thumb|upright=1.5|Le fort de Douaumont, le fort le plus connu de la place de Verdun, avant que les bombardements massifs de 1916 ne bouleversent les dessus. thumb|upright=1.5|Plan de la double ceinture de forts autour de Verdun. La place fortifiée de Verdun est une place forte centrée sur la ville de Verdun, dans l'Est de la France (département de la Meuse). Appelée camp retranché de Verdun à partir de la fin du , elle prend en le nom de région fortifiée de Verdun, en englobant les forts du rideau des Hauts de Meuse.

Les premières fortifications sont médiévales, renforcées et complétée par des bastions et une citadelle au . À partir de 1874 et jusqu'en 1914, cette place est modernisée en y construisant deux puissantes ceintures de forts, d'ouvrages, de batteries et d'abris entourant l'enceinte urbaine bastionnée et la citadelle : elle devient ainsi une des principales places du système défensif Séré de Rivières, un ensemble de fortifications censé protéger le territoire français d'une invasion.

Utilisées pendant la Première Guerre mondiale, notamment pendant la bataille de Verdun en 1916, ces fortifications ont été déclassées après les combats. Les forts de Douaumont et de Vaux sont désormais des musées.

Situation Réseaux de transport La raison d'être des fortifications de Verdun est d'assurer le contrôle des axes de transport, dans le but d'arrêter ou de freiner une invasion du territoire français. L'axe routier principal est la route assurant la liaison entre Metz et Paris (l'ancienne nationale 3), qui traverse la Champagne par Épernay puis Châlons, franchit l'Argonne entre Sainte-Menehould et Clermont, passe à Verdun avant de rejoindre Metz puis Forbach et Sarrebruck. À Verdun, cette route est-ouest croise des axes nord-sud, tel que la route de Stenay à Saint-Mihiel via Verdun (ancienne nationale 64), la route de Verdun à Saint-Dizier via Bar-le-Duc (l'ancienne nationale 35, surnommée la « Voie sacrée ») et la route de Verdun à Longwy par Étain (ancienne nationale 18).

À partir de 1870, la route est-ouest est doublée par une ligne ferroviaire reliant Reims à Metz, traversant elle aussi l'Argonne entre Sainte-Menehould et Clermont-en-Argonne et franchissant la crête des côtes de Meuse par le tunnel de Tavannes. S'y rajoutent la ligne de Lérouville à Pont-Maugis, qui fait la liaison nord-sud le long de la vallée de la Meuse entre la ligne Paris-Nancy (près de Commercy) et la ligne Valenciennes-Thionville (près de Sedan). S'y rajoutent enfin les voies fluviales, avec la Meuse et surtout le canal de l'Est (creusé entre 1875 et 1887) qui lui est parallèle.

Autres fortifications

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Cette situation de carrefour a entrainé d'importants travaux de fortifications, dès la période moderne, notamment à la suite de l'arrivée des Français en 1552 (Verdun faisait alors partie du Saint-Empire romain germanique en tant que principauté ecclésiastique autonome) : le roi de France fait occuper les Trois-Évêchés lorrains (Metz, Toul et Verdun) et les fait fortifier. Entre 1567 et 1634., d'une part une nouvelle enceinte urbaine est aménagée à la place de la précédente du , avec glacis, fossés et bastions ; d'autre part l'abbaye Saint-Vanne, se trouvant hors les murs, est rasée pour laisser place à une citadelle à sept bastions (attribuées aux ingénieurs Conti d'Argencourt et Errard de Bar-le-Duc). À partir de 1687, des renforcements sont ordonnés par Vauban, le trafic sur la Meuse est désormais contrôlé par trois ponts-écluses (seul subsiste le pont-écluse Saint-Amand). Quelques améliorations à l'intérieur des bastions sont encore menées à partir de 1818..

Les fortifications bastionnés ne suffisent pas à empêcher la prise de Verdun lors des sièges prussiens de 1792 et de 1870. À la suite du traité de Francfort de 1871, la frontière entre la République française et l'Empire allemand est placée à seulement à l'est de la citadelle de Verdun. De plus, la place forte de Metz étant devenue allemande, Verdun est désormais la principale place frontalière sur la route de Paris. En conséquence, la ville fait partie de la première ligne de fortifications élevée à partir de 1874 et modernisée jusqu'en 1917, qui s'étend le long de la nouvelle frontière franco-allemande. Cette ligne est principalement composée des places fortes de Verdun, de Toul, d'Épinal et de Belfort.

Au nord, s'étend entre Verdun et le massif ardennais un espace peu fortifié appelée la « trouée de Stenay », avec seulement quelques forts d'arrêt pour contrôler les axes ferroviaires : d'Hirson, de Charlemont et des Ayvelles, auxquels se rajoutent les vieilles citadelles de Montmédy et de Longwy. Au sud, la place de Verdun est reliée à celle de Toul par un rideau défensif (le « rideau des Hauts de Meuse »), composé d'un alignement de forts : de Génicourt, de Troyon, des Paroches, du Camp-des-Romains, de Liouville, de Gironville et de Jouy-sous-les-Côtes.

Construction et modernisations La construction d'une série de forts autour de la ville de Verdun commence en 1874. Une première ceinture est terminée dès 1877, puis est complété par une seconde ceinture plus vaste jusque dans les années 1880. Cette ceinture extérieure est continuellement complétée et modernisée jusqu'au début de la Première Guerre mondiale. Verdun, la plus au nord des quatre places de l'Est, est en 1914 la plus importante et la mieux équipée des places fortes françaises car elle bloque la route directe allant de Metz à Paris.

1874-1883 Dès que les dernières troupes d'occupation allemandes évacuent Verdun le , les unités françaises sont envoyées occuper les hauteurs entourant la ville. Le , le général Séré de Rivières présente un mémoire proposant la construction de treize forts détachés placés sur ces hauteurs des deux rives ; après le vote des crédits nécessaire par l'Assemblée nationale le , les travaux de terrassement des nouvelles fortifications démarrent, en commençant par TavannesLe fort de Tavannes est d'abord appelé « fort Brûlé » ou « fort du Bois-Brûlé », puis il prend le nom du maréchal de Tavannes, gouverneur de Verdun en 1592. source : . dès .

Lors de l'hiver 1874-1875, la crainte d'un nouveau conflit avec l'Allemagne entraîne la construction à partir de de cinq « redoutes de la Panique », non-prévues par le projet de Séré de Rivières, terminées en . : ce sont les redoutes de Belleville, Saint-Michel, de Belrupt, de Regret et de La Chaume, en arc de cercle sur les premières hauteurs autour de la ville. Ces fortifications (qualifiées plus tard de « forts »), bien que trop proches de la ville (comme le rappelle le rapport d'inspection du duc d'Aumale en 1879), forment la base de la ceinture intérieure de la place (complétée peu après par les forts de Souville et de Tavannes).

Les travaux reprennent à partir de l'été 1875 selon le projet initial, permettant l'aménagement de forts en maçonnerie dont l'artillerie est à l'air libre, tandis que le personnel et les munitions sont abrités dans des traverses-abris et casemates voûtées recouvertes de terre. En 1877, les forts de Tavannes, de DugnyPlusieurs auteurs d'ouvrages et de sites rajoutent le fort de Dugny aux redoutes de la Panique., de Souville et de Marre sont terminés, complétés en 1879 par les forts d'Haudainville et du Rozelier. Le début des années 1880 voie la mise en chantier d'une série d'ouvrages d'infanterie (qualifiés à l'origine de « postes », puis de forts), ceux des Sartelles, de Chana, de Choisel et de Belle-Épine, ainsi que de nouveaux forts, ceux de Vaux, de Bois-Bourrus, de Landrecourt, de Moulainville et de Douaumont.. Le coût total des travaux jusqu'en 1885 s'élève à de francs..

1885-1899 thumb|Cartouche de allemand, la douille contenant de la nitrocellulose (explosif sous forme de corde) et l'obus des shrapnels (balles de plomb).

Au milieu des années 1880, l'invention des obus fusants (explosant au-dessus de l'objectif, le criblant d'éclats ou de shrapnels) et de nouveaux explosifs (poudre sans fumée, mélinite et cordite) multipliant la puissance perforatrice des projectiles rendent caducs les forts qui viennent à peine d'être achevés : le service de l'artillerie à l'air libre devient suicidaire lors des bombardements, tandis que les terrassements et les voûtes s'effondrent sous les coups.

Comme réponse à cette « crise de l'obus-torpille », l'instruction ministérielle du ordonne que la majorité des canons soient retirés des forts et placés dans 42 batteries d'intervalle (entre les forts, à l'air libre mais de façon défilée et dispersée) ; les munitions et poudres doivent être placées dans des magasins souterrains (vingt magasins de batterie, sept de secteur et un central à la citadelle) ; la défense rapprochée doit être assurée par des positions d'infanterie continues (tranchées et réseaux de fils de fer barbelés) aménagés lors de l'entrée en guerre. Pour protéger les forts (qui servent désormais d'observatoires et de position de flanquement), la caserne de onze d'entre euxLes forts et ouvrages sont progressivement recouverts par une carapace de béton : Douaumont en 1887, Souville, Vaux et Marre en 1888, Tavannes et Moulainville en 1889, Rozelier en 1890, Landrecourt et Bois-Bourrus en 1891, Les Sartelles et Choisel en 1894. Source : . est recouverte d'un mètre de sable surmonté d'une couche allant jusqu'à de béton (expérimenté à Bourges en 1887 et à Châlons en 1888), les caponnières sont remplacées par des coffres de contrescarpe. Enfin, des galeries sont aménagées sous la citadelle, tandis que quatre abris-cavernes sont creusés en profondeur près des forts (les abris de Quatre-Cheminées près de Froideterre, de Douaumont, de Souville et de Sartelles-Chana).

Comme la mission des forts passe de celui de grosses batteries d'action lointaine à celui de flanquement des intervalles, la distance entre les forts devient trop importante., d'où la construction en 1887-1888 d'« ouvrages intermédiaires » plus petits que les anciens forts, d'abord en maçonnerie recouverte de béton, d'autant que le passage du général Boulanger au ministère de la Guerre en 1886-1887 et l'affaire Schnæbelé en 1887 font craindre une nouvelle guerre avec l'Allemagne : ce sont les ouvrages de Froideterre, de Thiaumont, de La Laufée, de Déramée, de Charny et de Saint-Symphorien.

En 1890-1891, une première tourelle à éclipse est installée dans un bloc bétonné à à l'ouest du fort de Souville, du modèle Bussière pour deux canons de (elle a précédemment servi à des essais de résistance à Châlons en 1887-1888, puis a été réparée) ; la mise en batterie ou l'éclipse de la tourelle se faisait grâce à une machine à vapeur. De 1895 à 1897 sont menées à Verdun des expérimentations d'emploi du béton armé.

1900-1914 thumb|upright=0.8|Observatoire cuirassé du fort de Douaumont. Le est lancé un programme de modernisation de la place forte, prévoyant la construction d'abris dans les intervalles et le renforcement des forts et ouvrages existants en y rajoutant 46 tourelles à éclipse, 23 casemates de flanquement et 47 observatoires cuirassés, le tout sous de béton armé. Dans les intervalles sont construits 24 abris d'infanterie (16 capables d'accueillir une compagnie, 18 pour une demi-compagnie) sous une dalle d' de béton armé. Les noms de ces abris sont composés de la première lettre des forts ou ouvrages qui les entourent (par exemple le FT 3 est entre Froideterre et Thiaumont).