La Banque Transatlantique est une banque privée fondée en 1881 par Eugène Pereire. Son siège social, établi à Paris () au , avenue Franklin-D.-Roosevelt, pilote des filiales, succursales et bureaux de représentation à l'étranger, dont à Bruxelles, Luxembourg, Londres, Montréal, Singapour, New York, Hong Kong, San Francisco et Boston. Elle est spécialisée dans la gestion de l'épargne des hauts fonctionnaires.
La Banque Transatlantique est une filiale de Crédit Mutuel Alliance Fédérale. Elle est organisée autour de 3 métiers principaux : la gestion privée ; la gestion des hauts fonctionnaires, diplomates & des expatriés ; et l'actionnariat managers (stock-options et attributions gratuites d'actions).
Histoire
Fondation et premières années (1881-1932) La Banque Transatlantique est l'héritière de la Société franco-tunisienne de crédit industriel et commercial, fondée en 1879 par la Société marseillaise de crédit, puis de la Société des comptoirs maritimes de crédit industriel et commercial, créée en 1880 avec Eugène Pereire. Elle est fondée à Paris le à l'initiative d'Eugène Pereire, président de la Compagnie générale transatlantique, qui en prend la présidence ; Henri Durangel et Albert Rey en sont les vice-présidents, Léonce Bloch l'administrateur délégué.
Les débuts sont difficiles, marqués par le krach de 1882 et deux réductions de capital en 1884 et 1886. La banque s'implante au Maghreb en fondant en 1884 la Banque de Tunisie, à laquelle elle apporte son agence de Tunis. Elle étend ensuite ses activités : elle participe en 1891 à la constitution de la Société des grands travaux de Marseille, qui réalise l'assainissement de la ville, s'associe en 1899 au Crédit algérien pour créer la Société des hauts fourneaux, forges et aciéries de Pompey et patronne en 1901, aux côtés de la Compagnie générale transatlantique, les chantiers navals de Saint-Nazaire ; elle s'intéresse aussi à la production de gaz et d'électricité, à la télégraphie et aux transports, en France comme en Amérique latine, en Europe centrale et en Russie. En 1905, Eugène Pereire cède la présidence à Henri Durangel, auquel succède en 1909 Salomon Halfon. En 1911, la banque participe avec la Banque de Tunisie à la fondation de la Banque commerciale du Maroc. Dès avant l'éclatement de la Première Guerre mondiale, elle est l'une des grandes banques d'affaires françaises. Elle croît toutefois moins vite que sa concurrente d'alors, la Banque de Paris et des Pays-Bas. Son actionnariat est en effet très dispersé.
Après la guerre, la banque prend une participation dans la Banque commerciale africaine et fonde en 1920 la Société immobilière du quartier de l'Opéra, qui construit son siège du , boulevard Haussmann. Auguste Thurneyssen succède en 1923 à Salomon Halfon à la présidence. La banque crée en 1928 l'Union financière et coloniale (UFICO), chargée de financer les relations commerciales avec l'outre-mer, et reprend la clientèle de la Banque française et espagnole la même année, puis celle de la succursale parisienne de l'Anglo South American Bank en 1929. Georges Despret prend la présidence en 1930.
Reprise de la clientèle de la banque Dosseur À la suite de la crise de 1929, la banque Dosseur & , spécialisée depuis près d'un siècle dans les services bancaires aux diplomates français, se trouve en cessation de paiements en 1933. La Banque Transatlantique avait déjà organisé un service destiné aux fonctionnaires du Quai d'Orsay : le comité de défense des intérêts des agents du ministère des Affaires étrangères, qui réunit les anciens clients de la banque Dosseur, engage alors des pourparlers avec elle. Les accords conclus, présentés aux actionnaires lors de l'assemblée générale de 1934, lui apportent cette clientèle d'agents diplomatiques et consulaires, à Paris comme à l'étranger. Elle ouvre un bureau au Quai d'Orsay pour permettre aux diplomates de passage à Paris d'y réaliser leurs opérations. Elle devient ainsi la « banque du Quai d'Orsay » et disposait encore en 2016 d'une agence au sein du ministère, rue de la Convention.
Au début de l'année 1934, la banque participe avec De Beers et la Forminière à la constitution du Comptoir diamantaire anversois, créé sous les auspices de la Société belge de banque pour coordonner l'activité des producteurs, tailleurs et distributeurs de diamants.
Croissance (1933-1940) La crise des années 1930 frappe durement certaines filiales : la Banque commerciale africaine doit fermer neuf agences entre 1931 et 1933. Au début de 1936, le président Georges Despret et son vice-président René Fould appellent Raymond Weill à la direction générale ; celui-ci apporte sa banque privée, qui est mise en liquidation, et redresse l'établissement, fragilisé par les difficultés de sa filiale UFICO. En 1936, la banque reprend aussi la clientèle de la Commercial Bank of Egypt. Weill prend le contrôle du conseil d'administration ; en quelques années, le volume de dépôts est multiplié par six. En 1939, le conseil d'administration comprend René Fould, Philip Cortney et d'autres personnalités de premier plan.
La Banque Transatlantique sous l'Occupation (1940-1944) Le régime de Vichy cible les banques fondées ou détenues par des personnes juives et les soumet à sa législation raciste. Plusieurs banques se montrent intéressées pour prendre le contrôle de la Banque Transatlantique, dont la Dresdner Bank. C'est toutefois le CIC qui met la main sur la Banque TransatlantiqueNicolas Stoskopf, 150 ans du CIC, 1859-2009, Éd. la Branche, 2009 ; il utilise l’ordonnance allemande du 18 octobre 1940, qui prévoyait la nomination d’administrateurs provisoires dans les banques afin de « supprimer définitivement l’influence juive dans l’économie ». Le , le CIC précisa ses intentions en indiquant que, pour que la Banque Transatlantique puisse être classée comme aryenne, il était disposé à racheter les 25 000 actions détenues par une de ses filiales, l’UFICO.
Mais le CIC acquit en outre 4 650 actions de l’épouse « aryenne » séparée de biens de Léon Cotnareanu, « Juif roumain », et 1 600 actions appartenant à Raymond Weill, « Juif, résidant en zone libre » pour niveler son compte débiteur à l’égard de la liquidation de la banque Weill, filiale de la Transatlantique. Au total, le CIC se procura 35 350 titres, soit 27 % du capital pour le prix dérisoire de 24,5 millions de francs. Il faut y ajouter les 5 332 titres (13% du capital) de la Banque de Tunisie et les 10 010 (12,5% du capital) de la BCM achetés à l’UFICO aux cours de 1 000 et 250 francs, soit un montant total de 7,8 millions.
Cette opération sous contrôle de l'occupant fut décrite comme une « aryanisation brutale » dans les termes mêmes du CIC. Devenu le principal actionnaire de la Banque transatlantique, le CIC y prit le pouvoir : Charles Dangelzer, directeur général du CIC, remplaça Georges Despret à la présidence. En , devant le Comité national interprofessionnel d’épuration (CNIE), Dangelzer affirma que le CIC avait voulu « écarter toute ingérence possible de l’ennemi dans les deux filiales nord-africaines dont la situation juridique du moment constituait une menace grave de conséquences ».
Durant l'épuration, la banque échappa de peu à la nationalisation: son sort fut tranché au Palais Bourbon le dimanche , quand le général de Gaulle lui-même intervint auprès des députés pour que la Transatlantique et le CIC ne soient pas compris dans la liste votée pour expropriation.
Les années 1990
Au début des années 1990, le CIC est l'actionnaire principal de la Banque Transatlantique, aux côtés du Credito Italiano, d'une compagnie financière du groupe Elkann et de banques scandinaves. La First Canadian Financial Corp, qui détenait 20 % du capital, s'en retire au début de l'année 1991. En , le CIC franchit le seuil de la moitié du capital à la faveur du désengagement de la compagnie Elkann ; il en détient 61 % à l'été 1993.
En , le Credito Italiano annonce à son tour son intention de céder sa participation, proche de 20 %, la banque italienne s'implantant alors en France pour y accompagner ses propres clients ; elle déclare vouloir conserver au moins 5 % du capital. À l'été 1993, les discussions n'ont pas abouti.
Engagée à partir de 1988 dans l'immobilier d'entreprise, la banque y accumule 600 millions de francs d'encours, dont plus de la moitié se révèlent improductifs. François Blanchard, qui prend la direction de l'établissement en , engage un redressement : après une dotation aux provisions de 100 millions de francs en 1992 puis de 50 millions en 1993, le taux de provisionnement des encours immobiliers atteint 25 %, et un plan social bouclé en ramène les effectifs de 364 à 280 personnes. La banque recentre son activité sur ses deux clientèles traditionnelles, les Français expatriés et les filiales françaises de groupes étrangers, et ouvre à la rentrée 1993 un deuxième bureau à l'étranger, à Washington.
La Banque Transatlantique aujourd'hui En , l'État annonce la cession au Crédit mutuel de 67 % du capital du CIC, alors filiale du Gan. En 2001, ce premier devient actionnaire à 100 % de la Banque Transatlantique, à la suite d'une offre publique d'achat (OPA) sur le solde du capital, suivi d'une OPR (opération de retrait de la cote). vignette|Ancien siège de la Banque transatlantique, aujourd'hui siège de Danone (17 boulevard Haussmann, Paris) Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale mandate alors sa filiale pour apporter aux clients de son réseau ses compétences en gestion privée qu’elle réservait auparavant à sa clientèle propre. La banque ouvre un bureau à Hong Kong une dizaine d'années après son implantation à Singapour ; ce bureau célèbre ses quinze ans en 2026. Elle crée en 2012 un fonds de dotation agissant comme fondation abritante, qui a levé plus de d'euros depuis sa création. Implantée à Londres depuis 1986, elle y ouvre en une filiale de gestion privée, Transatlantique Private Wealth, destinée aux résidents britanniques ayant des liens avec la France et aux expatriés français.
Activités La Banque Transatlantique exerce trois métiers : la gestion de fortune, l'accompagnement d'une clientèle internationale et l'actionnariat des dirigeants et des salariés. Elle dispose d'une filiale de gestion d'actifs à New York, agréée par la Securities and Exchange Commission.
En 2025, la banque publie avec le Centre d'étude et de recherche sur la philanthropie (CerPhi) une étude comparant les pratiques philanthropiques des ménages fortunés en France et aux États-Unis.
Implantations En 1999, la Banque Transatlantique vend son siège historique situé au 17, boulevard Haussmann, racheté par le groupe Danone. Elle s'installe dans un immeuble Art-Déco construit de 1926 à 1929 par l'architecte Joseph Marrast, au fronton duquel figure un bas relief de Paul Silvestre, élève de Paul Landowski. La grande porte d'entrée, ainsi que les serrureries intérieures sont de Raymond Subes. Les luminaires proviennent pour la plupart de la maison Perzel. Un tapis de Ivan da Silva-Bruhns recouvre la salle du Conseil. L'immeuble est inscrit au titre des monuments historiques le , puis classé par arrêté du .
Sources J. Autin et H. Clement, Les Frères Pereire, le bonheur d’entreprendre, 1984 Banque Transatlantique Sa: International Competitive Benchmarks and Financial Gap Analysis, 2000 Nicolas Stoskopf, Dictionnaire historique des banques du groupe CIC, 2009 Nicolas Stoskopf, 150 ans du CIC, 1859-2009, Éd. la Branche, 2009, 560 p. , , lire en ligne archive [PDF]).
Références
Liens externes
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