La chronologie du syndicalisme en France est une liste chronologique des événements marquants du syndicalisme en France de 1791 à aujourd'hui.

La période d'interdiction 1791 : promulgation du décret d'Allarde, les 2 et 17 mars, qui supprime les corporations et de la « loi le Chapelier » le 14 juin, qui interdit le droit de coalition des métiers et les grèves. Par ailleurs, cette loi instaure un marché du travail caractérisé par un déséquilibre entre ouvriers et employeurs, ces derniers pouvant fixer les salaires et licencier sans entraves alors que les ouvriers ne disposaient que de leur force de travail. Cette loi a retardé en France la constitution d'un système de relations professionnelles et interdit de fait les syndicats.

1831-1834 : révolte des Canuts de Lyon ; échec des négociations menées par le préfet. L'insurrection sera durement réprimée.

Mai 1833 : Émeute des quatre sous, grève de mineurs du Nord considérée comme la première révolte à fort caractère social de l'époque pré-syndicale en France. Le procès des mineurs, qui furent poursuivis pour délit de coalition, eut un grand retentissement.

Mai 1833 : création de l'« association typographique et philanthropique de Nantes », dont les ouvriers-typographes passent outre l'autorisation du préfet. Cette association est à l'origine d'une grève sur les salaires au quotidien L'Ami de la Charte en septembre 1833.. 1837 : En pleine période de libéralisme intégral, Alban de Villeneuve-Bargemon publie un livre intitulé Économie politique chrétienne, ou, Recherches sur la nature et les causes du paupérisme, en France et en Europe, et sur les moyens de le soulager et de le prévenir où il préconise, 15 ans avant Karl Marx, une grande partie des réformes sociales apparues jusqu'à aujourd'hui (associations, organisations professionnelles, législation et inspection du travail, protection internationale des travailleurs, caisses de prévoyance obligatoires avec cotisation des employeurs et des salariés, écoles gratuites, ateliers d'apprentissage, etc.).

1848 : après la révolution de février 1848 le gouvernement provisoire adopte des mesures démocratiques et sociales : proclamation de la liberté d'association, du suffrage universel et du droit au travail, ouverture des Ateliers nationaux pour assurer aux chômeurs le droit au travail, loi des 10 heures limitant le temps de travail à 10h à Paris et à 11h en province, abolition de l'esclavage colonial. Mais dès avril 1848, la limite du temps de travail est portée à 12h. 1848 : fondation du journal démocrate-chrétien L'ère nouvelle par Frédéric Ozanam et les abbés Henri Lacordaire, Maret de Coux où ils préconisent une législation protectrice de la maladie et de la vieillesse, des comités mixtes avec jurys d'arbitrage, une participation aux bénéfices, etc.

1864 : Le , suppression du délit de coalition et de grève (loi Ollivier). Cette loi met un terme à la Loi Le Chapelier. Les syndicats sont toujours interdits, mais en constituer un n'est plus considéré comme un délit.

1868 Le gouvernement tolère la création de chambres syndicales (rapport Adolphe de Forcade Laroquette). Une vague de création importante a lieu, et en moins de deux ans on en compte plus d'une centaine à Paris (avec 2000 adhérents dans la typographie, 6000 chez les bronziers, 1900 chez les bijoutiers, de 5 à 10000 dans la mécanique, 2000 chez les peintres…)Le mouvement ouvrier, 1815.1977, CFDT réflexion, , 1978, 31..

1871 : La Commune de Paris. Outrés par l'armistice avec la Prusse, les Parisiens se révoltent contre le pouvoir et élisent une assemblée qui prend le nom de Commune. Les généraux vaincus par la Prusse se vengent sur Paris. La répression du gouvernement fait près de trente mille morts entre le 21 et le 28 mai, c'est la "semaine sanglante". Œuvre sociale de la Commune de Paris : abolition du travail de nuit dans les boulangeries, gestion démocratique des entreprises fermées par le patronat ou travaillant pour la Commune. Apparition du premier mouvement féminin de masse.

Malgré la répression, le mouvement ouvrier se réorganise rapidement après la Commune : en 1872, 45 associations ou chambres syndicales se créent à Paris. En 1874, il y en a 60, 100 en 1876 mais seulement 82 pour respectivement et adhérents. Le mouvement ouvrier renaît souvent à l'initiative du secteur du bâtiment ; il existe une seule chambre syndicale de mineurs, à Saint-Étienne. La répression reste forte, avec la loi de mars 1872 qui condamne toute association internationale qui aurait pour but « de provoquer à la suspension du travail, à l'abolition du droit de propriété, de la famille, de la religion ou du libre exercice des cultes ». Et malgré cette renaissance du mouvement ouvrier, le congrès de 1872 réuni par le Cercle de l'Union syndicale ouvrière, qui insiste sur la coopération ouvrière, l'apprentissage et l'enseignement professionnel, considère que la grève est un moyen « nécessaire » mais « dangereux »Le mouvement ouvrier, 1815.1977, , 49-50..

Légalisation et Belle Époque 1882 : après une forte poussée des journées de grève dans les années 1878 à 1882, une grande grève éclate en 1882 à partir de Roubaix. La chambre syndicale y met en interdit deux usines, et le mouvement s'étend : 325 entreprises sont touchées par la grève, qui mobilise grévistes. Elle est l'un des éléments qui pousse à la loi de légalisation des syndicats en 1884Le mouvement ouvrier, 1815.1977, CFDT réflexion, , 1978, 53.

1884 : De février à avril, la Grande grève des mineurs d'Anzin regroupa plus de pendant 56 jours, sans succès. Répercutée par la presse, elle eut un retentissement nationalCollectif, Le Nord, de la Préhistoire à nos jours, Bordessoules, 1988, 263 . C'est à cette occasion qu'Émile Zola vint se documenter à Anzin pour son roman Germinal Article de Henri Mitterand dans le dossier Le Travail dans les fictions littéraires, revue Travailler n° 7 2002/1.

Le , vote de la « Loi Waldeck-Rousseau » qui légalise la création de syndicats professionnels ouvriers et patronaux.

1886 : Création de la Fédération nationale des syndicats (FNS), d'inspiration guesdiste. Jules Guesde, l'un des socialistes les plus connus et les plus actifs, contribue à la diffusion des idées de Karl Marx en France. Fondation du Syndicat des journalistes français par Eugène Tavernier (L'Univers) et Jules Cornély (Le Figaro). Ce syndicat sera cofondateur de la CFTC. mai : grèves des ouvriers à Chicago pour une journée de travail de 8h. Une sévère répression s'ensuit, et les journées des 3 et 4 seront marquées par de nombreux morts.

1887 : Création de la Bourse du Travail de Paris. Création du Syndicat des employés du commerce et de l’industrie (SECI), syndicat chrétien, précurseur de la CFTC.

1891 : : première célébration française et internationale de la journée d'action du mai. Le 1891, Fusillade de Fourmies (Nord) la troupe tire sur des grévistes : neuf morts, 35 blessés. Publication de l'encyclique Rerum Novarum par le pape Léon XIII. Voir syndicalisme chrétien.

1892 : Création de la Fédération des Bourses du travail, marquée par le syndicalisme révolutionnaire de Fernand Pelloutier. Le socialiste Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, affirme : (député rallié à la République et initiateur politique du catholicisme social).

1895 : Congrès constitutif de la Confédération générale du travail CGT à Limoges du 23 au 28 septembre, elle rassemble la Fédération nationale des syndicats et la fédération des bourses du travail.

1896 : Présence à Reims des premiers syndicats chrétiens (précurseurs CFTC) au « congrès ouvrier chrétien » à l'occasion du centenaire du baptême de Clovis. Création par Stéphanie Bouvard, sa sœur et leur mère du syndicat des fleuristes-plumassières.

1899 : Création par Marie-Louise Rochebillard du premier syndicat féminin (pour ouvrières de la soie), à Lyon, 13 rue Sainte-Catherine, en lien avec le syndicalisme d'inspiration sociale chrétienne (CFTC). Création du premier syndicat jaune au Creusot à la suite d'une sentence arbitrale signée par Pierre Waldeck-Rousseau.

1900 : Création du journal la Voix du peuple, organe de la CGT.

1901 : Fondation de l'Union fédérative des syndicats et groupements ouvriers professionnels de France et des colonies (jaune). Fondation de la revue mensuelle pour les travailleuses intitulée Le travail de la femme et de la jeune fille avec une quarantaine de page, en lien avec Marie-Louise Rochebillard et le syndicalisme d'inspiration sociale chrétienne (CFTC).

1902 : Marque l'ouverture d'une nouvelle période dans la vie de la CGT. Au congrès de Montpellier elle parachève son unité. La Fédération des bourses s'efface en tant que centrale et ses organisations s'intègrent dans la CGT. Cette unité réalisée constitue un pôle d'attraction pour beaucoup d'organisations restées jusque-là dans l'expectative.

1903 : Le syndicalisme chrétien s'organise. A Paris a lieu le premier rassemblement de syndicats chrétiens régionaux (CFTC).

1906 : Charte d'Amiens : cette charte adoptée au congrès de la CGT, donne au syndicalisme confédéral quelques-uns de ses traits spécifiques : la lutte des classes, la lutte quotidienne pour des améliorations immédiates mais aussi la lutte pour la disparition du salariat et du patronat, ainsi que son indépendance vis-à-vis des organisations politiques.

1907 : Alors que le syndicalisme reste interdit dans la fonction publique, le Syndicat national des instituteurs créé par Marcel Nègre en 1905, rejoint la CGT. De fait, cependant, la plupart des instituteurs adhérents des syndicats de métier ne prendront pas leur carte confédérale avant les années 1930. Marius Nègre, Émile Janvion et cinq postiers, signataires d'une Lettre à Clemenceau demandant le droit syndical pour les fonctionnaires, sont révoqués.

1908 : De graves incidents émaillent les grèves des ouvriers sabliers de Vigneux-Draveil en Seine-et-Oise. À la suite d'une provocation, le 30 juillet, on relève plusieurs morts lors d'une manifestation à Villeneuve-Saint-Georges. Premier congrès national des syndicats d'inspiration d'inspiration sociale chrétienne (précurseur de la CFTC).

1909 : La Vie ouvrière : naissance du premier numéro de cette « revue d'action » qui se définit comme « syndicaliste révolutionnaire, antiparlementaire ». Bien qu'interdits, le droit syndical et le droit de grève sont pris par les agents des PTT. En mars puis en mai, ils font grève. À la fin du conflit de nombreuses révocations frappent les syndicalistes. Poursuivis devant les conseils de discipline pour avoir « préconisé l'entente entre les travailleurs de l'État et ceux des industries privées », ils reçoivent le soutien de la Ligue des droits de l'homme.

1910 : Malgré l'opposition du patronat et de la CGT, la loi sur les retraites ouvrières et paysannes est votée. L'âge de la retraite est fixé à 65 ans. . manifestation tournant à l'émeute le à Paris pour protester contre l'assassinat quatre jours plus tôt, par la police de Lépine, de l'ébéniste anarchiste Henri Cler. Septembre: début de l'affaire Jules Durand

1912 : La CGT est la seule confédération syndicale existante en France, elle compte sur un total de 7 millions de salariés. Le 24 novembre elle tient un congrès extraordinaire sur le thème de l'action préventive contre la guerre.

1913 : Constitution du Secrétariat syndical international auquel participe la CGT. Le 25 février, la CGT publie un manifeste antimilitariste.

Première Guerre mondiale 1914 : La CGT organise des manifestations syndicales contre la guerre le 27 juillet. Le 31 juillet, Jean Jaurès est assassiné. Le août, c'est la mobilisation générale et le début de la guerre 14/18. Le 3 août, c'est la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France. Le 4 août c'est l'Union sacrée. Lors du CCN de la CGT, tenu du 26 novembre au 5 décembre, seule une minorité se prononce contre la guerre.