La Côte-de-l'Or néerlandaise, ou Possessions néerlandaises de la côte de Guinée (en néerlandais : Nederlandse Bezittingen ter Kuste van Guinea), est le nom donné aux établissements néerlandais en Côte de l'Or sur le golfe de Guinée, correspondant à une partie du Ghana contemporain.
Fondée en 1598 par un marchand de Medemblick, Bernard Ericks, la colonie s'étend en 1637 avec la prise de la place forte portugaise de São Jorge da Mina par la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales. Cet établissement devient Fort Elmina, origine de la localité d'Elmina.
La Côte-de-l'Or néerlandaise devient la plus importante colonie des Pays-Bas en Afrique de l'Ouest après cette date et s'enracine commercialement via la traite négrière. L'abolition de l'esclavage au début du marque le début du désintérêt néerlandais pour la colonie. Le , elle est cédée au Royaume-Uni à la suite du traité de Sumatra.
Historique
Implantations européennes gauche|vignette|Peinture du cartographe Johannes Vingboons de 1665 représentant le fort Saint-Georges-de-la-Mine et le fort Nassau ainsi que les villes d'Elmina, Cape Coast et Moree (de gauche à droite). En 1380-1381, des navigateurs dieppois, à la recherche d'épices et d'ivoire, fondent La Mine sur la Côte de l'Or (actuel Ghana) avant que la guerre de Cent Ans n'interrompe les expéditions normandes. En 1433, les Portugais s’emparent du Castel de La Mine, alors abandonné, pour le rebaptiser S. George del Mina qui deviendra plus simplement Elmina.
La Côte-de-l'Or portugaise préserve son emprise durant un siècle tandis que Lisbonne cherche à conforter son monopole commercial dans la région, cependant ces tentatives sont infructueuses. Lorsque Barent Eriksz atteint la Côte de l'Or, il ouvre la voie commerciale aux marchands hollandais. Les publications de Pieter de Marees renforcent l'attrait pour la région.
Éviction progressive des Portugais Lors de la trêve de Douze Ans, le commerce néerlandais est perturbé car les Portugais disposent de ressources suffisantes pour protéger leur monopole commercial. Les marchands réclament aux États généraux des Provinces-Unies de faire construire un fort sur la côte. Ils mandatent Jacob Clantius qui établit diplomatiquement la première position fortifiée grâce au traité d'Asebu. Avec le soutien de la chefferie locale, il érige le Fort Nassau près de Moree, sur le site d'un ancien poste de traite néerlandais incendié par les Portugais. gauche|vignette|Fort Saint-Georges d'Elmina dans l'Atlas de Johannes Blaeu. Au terme de la trêve de Douze Ans est créée la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales qui projette de s'emparer des colonies portugaises d'Afrique et d'Amérique dans le cadre du plan . Après avoir échoué une première fois en 1625, la Compagnie réussit à s’emparer du fort d'Elmina lors de la seconde bataille d'Elmina en 1637. Le fort São Sebastião de Shama est enlevé en 1640, puis en 1642 le fort Santo Antonio à Axim grâce au traité d'Axim. La garnison portugaise se réfugie chez les Encasser et résiste plusieurs mois avant de fuir sur un navire britannique, mettant un terme aux ambitions portugaises en Côte de l'Or.
Concurrence avec les autres puissances européennes vignette|Carte de la Côte de l'Or commandé par l'amiral Michiel de Ruyter en 1666 durant la deuxième guerre anglo-néerlandaise représentant les forts néerlandais, britanniques et suédois. En 1621, la gestion du commerce atlantique, des Antilles à la Côte-de-l'Or, est donné à la Compagnie néerlandaises des Indes occidentales. La mauvaise gestion initiale a suscité le départ de plusieurs employés afin de travailler pour d'autres puissances européennes. Henry Caerlof, par exemple, est un ancien officier supérieur qui rejoint la Compagnie suédoise d'Afrique, fondée en 1649 par l'industriel wallon-néerlandais Louis De Geer. Il travaille ensuite dès 1661 pour la Compagnie danoise des Indes occidentales et de Guinée.
Afin de lutter contre la présence suédoise, la Compagnie néerlandaise des Indes Occidentales réitère sa précédente stratégie diplomatique et établit le traité de Butre afin de prendre possession des positions suédoises en Ahanta. Cependant, les implantations britannique et danoise dans la région s'avèrent permanentes. De 1694 à 1799, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales mène des guerres de Komenda au sujet des droits commerciaux avec le royaume d'Eguafo. Les Brandebourgeois s'installent à partir de 1682 mais délaissent progressivement leurs forts. John Canoe, un marchand africain et roi ahanta, prendra possession de leurs forts qu'il défend à la suite des rachats par les Néerlandais en 1717. Il en perd possession en 1724. La fortification des positions et comptoirs coloniaux est telle qu'en dehors de l'Europe, la Côte-de-l'Or est la plus forte concentration d'architecture militaire européenne.
Relations diplomatiques avec les États africains
Pratique du cassare Les puissances européennes sont parfois entraînées dans des conflits avec les populations locales lorsque les Européens nouent des alliances commerciales avec les autorités politiques locales. Ces alliances, souvent complexes, impliquent à la fois des Européens tentant d'enrôler ou de persuader leurs alliés les plus proches d'attaquer les ports européens rivaux et leurs alliés africains, ou inversement, diverses puissances africaines cherchant à recruter des Européens comme mercenaires dans leurs guerres interétatiques, ou comme diplomates pour résoudre les conflits. Le mariage est un autre moyen d'éviter les conflits avec les habitants locaux. Les hommes européens créent souvent des alliances avec les populations africaines locales par le biais d'une pratique connue sous le nom de cassare ou calisare, dérivé du portugais casar qui signifie "se marier". Les Néerlandais et d'autres Européens épousent des Africaines dont les familles ont des liens avec la traite atlantique des esclaves. De cette manière, les Africains et les Européens profitent les uns des autres et développent des partenariats commerciaux pacifiques. Les enfants de ces mariages peuvent être scolarisés.
De nombreux groupes ethniques côtiers en Afrique, tels que les Ga et les Fante, utilisent ce système pour obtenir des avantages économiques et politiques. Ces groupes ethniques africains utilisent déjà cette pratique avant l'arrivée des Européens avec des étrangers d'une autre ethnie, et étendent le même privilège aux hommes européens à la fin des années 1400. Le cassare permet aux Africains de faire confiance aux étrangers, comme aux Européens, dans le cadre de leurs réseaux commerciaux. La transition entre l'étranger et le partenaire commercial s'en trouve facilitéeRay, Carina E. Crossing the Color Line: Race, Sex, and the Contested Politics of Colonialism in Ghana. Ohio University Press..
Traités et protectorats vignette|Traité de Butre signé le 17 août 1656 Durant leur conquête des territoires Portugais, les Néerlandais concluent divers traités de protectorats avec les locaux tels que le traité d'Asebu ou encore le traité d'Axim. Face aux Suédois de Butre, ils signent le Traité de Butre avec les Ahantas le . Chacun de ces traités prévoyaient la construction d'un fort militaire. Dans le cas du Traité de Butre, ce dernier s'est avéré très stable et a régi les affaires diplomatiques entre les Pays-Bas et les Ahantas pendant 213 ans.
Le , dans le cadre de la quatrième guerre anglo-néerlandaise, les Britanniques attaquent Elmina. Bien que cette attaque échoue, la Grande-Bretagne s'empare des forts Nassau, Amsterdam, Lijdzaamheid, Goede Hoop et Crèvecœur. La République néerlandaise ne réussit qu'à s'emparer du fort Sekondi des mains des Britanniques. Dans le traité de Paris de 1784, tous les forts sont retournés à leurs propriétaires d'avant-guerre.
A Elmina, les Hollandais ont hérité des Portugais un système dans lequel le tribut est payé aux Denkyira, qui dominent dans la région. Après la bataille de Feyiase (1701), l'empire Ashanti remplace les Denkyira en tant que puissance dominante, et les Néerlandais ont commencé à payer un tribut aux Ashanti. Bien que l'existence du "traité tributaire d'Elmina" soit souvent remise en question, les Néerlandais payent généralement deux onces d'or par mois aux Ashanti à titre de tribut. Un officier de la Compagnie, David van Nyendael est envoyé afin de s'assurer des relations pacifiques avec l'empire ashanti et négocier avec le roi Osei Tutu I des avantages commerciaux en l'échange du maintien de la note tributaire d'Elmina. Ce lien entre les Néerlandais et les Ashanti, qui, grâce au port d'Elmina, accèdent au commerce avec les Néerlandais et le reste du monde, affecte les relations entre les Néerlandais, les autres peuples locaux et les Britanniques. Ces derniers sont de plus en plus proches des Fante, dont les Denkyira et donc Elmina sont culturellement et linguistiquement proches. Plusieurs guerres Ashanti-Fante s'ensuivent et la rivalité entre les deux peuples est déterminante dans les événements qui entourent le transfert de la Côte d'Or néerlandaise à la Grande-Bretagne en 1872 via le traité de Sumatra.
Déclin et fin
Démantèlement de la Compagnie et abolition de l'esclavage vignette|Portrait du gouverneur-général Herman Willem Daendels En 1791, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales est démantelée et, le , tous les territoires détenus par la compagnie reviennent sous l'autorité des États généraux des Provinces-Unies. Pendant l'occupation française des Pays-Bas entre 1810 et 1814, les possessions néerlandaises de la Côte d'Or ont eu la particularité d'être, avec l'île de Deshima au Japon, les seuls territoires néerlandais à n'être occupés ni par la France, ni par la Grande-Bretagne.
Le Slave Trade Act 1807 britannique met fin à tout commerce d'esclaves en provenance de la Côte d'Or. Guillaume Ier des Pays-Bas a pris le relais en publiant un décret royal à cet effet en et en signant le en . L'abolition de la traite des esclaves s'est accompagnée de l'arrivée de Herman Willem Daendels au poste de gouverneur général. Daendels est un Patriote qui joua un rôle majeur dans la révolution batave et devint ensuite gouverneur général des Indes orientales néerlandaises pour la République batave en 1807. Ce passé républicain et révolutionnaire l'a rendu controversé dans le Royaume des Pays-Bas établi en 1815, qui l'a effectivement banni du pays en lui attribuant le gouvernorat plutôt obscur de la Côte d'Or en 1815.
Daendels a tenté de redévelopper les possessions néerlandaises, plutôt délabrées, pour en faire une colonie de plantation. S'inspirant de son expérience dans la construction de la sur l'île de Java dans les Indes orientales néerlandaises, il a élaboré des projets d'infrastructure très ambitieux, notamment un système routier complet, avec une route principale reliant Elmina et Kumasi. Le gouvernement néerlandais lui laisse les coudées franches et lui accorde un budget substantiel pour mettre en œuvre ses projets. Dans le même temps, Daendels considérait son poste de gouverneur comme une occasion d'établir un monopole commercial privé.
Finalement, aucun de ces projets n'aboutit, Daendels mourant de la malaria dans le fort de Saint-Georges d'Elmina, le siège du gouvernement néerlandais, le . Son corps est inhumé dans la tombe centrale du cimetière néerlandais de la ville d'Elmina. Il est dans le pays depuis moins de deux ans.
Recrutement de soldats pour l'armée des Indes orientales néerlandaises vignette|Dessin des princes Kwasi Boachi et Kwame Poku par .