Le Parti national uni d'Afrique du Sud (United National South African Party en anglais ou Verenigde Suid-Afrikaanse Nasionale Party en afrikaans) - plus couramment appelé parti uni ou parti unifié (united party) - est un parti politique d'Afrique du Sud fondé en 1934. Issu de la fusion du parti sud-africain de Jan Smuts et du parti national de James Barry Munnik Hertzog, le parti uni domina le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif sud-africain de 1934 à 1948. Bien que défait en raison du découpage électoral favorisant les circonscriptions rurales, et non en termes de suffrage électoral, le parti uni restera dès lors le principal parti d'opposition parlementaire jusqu'à sa dissolution en 1977, sans avoir réussi à proposer d'alternatives convaincantes à l'apartheid ni avoir renoncé à la défense du principe de minorité blanche dominante en Afrique du Sud.
Parti libéral et conservateur, partisan de la réconciliation et de la coopération entre Anglo-sud-africains et Afrikaners, le Parti Uni préconise le respect de Loi sur l'Afrique du Sud et se montre intransigeant sur le respect des procédures judiciaires régulières, refusant les mesures d'exceptions. Opposé à l'apartheid, il est particulièrement hostile à la politique des bantoustans qu'il considère être impraticable et dangereuse pour le développement économique de l'Afrique du Sud. Il n'en est pas moins favorable au principe d'une discrimination en faveur de tous les hommes et femmes "civilisés" afin de permettre le maintien de la domination de la minorité blanche sur l'Afrique du Sud et finit par approuver le principe d'une politique de développement séparé qu'il souhaite voir appliquer avec plus d'humanité. Le Parti Uni fut essentiellement le représentant des Anglo-sud-africains et des Afrikaners urbains et modérésMarc Aïko Ziké, La nouvelle Afrique du Sud post apartheid, L'Harmattan, 2010 - p 15Élections de 1970 en Afrique du Sud.
Origines 300px|thumb|Les deux fondateurs du parti uni, Jan Smuts (à gauche) et James Barry Hertzog (à droite) au côté de leurs épouses Wilhelmina Jacoba Hertzog (centre gauche) et Isie Smuts (centre droit) Depuis les élections générales sud-africaines de 1924, le gouvernement de l'Union de l'Afrique du Sud est dirigé par James Barry Munnik Hertzog et le parlement est dominé par le parti national. La cohésion de ce parti repose alors sur un virulent sentiment anti-britannique et sur l'aspiration à une indépendance teintée de républicanisme. Cependant, depuis que le parti national exerce le pouvoir, les revendications et aspirations nationalistes se sont érodées à la suite de la déclaration Balfour de 1926 reconnaissant l'égalité juridique des dominions au sein de l'Empire et à l'adoption du statut de Westminster (1931) entérinant cette reconnaissance envers l'Afrique du Sud.
Au début des années 1930, le contexte politique est marqué par des tensions internes au sein des différentes familles politiques du parlement. Du côté du parti national largement représentatif de l'électorat afrikaner rural et ouvrier, la popularité du gouvernement Hertzog est en chute libre à la suite des conséquences d'une sécheresse dévastatrice et de la dépression économique mondiale. Des voix s'élèvent, comme celles de Tielman Roos ou de Daniel François Malan, pour demander une autre politique. Le parti travailliste, allié au gouvernement, est lui aussi en pleine crise interne. Du côté de l'opposition parlementaire, le parti sud-africain de Jan Smuts, représentatif de l'électorat anglophone urbain, connait aussi des tensions avec les fédéralistes du Natal ainsi qu'entre l'aile conservatrice et l'aile libérale du parti dirigée par Jan Hendrik Hofmeyr. En septembre 1931, le Royaume-Uni abandonne l'étalon-or. Tielman Roos, en rupture de ban avec sa formation politique, et qui espère prendre la place de Hertzog, prône l'abandon de l'étalon-or et un gouvernement d'union nationale. Pour le contrer, Hertzog se rapproche de Jan Smuts pour former un gouvernement de coalition () au grand dam de D.F. Malan, chef du puissant parti national de la province du Cap, peu enthousiaste à une union avec les anglophiles, fussent-ils afrikaners.
Les circonstances de ce rapprochement, qui aboutit deux ans plus tard à une fusion du parti national et du parti sud-africain, sont néanmoins exceptionnelles et résultent des conséquences de la grave crise économique qui ravage le pays et de la crise monétaire. Les tractations entre les deux partis aboutissent sur un programme commun en sept points qui sont la reconnaissance de l'indépendance constitutionnelle de l'Union en vertu du Statut de Westminster, la reconnaissance du drapeau national comme symbole d'unité, l'équité linguistique pour les deux langues officielles, la défense des populations rurales et des salariés, la défense de la monnaie et des intérêts économiques, la reconnaissance de la politique du "travail civilisé" et le développement politique et économique des populations autochtones, via le renforcement de la ségrégation afin de ne pas remettre en cause le principe de domination de la civilisation blanche en Afrique du Sud. Le parti sud-africain fait notamment une concession importante vis-à-vis du parti national en reconnaissant le droit de proposer et de soumettre au parlement la question d'un éventuel statut républicain pour l'Union de l'Afrique du Sud. left|thumb|James Barry Hertzog left|thumb|Jan Smuts en 1934 La coalition entre les deux formations remporte les élections générales sud-africaines de 1933 à une écrasante majorité. Avec 138 sièges sur 150 (75 NP, 61 SAP et 2 travaillistes de la tendance de Frederic Creswell), la coalition est hégémonique face au parti unioniste et au parti du centre de Roos (6 sièges en tout pour l'opposition). Le nouveau gouvernement paritaire entre les deux formations qui est alors formé est dirigé par Hertzog tandis que Jan Smuts le chef du parti sud-africain devient le vice-premier ministre. Au parlement, les deux alliés conservent cependant leurs groupes parlementaires respectifs.
Durant deux ans, les deux partis coopèrent et le statut de Westminster est définitivement adopté confirmant la pleine indépendance de l'Union. Durant cette période, un mouvement à l'échelle nationale propose de consolider la coalition par la fusion des deux parties qui la compose. Maintes et maintes fois, Daniel François Malan s'oppose à cette éventualité, notamment lors du congrès du Parti national en octobre 1933. Selon lui, la fusion des deux partis ne peut aboutir tant les opinions d'Hertzog et de Smuts diffèrent sur des sujets fondamentaux tels que la divisibilité de la Couronne, le droit de rester neutre en cas de conflit impliquant le Royaume-Uni et le statut souverain de l'Union. L'alliance perçue comme un bon moyen de lutter contre les difficultés économiques est aussi considérée par de nombreux nationalistes comme un retour à l'ancienne politique de compromis avec les Anglo-sud-africainsTom Hopkinson, L'Afrique du Sud, Time/Life, 1965, p 130. Le processus de fusion entre les deux partis de Smuts et de Hertzog connait cependant un contretemps : organisé sur une base fédérale, ce sont en fait les entités provinciales du parti national qui doivent se prononcer sur la fusion et non l'exécutif national du parti. Si 3 des 4 entités provinciales du parti national acceptent la fusion, le parti national de la province du Cap dirigé par Malan la refuse et maintient l'existence d'un parti national résiduel qui prend le nom de « parti national purifié ». Représenté à la chambre basse du parlement par 19 députés (élus principalement dans la province du Cap en 1933 en tant que candidats de la coalition), il acquiert immédiatement le statut d'opposition officielle. Du côté du parti sud-africain, les pro-britanniques n'acceptent pas non plus la fusion avec les Afrikaners nationalistes et se rallient sous la houlette du colonel Charles Stallard dans un parti du Dominion qui soutient néanmoins le gouvernement.
La fusion officielle entre le parti national et le parti sud-africain intervient le , lors d'un congrès extraordinaire à Bloemfontein célébrant la naissance du parti national uni d'Afrique du Sud, très rapidement appelé parti uni (united party - UP). Celui-ci adopte une nouvelle charte énonçant des principes et des objectifs complémentaires à savoir la réalisation des aspirations nationales des populations d'Afrique du Sud et la réalisation de l'unité nationale dans le respect des engagements de l'Afrique du Sud et dans un esprit de tolérance mutuelle et de confiance. Sur le front constitutionnel, les statuts du parti énoncent le principe de maintenir les liens existants avec l'Empire britannique et les États qui le composent. La question d'une éventuelle forme républicaine du gouvernement et des institutions n'est pas tranchée. Il est également mentionné que l'Afrique du Sud ne pourra être engagée dans toute action extérieure qui serait contraire aux intérêts du pays.
Au début de l'année 1935, en comptant les indépendants favorables à son programme, le gouvernement peut compter sur le soutien de 125 députés de la chambre de l'assemblée du parlement alors que l'Afrique du Sud émerge lentement de la crise. Ainsi, les cours de l'or remontent et la production industrielle repart à la hausse tandis que chômage baisse et que les Blancs de classe populaire commencent à sortir de la misère. Du point de vue institutionnel, Hertzog et Smuts ont obtenu tous les attributs de la souveraineté nationale pour l'Union sud-africaine en maintenant des liens étroits avec le Royaume-UniPaul Coquerel, L'Afrique du Sud des Afrikaners, Collection complexe, 1992, p. 138.
L'une des premières décisions symboliques du nouveau gouvernement est de proposer Sir Patrick Duncan à la fonction de gouverneur général d'Afrique du Sud. C'est la première fois qu'un Sud-Africain, et non un Britannique, est proposé pour exercer la plus haute fonction du pays. Autre symbole, en 1938, Die Stem van Suid-Afrika est officiellement joué lors de l'ouverture du parlement au côté de God Save the King tandis que pour le défilé militaire du (fête nationale), l'hymne britannique est remplacé par des hymnes et chants sud-africains. Sur le plan législatif, plusieurs lois sont adoptées pour faire face à la crise notamment une loi sur l'aide aux agriculteurs (1935) pour les protéger face à leurs créanciers. D'autres lois importantes sont adoptées sur le plan économique et social : des accords préférentiels comprenant des prix garantis sont négociés avec le Royaume-Uni pour permettre l'exportation de la laine sud-africaine sur les marchés mondiaux ; des programmes de grands travaux d'équipements (logements, routes) ou à caractère scientifique (mise en place d'un conseil national pour stimuler et coordonner la recherche industrielle et scientifique) sont mis en place.