vignette|Mirza Ghulam Ahmad vers 1897.
Lahmadisme ou Ahmadiyya (en arabe : , ; en ourdou : , ) est un mouvement traditionniste fondé par Mirza Ghulam Ahmad à la fin du au Penjab, alors sous domination britannique.
Mirza Ghulam Ahmad (1835-1908), un musulman né à Qâdiyân au Pendjab indien (à environ au nord-est d'Amritsar), fait la paix avec les Anglais et stoppe tout prosélytisme en se présentant comme une réapparition du Messie pour les chrétiens, avatâr de Vishnou pour les hindous Lucien Bouvat, Les Ahmadiyya de Qadian, éd. BoD (Books on Demand), Norderstedt, 2013, ..
À partir de 1889, Ahmad proclame qu'Allah lui a confié la tâche de restaurer l'islam dans sa pureté et il se déclare mujaddid (« rénovateur »), muhaddith (« traditionniste »On donne parfois muhaddith puis mahdi (« guide »).. Cette position fait de l'ahmadisme un mouvement vivement combattu par les courants majoritaires de l'islam pour lesquels Mahomet est le dernier prophète. L'ahmadisme a ainsi été déclaré « non-musulman » par le Parlement pakistanais en 1974..
À sa mort, ses adeptes élisent un calife et vivent en communauté indépendante. Aujourd'hui encore, très dynamiques, les ahmadis sont présents dans , la moitié au Pakistan et le reste en Inde, au Nigeria, au Suriname, aux États-Unis, au Canada (où le Premier ministre Justin Trudeau a rencontré le calife actuel, Mirza Masroor Ahmad, en 2016), en France, etc. Ils ont été déclarés non musulmans et persécutés au Pakistan, en Afghanistan, en Arabie saoudite et en Algérie. Le mouvement est très actif dans le domaine de l'humanitaire, surtout en Afrique., en construisant des hôpitaux, cliniques et dispensaires gratuits.
Depuis une scission en 1914, ce mouvement comprend deux courants distincts, la Communauté musulmane Ahmadiyya et le . Le nombre d'adeptes du mouvement - les ahmadis - est généralement estimé, selon divers commentateurs indépendants, à Voir :
., bien qu'il en revendique lui-même plus de à travers le monde.... En 1999, le mouvement revendiquait de membres au Pakistan, ce qui était contesté par les autorités musulmanes concurrentes.. Ils seraient 7 millions au Pakistan en 2020. Environ seraient réfugiés en Inde ., surtout au Penjab, où ils sont considérés comme musulmans par les autorités indiennes, mais sont recensés comme ahmadis par la communauté ahmadie en Inde.
Historique et croyance vignette|Roza Bal, le tombeau supposé de Jésus (Îsâ) à Srinagar. À la fin du , Mirza Ghulam Ahmad de Qadian se proclama mujaddid, le Messie annoncé mahdiHazrat Mirza Ghulam Ahmad de Qadian "Le Messie Promis et l'Imam Mehdi", 23 juillet 1900. et le prophète de son temps (interprètent cette dernière affirmation différemment). Le , Mirza Ghulam Ahmad fonda sa communauté, à qui l'on donna plus tard le nom d'Ahmadiyya Muslim Jamaat (Communauté musulmane Ahmadiyya). Mirza Ghulam Ahmad déclara avoir accompli la prophétie du retour de Jésus. Lui et ses disciples affirmèrent que cet événement avait été annoncé par Mahomet le prophète de l'islam, ainsi que par plusieurs autres écrits religieux dans le mondeMirza Ghulam Ahmad écrit dans son livre Jesus in India que Jésus survécut à la crucifixion et, plus tard, voyagea en Inde, où il vécut en prophète jusqu'à l'âge de , sous le nom d'Îsâ ou de Yuz Asaf. Ahmad explique qu'une fois descendu de la croix, il sombra dans un état proche de celui de Jonas dans le ventre de la baleine. Un onguent connu sous le nom de Marham-e-Issa (Onction de Jésus) fut appliqué sur ses blessures et il guérit. La raison du voyage de Jésus est la recherche des tribus perdues d'Israël, installées par là quelque auparavant..
Les Ahmadis donnent aux prophètes Mahomet et JésusLa vie cachée de Jésus, Rachid Ahmad Chaudry, Islam International Publication, version française 2007. une place privilégiée ainsi qu'aux autres saints de l'islam. Ils considèrent un tombeau nommé Roza Bal comme étant celui de Jésus. Le lieu de culte est un temple situé à Srinagar (en cachemiri : श्रीनगर) au Cachemire. Ce courant développe une christologie particulière selon laquelle Jésus est un prophète de Dieu qui aurait été déposé de la croix en état de coma et non mortCette doctrine est appelée doctrine de l'« évanouissement ».. Une fois soignéSelon des traditions présentes dans l'espace perse et en Inde, Jésus aurait été guéri par une pommade bien précise, qui à la suite de cet événement se serait appelé « Marham-i-Isa » (pommade d'Îsâ). Dans son livre inachevé publié en 1906 après sa mort, Mirza Ghulam Ahmad utilise l'abondance des mentions de cette pommade dans les traités médicaux en farsi, en arabe, dont un qui d'après lui aurait été compilé à l'époque de Jésus et traduit en arabe sous le règne de Mamun al-Rashid, pour tenter de démontrer l'ampleur de la diffusion de cette tradition et son ancienneté. Mirza Ghulam Ahmad, Jesus in India, chapitre , Mouvement musulman Ahmadiyya, 1965 - 103 pages, réédité en français en 1987 chez Regent Press., après quelques apparitions à ses disciples pour organiser sa prédication, Jésus « grand voyageur » serait parti à l'est de l'Euphrate pour rassembler les Tribus perdues d'Israël, ce qui l'aurait conduit à Srinagar, via Nisibe, Herat, PeshawarMirza Ghulam Ahmad, Jesus in India, chapitre .La carte du voyage de Jésus selon les ahmadis.. Il aurait fini sa vie au Cachemire, y vivant jusqu'à l'âge de voir Per Besko, « Jesus in Kashmir », in Delbert Burkett (dir.), The Blackwell Companion to Jesus, éd. John Wiley and Sons, 2010, , extraits en ligne..
Les croyances des musulmans ahmadis sont considérées comme hérétiques et déviantes par beaucoup de théologiens du sunnisme et du chiisme. Les musulmans traditionnels désignent souvent aux ahmadis par le terme Qadiani, qui signifie littéralement « de la région de Qadian en Inde », qui a acquis avec les années une connotation différente. Les musulmans traditionnels affirment que la revendication de Mirza Ghulam Ahmad, quant à son essence prophétique et messianique, viole les principes eschatologiques fondamentaux de la tradition islamique. Selon cette dernière, Mahomet est mentionné comme le dernier prophète ; c'est Jésus et personne d'autre qui doit revenir à la fin des temps. Certains détracteurs de l'ahmadisme mettent l'accent sur l'irrespect de Mirza Ghulâm Ahmad pour la figure de Jésus, une accusation niée par ses partisans qui estiment que l'allégation est sans fondement et citent Mirza Ghulâm Ahmad :
Depuis ses débuts, le but de l'Ahmadiyya Muslim Jamaat est le renouveau de l'islam. Les ahmadis considèrent qu'ils sont partie intégrante de l'islam. En 1914, quelques années après la mort de son fondateur, le mouvement se scinde en deux avec, d'un côté, la branche principale, dite « Qadiani » et connue sous le nom de Ahmadiyya Muslim Community et, de l'autre, ceux qui s'en séparent pour former la branche . Pour cette branche des « Lahoris » qui le vénèrent comme calife du mouvement, Ahmad n'est pas un prophète, seulement un « rénovateur » (mujaddid)Marc Gaborieau, « Une nouvelle prophétie musulmane : les Ahmadiyya », ch. XXIV : « Réformes socio-religieuses et nationalisme (1870-1948) », in Claude Markovits (dir.), Histoire de l'Inde moderne, 1480-1950, éd. Fayard, 1994, p. 551-5..
Yuz Asaf et la christologie ahmadie
Mirza Ghulam Ahmad est originaire d'un milieu soufi sunnitecf. Reem A. Meshal et M. Reza Pirbhai, « Islamic Perspectives on Jesus »in Delbert Burkett (dir.), The Blackwell Companion to Jesus, éd. John Wiley and Sons, 2010, . et proclame le avoir reçu une révélation de Dieu, la capacité de prescience ainsi que celle d'accomplir des miracles - y compris la résurrection des morts - puis, à partir de 1904, être un avatar de Krishna ainsi que Jésus de Nazareth retourné sur terre comme Mahdicf. Wilfred Cantwell Smith, « Amadiyya », in The Encyclopaedia of Islam, éd. Brill, 1996, vol. I, pp. 301-303.. Ce dernier est présenté sous la dénomination de « Yuz Azaf ».
L'origine du nom Yuzasaf est disputée. Pour Per Beskow, qui estime que ce personnage est totalement légendaire, le nom Yuzasaf dérive du mot sanscrit « bodhisattva ». Pour lui, il puiserait ses origines dans une légende bouddhiste du dans laquelle un futur Bouddha s'abstient d'atteindre le nirvana pour aider les non « éveillés »Per Beskow, « Modern Mystifications of Jesus. Jesus in Kashmeer », in Delbert Burkett (dir.), The Blackwell Companion to Jesus, éd. John Wiley and Sons, 2010, .. Toutefois, Yuzasaf pourrait être une déformation du nom juif « Josaphat » et Yuzasaf pourrait être le Josaphat dont il est question dans la légende chrétienne de Barlaam et Josaphat.
Une version en sanskrit de la « Vie du Bodhisattva » a donné naissance à un très grand nombre de versions en différentes langues parlées au millénaire dans l'espace indo-perse (un Bodhisattva est un être promis à l'éveil)La première version connue de ce récit légendé est contenue dans le livre en sanskrit appelé Lalila-Vistara ( Jacques Houriez, Litérales : Mythe et littérature, Le mythe du Bouddha dans le roman médiéval de Barlaam et Josaphat, Annales littéraires de l'université de Franche-Comté, 1997, ) ou Lalitavistara sūtra. Il a ensuite été dérivé, à travers une variété de versions intermédiaires (arabe et géorgien), de l'histoire de la vie de Bouddha; "Barlaam and Josaphat", Catholic Encyclopedia, New York: Robert Appleton Company, 1913.. L'histoire de ce récit légendé a pu être retracée depuis un texte du bouddhisme mahāyāna en sanscrit datant du , jusqu'à une version manichéenne, qui a ensuite trouvé sa place dans la culture musulmane en langue arabe sous le nom de Kitab Bilawhar wa-Yudasaf (Livre de Bilawhar et Yudasaf), texte bien connu dans le Bagdad du Wilfred Cantwell Smith Towards a World Theology, Westminster, 1981.. Elle est traduite en géorgien au , où elle est alors christianisée. Cette version chrétienne est ensuite traduite en grec au par saint Euthyme l'HagioriteF.C. Conybeare, "The Barlaam and Josaphat Legend in the Ancient Georgian and Armenian Literatures" (Gorgias Press). puis en latin au milieu du William Cantwell Smith, "Towards a World Theology" (1981).. À partir du , La Légende dorée, livre en français de Jacques de Voragine en assure la plus grande diffusionLéonard R. Mills, L'histoire de Barlaam et Josaphat: versión champenoise, Librairie Droz, Genève, 1973, .. Des attestations de la légende en sogdienJohn Walbridge, The Wisdom of the Mystic East: Suhrawardī and Platonic Orientalism, 2001, . incitent certains auteurs à penser à une provenance d'Asie centrale.
Dans l'islam, la légende est traduite et adaptée dès le par Ibn al-Muqaffa. Une addition de la version arabe de la légende - le Kitâb Bilawhar-wa-Budhasaf - amène ce personnage accompagné d'un discipleAbabid ou Ananda. au Cachemire où il meurt et est enterré.
De cette version, dont il a connaissance dans une édition indienne de 1889, Mirza Ghulam Ahmad compose vers 1900 le personnage de « Yuz Azaf » décomposition du « Yuzasaf » des récits : Ahmad affirme que Yuz signifie « Jésus »Ce qui ne se retrouve dans aucune langue précédemment ; cf. Per Beskow, op. cit., 2010, . (ou « Îsâ ») et Azaf, « le Rassembleur ». « Yuz Asaf » - « Jésus le Rassembleur », créant sa propre version de l'histoire brodée de divers autres éléments. Selon les conceptions des ahmadis, Jésus n'a pas été élevé aux cieux, il a réellement subi la crucifixion, y a survécu grâce aux soins de ses compagnons puis a poursuivi son périple jusque dans la vallée du Cachemire, où il a fini ses jours et où Srinagar abrite son tombeau ; en conséquence, le Messie dont le Coran annonce le retour à la fin des temps ne peut pas être Jésus en personne, mais simplement quelqu'un qui présente d'importantes ressemblances avec lui – ce qui autorise son identification à Mirza Ghulam Ahmad..