La danse bretonne regroupe un ensemble de pratiques gestuelles issues de l'ancienne danse traditionnelle, pratiquée essentiellement dans les milieux paysans de Bretagne jusque dans l'entre-deux-guerres. Cette première approche mérite toutefois d'être nuancée d'emblée : les influences et les emprunts ont en effet existé entre les petites villes, les bourgs et les campagnes. Le milieu où s'est développée la danse traditionnelle bretonne doit donc être entendu comme une société rurale, mais pas exclusivement paysanne. Enfin, la tradition s'est éteinte à des moments variables selon les pays, dès la Première guerre mondiale dans certains cas, ou plus tard, après 1945. Elle a connu une réappropriation à la fin des années 1950, avec le développement des cercles celtiques et du . vignette| à Langon (Ille-et-Vilaine) Comme toute danse traditionnelle, la danse bretonne se caractérise par une forme (en ronde, en chaîne, en quadrette, en couples, en cortège de couples), un pas (souvent en 4, 6 ou 8 temps) et enfin, un style. La grande majorité des danses, surtout les plus anciennes, sont des danses collectives, en rond ou en chaîne. Les danses en couple, en quadrette ou en cortège de couples sont des formes plus récentes, apparues à la fin du .
Origines Les danses bretonnes sont principalement issues des branles de la Renaissance. La première chorégraphie d'une danse de Bretagne apparaît dans l’Orchésographie de Thoinot Arbeau en 1588 : il y parlait de tors, de caroles, de trihori et de branles. La danse étant un des piliers de la culture bretonne, les différentes danses ont continuellement évolué et atteignent aujourd'hui une très grande diversité. On peut en compter près de 500 si on retient toutes les variantes locales d'une même danse. Il faut cependant rappeler que les familles de danses sont nettement moins nombreuses puisqu'on peut tout ramener à une dizaine de danses « mères ».
Moyen Âge Aussi loin que remontent les sources historiques (c'est-à-dire à la Renaissance), deux types de danses bretonnes sont avérés : la gavotte (, danse qui « fait le tour ») et le passepied. thumb|Gavotte en fest-noz à Saint-Quay-Perros Gavottes Les gavottes, dont de nombreuses variantes existent, dérivent peut-être des trihoris décrits dans l’Orchésographie. Cette transcription, le chanoine Thoinot Arbeau la réalise de mémoire, à 70 ans, l'ayant apprise dans sa jeunesse, sans donner d'informations sur son étendue géographique et sociale.. Des écrivains du parlent de formes de danses pratiquées par l'ensemble de la société bretonne mais l'hypothèse qu'une forme commune ait pu se développer entre les différents terroirs de la Bretagne médiévale et de la Renaissance est peu probable, au regard de l'isolement des communautés villageoises et le peu d'intérêt des lettrés de l'époque pour ces mœurs « vulgaires ».. Les nombreuses similitudes avec les dañs tro donnent à penser que le trihori est vraisemblablement l'ancêtre de la gavotte de Basse-BretagneLa signification même du terme "trihori" peut trouver une explication dans son analogie avec le breton (littéralement « trois jeux ») qui, pour J.-M. Guilcher, trouve son origine dans une répartition de la danse en trois parties : deux fois la avec un bal intermédiaire., influencée également par le branle double..
Passepieds Les passepieds (ainsi que l'équivalent en territoire bretonnant, le ) trouveraient leur origine au Moyen Âge.. L'hypothèse que la pratique aristocratique françaiseÀ la fin du , il sera conseillé à Henri IV, dans une lettre, d'apprendre le passe-pied de Bretagne. se serait inspirée de la version bretonne du passepied est souvent avancée, bien que les versions françaises qui nous sont parvenues n'aient quasiment qu'en commun la similitude homonymique..
Influences des branles de la Renaissance
À partir de la Renaissance, les branles se sont peu à peu propagés de la cour vers les classes populaires, probablement par l'entremise des nobles et de l'imitation. Les analogies évidentes avec les branles français (branle double et simple décrits par Thoinot Arbeau) semblent indiquer que l' et l' en seraient les descendants : les branles simples ont donné l', la trigotine gallèse, etc. et les branles doubles (qui dérivent de ronds plus anciens) ont donné l', le tour, la pilée menue, les ronds de Loire-Vilaine, les contre-ronds, le rond pagan, etc. La combinaison qui s'en est opérée sous le nom de correspondrait alors aux formes de branles coupés dans lesquelles alternaient aussi différentes formules simples et doubles.
Le , le rond de Landeda et le Rond de Penthièvre dériveraient également des branles gais d'influence française.. Les branles ont influencé les terroirs de danse dans toute l'Europe (Asturies, Roumanie…) et même le Brésil. Les avant-deux, comme les guédennes, descendent des quadrilles (qui elles-mêmes dérivent des carrés lesquels dérivent eux-mêmes des contredanses d'influence française). Dans certaines guédennes, le cavalier soulève sa cavalière.
Évolutions
La plupart des danses de fonds anciens de Basse et Haute-Bretagne privilégiaient la ronde ; les danses en couples (, « ventre contre ventre » en breton) étant mal vues dans la plupart des endroits et surtout par le clergé. Depuis la fin du et le début du , la mode et le style des danses suivent l'évolution de la société qui passe progressivement de la vie en communauté à l'individualisme. Les rondes s'ouvrent en chaînes, les couples ont droit de cité dans la danse, les bals à deux, les danses en couples, etc. se multiplient : un certain nombre de rondes (notamment les gavottes) se sont ouvertes et ont donc accéléré, la ronde du Bas-Léon devient un cortège de couples dans la gavotte de Lannilis, etc.
Aujourd'hui, ces danses se pratiquent en Bretagne dans les et les , dans les cercles celtiques où elles représentent la principale activité, ainsi que dans une moindre mesure lors des mariages. Ailleurs, en France et en Europe, on peut en danser certaines dans les bals folk.
Modifications gestuelles La libération de l'individu va entraîner des modifications gestuelles importantes. La cohésion de la ronde était encore renforcée par la tenue resserrée des bras des danseurs, limitant l’expression personnelle des danseurs aux seuls pas. Ce mode de liaison est resté en vigueur dans certains terroirs de , leur préservant ainsi un caractère communautaire. Dans l’, des mouvements de bras, différents suivant les endroits, peuvent être discrets mais aussi plus sophistiqués (gavotte bigoudène ou gavotte d'Hanvec par exemple).. Dans le pays vannetais et au sud-est de la Basse-Bretagne, la vieille danse (l’) est en rivalité avec la nouvelle danse qu’est la ridée, apparue au par adjonction de mouvement de bras aux danses de fonds plus anciens ( ou laridé-gavotte du pays de Pontivy par exemple).. Il en va de même en Haute-Bretagne où la ridée va, partiellement, supplanter la danse de fonds ancien (la pilée menue).. Dans le Léon, le rond de Landéda est une danse récente similaires aux laridés morbihannais.
Emprunts aux voisins Les modifications pouvaient être aussi le résultat d'influences d'un terroir à l'autre. Certains pays ont été influencés plus que d'autres, soit qu'ils se sont ouverts plus tôt, soit que leurs danses propres subissaient déjà une certaine désaffection, soit que les formes importées présentaient des similitudes avec celles déjà installées. Ainsi en Trégor, la dérobée trouvera un terrain de prédilection dans la mesure où l'ancienne danse en double front utilisait la forme du cortège (la dérobée de Guingamp par exemple à la fin du ).
Le plus souvent, les altérations n'affectent que certains éléments de la danse : les formules d'appuis (parallèle entre le rond de Penthièvre et la en pays Fañch), le style, le tempo ( et ridée), la structure rythmiqueLe laridé-gavotte pontivyen détermine des laridés à 8 temps en pays de Baud et influe ensuite plus au sud - notamment pays de Pluvigner - le laridé à 6 temps qui développe une formule à 8 temps., etc. Parfois cependant, une danse entière peut être transposée d'un terroir à l'autre. C'est le cas de la et de la qui diffusent d'une aire à l'autre et trouvent place en premier ou troisième dans la suite tripartite, suites hybrides par interpénétration, bal , ou , bal , ..
Changements de dispositif vignette|Gavotte Pourlet par le cercle de Riec-sur-Bélon. Les danses bretonnes de fonds anciens sont des danses dites communautaires : la ronde traduit et renforce la cohésion de la communauté. Mais l'affaiblissement du sentiment d'appartenance communautaire va émanciper l'expression individuelle. Le danseur éprouve peu à peu le besoin de se mettre en valeur et de rompre la circularité uniforme. De la ronde, qui, par définition, n'a ni début ni fin, on passe à la chaîne ouverte. Automatiquement, celle-ci est menée par un premier danseurCe premier danseur s'autorisait des fantaisies telles que serpentines et escargots, provoquant des accélérations, des ralentissements, amenant même parfois la chaîne à tourner le dos au centre de la formation.. Cette évolution procure honneur et plaisir à celui qui se voit déléguer la fonction de conduire la danse, selon Alexandre Bouët.
L'ouverture de la ronde permet donc des libertés évolutives. Mais cette longue chaîne reste une formation lourde à manœuvrer, malaisée pour le dernier danseur, n'offrant qu'à un nombre réduit de couples l'honneur d'être mis en valeur en la menant. Elle va se scinder en chaînes plus courtes pour aboutir progressivement à des formations plus modestes pouvant aller jusqu'à la quadrette (gavottes de pays de l'Aven). Les changements de direction après demi-tour, les permutations de place rendues plus faciles, vont individualiser encore davantage la danse, offrant à chacun l'occasion de « parader » à son tour. Dans certains pays, la scission de la chaîne va aller jusqu'au cortège de couples (en pays Bigouden).
Le clergé interdisant la danse à cause du contact entre hommes et femmes, les Bretons de la côte Nord y remédient en se tournant vers les contredanses anglaises : les gavottes dans le Haut-Léon ainsi que la et certaines guédennes du Penthièvre et du Poudouvre deviennent des danses en double front. (mettant hommes et femmes face à face sur deux lignes qui progressent parallèlement). La est sans doute la danse la plus ancienne du pays de Léon (Nord Finistère). Identique à la suite de danse du Trégor dans sa forme en double front, elle en diffère par un pas en 8 temps de la famille des gavottes tandis que la suite de danse du Trégor utilise un pas similaire à celui du rond de Penthièvre ou du La particularité de la disposition de ces deux danses ( et ) laisse supposer à J.-M. Guilcher qu'il peut y avoir eu emprunt aux de tradition britannique, « influence possible du fait de l'intensité des échanges, au , entre les deux pays ».. Cette est tombée en désuétude à la fin du ..
Arrivée des contredanses
La contredanse ( anglaise), qui offre à l'individu l'occasion de se mettre davantage en valeur, va trouver grâce tout au long du sur l'ensemble du territoire français. Ces danses à deux ou quatre couples investissent d'abord le public citadin avant de gagner peu à peu le monde rural des provinces françaises dès 1840..