thumb|120px|Statue de femme romaine, v. 105 ap. J.-C., Glyptothèque de Munich. Matrone est un nom commun qui est issu du latin matrona, dérivé de mater « mère » avec un suffixe augmentatif, selon une dérivation similaire à pater / patronus (père, patron). Dans la société romaine traditionnelle, elle est épouse et mère, respectée par la communauté.

Origine mythique Dans la société antique romaine, la matrone est une femme mariée d'un certain rang social. Elle est la mère de famille, digne et respectable, chargée du bon maintien de la maison et de l'éducation des enfants. Elles sont dispensées de tout travail domestique ou agricole, sauf du filage de la laine, selon une tradition que les Romains font remonter à l'enlèvement des SabinesPlutarque, Vie de Romulus, 15.. La mère de famille dispose d'un certain pouvoir à l'intérieur de la maison, elle dirige les servantes et les esclaves. On l'appelle la « domina ».

Qualités de la matrone Plusieurs mots latins désigent la femme mariée : (épouse) désigne toute femme mariée, sans connotation morale ou religieuse, tandis que est associé à un rang social respectable, informel et entouré d'un prestige quasi religieux, que Cicéron a qualifié de (sainteté des matrones). Les qualités idéalisées de la matrone romaine apparaissent dans de nombreux textes antiques, mais aussi au travers des qualificatifs élogieux énumérés dans les épitaphes funéraires des épouses. Les adjectifs les plus fréquents évoquent sa fidélité conjugale (, chaste, , pudique, ) et aussi son habilité à travailler la laine ()Voir par exemple l'épitaphe de Amymone .

La chasteté () limite les relations sexuelles au seul époux. Sa défense est magnifiée par l'exemple pseudo-historique de Lucrèce, forcée par chantage mais moralement innocente, qui préfère se suicider plutôt que donner l'exemple d'une femme survivant à cette souillure.

La pudeur est garantie par la tenue spécifique de la matrone, fait de la robe longue (), éventuellement prolongée sur les pieds par un volant cousu () et de la coiffure particulière en tresses retenues par des bandelettes (), couverte d'un petit voile quand elle sort.

Une matrone vertueuse doit être une bonne , capable de filer et de tisser la laine, tâches sacralisées chez les Romains par l'épisode mythique de Lucrèce, épouse déclarée la plus méritante car trouvée occupée à filer la laineTite-Live, I, 57.. Dans la Rome archaïque, les secrets du filage et du tissage de la laine devaient être révélés à la future épouse lors des rites prénuptiaux, et le cortège nuptial traditionnel de la future épouse emportait un fuseau et une quenouille garnie de laine.

L', femme d'un seul homme (du latin , un seul, et , homme), incarne durant toute la période romaine un des idéaux de l'épouse, en dépit de la multiplication des remariages après divorce. En l'absence de témoignage écrit précis, on ignore si une veuve conserve cette qualité. Plaute, Catulle, Properce, Sénèque, Valère-Maxime évoquent et vantent dans leurs textes l'épouse d'un seul homme. Être est la condition obligée pour effectuer certains rites lors des cérémonies nuptiales ou dans les cultes matronaux.

À la fin de la période républicaine, les qualités idéalisées de la matrone et fileuse sont tombées en désuétude. Dans une volonté de retour aux vertus anciennes, Auguste astreint sa fille Julie et ses petites-filles au travail de laineSuétone, Vie d'Auguste, 64..

Privilèges vignette|220px|Le pilentum (ici sur un monument funéraire) était une voiture couverte à quatre roues. La matrone dispose des moyens d'accès au luxe, mais ce privilège lui fut disputé tout au long de la période républicaine. En , période de la seconde guerre punique, la limite à un seul la possession de vêtement de pourpre, et à une demi-once d'or le port d'ornements en or. Les matrones obtinrent en que cette restriction soit abolie, la guerre étant terminée depuis sept ans.

Le droit des matrones aux déplacements dans la ville de Rome et dans les villes de l'Italie en voiture attelée () fut aussi disputé d'après les anecdotes plus ou moins historiques rapportées par Tite-Live. Ce droit de circulation aurait été accordé après la prise de Véies en , pour la consécration à Apollon de Delphes d'une partie du butin. En effet, les matrones auraient complété la quantité d'or promise au dieu en offrant spontanément leurs bijoux. En retour, le Sénat leur accorda le droit honorifique de circuler en les jours ordinaires et en pour se rendre aux jeux et aux sacrifices religieuxTite-Live, Histoire romaine, V, 25, 10.. La de limite l'usage du aux seuls déplacements pour assister aux sacrifices, restriction levée à l'abolition de la dite loi en Tite-Live, Histoire Romaine, XXXIV, 1 Enfin, Jules César interdit la circulation dans Rome et de jour à tout véhicule à roues, à l’exception des lors des cérémonies.

Cultes réservés Les matrones romaines célébraient plusieurs cultes publics ou privés, dont la fondation est justifiée par les auteurs romains par des épisodes plus légendaires qu'historiques, remontant au début de la période républicaine, et peut-être plus anciens : le culte de Pudicitia, initialement célébré exclusivement par les matrones patriciennes , c'est-à-dire n'ayant eu qu'un seul mari. D'après Tite-LiveTite-Live, Histoire romaine, X, 23., la matrone Verginia, exclue pour avoir épousé un plébéien, aurait fondé en un culte paralléle dédié à les Carmentalia, liées aux naissances, sous la protection de Carmenta, les 11 et . Ce culte, public et fort ancien, est célébré par un flamine mineur ce qui prouve qu'il n'était pas exclusivement féminin. Il est pratiquement tombé dans l'oubli à la fin de la République. les Matronalia, célébrées par les femmes mariées aux calendes de Mars. Elles font des offrandes de fleurs et d'encens à la déesse Lucine qui préside aux accouchements, et reçoivent des cadeaux de leur mari. le , veille des nones de juillet, est l'anniversaire de la fondation du temple de en . Élevé en l'honneur des femmes qui obtinrent la retraite de Coriolan venu attaquer Rome, ce temple est desservi par les nouvelles mariées et seules les matrones peuvent couronner la statue de la déesse le , les Nones Caprotines réunissent des matrones et des servantes habillées comme des femmes libres au pied d'un figuier sauvage. Ce culte, justifié par une légende à caractère guerrier, semble d'après ses détails symboliques recouvrir une cérémonie favorisant la fertilité féminine le culte de , interdisant la présence des hommes, et dont les modalités sont inconnues. Il est célébré en décembre, la nuit, en dérogation de l'interdiction faite aux femmes de participer à des célébrations nocturnes

Lors d'événements exceptionnels, les matrones interviennent dans des rituels , c'est-à-dire pour le bien de la communauté romaine. Lors des moments de crise et selon les décisions du Sénat, elles font dans les temples les supplications conjuratoires, balayant le sol de leur chevelure dénouée. La communauté des matrones est sollicitée de même lors de victoires exceptionnelles de l'armée romaine, par des supplications de remerciement. Lors des jeux séculaires organisés par Auguste en puis par Septime Sévère en 204, un groupe de cent-dix matrones choisies dans l'ordre sénatorial et dans l'ordre équestre récitent des prières, offrent des sacrifices et des banquets rituels aux déesses.

Matrones célèbres

Parmi les matrones admirées des Romains, on peut citer Véturia (mère de Coriolan)Tite-Live, Histoire romaine, II, 39-40 ; Valère Maxime, Faits et paroles mémorables, livre V, chap. IV De la piété filiale chez les Romains, Cornélia (mère des Gracques), Aurelia Cotta (mère de Jules César), et Atia (mère d'Auguste)Pour les trois dernières, voir Tacite, Dialogue des orateurs, 28, 6.

Notes et références

Annexes Bibliographie . . .

Articles connexes Place des femmes dans la Rome antique

Liens externes

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