Le conflit frontalier entre le Cambodge et la Thaïlande est la conséquence d'un litige frontalier international entre le Cambodge et la Thaïlande, au niveau du temple de Preah Vihear. Ce temple est situé au Cambodge sur le bord d'une falaise, en arrière de la ligne de crête des monts Dângrêk qui marque la frontière entre les deux pays. L'accès routier à ce temple depuis le Cambodge ne peut se faire que via la Thaïlande. Les affrontements débutent en lorsque le Cambodge décide de fermer le poste frontalier à Preah Vihear alors que des manifestants d’origine thaïlandaise se sont réunis à cet endroit. Les mois suivants sont marqués par une implication militaire qui fera des dizaines de morts et des centaines de blessés civils et miliaires. Les deux camps se sont affrontés (officiellement) huit fois depuis jusqu’au . Les origines de ce conflit remontent à l’ère coloniale quand l'Indochine (Laos, Vietnam et Cambodge actuels) était sous la domination de la France. La Thaïlande (alors appelée ) et la France ont signé un traité en 1907 qui a redéfini les frontières entre l’actuelle Thaïlande et le Cambodge d’aujourd’hui. Plusieurs autres événements ont suivi et ont alimenté les tensions des populations dans le secteur du temple Preah Vihear. La période de 2008 à 2011 est finalement le paroxysme du conflit où plusieurs événements sont venus perturber la population.

Le , le Cambodge a célébré les 12 ans de Preah Vihear en tant que site du patrimoine mondial de l’UNESCO. Cependant, malgré cette « paix retrouvée » affirmée par plusieurs, certains pays avertissent encore les voyageurs qui souhaitent aller visiter la région de Preah Vihear que la zone est à risque. En date du , le gouvernement du Canada avertissait les voyageurs que: « La Thaïlande et le Cambodge ont un différend frontalier qui perdure dans cette région. On a signalé la présence de mines terrestres dans les environs du temple de Preah Vihear. Exercez aussi une grande prudence si vous vous rendez dans toute autre région longeant la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge » .

Le , un soldat cambodgien est tué par un soldat thaïlandais à la frontière, lors d'un échange de coups de feu. Les représentants des deux armées se sont rencontrés pour tenter d’apaiser la situation. Malgré cette rencontre, le Cambodge saisit à nouveau la CIJ le afin de trancher sur ce conflit, ce à quoi la Thaïlande répond par la réduction des horaires d’ouverture de la frontière sur 10 de leurs 17 points de passage. Le conflit reprend le avec des échanges de tirs et des frappes de part et d'autre, qui constituent une nouvelle crise frontalière.

Origines thumb|left|Vue aérienne du temple de Preah Vihear en direction du Cambodge au sud, la Thaïlande se trouvant derrière le photographe, juste au-delà du rebord inférieur de la photographie.

Le conflit frontalier entre le Cambodge et la Thaïlande se déroule principalement dans la région entourant le temple Preah Vihear. Considéré par plusieurs comme un véritable joyau culturel, le temple Preah Vihear a une histoire qui accompagne celle du Cambodge depuis plus de 1200 ans. Ce sanctuaire est l’une des plus grandes réalisations architecturales de l’empire khmer, autorité précédant l’État du Cambodge. Le Preah Vihear n’est pas qu’un temple parmi tant d’autres dans cette région, ce dernier est considéré comme un des plus impressionnants de l’Asie du Sud-Est . De plus, ce sanctuaire a bénéficié d’un intérêt royal pendant plus de quatre siècles. Ce domaine sacré qui a une importance historique, culturelle et politique pour la population cambodgienne est également témoin de plusieurs litiges au courant des derniers siècles.

Même si les forces siamoises ont envahi à de nombreuses reprises Preah Vihear après le , le conflit frontalier contemporain débute officiellement à la fin du . C’est lors du protectorat français que ces problèmes de territoire ont commencé. La propriété juridique du sanctuaire fut l’objet de nombreuses négociations entre l’État colonial français et le Royaume du Siam. Un accord fut finalement signé en 1907 et les deux parties s’accordèrent pour céder le temple Preah Vihear à la capitale cambodgienne, Phnom Penh. Par contre, le tracé des nouvelles frontières fut élaboré uniquement par la France. De plus, les Siamois n’ont jamais vraiment vu les nouveaux plans puisqu’ils étaient incapables de lire les cartes occidentales. Près d’une trentaine d’années plus tard, en 1934, les Siamois décidèrent de cartographier à nouveau les frontières dans cette région. Ils se rendirent comptent que les cartes léguées par les Français comportaient de sérieuses différences avec ce qu’ils avaient produit comme plans. Cette situation nébuleuse poussa la Thaïlande à réclamer le territoire en 1934.

Cependant, malgré l’importance du temple Preah Vihear, le sanctuaire ne constituait pas la raison principale du mécontentement des Thaïlandais. Selon ceux-ci, l’État français n’avait pas respecté leur accord et avait enfreint les protocoles internationaux. Dans l’année 1941, après plusieurs mois de manifestations, la Thaïlande décide de profiter de la Seconde Guerre mondiale et envahit le nord-ouest du Cambodge. À la suite de combats violents, la Thaïlande, alors appelée Siam, regagne les provinces de Battambang et de Siem Reap. Avec le soutien du Japon, un traité de paix est signé entre la France et le Siam à Tokyo en 1941. Dans cet accord, la Thaïlande récupère plusieurs territoires, dont celui de Preah Vihear. Néanmoins, avec la fin de la Seconde Guerre mondiale, le traité de Tokyo de 1941 est invalidé par Washington en 1946. Cela fait en sorte que le Cambodge récupère à nouveau son territoire. Les origines plus directes du conflit actuel débutent en 1953, alors que la Thaïlande établit un poste de police proche de Preah Vihear et place un drapeau au-dessus du temple. De sérieuses négociations sont entreprises entre la Thaïlande et le Cambodge, maintenant indépendantes entre 1954 et 1958. Aucun résultat ne ressort de ces échanges. La Cour internationale de justice (CIJ) dans son arrêt sur le fond rendu le , a constaté qu’une convention franco-siamoise de 1904 prévoyait que, dans la région considérée, la frontière devait suivre la ligne de partage des eaux et qu’une carte établie à la suite des travaux d’une commission mixte de délimitation avait placé le temple du côté cambodgien de la frontière. La décision de la Cour internationale de justice provoqua de vives réactions en Thaïlande. Une importante campagne publicitaire et de nombreuses protestations s’opposèrent à l’arrêt de la CIJ. Des milliers d’étudiants ont manifesté pour protéger Preah Vihear. En réaction à tout ceci, le Premier ministre thaïlandais de l’époque, Sarit Thanarat (1959-1963), affirma « Il en coûtera du sang et des larmes, mais un jour nous récupérerons le Phra Wihan (Preah Vihear) ».

Tant du côté cambodgien que thaïlandais, le conflit fut récupéré politiquement. Selon plusieurs experts, le temple Preah Vihear fut victime de l’ultra-nationalisme manipulé par les deux pays pour faire se faire entendre sur la scène internationale.

Les années suivant l’arrêt de la Cour internationale de justice n’ont que très peu atténué le climat hostile dans la région du temple Preah Vihear. Les discordes frontalières, les bombardements et les pillages étaient encore fréquents dans la région. Ce conflit ne fit que s’accentuer lorsque les Khmers rouges basés en Thaïlande opéraient contre le gouvernement cambodgien et que les communistes thaïlandais cherchaient refuge au Cambodge. Preah Vihear a finalement été rouvert aux touristes en 1992 après un accord de paix entre le gouvernement cambodgien et les insurgés Khmers rouges. La période suivante est plutôt tranquille jusqu’en 2001 où le Cambodge annonce vouloir classer le temple Preah Vihear au patrimoine mondial de l’UNESCO. La Thaïlande s’oppose à cette candidature et les deux camps s’entendent pour déposer conjointement l'affaire à len 2008. Cependant, le gouvernement thaïlandais retire sa candidature à cause de conflits politiques internes au pays. Du côté du Cambodge, le gouvernement décide de poursuivre le processus et le temple est finalement classé au patrimoine mondial de l’UNESCO dans en 2008.

Entre 2008 et 2011 Avant les affrontements armés

En , après l’inscription officielle du temple Preah Vihear au patrimoine de l’UNESCO, le conflit entre le Cambodge et la Thaïlande éclate de nouveau. Les tensions territoriales sont également amplifiées par un sentiment nationaliste important des deux côtés de la frontière. Dans l’ensemble des deux pays, le climat politique et social est plutôt tendu, ce qui n’aide certainement pas la paix dans la région de Preah Vihear. Du côté du Cambodge, le Premier ministre, qui est en pleine campagne électorale, a invité les citoyens à fêter le nouveau statut international du temple. Ces festivités sont tout le contraire de la mobilisation thaïlandaise qui critique sévèrement la gestion de leur nouveau gouvernement (élu en ) dans le dossier du temple Preah Vihear. Le Cabinet de la Thaïlande avait accepté la carte présentée par le Cambodge qui concédait notamment le temple Preah Vihear. Le , en réaction aux manifestations thaïlandaises près du sanctuaire, le gouvernement cambodgien a fermé sa frontière avec la Thaïlande.

Le , les autorités cambodgiennes ont procédé à l’arrestation de trois manifestants thaïlandais qui tentaient de planter le drapeau de leur pays sur le domaine sacré. En guise de réponse, la Thaïlande a envoyé des troupes sur les frontières de Preah Vihear. Selon les autorités thaïlandaises, ce déploiement avait pour unique objectif de contenir les débordements de manifestants. Par contre, le Cambodge a accusé les soldats thaïlandais d’avoir traversé illégalement la frontière, ce que le gouverneur de la province de Si Saket a démenti clairement .

Pendant les affrontements armés

Durant les mois de juillet, d’août et de septembre, les deux camps ont militarisé la région et la présence de soldats est devenue permanente . Les deux camps se sont accusés mutuellement de militariser l’endroit et d’empiétement. Cela a fait en sorte que lors du mois d’octobre, la population a été témoin des premiers accrochages armés. Les Thaïlandais et les Cambodgiens entreprirent des combats sporadiques qui ont dégénéré. Il y a eu des morts, des blessés et des pertes de matériel militaire. L’action demeura contenue dans la région de Preah Vihear, principalement sur le site du temple, même si quelques endroits connexes ont été touchés. Les tensions ont tout de même provoqué un déploiement militaire inhabituel, opposant jusqu’à des centaines de soldats avec des armes légères sur un terrain fortement miné.

L’année 2009 débuta avec un climat plus cordial, avec notamment, des poignées de mains amicales entre généraux adverses et le retrait d’ambassadeurs. Il y a même eu une rencontre pacifique le entre le ministre de la Défense thaïlandaise, Prawit Wongsuwan et les ministres de la Défense cambodgienne, Tea Banh et Hun sen. Mais les hostilités recommencèrent dès le mois d’. Selon les militaires thaïs, cette reprise a été causée par un « malentendu ». Les Cambodgiens ont accusé les Thaïs d’avoir procédé a une invasion agressive et intentionnelle. À ce stade du conflit, on pouvait remarquer un clivage important entre les discours officiels diffusés par les politiciens et les actions militaires sur le terrain. Toutefois, malgré cette dispute, les semaines suivantes ont poussé les responsables politiques des deux camps à négocier pour atténuer les tensions et minimiser les chances de récidive des évènements d’ et d’ .