vignette|upright=1.5|Parade de la division wurtembourgeoise () devant le , le 9 juillet 1914.

La mobilisation allemande de 1914 désigne le rappel sous les drapeaux en 1914 de théoriquement tous les Allemands aptes au service militaire.

Elle s'est déroulée du 2 au , comprenant le transport, l'habillement, l'équipement et l'armement de plus de trois millions d'hommes sur toute l’étendue de l'Empire allemand, puis leur acheminement par voie ferrée vers les frontières allemandes de l'époque. Cette mobilisation générale, prévue de longue date, permet à l'armée allemande d'atteindre ses effectifs de guerre et d'entrer en campagne.

Cet événement a été précédé par les mobilisations prussiennes de 1859, de 1866 et juillet- et s'est renouvelé en .

Préparation vignette|upright=1.5|Parade impériale () de 1909 près de Karlsruhe. La révolution industrielle transforme radicalement l'art de la guerre, non seulement par l'évolution de l'armement et de l'équipement, mais surtout par la capacité donnée aux États d'entretenir des effectifs militaires considérables en cas de guerre : d'armées composées de quelques centaines de milliers, on passe à des millions d'hommes. Comme il est économiquement et socialement impossible de tous les maintenir sous l'uniforme en permanence, ils sont laissés à la vie civile pendant le temps de paix, l'État les mobilisant en cas de conflit.

L'armée allemande est donc, de la fin du jusqu'à la fin du , une armée de conscription (), comme celle de toutes les armées des grandes puissances continentales européennes de l'époque (Empire russe, République française et Empire austro-hongrois).

Législation vignette|upright=0.8 |Richard Knötel, : d'uhlans « roi Guillaume », second régiment d'uhlans wurtembourgeois., 1909. Théoriquement, les obligations militaires des Allemands vont de . Les hommes valides doivent le service militaire à partir de l'année où ils atteignent leurs 20 ans, pour deux ans dans les troupes à pied, pour trois ans dans les troupes montées (cavalerie et artillerie à cheval), ou pour une seule année s'ils sont volontaires et fournissent leur équipement (). L'incorporation des conscrits au sein de l'armée d'active (essentiellement composée donc de jeunes de ) se fait chaque année aux environs du .

Une fois le service accompli, les hommes sont rendus à la vie civile, mais font partie de la (réserve militaire) durant cinq ans et demi (de ) et doivent faire deux périodes de quelques semaines sous l'uniforme. Au de l'année de leurs 27 ans, ils sont versés dans la (« défense du pays ») pendant cinq (de ) avec encore deux périodes sous l'uniforme. Au de leurs 32 ans, ils passent dans la (équivalent de la territoriale française) pour encore six (de ) ; enfin le de leurs 38 ans, ils entrent dans la (« tempête du pays », équivalent de la réserve territoriale chez les Français) pour six ans ¾ (de ).

La forte croissance de la population allemande (en pleine transition démographique à la fin du ) permet à l'armée d'être exigeante sur l'état physique des conscrits ; mais même ainsi, une partie du contingent annuel n'est pas incorporée pour des raisons budgétaires. Chaque année du début du , environ reconnus aptes ne font donc pas leur service : ils sont soit versés dans l (« réserve de remplacement ») et ne font que trois périodes d'instruction d'une durée totale de vingt semaines, soit ils ne reçoivent aucune instruction. Tous les exemptés et surnuméraires font théoriquement partie de la pendant 19 ans ¼ (de ).

Les effectifs présents sous l'uniforme dès le temps de paix dépendent du budget alloué aux forces armées ; les deux augmentent en raison de la double menace franco-russe : en 1893 le total passe de à , puis à en 1910, en 1912 (loi additive du ), pour atteindre en 1914 (lois du et du ).

Planification Les forces armées de l'Empire allemand sont aux ordres du chef suprême qui est l'empereur allemand (le ). Comme l'Allemagne est une confédération, il y a quatre ministères de la Guerre, ceux des royaumes de Bavière, de Saxe, du Wurtemberg et de Prusse (ce dernier représentant les trois autres auprès du Reichstag). Les forces armées allemandes sont réparties entre l'armée allemande (, c'est-à-dire les forces terrestres) et la marine impériale (). Pour aider l'empereur à diriger l'armée et la marine, celui-ci est secondé pour chacune d'entre elles par un état-major ; l'état-major général () de l'armée prend le nom en cas de guerre de « commandement supérieur de l'armée » ( : ), avec un chef de l'état-major général à sa tête.

Dès le temps de pays, huit « inspections de l'armée » () sont créées pour servir d'état-major aux futures armées organisées lors de la mobilisation (). En 1914 le territoire de l'Empire est subdivisé en 24 « régions de corps d'armée » (), qui chacune dispose d'un état-major et des troupes d'active nécessaires pour constituer un corps d'armée ( : ), soit un total de 25 corps d'armée en comptant la Garde impériale. Chaque corps d'armée dispose de deux divisions, sauf celui de la Garde qui a en plus une division de cavalerie.

En cas de mobilisation, il est prévu de gonfler les effectifs des unités de temps de paix avec des réservistes, mais aussi de constituer des unités nouvelles : une de la Garde (formée avec les régiments d'active en excès dans la Garde ainsi que le régiment d'instruction) ; dix divisions de cavalerie (formées avec les brigades de cavalerie retirés aux divisions de temps de paix) ; 31 divisions de réserve, qui permettent de former 14 corps de réserve ( : ) tandis que quatre de ces divisions restent autonomes ; 41 brigades de () (dont deux sont endivisionnées pour former la de réserve) ; 19 brigades d’ (dont une sert à la formation de la de réserve). Le plan prévoit donc d'aligner 93 divisions, dont 51 d'infanterie, 11 de cavalerie et 31 de réserve (non compris les 60 brigades de et d’, qui représentent l'équivalent en effectifs d'un peu moins de 30 divisions).

Plan Schlieffen vignette|Schéma du plan Schlieffen et de son équivalent français, le plan XVII. vignette| : « Dieu avec nous » (devise portée sur les ceinturons des soldats allemands). L'alliance franco-russe signée en 1892 oblige en cas de guerre l'Allemagne à se battre sur deux fronts, à l'Ouest contre l'armée française et à l'Est contre l'armée russe. Le général Alfred von Schlieffen, chef d'état-major depuis 1891, propose en 1905 de concentrer presque toutes les forces allemandes dès le début de la guerre contre l'adversaire capable de mobiliser le plus vite et qui a le plus petit territoire : la France. Le principe est de détruire l'armée française le plus rapidement possible, avant de déplacer la majorité des forces allemandes contre l'armée russe.

Pour obtenir une victoire rapide à l'Ouest, Schlieffen propose d'éviter les fortifications françaises des places de Verdun, de Toul, d'Épinal et de Belfort qui, une fois renforcées par tout le corps de bataille français, ne peuvent que bloquer une attaque frontale. L'idée est de marcher à travers la Belgique tout en fixant les forces françaises en Alsace-Lorraine, permettant ainsi de les envelopper par un vaste coup de faucille de la part de l'aile droite, celle-ci descendant vers le sud-ouest par Liège, Bruxelles et Lille, prenant Paris lors de la sixième semaine. Pour avoir les troupes nécessaires à un tel déploiement, il est prévu d'engager les unités de réservistes dès les premiers jours en première ligne. Le plan de 1905 prévoit d'affecter 63 divisions d'infanterie (sur un total de 72), 7 de cavalerie (sur 11) et 22 brigades de (sur 26) à l'aile marchante ; 9 divisions d'infanterie, 3 de cavalerie et 4 brigades de doivent défendre l'Alsace-Lorraine, abandonnant la défense orientale à l'allié autrichien.

Schlieffen prend sa retraite en 1906 avant de décéder en 1913. Son successeur comme chef d'état-major est Helmuth von Moltke, dit « Moltke le Jeune » pour le différencier de son oncle Moltke l'Ancien, le vainqueur de la guerre franco-allemande de 1870. L'état-major doit désormais compter d'une part sur la modernisation de l'armée russe, qui nécessite que l'Allemagne aide l'Autriche-Hongrie dès l'entrée en campagne, et d'autre part sur le risque d'une invasion du territoire allemand par les Français, qui nécessite la fortification de l'Alsace-Lorraine et le renforcement de l'aile gauche. En conséquence, Moltke réduit l'aile marchante à 52 divisions d'infanterie, 7 de cavalerie et 7 brigades de , l'aile gauche statique passe à 16 divisions d'infanterie, 3 de cavalerie et 15 brigades de , tandis que la frontière orientale doit être défendue par 10 divisions d'infanterie, une de cavalerie, 10 brigades de et deux brigades d'''.

Déroulement Déclenchement vignette|Adolf Emil Hering, Wilhelm II, Deutscher Kaiser (Guillaume II, empereur allemand), 1910. Le de l'attentat de Sarajevo déclenche une succession d'ultimatums, de mobilisations et de déclarations de guerre qui s'étend rapidement à l'Allemagne.

Le , le chancelier ordonne d'appliquer des mesures de sécurité concernant les frontières. Le , l'Empire russe et l'Empire austro-hongrois décrètent leur mobilisation, ce qui ne peut pas avoir d'autre conséquence que la mobilisation allemande. Le à est décrété l'« état de danger de guerre » (), le 31 juillet 1914., permettant de commencer une partie des réquisitions, la fermeture des frontières, la surveillance des voies de communication et le rappel de certains réservistes.

L'empereur donne l'ordre de mobilisation générale le août et déclare la guerre à la Russie. Le au soir, l'Empire allemand déclare la guerre à la République française, le 3 août 1914. et le 4 au matin au royaume de Belgique. Le en soirée, le Royaume-Uni fait de même vis-à-vis de l'Allemagne.

Appel sous les drapeaux La mobilisation allemande commence le , mais après des mesures de pré-mobilisation prises dès juillet, avec notamment le rappel de toutes les unités en déplacement le 29 et le rappel de certains réservistes le 31. La population allemande est forte de d'habitants, dont sont soumis aux obligations militaires (de ), parmi lesquels sont instruits (sans compter ceux de la marine). L'ensemble de la mobilisation en quinze jours fait passer les forces armées allemandes d'un total de temps de paix de Sur les que comptent les forces allemandes d'active, dépendent de l'armée de terre et de la marine. Ne sont pas comptés les troupes coloniales (). à un total après mobilisation () de .

Quelques nouvelles unités sont créées, en plus de celles prévues par le plan : cinq divisions de (en regroupant douze brigades), six divisions d’ (en regroupant 18 brigades) et une division de marine (formée tardivement autour de l'infanterie de marine). Ces rajouts portent les grandes unités organisées en à un total de 105 divisions, dont 51 d'infanterie, 11 de cavalerie, 31 de réserve, une de marine, cinq de et six d’ ; à ces divisions se rajoutent 37 brigades autonomes de , l'équivalent en effectif de 18 divisions (ce qui fait un total équivalent à 123)..

Pour protéger la mobilisation, les corps d'armée déployés dès le temps de paix le long des frontières sont chargés d'assurer la couverture temporaire dès le : à l'est les (la partie nord de la Prusse-Orientale), (la partie sud-ouest de la Prusse-Orientale) et (en Prusse-Occidentale) ; à l'ouest les (Rhénanie, de Cologne à Trèves), (plaine de Bade), (Haute-Alsace et Vosges), (Thionville et Metz) et (plateau lorrain entre Metz et les Vosges).

Concentration