La Royauté romaine (en latin : ) est la première et la plus méconnue des périodes de l'histoire de la Rome antique. Selon la tradition, la royauté commence avec la fondation de Rome par Romulus et Rémus en l'an 753 av. J.-C., et se termine à la révolution de 509 av. J.-C. qui chasse le dernier roi, Tarquin le Superbe, pour instaurer la République romaine. Les historiens romains identifient sept rois : Romulus (avec selon certaines sources Titus Tatius), Numa Pompilius, Tullus Hostilius, Ancus Marcius, considérés comme plus ou moins légendaires, puis des rois d'origine étrusque : Tarquin l'Ancien, Servius Tullius et Tarquin le Superbe.
Les récits des auteurs antiques rédigés plusieurs siècles après la période de la royauté sont plus ou moins largement mis en doute par la critique historique moderne, qui en souligne la faible fiabilité en raison d'éléments légendaires ou anachroniques, et de son caractère orienté, idéalisant les premiers rois pour noircir le dernier Tarquin.
À l'issue de cette période, Rome apparaît, lorsque l'archéologie complète la tradition, comme une cité-État organisée, avec ses temples et son urbanisation, la principale ville du Latium ouverte aux influences grecques et étrusques.
En toutes circonstances, il convient d'éviter l'expression « monarchie romaine » qui crée une confusion avec le régime impérial.
Sources Sources littéraires antiques L'histoire écrite de la royauté romaine ne nous est parvenue que de façon fragmentaire par Quintus Fabius Pictor, le plus ancien des historiens romains, qui écrit vers , soit plusieurs siècles après cette période. Deux siècles plus tard, d'autres auteurs comme Tite-Live, Denys d'Halicarnasse, Plutarque, Varron donnent des récits plus complets en s'appuyant vraisemblablement sur celui de Pictor, et peut-être sur des auteurs grecs comme Aristote et Timée de Tauroménion qui mentionnent Rome. Aucune archive écrite n'étant disponible pour ces auteurs antiques, on pense que Pictor se base sur des traditions orales, légendes populaires et évocations des ancêtres des anciennes familles aristocratiques, chantées lors des banquets si l'on en croit Caton l'Ancien, ou récitées lors des oraisons funéraires.
Concilier les récits grecs présentant le héros troyen Énée comme fondateur de Rome avec la légende romaine de Romulus pose un problème chronologique, qu'une filiation entre Énée et son petit-fils Romulus ne résolvait pas, alors que Timée fixait la fondation de Rome en , tandis qu'Ératosthène plaçait la chute de Troie en L'insertion du règne de douze rois d'Albe la Longue permit de définir un lien chronologique entre les deux héros.
Selon la tradition, rapportée notamment par Tite-Live, après la guerre de Troie, Énée traversa la Méditerranée et fonda la ville de Lavinium en Italie. Son fils Ascagne fonda la ville d'Albe la Longue. De cette famille naquirent les jumeaux Romulus et RémusTite-Live, Histoire romaine, I, 1-4.
Critiques des sources Dès la Renaissance, un courant hypercritique s'oppose à ceux qui accordent une part de vérité historique aux récits des premiers siècles de Rome. Parmi ces critiques, Theodor Mommsen (1817-1903) considère que les récits des origines sont un moyen de propagande pour les Romains des périodes postérieures, qui se forgent un passé prestigieux. Un de ses élèves, Ettore Pais (1856-1939), passe au crible ce qu'il considère comme le fruit d'une et établit une chronologie des faits précis. Les historiens suivants, au , négligent l'événementiel et l'anecdotique, pour s'intéresser aux institutions, aux structures économiques et aux faits religieux.
Parmi les approches critiques du , le philologue et comparatiste Georges Dumézil (1898-1986) analyse les mythes romains dans son étude sur l'héritage indo-européen à Rome, publiée en 1949. Il voit dans la succession des premiers rois un exemple des fonctions tripartites indo-européennes : Romulus le fondateur et le pieux Numa Pompilius exerçaient la fonction souveraine, à la fois organisatrice et sacerdotale, Tullus Hostilius la fonction guerrière, et Ancus Marcius le bâtisseur la fonction productrice. Il retrouve les mêmes caractéristiques dans la triade des dieux majeurs : Jupiter, Mars et Quirinus. Dans Mythes et Épopées, Dumézil établit des parallèles entre le schéma narratif des luttes contre Porsenna à la fin de la période royale et les grands mythes opposant les Bons aux Mauvais tels le Mahabharata indien ou le Ragnarök nordique, et rapproche les héros borgnes Horatius Coclès et Odin, ou manchots Mucius Scaevola et Týr. L'explication de Dumézil des récits des origines de Rome, considérés comme pseudo-historiques et transposés de mythes indo-européens a rencontré l'adhésion surtout en France, mais est minimisée ou combattue ailleurs. Les découvertes archéologiques qui confortent en partie les récits des origines tempèrent l'analyse hypercritique de Dumézil et la repositionnent comme un outil d'étude de la religion romaine.
Apports de l’archéologie
vignette|Aire archéologique de Sant'Omobono, au pied du Capitole - Vélabre.
À Rome même, de nombreux vestiges des époques préroyale et royale ont été fouillés au cours du avec des méthodes de plus en plus fines : les découvertes réalisées à partir de 1899 par Giuseppe Boni et ses successeurs, publiées de 1953 à 1973 par le Suédois Einar Gjerstad dans un important inventaire des éléments archéologiques. Toutefois, leurs datations et la théorie de formation de Rome par un synœcisme unissant des villages implantés sur les collines sont depuis remises en cause. Dans ces études, le Latium n'apparait au que comme une structure pré-urbaine, et Rome comme des villages dispersés sur les collines. Les fouilles ultérieures suscitent des questionnements sur cette vision qui situe l'apparition d'une véritable cité-État à partir du milieu du , soit au moins un siècle après Romulus. Les fouilles que mène Andrea Carandini depuis 1985 ont mis au jour des murailles au pied du Palatin, qualifiées de « murs romuléens », tandis que d'autres trouvailles sont datables du , comme un dépôt votif sur le Capitole ou à l'emplacement des , endroit où Romulus aurait installé les premières curies.
L’archéologie observe pour la période de la royauté romaine un net enrichissement des tombes avec la présence d’objets de luxe importés (quatrième phase, dite orientalisante, de à pour la chronologie de Müller-Karpe-Peroni). Les céramiques grecques, notamment corinthiennes, et étrusques, les reliefs décoratifs en terre cuite sont présents dans tout le Latium, y compris à Rome, et attestent des contacts précoces avec les commerçants grecs. À Rome même, les fouilles réalisées sur les sites de la Regia, du Comitium et du forum Boarium autour de Sant'Omobono montrent les premières installations urbaines dans la seconde moitié du , puis l'essor de constructions publiques et religieuses entre et , puis une nouvelle phase vers , avec la transformation d'édifices antérieurs et la construction de nouveaux édifices.
Hors de Rome, les peintures murales de la tombe étrusque de Vulci dite tombe François constituent un document exceptionnel. Elles figurent et nomment des personnages en rapport avec des Étrusques cités par les Annalistes romains : Cneve Tarchu Rumach, qu'on peut transcrire en Cnaeus Tarquin de Rome, Mastarna, autre nom de Servius Tullius, les frères Caile et Aule Vipinas à rapprocher de Caelius Vibenna et Aulus Vibenna.
Les rois et leurs réalisations selon les annales antiques
Fabius Pictor accorde une durée de 245 ans à la période monarchique, soit sept générations de 35 ans. On ignore si cette série est à l'origine du dénombrement traditionnel de sept rois à Rome, ou si à l'inverse la succession des rois s'est étalée sur 245 années. Heurgon considère comme probable qu'il y a eu des rois que l'histoire de Fabius Pictor n'a pas retenus, à preuve les huit statues archaïques dressées au Capitole et supposées être les rois de Rome, sans que l'on sache qui est le huitième, quoique Dion CassiusDion Cassius, XLIII, 45, 3-4 dise qu'il s'agit de Brutus.
Les annalistes romains suivent la liste établie par Fabius Pictor, avec une première série de rois latins et sabins, présentés comme des souverains dévoués à l'État, aux mœurs patriarcales et respectueux des grandes familles, les , puis une série de trois rois étrusques à la puissance absolue, novateurs, riches et violents. À chaque souverain, les auteurs antiques attribuent une ou des contributions particulières dans la création des institutions romaines et dans le développement socio-politique de la cité. Si ces institutions et ces faits semblent généralement réels, la critique historique considère que leurs attributions sont mythiques, surtout pour les quatre premiers souverains : Romulus est considéré comme le fondateur de la ville, à laquelle il donna ses principales institutions civiles comme le Sénat, les premières tribus et les premières extensions du territoire contrôlé par Rome ; Numa Pompilius aurait créé les principaux sacerdoces et les fêtes religieuses, et le premier calendrier romain de douze mois ; selon la tradition, il aurait eu une dévotion particulière à Fides et aurait appris aux Romains le serment par Fides, le plus important des engagementsDenys d'Halicarnasse, II, 75 ; Plutarque, Vie de Numa, 16. Qu'elle soit ou non inspirée par Numa, cette Fides qui établit des obligations réciproques entre les hommes, ou entre les hommes et les dieux, reste comme un fondement du droit et de la religion romaine ; Tullus Hostilius, en battant et en annexant Alba Longa, amorça l'expansion territoriale dans le Latium ; Ancus Marcius aurait pris le contrôle des bouches du Tibre et fondé Ostie, port de Rome ; Tarquin l'Ancien, venu de la cité étrusque de Tarquinia aurait transformé Rome par ses constructions, dont le temple de Jupiter capitolin et le drainage du forum romanum par la Cloaca Maxima ; Servius Tullius, d'origine obscure, aurait organisé l'État, en répartissant la population en tribus territoriales et en centuries, pour organiser la conscription militaire par classes de . Il aurait construit la première enceinte fortifiée (dite muraille servienne) ; Tarquin le Superbe, venu au pouvoir en assassinant Servius, provoque la haine de la royauté par son comportement tyrannique et les exactions de ses fils. Le fameux viol de Lucrèce par son fils Sextus Tarquin aurait suscité la révolution républicaine.
La royauté Le thumb|Fragment de coupe en bucchero étrusque, avec l'inscription 15px|15px|E15px| (REX, en alphabet étrusque), trouvé en fouillant la Regia. Diamètre du pied :
Le nom même du roi, , témoigne de son antériorité à la période étrusque et de son archaïsme par son étymologie indo-européenne, qu'on retrouve dans le celtique rix, le vieil irlandais ri, et le sanscrit rajan. Le terme proto-indo-européen *reg est issu de la racine signifiant « tendre, étirer en ligne droite, redresser ». Émile Benveniste pense qu'il désignait , et était le titre d'un chef garant de l'ordre moral et social, avec peut-être des fonctions à caractère religieux, comme la délimitation des espaces sacrés ou des frontières..
L'accession à la royauté