, opus 28, de Benjamin Britten, est une œuvre pour chœur à voix égales (dans la version d'origine un chœur d'enfants), à trois voix, avec des interventions de voix (d'enfants, ou de femmes) en solistes. L'ensemble comporte une partie de harpe (pour l'accompagnement, mais l'instrument assure seul le numéro 7 Interlude). Britten commença à écrire la partition au cours d'une traversée en bateau en 1942.

Écrite pour le temps de Noël, l’œuvre est constituée de 11 parties (11 Christmas Carols). La partition, à l'écriture souvent très élaborée, a été conçue à partir de ces 11 textes de Noëls. Tous sont chantés, sauf l’Interlude pour harpe seule. La plupart d'entre eux sont tirés de édité par . Ils sont en anglais, en moyen anglais et en latinA Ceremony of Carols sur data.bnf.fr.

Un certain nombre de ces textes a été utilisé par la suite par d’autres compositeurs, notamment par Boris Ord.

L’œuvre a été composée entre mars et octobre 1942 alors que Britten a 28 ans, lors d’une traversée en bateau, des États-Unis vers l’Angleterre, à la même époque que l’ dont elle est très proche du point de vue stylistique.

À l’origine conçue comme une série de pièces chantées sans lien entre elles, l’œuvre a été unifiée par la suite, encadrée au début et à la fin par les processions d’entrée () et de sortie () chantées à l’unisson sur l’antienne grégorienne . Un solo de harpe sur le même thème grégorien, de même que quelques motifs de Wolcum Yole !, ajoutent à l’unité de l’œuvre. De plus, dans les mouvements , et , le chœur reprend des effets de la harpe en écriture canonique serrée.

Plusieurs épisodes présentent de grandes difficultés techniques pour l'interprétation. En effet, dans beaucoup d'églises anglaises, des chœurs d'enfants continuent à être formés au chant et à la musique pendant l'étendue de leur scolarité (à la manière des classes françaises à horaires aménagés).

Genèse de l’œuvre thumb|Sir Robert Southwell (1561-1595), martyr et saint de l'Église catholique, est l'auteur de extrait de (1595) et de , textes utilisés par Britten dans .

Lorsqu’il part aux États-Unis en 1939, Benjamin Britten avait reçu une commande, jamais honorée, d'Edna Phillips, d’un concerto pour harpe.

En 1942, il embarque à bord du navire suédois MS Axel Johnson et durant la traversée de l’Atlantique le ramenant en Angleterre, Britten étudie les traités de composition pour harpe donnés par Edna Phillips. Lors d’un arrêt pour réparation à Halifax, en Nouvelle-Écosse, Britten achète édité par contenant 5 des poèmes mis en musique dans la version primitive : 3. 5. 6. 8. 10. auxquelles s’ajoutent 4b. et une première version d’ sur une musique différente de la musique définitive.

Cette version primitive porte le nom de et date de 1942.

De retour chez lui, Britten ajoute 1. et 11. sur la mélodie grégorienne, et la musique initialement composée pour Hodie est réutilisée pour 2. .

Il compose également 9. . C’est cette version (sans 4a. et l’Interlude pour harpe seule, qui seront ajoutés ensuite) qui est créée à la Bibliothèque de Norwich Castle le par le chœur de femmes Fleet Street Choir dirigé par T.B. Lawrence avec Gwendolen Mason à la harpe.

La version définitive est créée en 1943 au Wigmore Hall par le , avec Maria Korchinska à la harpe, dirigés par le compositeur.

À la suite du succès de la pièce : l’éditeur Boosey & Hawkes demande à Julius Harrison de réaliser un arrangement pour chœur mixte, publié en 1955.

L’œuvre est dédiée à Ursula Nettelship, chef de chœur et professeur de chant, qui prendra en charge la création de la Cantate Saint Nicolas, op. 42.

Pour le lieu et la date de composition, la partition définitive comporte la mention ().

Structure

1. Procession "Hodie Christus natus est" Ce chant est une antienne grégorienne du des secondes Vêpres de Noël. Il est confié aux sopranos qui la chantent en entrant progressivement sur scène dans la manière d'une procession traditionnelle dans les églises chrétiennes. Il ne possède pas d'indication de mesure, ce qui laisse une liberté de tempo aux interprètes. Les deux dernières mesures peuvent être répétées à loisir le temps que les chanteurs prennent leur place.

2. Wolcum Yole ! Ce second chant est une pièce festive et pleine d'entrain destinée à annoncer la venue des prochaines dates importantes du calandrier : Yule (25 décembre), la Fête de la Saint-Étienne (26 décembre), (27 décembre), le jour des Saints Innocents (28 décembre), Thomas Becket (29 décembre), et enfin le Jour de l'An, et la Chandeleur (2 Février). Le texte est écrit en Moyen-anglais.

3. Le manuscrit de "There is no Rose" est conservé au Trinity College (MS 0.3.58) et date du début du . Le ton y est plus révérencieux : le chœur chante la beauté de la naissance de Jésus. Les sopranos et les altos chantent doucement la mélodie à la manière d', tantôt seuls, tantôt accompagnés par le reste de l'ensemble qui les rejoignent à l'unisson. Cette pièce est écrite en langue macaronique, ce qui signifie qu'elle est à la fois en langue vernaculaire (Anglais) et en Latin.

4. That youngë child Ce texte-ci est anonyme. Le chant fait entendre un solo de soprano, accompagnée par la harpe. Les possibilités expressives qu'offrent ce mouvement lui confère un aspect dramatique, et fait penser à un récitatif.

5. Balulalow Le texte de Balulalow a été écrit par frères Wedderburn, en 1548Les frères Wedderburn ont publié ensemble divers travaux autour de l’année 1548, dont ce poème, sans qu’on puisse dire avec plus de précision en quelle année il a été publié environ. Il commence par un solo de soprano censé dépeindre la Vierge Marie chantant une berceuse à son nouveau-né. Le chœur rejoint la soprano pour la deuxième strophe, avec un caractère plus joyeux.

6. A dew in Aprille thumb|Manuscrit du du poème en moyen anglais (Sloane Manuscript BL MS. 2593 conservé à la ), texte utilisé par Britten pour "" Ce texte a été écrit par Sloane dans le premier quart du quart du . Il est conservé à la . Le chant, dans lequel le point de vue passe du bébé à la Vierge Marie, possède un ton tendre et réconfortant. Les différentes voix du chœur entrent en canon afin de donner un effet d'écho. Alors que la nuance baisse progressivement vers un pianissississimo, le chœur fait entendre un forte soudain et sonore pour la dernière strophe.

7. This little Babe Ce chant est extrait de "Newe Heaven, Newe Warre" de Robert Southwell, écrit en 1595. Il contraste totalement avec les mouvements précédents par sa noirceur et son ambiance angoissante. L'argument du texte est une bataille entre le bébé et Satan (allégorie du Bien et du Mal), ce que Britten rend avec un tempo rapide, un crescendo s'étendant tout le long de la pièce, des entrées en imitation et une polyrithmie du chœur avec l'ostinato rythmique de la harpe dans le mode mineur. Le climax de la pièce fait entendre une brusque modulation tandis que l'ostinato de harpe devient une simple batterie de croches, donnant le sentiment d'une course à l'abîme.

8. Interlude Ce mouvement, assez inattendu, est un solo de harpe de caractère intriguant et angélique, dans lequel l'auteur fait la part belle aux sons harmoniques. La deuxième partie du morceau fait entendre un rythme de valse dans lequel les deuxième et troisième temps sont parfois manquants, effet participant du sentiment mystique et mystérieux que laisse ce morceau.

9. Le texte de ce chant est également de Southwell. Le chœur est appelé à former un rond afin de chanter le récit de la naissance de Jésus. Le chœur et la harpe progressent dans le mouvement à des rythmes différents et, au fur et à mesure, se synchronisent jusqu'à ce qu'ils soient au même rythme juste avant la fin. Le chant est censé symboliser la discorde sur terre avant et pendant la naissance du Christ et l'espoir d'avenir et d'harmonie que ce dernier apporte.

10. Ce chant du fut également mis en musique, vers le début du siècle, par William Cornysh. Britten en fait un dialogue entre deux sopranos annonçant les premiers signes du printemps. Le mouvement s'achève avec un appel à remercier Dieu, ce qui constitue une parfaite transition avec le prochain chant, Deo Gratias.

10. thumb|Manuscrit du du poème en moyen anglais (Sloane Manuscript BL MS. 2593 conservé à la ), texte utilisé par Britten pour le "" Deo Gracias est basé sur un poème anonyme en langue macaronique datant du , "Adam lay i-bounden" (). Il relate les événements du Chapitre 3 de la Genèse, la Chute de l'Homme, où Ève est surprise à croquer dans le Fruit défendu. Le texte a ceci d'original qu'il présente l'épisode comme un accident heureux, comme le souligne le dernier vers : "Blessèd be the time That appil takè was" ). Cette idée fut introduite par St. Ambroise et St. Augustin, et développée par la suite par Thomas d'Aquin au . L'utilisation de rythmes syncopés (accentuation du contretemps pour créer un sentiment de décalage) et de staccato (notes courtes et détachées) donne au chœur une énergie presque véhémente dans sa prière à Dieu. Le chœur et la harpe jouent tous deux de plus en plus fort jusqu'à atteindre le dernier accord.

11. Ce dernier chant est une simple reprise de l’Hodie Christus qui ouvre le recueil. Le chœur le chante à nouveau alors qu'il quitte progressivement la scène.

Notes et références

Discographie Par l'Escolania de Montserrat, direction Ireneu Segarra : Benjamin Britten (A Ceremony of Carols), Felix Mendelssohn (3 motets Op. 39). Discos Abadia de Montserrat 1990 ; Rééd. Jade 2004

Bibliographie Carpenter, Humphrey. Benjamin Britten: A Biography (London: Faber, 1992)

Philipp Reed, introduction de la partition A Ceremony of Carols Op. 28 arranged for STAB and harpe, 1994, Boosey & HawkesMusic Publishers Ltd.

Liens externes

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