Théodore Chassériau, né le à Santa Bárbara de Samaná dans la colonie espagnole de Saint-Domingue (actuelle République dominicaine), et mort le à Paris, est un peintre français. Le portrait qu'il réalisa à l'âge de 15 ans de Prosper Marilhat fait de Théodore Chassériau le plus jeune peintre exposé au musée du LouvreJean-Baptiste Nouvion, Chassériau Correspondance oubliée, préface par Marianne de Tolentino, Paris, Les Amis de Théodore Chassériau, 2014. vignette|Dessin du philosophe Félix Ravaisson, graphite sur papier vergé blanc (1846) - New-York, Metropolitan Museum of Art. Son père, Benoît Chassériau est un diplomate, agent secret français, et ministre de la police de l'État libre de Carthagène des Indes (Colombie). Il est le premier diplomate français auprès de la République de Colombie en 1824.
Biographie
Théodore Chassériau vit ses premières années à El Limón de Samaná, dans la colonie espagnole de Saint-Domingue (actuelle République dominicaine) . Il est élevé par sa mère Marie-Madeleine Couret de la Blaquière, elle-même issue d'une famille de colons. L'enfance du peintre est marquée par l'absence de son père Benoît Chassériau, un temps ministre de l'Intérieur du Libertador Simón Bolívar (libérateur de la Bolivie, de la Colombie, de l'Équateur, du Panama, du Pérou et du Venezuela de la domination espagnole), probablement agent secret dans l'Amérique espagnole et consul de France à Porto Rico. Son père laisse la charge de la famille à son fils aîné Frédéric-Victor-Charles Chassériau, lequel fait venir ses frères et sœurs à Paris en 1822.
Jean-Auguste-Dominique Ingres, son professeur à l'École des beaux-arts de Paris de 1830 à 1834, décèle très tôt le talent du jeune Théodore et lui prédit qu'il sera . Nommé directeur à la villa Médicis, Ingres lui propose de le suivre à Rome, offre que Chassériau décline, faute d'argent.
Théophile Gautier, qu’il rencontre la première fois en 1833, sera un ami et un ardent défenseur de son œuvre et publiera plusieurs critiques de ses toiles dans le quotidien La Presse. Gautier lui prête alors des ou parle de pour tenter de rendre compte de l'univers particulier du peintre. Chassériau ne cesse de se jouer d'atmosphères troubles, étranges, équivoques et mystérieuses. En 1839, Chassériau commence à exposer au Salon avec Suzanne au bain .
En 1840, il part pour Rome avec le peintre Henri Lehmann et peint le portrait du père Henri Lacordaire, renoue un temps avec son maître, Ingres, qui lui reprochera son manque de savoir livresque et avec lequel il rompra définitivement. Parmi les principales œuvres de sa maturité précoce il faut citer, en 1843, la peinture murale de l'église Saint-Merri (Paris) aux figures sinueuses et élégantes inspirés par Ingres..
Théodore Chassériau, admirateur d'Eugène Delacroix, se sent attiré par l’Orient. Sur l’invitation du calife de Constantine, Ali Ben Ahmed, il se rend en Algérie en 1846. Ses scènes de combats de cavaliers arabes et ses scènes de vie des femmes à Alger montrent sa maîtrise du mouvement et de la couleur. Il cultive les clichés érotiques de la femme orientale, notamment dans son Femme mauresque sortant du bain au sérail.
Ami d'Alexis de Tocqueville et conseiller d’État, son frère aîné Frédéric Chassériau, l'appuie pour l'obtention de la commande des fresques ornant l’escalier d’honneur de la Cour des comptes, située dans le palais d’Orsay (détruites en 1871). Charles Frédéric Chassériau, cousin germain de l'artiste, avait lui-même participé à la construction de la Cour des comptes 20 ans plus tôt. Les fresques, peintes par Chassériau de 1845 à 1848, constituaient certainement son œuvre majeure ; seuls quelques restes ont pu être sauvés grâce à l’initiative du baron Arthur Chassériau et d’Ary Renan et sont aujourd’hui conservés à Paris au musée du Louvre.
Chassériau combine les leçons de ses deux maîtres. La pureté classique des lignes inspirées par Ingres s'anime de la fougue romantique de Delacroix, son second maître Bruno Chenique, Stéphane Guégan, Vincent Pomarède et Louis-Antoine Prat, Théodore Chassériau 1819-1956, The Unknown Romantic, [catalogue d'exposition], Paris, Grand Palais ; Strasbourg, musée des beaux-arts ; New York, Metropolitan Museum of Art, 2002-2003. Britannica online.
Chassériau, dans ses peintures, crée des images de femmes stéréotypées et exacerbe leur érotisme (Esther se parant pour être présentée au roi Assuérus, dit La Toilette d'Esther, musée du Louvre). thumb|Étude d'homme (1832) - musée de Montauban. thumb|upright=1|Les Deux sœurs (1843, Paris, musée du Louvre). vignette|upright=1|Esther se parant pour être présentée au roi Ahasuerus, dit La Toilette d'Esther (1841), huile sur toile, , Paris, musée du Louvre. thumb|right|upright=1|Andromède attachée au rocher par les Néréides (1840), Paris, musée du Louvre. thumb|upright=1|Révérend Père Henri-Dominique Lacordaire (1840), Paris, musée du Louvre. thumb|upright=1|Nu dans un harem (entre 1850 et 1852), collection particulière. thumb|Portrait d'Alexis de Tocqueville (1855), château de Versailles. thumb|upright=1|Vénus marine dite Vénus anadyomène (1838), Paris, musée du Louvre. thumb|upright=1|Portrait du comte Emile Desages (1848), Paris, ministère des Affaires étrangères, Paris. thumb|right|upright=1|Othello et Desdémone à Venise (1850), huile sur bois, , Paris, musée du Louvre. Il entretient une relation passionnée avec la comédienne Alice OzyJean-Louis Vaudoyer, Alice Ozy ou l’Aspasie moderne, Paris, Trémois, 1930 : qui dure deux ans et lui vaut la jalousie de Victor Hugo, admirateur éconduit de la comédienne. Parmi ses nombreux amis, on compte le peintre William Haussoullier (portrait crayonné, 1850) Graham Reynolds, « 'The Fountain of Youth' a forgotten star of the 1845 salon », In: Apollo (Vol. 162, Issue 522), août 2005 — lire en ligne sur The Free Library..
Chassériau meurt à 37 ans, en 1856, à son domicile du rue Fléchier à Paris. Il avait reçu les insignes de chevalier de la Légion d'honneur le .
Il est inhumé à Paris au cimetière de Montmartre, , avenue Saint-Charles, avec sa famille dont son frère Frédéric (1807-1881), conseiller d'État et son petit cousin Arthur Chassériau (1851-1934).
Théophile Gautier rédigea dans le journal L'Artiste son oraison funèbre :
Postérité Gustave Moreau réalisera en hommage à son ami et sans doute maître Elizabeth Basye Gilmore Holt, From the Classicists to the Impressionists: Art and Architecture in the Century, Yale University Press, 1986., le tableau Le Jeune Homme et la MortConservé au Fogg Art Museum de l'université d'Harvard. Le dessin préparatoire est conservé à Paris au musée d'Orsay. Ce tableau est décrit par Paul de Saint-Victor dans le journal La Presse du 7 mai 1865...
Le frère aîné du peintre, Frédéric-Victor-Charles Chassériau, a fait don des esquisses pour la chapelle des fonts de l'église Saint-Roch et de l’hémicycle de l'église Saint-Philippe-du-Roule au Musée de la ville de Paris (Petit Palais)Les donateurs du Musée historique de la ville de Paris par Charles Poisson - 1868.
Enfin, l’œuvre de Chassériau a fait l’objet d’une des plus grandes donations faites aux musées nationaux. En 1936, le cousin issu de germain du peintre, le baron Arthur ChassériauFils de l'architecte en chef d'Alger, Charles Frédéric Chassériau., légua aux musées nationaux l'ensemble des œuvres de Chassériau qu'il avait mis une vie à réunir, soit et quelque . Ces œuvres sont aujourd’hui conservées à Paris au musée du Louvre (où une salle lui est consacrée), au musée d'Orsay, à Poitiers au musée Sainte-Croix, et dans divers musées nationaux en province.
Les peintures et dessins de Chassériau sont exposés dans trois continents au travers des collections permanentes des musées nord américains (États-Unis et Canada), en Asie au Musée national de l'art occidental de Tokyo et en Afrique au Musée national des beaux-arts d'Alger. Les principaux musées nord américains possédant des œuvres de l'artiste, sont : Metropolitan Museum of Art de New York, Fogg Art Museum de l'université Harvard, National Gallery of Art de Washington, Detroit Institute of Arts, Museum of the Art Rhode Island School of Design, J. Paul Getty Museum, l'Art Institute of Chicago et le Musée des beaux-arts de Montréal.
La dernière grande rétrospective des œuvres de Chassériau s'est tenue en 2017 au musée national de l'art occidental de Tokyo sur le thème « Théodore Chassériau : Parfum exotique ».
Avant celle de Tokyo, il y eut en 2002 la grande rétrospective « Théodore Chassériau (1819-1856), Un autre romantisme » au Grand Palais à Paris qui s'est ensuite transportée au Metropolitan Museum of Art de New York et au musée des beaux-arts de Strasbourg.
Principales œuvres
Pour le portrait qu'il fait de Prosper Marilhat en 1835, Chassériau, n'a que 15 ans. Il est ainsi le plus jeune peintre exposé au musée du Louvre.
De 1835 à 1849 1835 : Autoportrait, peinture (musée du Louvre) 1835 : Aline Chassériau, peinture (musée du Louvre) 1835 : Prosper Marilhat (1811-1847), peinture (musée du Louvre) 1836 : Ernest Chassériau, peinture (musée du Louvre) 1836 : Caïn maudit 1836 : Portrait d'Aline Chassériau, dessin (Fogg Art Museum de Harvard) 1836 : L'Enfant et la poupée (portrait de Laure Stéphanie Pierrugues), peinture (coll. privée) 1836 : L'Enfant au basson (portrait de Victor Pierrugues), peinture (coll. privée) 1836 : Retour de l'enfant prodigue 1837 : Ruth et Booz 1838 : Vénus marine dite Vénus Anadyomène, peinture (musée du Louvre) 1839 : Suzanne au bain, peinture (musée du Louvre) 1840 : Andromède attachée au rocher par les Néréides, peinture (musée du Louvre) 1840 : Henri Lacordaire (cloître de Sainte-Sabine à Rome), peinture (musée du Louvre) 1840 : Jeune prêtre, peinture (Detroit Institute of Arts) 1840 : Le Christ au Jardin des Oliviers (musée des beaux-arts de Lyon) 1840 : Diane surprise par Actéon, 1840-1841: Bacchantes et satyres, huile sur bois, 47 x 32,5 cm (musée des beaux-arts d'Orléans) 1841 : Esther se parant pour être présentée à Assuérus dit La toilette d'Esther, peinture (musée du Louvre) 1841 : Portrait de Jeune Femme aux colliers de perles, peinture (Fogg Art Museum of Harvard) 1841 : Portrait de La Comtesse de Marie d'Agoult (dessin et peinture) 1841 : Charlotte de Pange (1616-1850) (Metropolitan Museum of Art, New York) 1842 : Trois scènes de la vie de Sainte Marie l'Egyptienne, dessin préparatoire (musée du Louvre) 1842 : La baigneuse (vue de dos) (Pinacothèque de Munich) 1842 : Amiral Baron Guy-Victor Duperré, dessin (Detroit Institute of Arts) 1842 : Les Captives troyennes 1842 : Descente de croix (Saint-Étienne, église Sainte-Marie. Salon de 1842) 1843 : Les Deux Sœurs (Aline & Adèle, sœurs de Théodore) (musée du Louvre) 1844 : Apollon et Daphné, peinture (musée du Louvre) 1844 : Le Christ au Jardin des oliviers (autre version, entièrement différente de celle de 1840 - abbatiale de Souillac, Lot) 1845 : Ali-Ben-Hamed, calife de Constantine, peinture (musée de Versailles)Ali-Ben-Hamed, L'Histoire par l'Image 1845 : Cléopâtre se donnant la Mort 1845 : Portrait de femme 1846 : Baronne Charles Frédéric Chassériau née Joséphine Warrain, dessin à la mine de plomb (Art Institute of Chicago) 1846 : Portrait de M. Félix Barthe, dessin (Museum of the Art Rhode Island School of Design) 1847 : Femme maures, dessin, musée du Louvre 1848 : L'Actrice Alice Ozy, dessin (Detroit Institute of Arts) 1848 : Portrait de mademoiselle de Cabarrus, peinture (musée des beaux-arts de Quimper) 1849 : ''Le Coucher de Desdémone, musée du Louvre 1849 : Héro et Léandre, dit Le Poète et la Sirène (musée du Louvre)
De 1850 à 1856 1850 (salon) : Femme de pêcheur de Mola di Gaete embrassant son enfant peinture, peinture (musée du Louvre) 1850 : Baigneuse endormie près d'une source, peinture (Avignon, Musée Calvet) 1850 : Othello et Desdémone à Venise, musée du Louvre 1850 : La Tentation de Saint Antoine