La condition des femmes en Mongolie représente une exception en comparaison avec celle des femmes des pays asiatiques voisins. Échappant à une partie des discriminations constatées dans d'autres pays du monde, malgré une hiérarchisation des genres et traditionnellement une séparation des rôles et des tâches, elles restent toutefois exclues du pouvoir politique, avec un recul depuis les années 1992, et souffrent de discriminations en matière d'égalité d'accès à l'emploi et de revenus. Elles sont victimes de violences sexistes, et de prostitution forcée, selon le gouvernement, qui indique devoir poursuivre ses efforts pour aboutir à la parité ainsi qu'à la reconnaissance de leurs droitsLettre datée du 25 mai 2010, adressée au Président du Conseil économique et social par la Représentante permanente de la Mongolie auprès de l’Organisation des Nations unies, en ligne.
Représentation du rôle de la femme Les Mongols chamaniques se représentent un être humain comme doté de trois âmes : l' « âme de vie », qui est un principe éternel, l' «âme de l'os », transmise par le père, et l' «âme du sang », transmise par la mère, qui procure au fœtus sa chair et son sangSelon O. Pürev, cité par .
Pour Spoorenberg, qui étudie les indicateurs sociaux d'espérance de vie et d'éducation, bien que les femmes mongoles vivent dans une société patriarcale, patrilinéaireAvec un attachement à la patrilinéarité moins strict qu'en Chine par exemple, puisqu'en l'absence de descendant masculin, et patrilocaleUne société est dite patrilocale lorsque, lors du mariage, la femme rejoint le domicile de son mari, ou de la famille de son mari ; elle est dite matrilocale lorsque l'homme va habiter dans ou à proximité de la famille de son épouse, la raison majeure expliquant l'absence de discriminations sur les indicateurs étudiés — éducation, rapport de masculinité et espérance de vie — vient de la culture nomade des Mongols. Cette économie pastorale a une division du travail, traduisant une complémentarité, les femmes occupant un rôle central dans leurs contributions à l’économie domestique, ce qui est
Toutefois, ces aspects ne doivent pas masquer que la vision patriarcale de la femme sert de justificatif à l'existence de nombreuses discriminations empêchant les femmes d'exercer leurs droits, phénomène renforcé par la transition à une économie de marché, selon le CEDAW.
Indicateurs socio-démographiques Espérance de vie, taux de masculinité, santé En 2005-2006, le taux de masculinité entre la naissance et quatre ans est de 104, soit le chiffre moyen attendu au niveau mondial en l'absence de discriminations telles qu'avortement sélectif ou surmortalité des filles à la suite de négligences.
L'espérance de vie est de 68 ans, soit 5 ans de plus que les hommes, traduisant là aussi l'absence des discriminations rencontrées dans des pays asiatiques tels que la Chine, l'Inde, le Pakistan, le Népal ou le Bangladesh.
En matière de santé, les femmes rurales mongoles, tout comme les hommes, souffrent de la faiblesse des infrastructures et d'un accès difficile aux services de soins, aggravés par la désertification rurale qui a entrainé, avec elle, le départ de médecins (femmes pour la plupart). Des mesures ont été engagées par le gouvernement pour réduire le taux de mortalité maternelle périnatale, l'objectif fixé étant de le diviser par 4 entre 1990 et 2015, afin de ramener de 200 à 50 le nombre de décès pour naissances. Ces mesures se sont concrétisées par la création de maternités dans les hôpitaux de districts (soums) et les provinces (aimags), et la mise en place d'un service de télé-diagnostic d'urgence dédié aux femmes et aux enfants. Le taux de 50 pour a été atteint en 2008. Il a ré-augmenté ensuite en raison de conditions climatiques difficiles, et d'une épidémie de grippe H1N1. Ce taux est très différencié selon le statut social et la zone d'habitation, et reste élevé en zones rurales. Malgré cette amélioration, le gouvernement mongol fait part d'une situation préoccupante de la santé des femmes en âge de procréer : 46 % d'entre elles souffrent de maladies chroniques, cumulées avec un taux élevé de multi-pathologies, qui a conduit à 50 % de grossesses difficiles en 2008. D'autre part, les cancers sont détectés très tardivement, comme c'est le cas de 80 % des cancers du sein.
Éducation vignette|Diplômée mongole en post-formation à l'université de Leipzig (RDA), en 1983. La Mongolie affiche en 2005 un rapport des taux bruts de scolarisationRapport entre le taux de scolarisation féminin et taux de scolarisation masculin dans l'enseignement supérieur le plus élevé de toute l'Asie, avec 114 filles pour 100 garçons fréquentant un établissement d'enseignement secondaire, et 164 filles pour 100 garçons fréquentant un établissement universitaire. Toutefois, cet avantage éducatif ne se traduit pas par des emplois mieux rémunérés. En 2001, le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes notait, parmi les points positifs, les progrès accomplis en matière d’accès à l’éducation des femmes, mais s'inquiétait, toutefois, Troisième et quatrième rapports périodiques combinés – Mongolie, Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, Vingt-quatrième session, 15 janvier-2 février 2001, Extrait du supplément No 38 (A/56/38) en ligne.
Sur la période 2007-2010, le rapport des taux bruts concernant l'enseignement secondaire est en baisse, avec respectivement 107 filles pour 100 garçonsStatistiques Mongolie UNICEF.
Emploi et vie économique vignette|Femmes mongoles récupérant du caillé, en 2007. Selon le rapport annuel 2012 du Forum économique mondial sur les différences entre les sexes, la Mongolie est classée n° 1 mondial pour la participation des femmes à la vie économique et les "opportunités" offertes aux femmes. Ce rapport comporte cinq classements : Ratio de la population féminine exerçant un travail par rapport à la population masculine : avec un taux d'activité féminine de 71 %, contre 80 % pour les hommes, la Mongolie est classée ; Ratio d'égalité salariale : avec un ratio hommes-femmes de 77 %), la Mongolie est classée ; Ratio des revenus estimés par rapport aux hommes : avec des revenus de contre pour les hommes, la Mongolie est classée ; Taux comparé de femmes cadres : avec 47 % de femmes pour 53 % d'hommes, la Mongolie est classée ; Ratio comparé de professionnels et techniciens qualifiés : avec 55 % des femmes pour 45 % d'hommes, la Mongolie est classée Gender Gap report 2012 p 44 et suivantes.
Toutefois, ce classement s'appuie sur des statistiques officielles quelquefois contestées (ainsi, le Conseil économique et social des Nations unies avait rejeté le taux de chômage de 6 % présenté en 2003, le jugeant plus proche de 50 %). D'autre part, la méthodologie employée présente plusieurs biais. Ainsi, le revenu des personnes non salariées est évalué d'après celui des personnes salariées ; or c'est le cas de la moitié des emplois en Mongolie, les femmes employées dans un milieu familial n'étant pas toujours rémunérées individuellement (même si, traditionnellement, elles gèrent le budget familial). La participation au secteur informel n'est pas prise en compte Gender Indicators: What, Why and How? OCDE. La méthodologie de constitution du ratio d'égalité salariale n'est pas communiquéeOn notera que la France, en termes d'égalité salariale, se classe dernière au classement mondial, avec un taux de 0.43, soit un écart salarial supposé de 57 %, qui n'est pas appuyé dans le rapport par des explications sur la méthodologie retenue.. Concernant ce dernier, la représentante permanente de la Mongolie auprès de l'ONU relevait déjà en 2010 que les écarts salariaux croissaient sur la base d'un taux 2007 de 15 % : . Ce qu'elle attribue à une ségrégation sectorielle entre les sexes, avec une féminisation forte des secteurs de la santé, de l'enseignement, du commerce de gros et de détail, et la restauration. Cette ségrégation explique par ailleurs que le fort taux d'encadrement ne se traduise pas par des revenus plus élevés, les postes d'enseignement et de médecins où les femmes sont surreprésentées étant faiblement rémunérés.
Participation à la vie politique La Mongolie est classée sur 133 pays par le Gender Gap Report pour la faible participation des femmes aux structures parlementaires (avec un taux de féminisation de 4 %), pour la participation au gouvernement, avec 7 % de ministres. La régression dans leur participation à la vie publique depuis 1992 est un facteur qui fait l'unanimité.
En 2005, le gouvernement s'engage dans une politique volontariste en matière d'égalité et d'autonomisation des femmes. Il adhère au troisième objectif du Millénaire pour le développement, et vise une participation féminine au Parlement de 30 % pour 2015. Sous l'impulsion d'un collectif d'ONG de femmes, la loi électorale est modifiée, et un système de quota de 30 % est introduit pour les élections au Grand Khoural (le Parlement mongol). Les principaux partis politiques adoptent eux aussi des quotas dans leurs statuts. Toutefois, le Parlement décide de revenir sur cette décision en 2007, et malgré le véto du Président mongol, passe outre en 2008, avec l'appui des deux principaux partis.
Alors que des fonds internationaux sont débloqués pour aider les femmes à se structurer dans leur accès au pouvoir, alors que les candidatures féminines aux élections sont en augmentation tant au niveau local que national, et que les associations de femmes participant à la vie sociale publique sont nombreuses, leur représentation au Parlement est en régression. De 23 % en 1990 (Assemblée soviétique), leur nombre chute lors de la rupture en 1992, à 3 %, soit trois élues. Il remonte pour les élections de 1996 et 2000, avec 8 élues soit 11 %, pour rechuter en 2004 (5 femmes, 6,5 %) puis à 4 % en 2010. Jarry analyse ces difficultés à franchir le plafond de verre, et conclut que si l'espace peut être confisqué par les hommes, c'est que .
Autres aspects Violences faites aux femmes En 2005, la Mongolie a adopté une législation prohibant les violences à l'égard des femmes, et a développé en 2007 un programme de lutte contre ces violences ; cette loi est très peu appliquée puisque selon le CEDAW, malgré les nombreux cas recensés, seules 20 plaintes ont été déposées en 2008, et les violences faites aux femmes sont encore trop considérées comme étant du ressort de la vie privéeObservations finales du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes - Mongolie CEDAW 2008. Selon l'OCDE, citant une étude de 2000, une partie de l'augmentation des familles monoparentales dirigées par des femmes résulte d'un choix volontaire, pour échapper à l'emprise d'hommes alcooliques, violents et sans emploiMongolia Social institutions and gender index, OCDE, 2012.
Traite des femmes et prostitution La Mongolie a adopté en 2005 un Plan d’action national contre l’exploitation sexuelle à des fins commerciales et la traite d’enfants et de femmes. Le CEDAW se dit préoccupé en 2008 de la croissance de ces trafics, et de la quasi-impunité de leurs auteurs.
Polygamie La polygamie est interdite en Mongolie. Selon l'OCDE, une étude académique parue en 2008 dans The Guardian a fait état d'une forme apparentée : en raison d'un déséquilibre socio-démographique à Oulan-Bator, il y a moins d'hommes éduqués que de femmes. Les cas de liaisons adultères, conduisant à des naissances assumées par la seule mère et sa famille maternelle, se multiplieraient.
Mouvements féminins La notion de féminisme est peu répandue en Mongolie. Par contre, nombreuses sont les associations luttant pour le « droit à l'égalité des genres » (жендерийн тегш эрх (genderijn tegš erh)).