséquence des ambitions personnelles de Rondeau et de Güemes.