thumb|Carte de 1360 de la péninsule Ibérique. La couronne d'Aragon, incluant le royaume de Valence au sud, est figurée en vert. Lhistoire du Pays valencien (actuelle Communauté valencienne) est fortement conditionnée par la localisation du territoire, au bord de la mer Méditerranée, sur le levant de la péninsule Ibérique. Elle est foncièrement marquée par trois invasions : la romanisation entamée au , l'occupation musulmane au et la conquête et fondation du royaume de Valence par Jacques Ier d'Aragon au .
Préhistoire et Antiquité Préhistoire thumb|left|Localisation des principaux sites du Paléolithique et de l'Épipaléolithique découverts sur une carte du Pays valencien. Les premiers vestiges d'occupation humaine trouvés sur le territoire valencien datent du Paléolithique inférieur. Les plus anciens sont ceux de la grotte de Bolomor, située à Tavernes de la Valldigna, constitués d'outils et d'os de proies datés autour de avant notre ère. Bien que ne s'agissant pas directement de fossiles humains, ils sont indicateurs de l'activité d'Homo heidelbergensis (pré-Néanderthal).
Les premières traces de feu maîtrisé se trouvent dans la même grotte et sont datées de av. J-C. thumb|Peinture rupestre du barranc de la Valltorta. Au Paléolithique moyen, on trouve des traces d'homme de Néanderthal entre et av. J-C. D'après les sites découverts, on sait qu'il est nomade, fabrique des outils de type Moustérien, réalise des peintures, vit de chasse et de pêche et réalise de petits rites funéraires. L'occupation du territoire augmente considérablement et le nombre de sites connus de cette époque sont nombreux. Le principal est celui de la « grotte noire » (Cova Negra) de Xàtiva.
L'arrivée de l'homme de Cro-Magnon (sapiens) marque l'avènement du Paléolithique supérieur. Il se différencie de Néanderthal par l'usage de technologie et de techniques de chasses plus spécialisées, un mode de vie moins nomade, une amélioration de la gestion des ressources et le développement de l'art. Les conditions climatiques sont difficiles pour les chasseurs à cette époque, avec deux périodes de glaciationVoir Glaciation de Würm.. Le peuplement est plus dense dans les parties méridionales et centrales de la région.
Le Néolithique atteint le levant péninsulaire autour de av. J-C. À cette époque se développent de nouveaux systèmes de production et matériaux comme la pierre polie et la céramique. L'agriculture (blé, orge, légumineuses) et l'élevage de bétail (mouton, porc, chèvre) entraînent de profonds changements dans les modes de vieYolanda Carrión dans .
Occupation pré-romaine thumb|left|Le guerrier de Moixent, sculpture des Contestans datée du . thumb|Le trésor de Villena, l'une des principales trouvailles de l'âge de Bronze en Europe. thumb|La Dame d'Elche, symbole de la présence des Ibères dans la région. L'âge du bronze est marqué par l'installation des Ibères, d'origine méconnue, dans le territoire valencien. À la différence d'autres régions de la péninsule, on ne note aucune influence celte. Au , on trouve les traces de différents groupes, encore méconnus : Contestans au sud, Edetans au centre et Ilercavons au nord Entrée « País Valencià », Gran Enciclopèdia Catalana.. Ils maintiennent des contacts avec Grecs, Phéniciens et Carthaginois qui ont établi des comptoirs sur le littoral, ou d'autres peuples péninsulaires comme les Tartessos.
Les grandes cités ibériques, centres de pouvoir autour desquels se structure le territoire sont Ilici (Elche), Castellar de la Meca (Ayora), Saitabi (Xàtiva), Edeta (Llíria), Gili (Turís) et Kelin (Caudete de las Fuentes).
Romanisation La région est le lieu de batailles de la deuxième guerre punique, dont l'issue entraîne l'intense romanisation du littoral au début du
La romanisation a un impact culturel fondamental. Les Romains, porteurs d'une civilisation nouvelle et techniquement supérieure aux indigènes, fondent de nombreuses villes importantes (Valence en 138 , plus tard Alicante et Dénia), des colonies agricoles, des écoles, conférant un grand prestige à leur culture et permettant la romanisation précoce et intense des territoires péninsulaires orientaux. thumb|Provinces de l'Empire romain sous Dioclétien. Le territoire valencien est inclus dans la province de Tarraconaise et la culture ibère est peu à peu absorbée par celle des colons romains. À l'époque de la décadence de Rome, la difficile gestion de l'empire poussa Dioclétien à créer au sud la province Carthaginoise en - 298, incluant les régions valenciennes méridionales.
Moyen Âge
Royaume Wisigoth À la chute du dernier empereur romain en 476, les terres valenciennes sont intégrées dans un grand royaume wisigoth ayant sa capitale à Toulouse (Languedoc). Après la défaite contre les Francs en 507, le royaume wisigoth rassemble la plus grande partie de la péninsule Ibérique et a pour capitale Tolède. Peu de vestiges de cette période ont été découverts au Pays valencien.
Al Andalus
thumb|Carte des royaumes de taïfa de la péninsule Ibérique en 1031. En 711 le royaume s'effondre sous les assauts des Sarrasins, qui s'emparent de toute la péninsule à l'exception des zones les plus septentrionales, plus pauvres et moins accessibles. Entre 712 et 718 tombent les places fortes de Valence, Elche, Sagonte, Tarragone et de nombreuses autres. Les foyers de résistance sont éphémères et peu nombreux et la civilisation arabe d'Al Andalus s'impose comme culture dominante. Elle se montre tolérante envers les cultures autochtones. L'invasion est suivie d'une importante migration des Goths hispaniques de l’autre côté des Pyrénées. En 956, l'émirat de Cordoue proclame son indépendance, et son échec à organiser Al Andalus comme une structure politique stable provoque entre 1009 et 1050 son rapide démembrement en une multitude de petits royaumes, les taïfas. Le territoire valencien est divisé entre les taïfas de Tortosa, celle d'Alpuente, de Valence et celle de Dénia. À la même époque est entamée la Reconquista, processus de reconquête du territoire péninsulaire par les royaumes chrétiens du nord.
C'est à l'époque musulmane que se développent les grands réseaux de terres irriguées (huertas de Valence, Elche et Orihuela, Vega Baja del Segura, etc.) qui feront la fortune de l'agriculture valencienne.
Entre 1094 et 1102, le Cid parvient à rétablir un royaume chrétien, avec la collaboration des Mozarabes. La reconquête par les Almoravides, connus pour être intransigeants sur le plan religieux, est suivie de leur émigration massive vers la Castille et l'on n'a pas d'éléments attestant d'une présence mozarabe ultérieure sur le territoire valencien.
Fondation du royaume de Valence dans la couronne d'Aragon
thumb|left|Chronologie de la conquête du royaume de Valence. thumb|Le pennon de la conquête, symbole de la prise de Valence le 9 octobre 1238. thumb|Frontière méridionale du royaume selon le traité d'Almizra (1244) conclu entre l'Aragon et la Castille. thumb|left|Localisation du royaume de Valence dans la couronne d'Aragon autour de 1380. thumb|left|Vincent Ferrier (1350-1419), prêtre dominicain et saint patron du Pays valencien, est l'un des participants au Compromis de Caspe (1412). En 1225, Jacques d'Aragon le Conquérant (1208-1276) conclut un accord avec sa noblesse pour étendre le territoire de la couronne d'Aragon vers le sud, alors sous la souveraineté de faibles gouvernants arabes. À la différence de la conquête de Majorque, entreprise par des Catalans, l'opération est une initiative de la noblesse aragonaise, qui cherche à obtenir ainsi une sortie maritime.
La conquête de Jacques commence en 1232 et culmine en 1245 avec l'établissement de la frontière méridionale Biar-Busot, concertée avec la Castille dans le traité d'Almizra. Valence est prise le 9 octobre 1238, date qui est le jour de fête de la région. Le territoire conquis est établi en un nouveau royaume souverain au sein de la couronne d'Aragon. Sa capitale, Valence, est dotée d'un corpus de lois particulières, les fors de Valence, qui sont plus tard étendus à la plus grande partie du royaume. Les zones intérieures du royaume sont soumises au régime féodal aragonais. Ce procédé est souvent présenté comme une manœuvre du souverain afin de freiner l'influence de la noblesse aragonaise dans la couronne. Jusqu'au se déroule un processus de colonisation continue essentiellement en provenance d'Aragon et de Catalogne.
À l'issue de la reconquête, les conversions au christianisme sont peu nombreuses. Tout au long de cette période, les colons cohabitent avec une grande majorité de Mudéjars, qui occupent une grande partie des terres intérieures, pauvres et montagneuses, et se concentrent dans les faubourgs urbains. On les trouve également en nombre important dans les zones de cultures irriguées autour de Gandie et Xàtiva. N'étant pas en mesure de repeupler un aussi vaste territoire, Jacques fait en sorte que les Mudéjars restent dans le royaume, qui présentera par conséquent une structure coloniale dirigée par la minorité chrétienne jusqu’à la fin du .
Sous Pierre II d'Aragon, la Castille cède la région du Valle de Cofrentes après la signature du traité d'Ágreda en 1281.
Jacques II d'Aragon, profitant de luttes internes en Castille, étend le royaume de Valence en annexant le territoire du royaume de Murcie en 1296. Avec la sentence arbitrale de Torrellas (1304) et le Traité d'Elche (1305), la Castille récupère la plus grande partie de Murcie. C'est à cette époque que remonte le valencien de Murcie, dialecte catalan aujourd'hui éteint, apporté par les premiers colons envoyés par la couronne d'Aragon. Les zones de Novelda, Alicante, Elda et Orihuela restent sous juridiction valencienne avec un statut de 'gouvernorat' à l'intérieur du royaume, et sont plus tard repeuplées par des Catalans. thumb|Le palais de la Generalitat à Valence. Au est créée la Généralité valencienne, institution de gouvernement politique du royaume dotée d'un parlement, les Corts valencianes .
Après la terrible peste noire de 1348 et une guerre stérile contre la Castille, la guerre des Deux Pierre, commence une période de prospérité qui atteint son apogée au siècle suivant.
En 1412, le Compromis de Caspe réunit des représentants de tous les royaumes de la couronne d'Aragon après la mort sans héritier de Martin Ier d'Aragon (1395-1410), dernier souverain de la maison de Barcelone, et la couronne est confiée à la maison de Trastamare en la personne de Ferdinand Ier d'Aragon (1412-1416).
Le siècle d'or thumb|left|Salon aux colonnes de la Loge de la Soie de Valence.
thumb|Les tours de Serrans. Alphonse V d'Aragon le Magnanime (1416-1458) est l'artisan de l'expansion de la couronne sur la Méditerranée (Sardaigne, Sicile, Naples, etc.), dont Valence est le centre financier. En 1407 est fondée la Taula de Canvis i Depòsits, grande banque de dépôts Manuel Sanchis Guarner, La Ciutat de València, Ajuntament de València, Valence, 1989 [5 édition], p. 172. La richesse du royaume repose sur une grande ouverture sur le commerce dans la Méditerranée et une importante agriculture (essentiellement de riz et de sucre de betterave). Le poids économique du royaume se maintient durant les règnes de Jean II d'Aragon (1458-1479) et Ferdinand II d'Aragon le Catholique (1479-1516). Il participe au financement de la conquête des Amériques par la couronne de Castille.
En 1469, Valence est derrière Grenade la ville la plus peuplée de la péninsule, avec une population estimée de à , le royaume dans sa totalité en comptant alors environ (environ à Barcelone à la même époque). De son côté la Catalogne se trouve prise dans une guerre civile entre 1462 et 1472, et le royaume de Valence domine la couronne d'Aragon. thumb|Couverture de la première édition en castillan (1511) de Tirant lo Blanc, chef-d'œuvre de l’écrivain valencien Joanot Martorell.