Une piève, de l'italien pieve (au pluriel : pièves ou pievi), est une circonscription territoriale et religieuse dirigée par une église rurale avec un baptistère, dans l'Italie centrale et septentrionale du Moyen Âge et en CorseEncyclopédie Treccani en ligne..

La piève est à l'origine de nombreux toponymes de commune, et plusieurs édifices religieux sont aussi nommés « Pieve ».

Origine

Étymologiquement, le mot italien pieve (en français : piève) est issu du latin plebem « peuple » (de plebs). Il désignait à l'origine une tribu, une peuplade n'ayant pas d'organisation civique. C'était pour les Romains, dès le , une circonscription administrative en zone indigène.

Puis l'Église naissante crée les diocèses. À l'origine chaque diocèse ne formait qu'une seule paroisse, à partir des tribus en place à l'époque romaine. Le seul desservant ayant qualité de prêtre était l'évêque. Au le diocèse se subdivise en pièves (calquées sur les pièves civiles), chaque piève étant animée par un piévan ou co-évêque, habilité à administrer la confirmation.

Vers l'an 400, la Corse comptait une quinzaine de diocèsesAlérius Tardy Fascinant Cap Corse Bastia-Toga 1994.. Ces pièves se sont ensuite morcelées en plusieurs paroisses, avec le temps. L'Église fut à la base de l'extension de l'usage des pièves.

Les pièves auraient également pu naître comme des cantons administratifs fondés sur des limites géographiques (lignes de crête, rivières, etc.). Cependant, si les pièves se dessinent souvent dans des régions géographiques comme des vallées, leurs frontières n'ont pas toujours des bases naturelles et sont souvent fluctuantes.

Évolution des divisions administratives vignette|alt=Représentation cartographique des pievi en Corse|Les pievi de Corse vers 1730.

La piève médiévale correspond à une organisation géographique et politique tout à fait différente de celle des circonscriptions romaines. Comme dans le reste de l’Italie centrale dont la Corse dépend politiquement durant tout le début du Moyen Âge, certaines caractéristiques de la piève étaient très certainement constantesPhilippe Pergola in Orientations nouvelles pour l’histoire socio-culturelle, économique et politique de la Corse du Moyen Âge, Cervione, août 1979..

L'ensemble des structures civiles et religieuses subit des modifications en raison du dépeuplement causé surtout par l'occupation sarrasine au et les incessantes incursions barbaresques. À cette époque, la piève était une unité géophysique, et n'avait aucune fonction ni juridique, ni administrative, ni politique. Il faut considérer que ce sont les grandes lignes du relief, et uniquement elles, qui servaient de guides à ses limites géographiques.

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Selon Philippe Pergola, les pièves commencent peut-être à perdre certaines de leurs prérogatives, à partir des , au profit de certaines abbayes bénédictines, en s’intégrant cependant dans un schéma d’aménagement comme unité essentielle du système administratif.

vignette|L'ancienne Pieve Santa Maria della Cappella. Avant la fin du , le territoire de la piève est lui-même subdivisé en cappelle, possédant leurs propres églises et correspondant aux unités de base de la géographie dîmière. Les dîmes sont réparties par circonscriptions (Arsae, Togmini, Meleta, Aureani), qui sont sous la direction d'un cappellano, dépendant du piévan.

Selon Daniel Istria, ce n'est qu'au début du , voire durant la seconde moitié du , que la piève devient autre chose qu'une entité religieuse. En 1289, sont documentés pour la première fois en Corse, des gonfaloniers de piève, mais aussi des super gonfaloniers, qui devaient avoir une autorité sur plusieurs pièves ou sur une circonscription pouvant correspondre à une ancienne seigneurie, nommés par le vicaire Luchetto Doria. Ces magistrats, désignés par l'autorité génoise, devaient donc être des responsables politiques de la communauté, voire des responsables militaires. Et d'ajouter : Daniel Istria, Pouvoirs et fortifications dans le nord de la Corse : du au ..

L'époque des connaît un important bouleversement de l'espace avec, notamment, la création de nouvelles circonscriptions ou le remodelage des anciennes. Aussi la Corse du compte-t-elle 2 à 3 fois moins d'évêchés et de pièves qu'au .

Avec la Révolution en 1790, les pièves deviennent des cantons.

Administration Les Pisans, puis les Génois se fondèrent sur les paroisses et les pièves religieuses pour former leurs circonscriptions administratives. Cette répartition sera conservée par le Gouvernement National de Pascal Paoli, ainsi que par l’administration française de l'Ancien Régime.

Il est important de distinguer les pièves civiles des pièves judiciaires et des pièves religieuses.

Prenons le cas de la province du Cap Corse qui, au , a : quatre pièves civiles : Nonza, Canari, CapoCorso et Brando (toujours qualifiées officiellement de "fiefs" pour ménager les seigneurs locaux dépossédés) ; le Lota et le Pietrabugno sont en piève civile de Bastia. cinq pièves judiciaires : Canari, Barrettali, Luri, Tomino et Sisco ; Brando, Lota et Pietrabugno dépendront du tribunal de Bastia jusqu'en 1764. À la tête de chaque piève est un dont le rôle est celui d'un juge de première instance. Au-dessus de ces cinq pièves se trouve le tribunal provincial de la Tour du Cap (à Rogliano), tour qui fut aussi la résidence des gouverneurs génois et le centre de la Pruvincia (civile) di Capu Corsu. six pièves religieuses : Nonza, Canari (sous l'autorité de l'évêque de Nebbio près de Saint-Florent), et Luri, Tomino, Brando, Lota (dépendant de l'évêque de Mariana, établi à Bastia depuis 1570 à cause de la permanente menace barbaresque ; le piévan de Tomino était nommé par les Chartreux de Pise).

Fonctionnement vignette|Ensemble église et baptistère San Giovanni Battista de Corte des et .

Chaque piève religieuse était dirigée par un abbé, le piévan (u piuvanu), installé dans la chiesa matrice (église principale)Chiesa matrice ou plebs baptismalis sont deux termes qui désignent la construction qui jouit du titre de pieve. - Ph. Pergola. Il était secondé par quelques vicaires. Son territoire s'étendait sur les églises secondaires et les chapelles de plusieurs villages, et les curés de ceux-ci se trouvaient placés sous son autorité.

Le mot « piève » désigne donc à la fois le territoire, le canton, les paroisses soumises à la juridiction du piévan, l’église principale du canton (dans ce cas écrite avec une majuscule : Pieve), les biens qui forment le patrimoine de cette église, le lieu-dit où se trouvait l'église piévane, et parfois le hameau qui s'y est développé (dans ce cas, Pieve reprend une majuscule).

L'étendue des pièves a grandement fluctué, notamment du fait de leur nombre variable. Au début du , on comptait en Corse.

L'histoire des pievi nous renvoie à l'histoire de la christianisation de la Corse. Au centre de chaque pieve se trouvait l'égliseUne chapelle devenue paroisse est une église. principale de la région, appelée à tort par certains plebania en latin, et que les historiens appellent église piévane ou piévanie. C'est dans cette église que le piévan célébrait le baptême et on enterrait les morts à proximité. C'était également un endroit où l'on exerçait la justiceGeneviève Moracchini-Mazel, Les églises romanes de Corse, CNRS, Paris, 1967..

Au Moyen Âge, le rôle de la piève était important : c'est là que tous les ans étaient gérés par l'assemblée piévane les pâturages collectifs, que l'on attribuait à chacune des familles selon ses besoins, une terre cultivable (lenza, du latin ligne) à l'intérieur d'une terre prise au maquis (presa, du latin populaire prensionem appréhendé), que l'on passe ses contrats, que l'on règle ses fournisseurs (banquier pisan qui venait chaque année, médecin, forgeron). La piève était le siège du tribunal local présidé par le piévan, dignitaire qui a des armoiries et la qualité de co-évêque.

En 1455, pour rassurer les populations, Gênes avait imposé la construction de tours littorales « aux frais des pièves et communautés » (en 1530 la Corse a ).

La piève a donc joué un rôle essentiel dans la Corse médiévale, à la fois lieu de diffusion de la religion chrétienne, lieu de pouvoir et de justice. Geneviève Moracchini-Mazel a été la pionnière dans la recherche sur les pievi. Dans sa thèse de doctorat, publiée en 1967, et consacrée aux églises romanes de Corse, elle a recensé et étudié les églises piévanes de chaque piève.

Ensembles notables Plusieurs ensembles de pièves se sont démarqués au cours de l'Histoire et possèdent une dénomination commune : les « trois pièves » (trè pievi) : Cauro, Ornano et Talavo dont les seigneurs, vassaux des familles Ornano et Bozzi, ont fait cause commune contre la république de Gênes à la fin du ; les « cinq pièves » (cinque pievi) : Ampugnani, Casacconi, Orezza, Rostino et Vallerustie, centrées sur le San Petrone, lieux de contestations régulières de l'autorité génoise au cours du ; elles correspondent à la Castagniccia (à laquelle est parfois ajoutée la piève d'Alesani) ; les « pièves de marine » (pievi di marina) : Campoloro, Casinca, Moriani et Tavagna, lieux de conflits entre Corses et Génois notamment dans les années 1730 ; elles sont situées entre la Castagniccia et la côte tyrrhénienne.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie Philippe Pergola, de l'Institut Pontifical d’Archéologie Chrétienne à Rome, in Orientations nouvelles pour l’histoire socio-culturelle, économique et politique de la Corse du Moyen Âge - Cervione Geneviève Moracchini-Mazel, Les églises romanes de Corse, CNRS, Paris, 1967

Articles connexes Piève (église) Liste des pièves de Corse

Liens externes Une carte des pievi

Catégorie:Histoire de l'Italie médiévale