Les « arêtes de poisson », également galeries souterraines de la balme Saint-Clair ou parfois réseau des Fantasques, sont un réseau de galeries antiques situé sous le plateau de la Croix-Rousse à Lyon. Ce site archéologique se compose de galeries disposées en escalier et toutes inclinées vers le Rhône.
Les cartes montrent un premier système dit en « arêtes de poisson » et un second en « antennes », connectés l'un à l'autre. Le premier est formé d’une galerie principale entourée par seize paires de galeries, communément appelées « arêtes », et d'une galerie secondaire sous la principale. Dans le second, on trouve deux galeries parallèles l'une à l'autre ainsi que neuf salles voûtées les surplombant à différents intervalles.
Les sources archéologiques remontent au début de notre ère, tandis que les sources écrites les évoquant courent, elles, du jusqu'à nos jours. Dans l'état actuel de la recherche, leur fonction et leur contenu demeurent hypothétiques et font l'objet de spéculations.
L'annexe 2 de l'arrêté municipal du . en restreint l'accès aux seules personnes habilitées (service des galeries, service archéologique). Depuis , la ville de Lyon et les cataphiles proposent chacun leur site pour visiter gratuitement les galeries depuis un navigateur.
Origine
La datation par le carbone 14 de pièces d'échafaudage en bois retrouvées dans la maçonnerie.., ainsi que les fouilles opérées dans la deuxième moitié du font remonter la construction de l'édifice à la période antique, aux alentours du début de notre ère.
L'exemple des cuniculi étrusques, des portions souterraines de l'aqueduc du Gier et des qanàts en Gaule romaine, comme celui des Raschpëtzer., illustrent l'antériorité et la maîtrise de techniques de constructions souterraines par les Romains..
Histoire
De l'Antiquité au Haut Moyen Âge : prémisses d'un oubli multiséculaire Pour l'heure, même si les artéfacts romains retrouvés durant les années 1960 semblent être des éléments présents en surface de la balme ayant été remblayés sous l'effet des effondrements successifs, il peut être admis qu'elles sont connues et utilisées, même partiellement, au moins entre le et le Haut Moyen Âge. ; les sources écrites disponibles faisant état de tunnels ou de murailles romaines dans la colline débutent quant à elles au .
Toutefois, dans l'éventualité où les arêtes auraient été contemporaines de la citadelle de Lyon, comme le pensaient E. Bernot en 2008, leur oubli aurait été compris au regard de la quasi ayant frappé la forteresse à son démantèlement ; les chercheurs n'en trouvant ni plans, ni documents techniques aux archives municipales de Lyon, du Rhône ou de la Défense, ils ont dû se rendre à Turin pour trouver des archives relatives à cet ouvrage.. Néanmoins, le fonds documentaire rédigé à partir des années 1930 (galerie Morin découverte en 1932) a pu être mis à leur disposition par la ville.
Du au : des redécouvertes partielles
En supposant que ces galeries ont été édifiées à l'occasion de l'érection de la citadelle royale de Lyon (1564-1585), construite sur l’ordre de Charles IX., elles auraient pu en constituer un accessoire et y être reliées., même si les recherches ont montré qu'aucun lien n'existait entre les deux. D'ailleurs, des commentaires du sac de la citadelle de 1585 évoquent la prise de l'éphémère place forte par qu'aurait empruntée le capitaine des arquebusiers de la ville. Cependant, il n'est possible d'attester formellement une première redécouverte des arêtes qu'en 1651, par le fontainier chargé du percement de la galerie d'alimentation de la fontaine de l'hôtel de Ville..
Quelques années plus tard, dans son , Ménestrier atteste la connaissance de souterrains, voûtes, restes d'aqueducs et de canaux .
Les travaux de construction des immeubles place Chazette (ex-place Saint-Clair) commencés en 1744 mettent au jour le débouché oriental du réseau que les promoteurs utiliseront pour le passage de l'eau. En 1766, l'abbesse du palais Saint-Pierre parle, à l'occasion des travaux de Jacques-Germain Soufflot, de .
Enfin, durant le , les galeries intéressent les archéologues pour leur hypothétique fonction aqueductale ou leur relation avec l'Amphithéâtre des Trois Gaules..
En 1826, dans l'ancien clos des Colinettes, les frères Bodin, font constater à François Artaud ce qu'il d'écrit comme qui lui ont paru . Selon Emmanuel Bernot (2022), ce qu'Artaud identifie comme un « grand réservoir » pourrait être un réservoir alimenté par un ou plusieurs réseaux de galeries de captage souterrains situés en amont ayant pour fonction de redistribuer cette eau par gravité vers la presqu'île.. vignette|Carte de Lyon sous l'Antiquité, avec légende des différents lieux esquissée par A.-M. Chenavard. Nonobstant, Artaud décrit également un canal-aqueduc qui lui avait été montré en 1827 sur une terrasse-jardin de la rue des Fantasques qu'il pensait pouvoir relier à l'amphithéâtre. Alexandre Flachéron (1840) réfute cette hypothèse et montre que ces segments observées rue du Commerce qui en sont originaires sont orientées vers le Rhône d'une part, et ne sont pas construites pour faire transiter de l'eau potable d'autre part, leur reconnaissant tout au plus une fonction d'égout. Antoine-Marie Chenavard (1850) esquisse ces galeries dans l'ouvrage , les faisant se croiser avec l'artère principale des « arêtes de poisson ».. Dans son étude sur l'hypothétique aqueduc de Cordieux, Montauzan rapporte les propos de Martin-Daussigny () qui y accède par la rue des Fantasques et le clos de l'ancien séminaire. Après la construction de l'église Saint-Bernard, en 1866, un affaissement du sol de la nef révèle la présence d'un puits carré et de galeries sous le nouvel édifice..
Au : la redécouverte du réseau vignette|Plan de Lyon antique montrant le tracé des aqueduc de Miribel et Cordieu, par A. Allmer et P. Dissard (1890). Au cours du , ces sous-sols lyonnais continuent d'intéresser les scientifiques, bien que partiellement. Camille Germain de Montauzan poursuit les études entreprises par ses collègues, Amable Audin n'en fouillera qu'une partie à deux reprises, ce sont les agents chargés de repérer et bétonner les galeries dans les collines de Lyon qui redécouvriront le site.
Redécouverte de l'extension nord (1932, 1941, 1950) Durant l'année 1932, les services de voiries sont informés qu'une portion de l'antenne sud court sous la rue des Fantasques, elle sera nommée « galerie Morin ». Ils remarquent que de l'eau s'écoule de sa voûte et qu'une partie était utilisée par les habitations des pentes.. Cette découverte parcellaire précède celle de 1941, durant le percement du tunnel de la Croix-Rousse qui endommagera les extrémités de deux galeries des « arêtes de poissons ». Sans prendre conscience de l'ampleur du site, leurs extrémités seront simplement rebétonnées.
À la faveur de nombreux effondrements du sol, une nouvelle série de découvertes vont débuter. En , c'est pendant qu'un garage se construit, entre l'immeuble du de la rue des Fantasques et le mur qui soutient la rue Magneval, que Pierre Willeumier découvre à du niveau actuel : deux murs antiques perpendiculaires entre eux, qui ne seront pas étudiés, et le corps d'un soldat romain mort durant la bataille de Lugdunum, avec un riche mobilier et des monnaies datant de la fin du ..
Redécouverte du réseau (1959-1968)
vignette|Le puits de la rue Grognard conservé dans son état d'origine, juin 2020.|225x225px Durant la décennie, de réguliers affaissement de la chaussée sont rapportés aux services compétents de la ville, majoritairement à la jonction des rues Grognard et des Fantasques..
Amable Audin nous informe qu'au mois de , à la suite de nouveaux tassements dans ces mêmes rues et pour éviter de nouveaux éboulements dans la ville., les services municipaux sondent les galeries et révèlent l'ensemble de l'édifice connu aujourd'hui sous le nom des « arêtes de poisson ». L'extraction des déblais permet à la fois de rejoindre la galerie Morin et de faire la jonction avec le puits rue Magneval.. Leur état général a été qualifié de mal conservées, avec du sable s'écoulant des fissures, le remblai des puits éboulés envahissant également les galeries voisines. Les tronçons menaçant de s'écrouler sont confortés par du béton, certains vestiges, comme d'ossements découverts durant l'année laissés sur site. Ne parvenant ni à dater l'édifice au travers des sources, ni même à déterminer la fonction qu'il remplissait ou ce qu'il avait pu contenir, Amable Audin affirme comme ses prédécesseurs qu'il ne s'agit pas d'un ouvrage antique.
Le , le puits rue des Fantasques est déblayé, et on découvre dans les parties les plus basses des artéfacts gallo-romains, parmi lesquels : des céramiques, des outils en bronze antiques ainsi que la moitié d'une couronne de laurier en bronze encore recouverte d'or. Amable Audin rattache ces vestiges antiques à des statues de Victoires retrouvées dans la Saône qui auraient probablement orné l'autel du Sanctuaire fédéral des Trois Gaules qui figurent sur les monnaies romaines ; ils sont depuis conservés au musée gallo-romain de Lyon-Fourvière. Les auteurs de l'article remarquent néanmoins que les matériaux et les déchets modernes auxquels ils étaient mêlés provenaient vraisemblablement des grands travaux du (agrandissement du chœur de l'église Saint-Polycarpe, abaissement de la rue Burdeau, ouverture de la tranchée du funiculaire) ainsi qu'au comblement du « système des Fantasques ».
La même année, le service des galeries est appelé pour un fontis apparu dans une cave de la rue des Fantasques et qui révèle la présence d'un puits redonnant accès, une fois déblayé, à la galerie découverte en 1932., leur valant le nom de réseau des Fantasques ..
En 1962, c'est le puits rue Magneval qui sera déblayé et bétonné. À partir de 1963, les explorations révèlent de nouvelles salles souterraines, montée Saint-Sébastien (1964) et rue Grognard (1965), et des portions d'antennes sous l'église Saint-Bernard (1968). Depuis, les explorations semblent s'arrêter et le réseau présente l'extension qu'on lui connait aujourd'hui.
Le temps des cataphiles vignette|Situation des galeries sous les pentes de La Croix-Rousse. À la suite des chantiers de bétonnage, le site attire les curieux et des amateurs d'exploration urbaine et d'art urbain. Durant l'année 1989, un groupe de cataphiles pénètre dans les galeries, l'un d'eux chute d'une hauteur de . Depuis cet accident, la municipalité interdit au public l'accès à tous ses souterrains par l'arrêté municipal du (annexe 2).
Toutefois, en 1994, Jean-Luc Chavent (ex-journaliste TLM) et Régis Neyret (président de l'association Patrimoine Rhônalpin) souhaitent aménager le réseau pour l'ouvrir au public, sans succès. Les galeries passionnent, aujourd'hui encore, et l'annonce du percement d'un second tunnel entoure d'une certaine effervescence les arêtes de poisson. Des écrits de cataphiles, des articles de presse, des reportages radiophoniques, , ., des conférences. soutiennent l'intérêt du public pour ces souterrains. Le 28 septembre 2007, la presse locale se sera fait l'écho de Jean-Luc Chavent pour ses projets de pétition et d'inscription des galeries à l'UNESCO..
Au
Diagnostic archéologique préventif de 2008
Grâce à cela, en décembre 2007, le Service régional de l’archéologie en Rhône-Alpes prescrit une étude détaillée du réseau souterrain afin de . Cette réalisation est attribuée le au Service archéologique municipal de la ville de Lyon, en collaboration avec l'Unité Galerie de la Communauté urbaine de Lyon (office chargé de la surveillance et de l’entretien des galeries souterraines), avec Emmanuel Bernot désigné comme responsable scientifique.