Gregorio Aráoz de Lamadrid ou La Madrid (San Miguel de Tucumán, Vice-royauté du Río de la Plata, 1795 ― Buenos Aires, Argentine, 1857) est un militaire et homme politique argentin. Il s’illustra d’abord dans la guerre d’indépendance de l’Argentine, puis surtout dans la guerre civile consécutive, choisissant le camp des unitaires, dont il figura comme l’un des dirigeants. Il fut gouverneur de la province de Tucumán, et passagèrement de celles de Mendoza et de Córdoba. Éternel batailleur, réputé vaillant jusqu’à l’intrépidité, il ne cessa de relancer le conflit intérieur, du reste plus souvent pour en sortir vaincu que vainqueur.

Origines

Gregorio Aráoz de Lamadrid fut le cinquième et dernier des enfants nés du mariage que contractèrent en 1790, dans la ville de San Miguel de Tucumán, Francisco Javier Aráoz Sánchez de Lamadrid, issu d’une des familles les plus importantes de l’époque coloniale dans la province de Tucumán, et Andrea Ignacia Aráoz López. Dans ses Memorias, le futur général ne devait jamais évoquer ses parents, mais mentionner en revanche qu'il fut élevé par son oncle Don Manuel de La Madrid et sa tante Doña Bonifacia Díaz de la Peña, dans leur domaine viticole d’Andalgalá, dans la province de Catamarca voisine, après que le fils du couple, son cousin Juan José de La Madrid, eut contracté mariage, le , avec Catalina Aráoz, sœur du futur général Bernabé Aráoz.

Gregorio Lamadrid épousa à Buenos Aires María Luisa Díaz Vélez Insiarte (Buenos Aires, 1801 ― id., 1871), qui était la fille du docteur José Miguel Díaz Vélez, son cousin, et de María del Tránsito Insiarte Montiel, et de qui il eut trois enfants. Alors qu’il était appelé à devenir ensuite l’un des membres les plus éminents du parti unitaire, Lamadrid sollicita Manuel Dorrego et Juan Manuel de Rosas, deux des principaux chefs de file du fédéralisme portègne et ennemis futurs, de figurer comme parrains de ses enfants Bárbara et Ciriaco, et Encarnación Ezcurra, épouse de Rosas, fut marraine de ce dernier.

Si ses contemporains l’appelaient habituellement La Madrid ou Madrid, lui-même, dans ses mémoires, usa toujours du patronyme Lamadrid.

Dans l’armée du Nord

En 1811, il s’enrôla dans les milices de Tucumán. Bientôt, il vint à se trouver sous les ordres du général Manuel Belgrano, commandant en chef de la seconde campagne du Haut-Pérou contre les troupes royalistes, et combattit, avec le grade de lieutenant, dans les batailles de Tucumán, de Salta, de Vilcapugio, de Tambo Nuevo et d’Ayohuma (1813). Revenant de cette dernière bataille, qui s’était soldée par une défaite des indépendantistes, il sut obtenir quelques succès mineurs lors de la retraite, à Colpayo et à Posta de Quirbe.

Il prit part à la troisième campagne du Haut-Pérou, cette fois sous le commandement de José Rondeau, et se battit à Venta y Media et à Sipe-Sipe. De nouveau, il veilla au bon déroulement du repli de son armée, combattant dans de petits accrochages, à Culpina et à Uturango. Par un exploit personnel, il évita au général Francisco Fernández de la Cruz de tomber aux mains des Espagnols, ce qui lui valut d’être élevé au grade de lieutenant-colonel.

Belgrano, de nouveau nommé commandant en chef de l’armée du Nord, fit de Lamadrid son officier favori. Sur son ordre, Lamadrid fut envoyé en qualité de second du colonel Juan Bautista Bustos affronter Juan Francisco Borges, caudillo originaire de Santiago du Tucumán, qu’il sut vaincre à Pitambalá. Deux jours plus tard, il le fit fusiller sur ordre de Belgrano.

Peu après, Belgrano le chargea de mener une expédition de reconnaissance et d’attaquer les royalistes dans leur arrière-garde. Cependant, s’étant dérouté vers Tarija, il réussit à battre à Tolomosa le colonel Andrés de Santa Cruz (futur dictateur du Pérou et de Bolivie), puis à occuper la ville, pour remporter ensuite une autre victoire à Cachimayo. Passant outre aux ordres de Belgrano, il avança avec 400 hommes à peine jusqu’à Chuquisaca (actuelle Sucre), entreprise qui allait bien au-delà de ses possibilités, et attaqua la ville par surprise. Le stratagème ne réussit pas, Lamadrid fut battu et dut fuir par la montagne et la selve, pour être battu derechef dans la bataille de Sopachuy, et revenir enfin à Tucumán en passant par Orán. Il fut alors promu colonel.

La période d’anarchie (1819 – 1823)

L’armée du Nord cependant tendit à se détourner de sa mission originelle qui était de mener la guerre dans le Haut-Pérou, pour affronter désormais les montoneras fédéraux du Litoral argentin (il faut entendre par Litoral les provinces du nord situées sur les rives des deux grands fleuves Paraná et Uruguay). Sur ordre de Juan Bautista Bustos, Lamadrid fut muté à Córdoba, où il affronta les troupes de Estanislao López, caudillo fédéraliste de Santa Fe, et combattit dans la bataille de La Herradura. À la suite de cette bataille, Bustos décida de ne plus poursuivre la guerre civile, au motif qu’aucun de ses soldats ne s’était enrôlé dans ce but-là ; Lamadrid alors s’offrit à le prendre en détention et à « lui loger quatre balles », mais n’en obtint pas l’autorisation de Belgrano. Fin 1819, Belgrano, lassé lui aussi de cette guerre fratricide, devait quitter l’armée, pendant qu’elle s’acheminait vers Tucumán.

Après l’éclatement de la mutinerie d’Arequito, en , lors de laquelle la majeure partie de l’armée refusa de poursuivre plus avant la guerre civile, Lamadrid voulut attaquer les insubordonnés, mais en fut retenu par ses propres hommes, qui s'étaient joints à la rébellion.

Il se retira à Buenos Aires, où il s’appliqua à soutenir à outrance chaque gouvernement en place, sans qu’il lui apparût toujours clairement à qui il devait obéir. Il accompagna Manuel Dorrego dans la campagne de Santa Fe contre les caudillos autonomistes, mais ne fut pas présent lors de la bataille de Gamonal. Il mena également une brève campagne militaire dans le sud de la province de Buenos Aires, lors de laquelle il lui fut donné de connaître Juan Manuel de Rosas, alors colonel, qui lui causa une impression agréable.

Après son retour à Buenos Aires, il marcha ensuite sur la province de Santa Fe, qui avait été envahie par Francisco Ramírez. Cependant, il s’enhardit à affronter celui-ci sans vouloir attendre d’abord l’arrivée de son ancien ennemi Estanislao López ; il subit une lourde défaite à Coronda, le , au même endroit où, le jour suivant, López allait réussir à battre Ramírez.

Il se retira de l’armée et se consacra désormais aux travaux des champs à San Miguel del Monte, dans la province de Buenos Aires, à peu de distance de la demeure de Rosas. Il fut rappelé sous les armes pour accompagner Juan Antonio Álvarez de Arenales, gouverneur de Salta, qui s’apprêtait à faire mouvement vers le Haut-Pérou, afin d'y affronter le dernier chef royaliste. Mais à peine eurent-ils pénétré dans le Haut-Pérou, qu’ils apprirent que Sucre avait déjà obtenu l’indépendance de ce territoire vis-à-vis de la couronne d’Espagne (indépendance déclarée le ) et scindé la Bolivie d’avec le reste de l’Argentine.

Premier gouvernorat

thumb|Juan Facundo Quiroga, caudillo de La Rioja. Cette même année 1825 éclata la guerre contre l’empire du Brésil, et Lamadrid fut chargé par le président Bernardino Rivadavia de recruter des volontaires dans sa province de Tucumán. Alors que la guerre civile, qui avait divisé cette province pendant environ six ans, paraissait révolue, notamment à la suite de la mort de Bernabé Aráoz, oncle et protecteur de Lamadrid, fusillé par le gouverneur Javier López, Lamadrid s’ingénia à attiser le conflit.

En effet, envoyé à Catamarca afin d’y réunir des volontaires, il s’embringua dans une guerre civile locale entre deux candidats au gouvernorat. L’un de ceux-ci le persuada de retourner à Tucumán et de renverser Javier López. À l’issue d’une brève bataille, il se fit élire gouverneur par la Salle des Représentants le . Il se prononça ouvertement en faveur des autorités centrales des Provinces-Unies du Río de la Plata, du président Bernardino Rivadavia, dirigeant du parti unitaire, et de la constitution unitaire de 1826, qui avait été rejetée par les gouverneurs fédéraux de l’intérieur. Ensuite, il envahit à nouveau Catamarca pour déposer le gouverneur Acuña et installer au pouvoir son ami Gutiérrez avec l’appui de Rivadavia, en vue d’étendre l’unitarisme vers les autres provinces. Ce faisant, il s’attira la haine du commandant-général de La Rioja, Juan Facundo Quiroga, qui s’était fait le garant d’un accord pacifique dans cette province. Quiroga s’efforça de convaincre les gouverneurs Bustos et Ibarra de s’unir à lui pour repousser la politique de Rivadavia et ses alliés.

Quiroga résolut d’agir vite : en octobre, il battit les troupes de Gutiérrez, et sans plus tarder marcha ensuite sur Tucumán. Lamadrid se porta à sa rencontre, l'affronta près de la frontière de Catamarca, dans la bataille d’El Tala, le , lors de laquelle Quiroga réussit à lui infliger une défaite totale. Dans la mêlée, Lamadrid se battit seul contre quinze soldats, lesquels, ne le reconnaissant pas, lui brisèrent la cloison nasale et deux ou trois côtes, lui coupèrent une oreille, le blessèrent à l’abdomen, puis enfin lui portèrent le coup de grâce. Lorsqu’ils eurent appris qu’il s’agissait de Lamadrid, ils retournèrent sur leurs pas à la recherche du cadavre du présumé mort, lequel cependant avait disparu. Lamadrid en effet, grièvement blessé, avait réussi à se traîner jusqu’à une ravine, où il avait repris des forces. Une patrouille qui vint à passer le donna pour mort, après quoi il alla se réfugier dans une ferme. Les gauchos se mirent alors à spéculer sur sa supposée immortalité, ce qui ajouta à sa renommée de vaillance. Le caudillo de La Rioja pour sa part se retira vers le sud.

En décembre, Lamadrid, fort de nouveaux appuis reçus depuis Buenos Aires, d’où Rivadavia le requit de renverser les gouvernements provinciaux réfractaires à son autorité, reprit le pouvoir dans sa province et envoya une division envahir (pour la troisième fois) la province de Catamarca. Quiroga, qui était alors de retour d’une campagne militaire, menée avec peu d’effusion de sang à San Juan, envahit une nouvelle fois la province de Lamadrid, et derechef lui infligea une défaite, lors de la bataille de Rincón de Valladares, le .

Premier retour : de Navarro à La Ciudadela (1827 – 1831)

Lamadrid s’en fut se réfugier en Bolivie, mais en décembre de la même année 1827 décida de retourner sur ses terres dans la province de Buenos Aires. La révolution de , par laquelle Juan Lavalle renversa le gouverneur Manuel Dorrego, le prit de surprise, mais il se joignit à l’armée de Lavalle et combattit à la bataille de Navarro. Après que Dorrego eut été capturé, il tenta d’empêcher, mais sans succès, l’exécution du gouverneur ordonnée par Lavalle. Avant son exécution, Dorrego lui remit sa jaquette militaire pour qu’il la fît parvenir à sa famille en même temps qu’une lettre adressée à son épouse Ángela Baudrix.

thumb|Le général Paz. Il rallia l’expédition du général José María Paz dans l’intérieur et prit part aux victoires unitaires de San Roque et de La Tablada, dans la province de Córdoba. Dans la suite, il se signala par la cruauté avec laquelle il traita les fédéralistes, pacifiant à feu et à sang les zones montagneuses. Il fut promu par Paz au grade de général, et combattit sous ses ordres à Oncativo, en , comme chef d’une aile de cavalerie. À l’issue de la bataille, il persécuta avec acharnement les vaincus, assassinant les soldats que se rendaient à lui, tant il brûlait d'atteindre Quiroga.