L'église Saint-Sulpice est une église catholique paroissiale située rue de l'Église à Chars, commune du Val-d'Oise. Elle a été édifiée dans une unique et longue campagne de travaux et achevée entre 1145 pour la nef et les bas-côtés, et 1210 pour la partie haute du chœur. Le plan est celui des plus grandes églises à l'apogée de l'architecture romane, et l'élévation suit dans ses grandes lignes la conception d'origine. Le chœur témoigne en même temps de la transition vers l'architecture gothique qui se manifeste sur ses niveaux supérieurs, et préfigure les cathédrales gothiques de Picardie. L'élévation ambitieuse sur quatre étages est particulièrement remarquable et absolument rare, car n'existant que dans cinq autres églises françaises. Tout l'intérieur de l'église est d'une grande élégance, même si certains remaniements du détonnent, dont notamment trois piles nues de la croisée du transept. Ces remaniements affichent surtout le style gothique flamboyant, alors que le nouveau clocher du troisième quart du est entièrement de style Renaissance. Rapidement reconnue comme l'un des principaux monuments religieux d'Île-de-France, l'église de Chars a fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840, annulé cependant cinq ans plus tard en raison d'un début de restauration maladroit. Entre 1868 et 1870, ce sont les habitants de Chars par leurs dons et trois curés successifs par leur engagement qui permettent la restauration de l'édifice. L'État se désengage jusqu'au second classement intervenant par arrêté du .

Localisation

L'église Saint-Sulpice se situe en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, dans le Parc naturel régional du Vexin français, dans la vallée de la Viosne, sur la commune de Chars, près du centre du petit bourg, rue de l'Église (RD 188). Cette rue monte droit vers l'église depuis la vallée, puis dévie vers le nord-est. C'est la façade occidentale qui est tournée vers la ville. Devant, on trouve un petit parvis, dans la fourchette comprise entre la rue de l'Église et la rue de la Gloriette. L'église est entièrement dégagée d'autres édifices, et on peut en faire le tour, mais le chevet est dominé par un coteau boisé, et il est impossible de l'apprécier en prenant du recul. De même, la proximité des maisons empêche une perspective de vue sur la totalité de l'élévation sud. L'église marque l'extrémité orientale du développement du bourg ancien, et des plateaux agricoles prennent le relais un peu plus à l'est.

Historique Les campagnes de construction de l'édifice thumb|upright|left|Plan restitué à la fin du . Sont marqués en noir les éléments toujours en place au début du . thumb|upright|left|Les voûtes du de la nef ; vue depuis la . thumb|upright|left|Vue depuis la partie sud du déambulatoire sur la tribune nord du chœur ; en haut, galerie ouverte du .

Aucune mention de l'église Saint-Sulpice de Chars antérieure au n'est connue. Sous tout l'Ancien Régime, Chars dépend de l'archidiocèse de Rouen et du doyenné de Meulan. La collation de la cure est partagée entre Thibauld I de Gisors, seigneur de Chars, et Thibauld le Jeune. Le premier ne tarde pas à donner sa part à l'abbaye Saint-Martin de Pontoise, ce que l'archevêque de Rouen, Rotrou de Warwick, confirme par une charte de 1170. Thibauld le Jeune laisse lui aussi sa part à la même abbaye, ce que l'évêque confirme par une autre charte datée de 1173. En cette année, l'abbé Lecelin installe un curé du nom de Guillaume, le premier qui soit connu. Dédiée à saint Sulpice de Bourges, l'église est en chantier depuis plus de vingt-cinq ans. Thibauld II de Gisors avait sans doute espéré que l'abbaye Saint-Martin œuvre pour un achèvement rapide de l'église, mais ses espoirs sont déçus, raison pour laquelle il décide de la donner à une autre abbaye dès 1176, en l'occurrence la puissante abbaye de Saint-Denis. Les moines de Saint-Martin de Pontoise conservent seulement quelques privilèges, ce qui ne semble pas leur convenir, car des contestations se manifestent, et les deux abbayes concluent un accord en 1177. On devait s'attendre à ce que l'abbaye de Saint-Denis mette en œuvre tous les moyens nécessaires pour assurer un achèvement rapide du chantier, mais rien ne semble être entrepris avant le début du siècle suivant, quand le chœur est enfin terminé...

L'amorce des nervures des voûtes primitives du transept et du chœur indique que ces voûtes ne sont pas antérieures au . La galerie de circulation ouverte en encorbellement au niveau de la naissance des voûtes remonte à la même époque, mais la rosace dans le mur septentrional du croisillon nord semble déjà avoir été construite à la fin du . Les voûtes du déambulatoire sont également du , ce qui montre que la construction du chœur avait déjà commencé avant la reprise de l'église par l'abbaye de Saint-Denis. Les absidioles en hémicycle disposées en chapelles rayonnantes autour du déambulatoire sont par ailleurs bien caractéristiques du et de l'architecture romane. Grâce à des analogies avec d'autres églises, notamment l'abbatiale de Saint-Germer-de-Fly, la partie basse du chevet de l'église de Chars peut effectivement être située entre 1160 et 1175 environ. Cette datation ne concorde pas avec les chapiteaux à crochets visibles dans les tribunes du chœur, indiquant le style gothique primitif. C'est cette rupture de style qui permet de conclure à une interruption des travaux de gros œuvre entre 1175 et 1210 environ..

En haut du mur méridional du chœur, une petite baie à tête tréflée est aménagée au . Sinon, l'église n'évolue plus jusqu'à l'effondrement du clocher central au . Situé au-dessus de la croisée du transept conformément à, l'usage dans la région, le clocher avait déterminé la largeur réduite de la nef et des croisillons. Aucune représentation iconographique du clocher primitif n'est connue. À la suite de l'effondrement, tous les doubleaux du carré du transept et toutes les voûtes adjacentes sont refaites (celle de la dernière travée de la nef, celles du transept et celles du chœur), et trois des quatre piles de la croisée du transept sont également rebâties. Uniquement la pile à l'angle nord-est subsiste donc du . D'autres remaniements ont lieu à la même occasion : les fenêtres de la dernière travée de chacun des bas-côtés sont agrandies ; les chapiteaux des bas-côtés sont en partie refaits sans style ; l'arcade derrière le triforium occidental du croisillon nord et s'ouvrant initialement sur les combles du bas-côté nord est refaite ; les baies du triforium du croisillon sud sont refaites ; et la première et la dernière chapelle rayonnante sont reconstruites selon un plan à pans coupés. Les trois autres chapelles sont conservées jusqu'au soubassement des fenêtres, et sont sinon soumise à la même transformation. Initialement trois baies identiques en plein cintre éclairaient chaque chapelle ; désormais, c'est une large baie centrale flanquée de deux baies plus étroites. Finalement, un nouveau clocher est édifié au-dessus de la dernière travée du bas-côté sud. La date de 1562 est gravée en haut du second étage, ce qui permet de situer le début des travaux en 1561 au plus tard. L'achèvement a lieu vers 1576, date gravée sur la balustrade au sommet de la tour..

La restauration de l'église depuis 1840 thumb|Clé de voûte de la . thumb|Exemple de chapiteaux romans.

L'église Saint-Sulpice fait partie des 934 premiers bâtiments classés aux monuments historiques par la liste de 1840, dont seulement cinq autres églises sur le territoire de l'actuel département du Val-d'Oise. Un premier état des lieux sommaire indique que l'église de Chars se trouve , et au moins sont demandés pour financer des travaux, alors que la commune et la fabrique ne peuvent réunir que 30 francs par an ; p. 190.. Des premiers travaux de restauration exécutés très maladroitement provoquent toutefois un déclassement dès 1845, et l'église continue de se dégrader. Bâtie sur un terrain marécageux, elle est sensible aux vibrations des trains circulant sur la nouvelle ligne de chemin de fer de Pontoise à Dieppe, et les murs se tassent. En 1868, le curé Huan lance une souscription pour financer des travaux de restauration, et la fabrique dépense la somme de pour refaire les contreforts du chevet, deux arcs-boutants, trois piliers du chœur, le mur extérieur derrière le triforium de l'abside et deux baies du bas-côté nord. En 1870, on a l'idée malencontreuse de rehausser le sol de la nef et des bas-côtés pour les aligner sur le même niveau que le transept, ce qui implique l'enterrement des bases des colonnes. En 1890, le curé Plaissonnet fait enlever les couches de badigeons recouvrant tout l'intérieur de l'église pour faire ressortir de nouveau les détails de l'architecture d'origine, et peu de temps après, le curé Picard fait nettoyer plusieurs chapelles rayonnantes..

En 1901, l'architecte Anthony Selmersheim constate le résultat déplorable d'un nettoyage à vif des parements intérieurs. Une restauration du transept est entreprise en 1902. Avec le recul, les travaux de restauration de la seconde moitié du sont jugés inappropriés, mais au début du , Eugène Lefèvre-Pontalis émet encore un avis plutôt favorable. Il souligne que c'est grâce à l'engagement des habitants et de trois curés successifs que l'église a été sauvée de la ruine certaine. En effet, la commune oppose un refus constant à toutes les propositions de classement, et l'État s'abstient complètement du financement des travaux. Finalement, l'église est classée d'office par décret du . Comme premiers travaux subventionnés par les Monuments historiques, le clocher est restauré sous Jules Formigé en 1925, puis il répare les dégâts causés sur le pourtour du chevet par l'effondrement du mur de soutènement qui protège l'église des éboulis du plateau. En 1944, sous la Seconde Guerre mondiale, le souffle de bombes tombant à proximité enfonce les vitraux, qui en 1956 sont remplacés par des vitraux crées par le maitre verrier Francis Chigot . Jusqu'en 1965, les toitures sont réparées, et quelques maçonneries extérieures sont reprises. — Eugène Lefèvre-Pontalis estime qu'après la restauration trop radicale de la collégiale Notre-Dame de Poissy par Eugène Viollet-le-Duc, l'église Saint-Sulpice de Chars représente le monument le plus intéressant de tout le département de Seine-et-Oise. Maryse Bideault et Claudine Lautier épinglent toutefois l'authenticité douteuse de certaines dispositions, et regrettent l'impact négatif des restaurations maladroites du passé sur l'effet général du monument...

Situation actuelle

Sous la Révolution française, le nouveau diocèse de Versailles avait été créé pour regrouper les paroisses sur l'ensemble du territoire du département de Seine-et-Oise. Dans le cadre de la refonte des départements d'Île-de-France et de la création du département du Val-d'Oise, le nouveau diocèse de Pontoise est érigé en 1966. Chars n'est à présent plus une paroisse indépendante, et est affiliée à la paroisse d'Avernes et Marines. Elle regroupe un total de trente-quatre villages. Le dernier prêtre résidant à Chars est l'abbé Léon Langlais, curé de Marines à partir de 1971, puis du groupement de Marines à partir de 1980. Après son départ en retraite en 1997, il s'installe au presbytère de Chars, à l'est de l'église. Le , le jubilé de ses soixante années de sacerdoce est célébré en la cathédrale Saint-Maclou de Pontoise.. D'abord, le père Langlais reste au service de la paroisse comme prêtre coopérateur. Plus tard, les difficultés liées à son grand âge l'incitent à ne plus célébrer l'Eucharistie en public. L'abbé Langlais décède le dans sa quatre-vingt-quinzième année, et ses obsèques sont célébrées le en l'église de Marines.. — Les messes dominicales ont lieu en l'église Saint-Sulpice environ quatre fois par an, en automne et au printemps, le samedi soir ou le dimanche, sans rythme fixe..

Description Aperçu général thumb|upright|Plan de l'église.