Les agressions racistes de 1973 en France sont une vague de meurtres et de violences racistes envers des immigrés maghrébins, perpétrés principalement dans la région de Marseille pendant l'été et l'automne 1973. Une cinquantaine d'Algériens sont assassinés dont au moins 17 dans la région marseillaise.

Les crimes et agressions sont commis dans un contexte de tensions diplomatiques entre la France et l'Algérie au moment du premier choc pétrolier, et, sur fond de grande rancœur héritée de la guerre d'Algérie, ont presque tous été classés sans suite après des enquêtes bâclées.

En réaction à cette vague d'agressions, le Mouvement des travailleurs arabes lance un appel à la grève générale contre le racisme qui débute à Marseille le puis se propage dans d'autres villes françaises.

La série d'agressions culmine avec l'attentat du 14 décembre 1973 contre le consulat d’Algérie à Marseille, qui fait quatre morts, et dont les auteurs n'ont jamais été identifiés.

Contexte

Ces événements interviennent onze ans et demi après la fin de la guerre d'Algérie et lors du premier choc pétrolier. Un racisme anti-arabe est déjà présent dans une partie de la société française. et trouve dans la crise économique une légitimation..

En , le quotidien El Moudjahid alerte sur , et dénonce une campagne raciste dans la presse française et des expéditions punitives qui font suite à la décision prise en de nationaliser le pétrole algérien. Le Mouvement des travailleurs arabes (MTA) tente d'alerter l'opinion, notamment après les assassinats à Paris de Djilali (ou Djellali) Ben Ali en 1971Djilali Ben Ali, jeune Algérien de quinze ans, est assassiné le 27 octobre 1971 dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris.

. et de Mohammed Diab en 1972Le 29 novembre 1972, Mohammed Diab est assassiné dans le commissariat de Versailles, par le sous-brigadier Marquet.

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Face aux difficultés économiques, le gouvernement Messmer, sous la présidence Pompidou, adopte la circulaire Marcellin-Fontanet., qui limite l'immigration en France : elle subordonne la politique de recrutement des travailleurs étrangers à la situation de l'emploi, et lie la perte d'emploi à la perte de la carte de séjour.. La population française est alors divisée sur la question de l'immigration. En , un mouvement de protestation contre la circulaire se met en place pour soutenir les immigrés en situation irrégulière par de multiples manifestations et des grèves de la faim (une vingtaine entre fin 1972 et début 1975). La contestation est forte à Valence, et plusieurs églises de la Drôme annulent, en signe de solidarité, la messe de Noël. En , la circulaire Fontanet est assouplie..

Événements à Grasse Le , des travailleurs agricoles immigrés sans-papiers manifestent dans le calme contre la circulaire Fontanet, afin d'obtenir une régularisation.., et se présentent à la mairie de Grasse pour présenter leurs revendications. La manifestation est réprimée par le Comité de vigilance des commerçants et artisans grassois et le maire de la commune, Hervé de Fontmichel, refuse toute discussion et les fait disperser à la lance incendie... Une cinquantaine de travailleurs tunisiens sont interpellés. Les tabassages font cinq blessés, dont un grave, chez les manifestants. Des expéditions punitives associant des policiers sont menées pendant la nuit. Des affiches signées Ordre nouveau sont placardées dans la ville pour dénoncer . Louis Blancard, le curé de Grasse, organise un mois après les incidents une réunion avec les travailleurs immigrés pour calmer les esprits et .

Événements à Paris Le , le groupe d'extrême droite Ordre nouveau, dont des affiches avaient été placardées à Grasse, organise un meeting à la Mutualité, à Paris, avec pour slogan « Halte à l'immigration sauvage ». La contre-manifestation de gauche n'est pas autorisée, mais a tout de même lieu, dégénérant en affrontements avec la police qui font plus de chez les forces de l'ordre et un nombre inconnu de blessés parmi les manifestants.. Dans la foulée, le ministre de l'Intérieur, Raymond Marcellin, fait dissoudre Ordre nouveau ainsi que la Ligue communiste et arrêter son dirigeant, Alain Krivine...

Meurtre d'un traminot à Marseille et récupération médiatique vignette|Plaque photographiée en janvier 2022 près du boulevard Françoise-Duparc à Marseille. Pendant le mois d', plusieurs expéditions punitives à Marseille font des victimes dans la population d'origine algérienne, et le meurtre d'un chauffeur de bus par un Algérien appuie la thèse raciste du .

Dans l'après-midi du , à la hauteur du boulevard Françoise-Duparc à Marseille, un Algérien qui sera décrit comme malade mental, Salah Bougrine, tue un chauffeur de tramway de la ligne 72, Désiré-Émile Gerlache. Salah Bougrine donne l'impression de ne pas vouloir acquitter le montant de sa place en bus. Il finit par payer son ticket et va s'asseoir derrière le conducteur, puis se jette sur lui, le poignarde et l'égorge. Il blesse ensuite cinq autres voyageurs avant d'être maîtrisé, grâce notamment à l'intervention de l'ancien boxeur Gracieux Lamperti.. Il est conduit au commissariat pour éviter un lynchage. Blessé à la tête, il est hospitalisé. Salah Bougrine avait été victime d'une attaque raciste en 1968 et avait subi une trépanation qui lui laissa d'importantes séquelles. Il sera déclaré irresponsable par trois experts judiciaires en , mais ce fait-divers dramatique déclenche une campagne raciste, notamment orchestrée par Le Méridional..

Le lendemain du meurtre, Gabriel Domenech, rédacteur en chef du Méridional, futur membre du Front national et ancien de l'OAS, et farouchement opposé à toute présence algérienne en France, écrit dans un éditorial intitulé « Assez, assez, assez ! » : Le Méridional, 26 août 1973. En , Gabriel Domenech est condamné, pour cet article, à d'amende et à payer symbolique au MRAP ; le directeur de Minute est également condamné, à d'amende, pour avoir reproduit des extraits de cet éditorial le ..

Un « Comité de défense des Marseillais » (CDM) se constitue dès le lendemain du drame pour ; il s'installe dans les locaux du Front national de Marseille, et est une émanation du parti d’extrême droite Ordre Nouveau. M. Pujol, député suppléant, déclare alors : .

Le préfet de police interdit les manifestations à partir du , et appelle les Marseillais à la raison : .. Il est interpellé par le CDM qui menace d'exercer une justice privée.

Les autorités s’inquiètent d'un risque de flambée. Des protestations contre le racisme ambiant se font entendre au sein de la gauche radicale, ainsi que dans le clergé. Des groupes de militants de gauche organisent une riposte antiraciste et créent une édition détournée du Méridional, diffusée dans les kiosques, avec pour sous-titre « grand quotidien d’information raciste » , avec le soutien d’intellectuels importants comme Maxime Rodinson, Maurice Clavel, Jean-Paul Sartre ou Philippe Sollers. L'archevêque de Marseille, Roger Etchegaray, appelle lui aussi au calme dans le journal télévisé du L'appel au calme de Etchegaray, évêque de Marseille, extrait du JT du sur le site de l'INA.. Le journal El Moudjahid s'inquiète : ..

Les obsèques du chauffeur de bus le rassemblent des milliers de personnes, accompagnant la dépouille du domicile du défunt au cimetière Saint-Pierre..

Vague de violences racistes

De nombreuses personnes algériennes sont assassinées à la suite de la mort du chauffeur de bus. Six travailleurs immigrés Algériens sont retrouvés morts à Marseille et dans la région entre le et le .. Selon l'ambassade d'Algérie en France, cette vague de violences a fait algériens et . Les organisations de travailleurs nord-africains font quant à elles état d'une douzaine de morts en plus des quatre victimes de l'attentat du contre le consulat d'Algérie à Marseille.. La sociologue Rachida Brahim a décompté 17 assassinats de personnes nord-africaines en 1973 dans la cité phocéenne mais la plupart des assassins n'ont pas été identifiés.. La loi Pleven de 1972 est considérée comme le pilier de la législation antiraciste française, mais le droit français ne permettra de prendre en compte l'intention raciste d'un crime qu'à partir de 2003C'est une disposition de la Loi pour la sécurité intérieure..

Le , le corps criblé de balles de Rachid Mouka, 25 ans, est retrouvé dans une carrière de l’Estaque. Saïd Aounallah est abattu le près de l'autoroute nord de Marseille, son corps est retrouvé près d'un dépôt de bus dans le centre-ville ; la presse locale mentionne que et dénigre la victime, mais ne fait aucun lien avec les évènements de la veille. Abdel Wahab Hemahoum (ou Hamaman, ou Hemaman) est tué à coups de madrier le sur le Vieux-Port au cours d'une bagarre générale . Le , le soir même des obsèques d'Émile Gerlache, le brigadier François Canto abat froidement un algérien de 16 ans, Ladj Lounès.. Le , La Marseillaise s'interroge: . Le , participent aux obsèques de Ladj Lounes. Hamou (ou Hammou) Mebarki, décède le , le crâne défoncé par son employeur. Saïd Ghilas est blessé mortellement le dans le quartier Saint-André de Marseille. Bensaha Mekernef décède le des suites d'une fracture du crâne. Mohammed Ben Brahim est tué avec une carabine le dans le arrondissement de Marseille par sa voisine.

En pleine flambée raciste, le , les pouvoirs publics annoncent l’expulsion d’un délégué de la Cimade à Marseille : le pasteur suisse Berthier Perregeaux. Le Monde parle de décision ..

À Toulouse, dans la nuit du 27 au , 50 « paras » du organisent une ratonnade qui fait plusieurs blessésGastaut, art. cit., note 15 qui recense une série d'incidents.... Le journal Le Monde du évoque une « expédition punitive » menée à la suite d'une bagarre survenue lors d'un bal le dimanche précédent, au cours de laquelle deux militaires ont été blessés. En dépit du fait que le RCP a été aussitôt consigné, une cinquantaine de paras ont réussi à faire le mur et agressent plusieurs Nord-Africains. L'un d'entre eux sera hospitalisé. Les cinquante soldats qui ont pris part à l'expédition ont été envoyés en manœuvres spéciales à titre disciplinaire.

À la Ciotat, dans la nuit du 28 au , un Algérien est abattu à la sortie d’un café et un cocktail Molotov est jeté dans une entreprise où travaillent majoritairement des Algériens..

Le , un attentat au consulat d’Algérie de Marseille fait quatre morts et vingt blessés. Il est revendiqué par le groupe Charles-Martel composé d'anciens de l'OAS et de nostalgiques de l'Algérie française, mais ses auteurs ne seront jamais identifiés.. Le lendemain, de manière spontanée, se rassemblent place des Mobiles pour exprimer leur émotion et leur colère. Le , le Mouvement des travailleurs arabes rassemble quinze mille personnes dans un cortège à Marseille le jour de l'enterrement des victimes ; des manifestations sont aussi organisées aussi dans d'autres villes..

Fin décembre, plusieurs autres victimes algériennes sont ciblées. Abed Mabrouk est abattu à Izeron (Isère) le 25...

Selon l'ambassade d'Algérie en France et d'autres sources., cette vague de violences a fait algériens et . Les organisations de travailleurs nord-africains font quant à elles état d'une douzaine de morts en plus des quatre victimes de l'attentat du contre le consulat d'Algérie à Marseille. La sociologue Rachida Brahim décompte entre août et , intégrant les de l'attentat du consulat d'Algérie.

Conséquences