L'épopée de Soundiata (ou Soundjata, ou Sun-Diata ou Sunjata) est un poème épique en langue mandingue, relatant la fondation de l'empire du Mali par le roi Soundiata Keïta au . Fondée sur cette base historique à laquelle elle ajoute des éléments merveilleux, l'épopée a été transmise depuis lors par tradition orale, généralement par des griots mandingues, dans de nombreuses versions et dans plusieurs autres langues d'Afrique de l'Ouest. Elle s'est ensuite diffusée plus largement dans le monde au cours du , à la faveur notamment des premières traductions en français et en anglais. L'épopée de Soundiata occupe une place très importante dans la culture ouest-africaine. Elle représente une source primordiale pour les historiens de l'empire du Mali, et continue par ailleurs d'inspirer les artistes (écrivains, musiciens, cinéastes, etc.).

Trame de l'épopée Bilali Bounama, ancêtre des Keïta vignette|droite|Arbre généalogique des Keïta dans la version de Mamadou Kouyaté et D.T. Niane. Un prologue de l'épopée rattache l'ascendance de Soundiata Keïta au prophète de l'islam, Mahomet, ce qui est notamment un moyen de légitimer le pouvoir de la dynastie au Moyen ÂgeNiane (1960), 14, note 2.. Les Keïta sont présentés comme les descendants de Bilali Bounama, serviteur de Mahomet et, selon la légende, premier Noir à s'être converti à l'islam. Dans la version de Mamadou Kouyaté et Djibril Tamsir Niane, Bilali Bounama vient du HedjazNiane (1960), 68.. Il a sept fils, dont l'aîné, Lawalo, part s'établir au Manding et y fonde la dynastieNiane (1960), 14.. Dans la version de Babou Condé écrite par Camara Laye, cet ancêtre, dont le nom est transcrit "Bilali Jbounama", est un Tchadien fait prisonnier par Khalifa, roi du Cameroun, et réduit en esclavage, ce qui lui vaut le surnom de Bilali Kabs ("Bilali l'esclave")Laye (1978), 69.. Brimé pour avoir développé seul des croyances monothéistes, Bilali est condamné à mort après une tentative d'évasion, mais il est sauvé par Boubakar Sidiki, un serviteur de Mahomet, qui le sauve en le rachetant puis l'offre à Mahomet. Après quelques années, ce dernier l'affranchit et lui donne le droit d'être appelé par son nom complet, Bilali Ibn Ka Mâma. Dans cette version, le fils de Bilali qui vient s'installer au Manden et en devient le premier roi est Latal KalabiLaye (1978), 75..

Le buffle du Dô Naré Maghann kon Fatta le père de Soundiata est le fils de Naré Maghann Konaté, un roi du Manding (ou Manden), et de Sogolon Kondé, une femme laide et bossue (d'où son surnom de "Sogolon Kèdjou", "Sogolon la laide"), mais dotée de puissants pouvoirs magiques. L'origine de cette union surprenante est relatée par l'épisode du buffle du Dô.

Le roi de la région du Dô, Gnèmo Diarra, aussi appelé Dô-Moko Niamoko Djata (« Djata, le guide des gens du Dô »), a une sœur aînée nommée Dô-Kamissa. À un moment donné, alors qu'elle est déjà une vieille femme, Dô-Kamissa est lésée par son frère, d'une façon qui varie selon les versions. Dans la version de Mamadou Kouyaté et D. T. Niane, Dô-Kamissa est privée de sa part d'héritage par son frèreD.T. Niane (1960), 24.. Dans la version de Cissé et Kamissoko, le motif de conflit survient à l'accession du roi au trône : le roi se voit recommander d'accomplir un sacrifice fastueux, le sacrifice d'un taureau blanc taché de noir, pour assurer la prospérité de son règne. Sachant sa sœur susceptible, le roi va d'abord lui offrir dans sa maison le sacrifice d'un bœuf de taille extraordinaire. Mais par la suite, Dô-Kamissa, prévenue par un cordonnier, apprend que l'autre sacrifice, encore plus fastueux, a eu lieu sans qu'elle y soit invitée ni n'en reçoive une part. Pour venger ce témoignage de mépris, Dô-Kamissa se métamorphose régulièrement en buffle et ravage la régionCissé et Kamissoko (1988), 47-51..

Deux chasseurs, Dan Massa Woulani (autrement dit Tiramakhan Traore) et Dan Massa Woulamba, se concilient Dô-Kamissa en multipliant les offrandes et témoignages de respect à son égard. Elle leur révèle alors comment la tuer sous sa forme de buffle, qui est par ailleurs invulnérable. Elle pose cependant une condition : lorsque le roi Gnèmo Diarra leur offrira de se choisir, comme récompense, une épouse parmi les jeunes filles du pays, ils devront choisir la plus laide, Sogolon Kondé, et aller la remettre au roi du Manden. Sogolon est le double ou la réincarnation de Dô-Kamissa, d'où son surnom de Femme-buffle.

Les chasseurs obéissent et vont offrir la jeune fille à Naré Maghann Konaté, aussi appelé Maghan Kon Fatta, un roi du Manding. C'est ainsi que Naré Maghann Konaté épouse Sogolon, qui lui donnera plusieurs enfants dont Soundiata.

Naissance et enfance de Soundiata Keïta Naré Maghann Konaté épouse donc Sogolon. Mais la première épouse du roi, Sassouma Bereté, fait tout pour rabaisser Sogolon et pour mettre en avant son propre fils. Les choses empirent après la naissance de l'enfant de Sogolon, Soundiata, car Soundiata reste longtemps sans parler et ne sait toujours pas marcher à dix ans passés, de sorte que Sogolon devient la risée de toutes les femmes, Sassouma en tête. Un jour, après une ultime insulte de Sassouma, Soundiata s'éveille enfin, parvient pour la première fois à se mettre debout pour marcher et révèle même une force colossale : il va déraciner un baobab à mains nues pour en apporter les feuilles à sa mère, qui en a besoin pour cuisiner. Soundiata devient aussitôt l'héritier désigné du roi et se lie avec Balla Fasséké, qui devient son griot attitré.

L'exil Cependant, à la mort de Maghan Kon Fatta, Sassouma fait jouer son influence et les volontés du souverain défunt ne sont pas respectées. Sogolon et Soundiata sont envoyés en exil, ainsi que le frère de Soundiata, Manding Bory, et ses deux sœurs. De plus, Soundiata et son griot sont séparés, car Balla Fasséké est envoyé en ambassade dans le royaume de Sosso chez le cruel roi-sorcier Soumaoro Kanté. Soundiata, son frère et ses sœurs et sa mère quittent le Manding. Ils se rendent d'abord à Djedeba, chez le roi Mansa Konkon, où ils séjournent deux mois jusqu'à ce que Soundiata découvre et déjoue une trahison de Mansa Konkon, qui, démasqué, ne le tue pas mais le chasse en même temps que sa famille. Dans la version de Wa Kamissoko, Soundiata se réfugie alors chez les sorcières dirigées par Doussou Damba, sur le plateau de Warankantamba-Fouga, mais il préfère partir après une nouvelle tentative de ses ennemis pour corrompre ses hôtesCissé et Kamissoko (2007), volume 1, 123-127.. Les exilés s'arrêtent ensuite dans la ville fortifiée de Tabon, chez le roi Fran Kamara, où ils sont excellemment reçus : Fran Kamara et Soundiata deviennent amis et alliés.

Soundiata et sa famille suivent ensuite une caravane de marchands jusqu'au royaume du Wagadou, chez le roi Soumaba Cissé, roi des Cissé, où ils sont bien traités. Après un an, le roi les envoie à Mema, à la cour de son cousin Moussa Tounkara. Les enfants de Sogolon y achèvent leur croissance : Soundiata et Manding Bory y prennent part à leurs premiers combats. Après trois ans, Soundiata est nommé Kan-Koro-Sigui (vice-roi) à l'âge de dix-huit ans.

La guerre contre Soumaoro vignette|gauche|Cavalier militaire du Mali médiéval. Figure en terre cuite trouvée à Djenne (arrière-pays du delta du Niger). -. L'épopée raconte ensuite le retour de Soundiata au Manding, puis la façon dont il défie le roi-sorcier Soumaoro Kanté, qui règne à Sosso. La guerre est déclenchée lorsque Soumaoro, après de multiples exactions contre son peuple, épouse de force Keleya, la femme de son propre neveu, Fakoli Doumbia, ce qui est considéré comme un inceste : furieux, Fakoli quitte Sosso avec sa tribu et appelle les autres tribus à la sédition. Des révoltes éclatent, cruellement réprimées par Soumaoro, qui rase Niani et se proclame roi du Manding. Des envoyés malinkés vont alors trouver Soundiata à Mema pour lui demander d'entrer en guerre contre Soumaoro. Le même jour, Sogolon, très malade, meurt et Soundiata doit négocier avec le roi de Mema pour pouvoir l'enterrer sur place, car Soumaba ne voit pas partir son subalterne d'un bon œil. Soundiata rentre alors au Manding et lève une armée constituée des tribus alliées, à commencer par celle de Fran Kamara.

Soundiata et ses forces infligent une première défaite à Soumaoro à Tabon, où Soumaoro n'est pas présent en personne lors de la bataille. Tandis que Soundiata marche sur Sosso, Soumaoro et le gros de ses forces viennent à sa rencontre et les deux armées s'affrontent dans la vallée de Negueboria. Soundiata remporte la victoire, mais, malgré ses attaques répétées contre Soumaoro lui-même dans la mêlée, il ne peut le tuer ou même le blesser, car Soumaoro fait appel à sa magie pour éviter ses coups et se déplacer instantanément d'un point du champ de bataille à l'autre. Soumaoro tente de harceler les troupes de Soundiata en faisant donner sa cavalerie contre le campement de Soundiata le soir même, mais Soundiata parvient à retourner l'escarmouche à son avantage et à poursuivre Soumaoro jusqu'à Kankigné. Soundiata rejoint ensuite ses alliés à Sibi (aujourd'hui Siby) où tous se regroupent sous ses ordres. Il est également rejoint par Balla Fasséké et par une autre de ses sœurs, Nana Triban, qui ont fui le camp de Soumaoro. Nana Triban, épousée de force par Soumaoro, a su lui soutirer le secret de sa puissance : un Tana, sorte de génie protecteur, qu'il conserve sous la forme d'un ergot de coq.

Lorsque les deux armées se rencontrent à nouveau lors de la bataille de Kirina le 30 avril 1235 (ou Krina), dans la vallée du Djoliba, Soundiata fixe à la pointe d'une de ses flèches l'ergot de coq que Nana Triban a volé à Soumaoro, et lorsque l'ergot blesse le roi, Soumaoro perd instantanément ses pouvoirs. Dès lors, le roi de Sosso ne fait que fuir devant Soundiata. Soumaoro lui-même et son fils fuient vers la région de Koulikoro et escaladent la montagne, poursuivis par Soundiata, mais arrivent à s'échapper. La bataille de Kirina est un succès complet pour Soundiata et signe la fin de l'empire Sosso. Soundiata assiège alors la ville de Sosso elle-même et s'en empare en une matinée, puis la rase.

Kouroukan Fouga et les débuts de l'empire vignette|droite|L'empire du Mali et les royaumes voisins vers 1530 Soundiata travaille alors à l'édification de son empire. Il prend la ville de Kita et en gravit la montagne pour s'assurer la protection des génies qui y résident, tandis que ses armées guerroient dans toute la région. De retour au Manding, il réunit l'ensemble de ses alliés à Kouroukan Fouga (Kangaba), où tous lui prêtent serment d'allégeance et où est établie une charte réglant l'éthique et les grands principes des lois de l'empire, la charte du Manden. Soundiata devient le mansa (roi) de l'empire du Mali.

La version de l'épopée relatée par Wa Kamissoko met l'accent sur les conflits qui suivent la défaite de Soumaoro : nombre des anciens alliés de Soundiata, après s'en être remis à lui pour vaincre Soumaoro, tentent de se soustraire à son autorité une fois l'ennemi commun disparu. Soundiata doit réprimer leurs velléités d'indépendance, et y parvient grâce à l'aide de ses deux principaux alliés restés fidèles, Tiramakhan Traore et Manden Fakoli, qui se chargent de combattre et de vaincre les alliés révoltésCissé et Kamissoko (1988), ..

Mort de Soundiata Il existe plusieurs variantes dans l'épopée à propos de la mort de Soundiata.

Selon une variante répandue rapportée par D. T. Niane, Soundiata se noie dans la rivière Sankarani et est enterré à proximité du cours d'eauNiane (1960), 150..