Cet espace, en fond d’estuaire ou aber, où la marée remonte, se situe à l’arrière du port du Guilvinec-Léchiagat, au Nord du pont qui relie les deux rives. En breton, les marins le nomment Penn Ar Stêr, le bout de la rivière. Outre son rôle de « conservatoire patrimonial» de la mémoire de la pêche du port du Guilvinec-Léchiagat, c’est un espace occupé par les hommes depuis très longtemps. C’est aussi une nourricerie, un lieu de production du plancton, matière première de la pyramide alimentaire ; elle qui aboutit aux espèces consommées par l’homme, qui en est « l’étage supérieur ».

Activités humaines présentes depuis plus de 2000 ans

Production de sel Près de la fontaine et du lavoir de Kervarc’h, des archéologues ont trouvé des augets, d’origine gauloise, servant à la cuisson de pains de sel. Le lieu-dit Poriguénor (ancienne ferme) se retrouve sur le cadastre sous différentes orthographes : Poriénor(d), Pouliguenor, Poulic’henor et PouliguenerCadastre Plomeur, Le Guilvinec AD 29 ; ce dernier terme induit une activité de marais salants (cf Poull Gwenn à Penmarc’h ou Le Pouliguen en Loire-Atlantique).

Extraction de pierres Une ancienne carrière au Ménez alimentait des constructions et d’autres carrières du côté de Treffiagat. Le granit du Guilvinec n’était pas de bonne qualité pour la taille : les roches devaient être sélectionnées. Le Ménez, Veilh Vor et Croas Malo (avec Men-Meur à l’Ouest du port) faisaient l’affaire et les blocs extraits ont servi à édifier différents équipements du port au Le pays de Cornouaille. Premiers aménagements portuaires au Guilvinec. Louis CHAURIS. Association bretonne : tome CXV, 2006, UBO CRBC.

Utilisation de la marée Des meuniers s'étaient établis à Moulin-Mer, Ar Veilh Vor, depuis le . Ils faisaient fonctionner un moulin à marée, mais aussi un moulin à vent situé un peu plus loin, les deux se complétant selon les conditions météo et le coefficient de maréePierre-Jean Berrou Hier Le Guilvinec-Léchiagat livre d’Histoire illustré, collection Mémoire, éditions Châtain, 1994.

Activités diverses

La vallée située en arrière de Moulin-Mer a été poldérisée pour l’élevage. Ces terrains ayant appartenu à M. Le Gouvello, furent loués à M. De Toulgoët, ancien préfet, qui tenta d’y établir une pisciculture en 1865 et à M. Du Perray qui organisa un parc à huîtres en 1867SHM Brest 3P2 1865 et 1867.

Les amers pour la navigation

Le feu de Croas Malo, situé à Treffiagat, date de 1869. Son alignement avec le phare de la Pointe de Léchiagat et le moulin Ar Milin Du à hauteur de La Vierge (aujourd’hui disparu), balisait l’axe Sud- Ouest / Nord - Est ; il permettait aux navires qui revenaient de se positionner pour entrer dans le port.

Tentative de production d’énergie Une usine de production de gaz, eau et froid, fut construite au Ménez avant la guerre 14-18. La SAGEFI gérait l'usine, dont le siège était situé à Paris. Elle fit faillite dans les années 1920AD 29 Juge de paix de Pont-L’Abbé.

La construction navale Plusieurs chantiers navals en bois s’y sont installés depuis plus de 80 ans : entre autres Gléhen-Faou et Baltès avant 1939, puis Pierre Gléhen qui est passé ensuite à la construction tout acier, Léon Gléhen, Jules Loussouarn et les Charpentiers associés.

En 2012, ils sont tous fermés, sauf Hénaff, situé au bord de la rue qui mène sur la place.

Aménagements

Au début des années 1950, le gué, qui permettait de passer le Stêr d’une rive à l’autre, à pied, à marée basse, a été remplacé par le pont actuel en béton armé. Des comblements eurent lieu à plusieurs époques ; une route vers l’usine à gaz est réalisée en 1923 ; un quai et un terre-plein du côté du Guilvinec vers 1970 ont été construits. La route passant devant le lycée maritime de Léchiagat a été aménagée en plusieurs étapes au milieu des années 1980.

Les témoins de la pêche

Le cimetière de bateaux contient environ : pinasses, malamoks, un langoustier et autres navires ; tous sont construits en bois et pratiquaient les pêches suivantes : sardine, maquereau, thon, au chalut (poisson et langoustines), langouste, petite pêche (lignes, palangres, casiers). La majorité sont des malamoks : ce sont les premiers chalutiers motorisés, à potences latérales, construits en bois de manière traditionnelle en Pays BigoudenLe Chasse-Marée , septembre 2004.

Les épaves de l'arrière-port

Le Télégramme, en 2000, écrit : Le Télégramme, 22/08/2000.

Une trentaine de carcasses sont enfoncées dans la vasePatrimoine des communes du Finistère (Ed. Le Flohic) .

Sont encore visibles un ancien langoustier de Léchiagat, des pinasses de de long, construites vers la fin des années 1920 et des chalutiers de et plus, construits après 1935, que l'on nommait Malamok. Ce nom est donné en souvenir d'un chalutier lorientais construit en 1929, portant ce nom d'un oiseau des mers du Sud, qui avait servi de modèle aux patrons guilvinistesPierre-Jean Berrou, Patrimoine de la commune (site web : leguilvinec.com).

Les squelettes de membrures, carcasses de bateaux en bois, et morceaux de pont sont comme les côtes d’une baleine échouée. Une coque, visible même à marée haute, résiste aux intempéries. Ces témoins du passé attirent de nombreux artistes peintres et photographes.

Ce cimetière, existant probablement depuis près d’un siècle, a accueilli des carcasses de bateaux jusqu’à 1970 et est une mine pour les passionnés d'histoire maritime et d’archéologie sous-marine.

Inspiration poétique Le présentateur de télévisionAnimateur de l’émission En flânant, diffusée tous les samedis sur FR 3 Bretagne dans les années 1990., Roger Gicquel, a consacré un livre de textes poétiques, illustré de photos de Daniel Le Danvic, aux cimetières de bateaux de la régionLes Bateaux du grand silence, Roger Gicquel, Daniel Le Danvic, éditions La Part commune, Rennes :

Un site du patrimoine maritime

La Fédération Régionale pour la Culture et le Patrimoine Maritime (en partenariat avec la Direction régionale des affaires culturelles) a initié en 2004, un recensement de tous les sites bretons. Son auteur, Justine Leleu, conclutDisparitions en devenir (étude réalisée pour la FRCPM Bretagne par Justine Leleu, étudiante ingénieur, université de technologie de Compiègne) :

Des livres ouverts sur la construction navale

Chaque épave est un livre ouvert plein d'informations. L'étude de ces objets montre la diversité des techniques de construction et leur évolution. Les cimetières de bateaux ne sont pas des décharges. Ils peuvent être aussi riches que les réserves d'un musée. Ils ne font l'objet d'aucune protection et ne cessent de se dégraderChasse-Marée hors-série novembre 1993.

Une flore particulière et une faune spécifique

Les espèces propres aux estuaires s'y trouvent : salicorne, obione, soude, lavande de mer, aster maritime, silènes, plantain, ainsi que mousses, lichens et algues.

Un garde-manger

Des coquillages et des vers enfouis dans le sable et la vase, des poissons remontant avec la marée sont la nourriture des oiseaux : goélands marins et argentés, mouettes rieuses, sternes, grands cormorans, martins-pêcheurs, aigrettes garzette, et de petits échassiers : chevalier Gambette, huîtriers-pies, bécasseaux... Viennent aussi quelques poules d'eau, martins-pêcheurs, et en hiver quelques espèces de canards plongeurs ou des spatules blanches de Sibérie. Une véritable chaîne alimentaire prend naissance dans la vase : le plancton végétal est produit en quantité et sert de nourriture de base au plancton animal et autres larves de poissons, bébés-seiches et crustacés. Les biologistes marins appellent cet ensemble une « nourricerie ».

Une nourricerie pour le renouvellement des ressources vivantes

Selon la définition des scientifiques de l’IFREMER, une « nourricerie » est une .

Un rapport du Conseil économique, social et environnemental de Bretagne expliqueMilieux côtiers, ressources marines et société (rapport du Conseil économique, social et environnemental de Bretagne, décembre 2011) :

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Topic-topos, d’après Patrimoine des communes du Finistère (éd. Le Flohic) Pierre-Jean Berrou, Hier Le Guilvinec-Léchiagat, livre d’histoire illustré, collection Mémoire, éditions Châtain, 1994 Les Bateaux du grand silence, Roger Gicquel, Daniel Le Danvic, éditions La Part Commune, Rennes Carte État-major 1880 AD 29 Milieux côtiers, ressources marines et société (rapport du Conseil économique, social et environnemental de Bretagne, )

Articles connexes Le Guilvinec Chantier naval Glehen

Liens externes Le cimetière de bateaux du Guilvinec-Léchiagat Penn ar Stêr, un estuaire à préserver

Guilvinec-Lechiagat Catégorie:Guilvinec