L'éducation routière en France couvre l'ensemble des actions éducatives visant à offrir aux différents usagers de la route en France une connaissance et une pratique des usages de l'espace routier qui leur permettent d'y évoluer de manière la plus sécurisée possible. Elle couvre ainsi l'apprentissage de la conduite des véhicules en auto-école ou selon divers autres formes, sanctionné par le permis de conduire, ou bien d'autres diplômes. Elle couvre aussi les actions d'éducation des autres usagers, non conducteurs de véhicules, comme les piétons.
En 2006 est apparue la notion de continuum éducatif qui repose sur le principe que les connaissances et les compétences ne doivent pas se limiter qu'au seul permis de conduire, mais doivent être acquises dès le plus jeune âge et progresser de façon continue, en fonction des capacités et des besoins de chaque âge.
Le secteur d'activité de la formation à la conduite automobile comprend les métiers liés à la formation à la conduite (formateurs ou formateurs de formateurs) et ceux du contrôle (Inspecteur du permis de conduire et de la sécurité routière ou Délégué au permis de conduire et à la sécurité routière). Le secteur comprend des organismes de formation (auto-écoles, l'INSERR), des organisations patronales, de salariés et une organisation de l'État avec des services centraux et déconcentrés.
L'éducation routière est un des axes contribuant à améliorer la sécurité routière.
Histoire 1851-1924 Premières sensibilisations pour les piétons Si des règles de circulation existaient depuis 1851, avec la loi du sur la police du roulage et des messageries publiques. qui tient lieu de texte fondateur pour la sécurité routière., la circulation attelée n'était pas prompte à les respecter et en tout état de cause la répression était quasi inexistante. Quelques zones étaient soumises à réglementation comme à Paris vis-à-vis des cyclistes vers 1880 et envers les cochers de fiacres après 1900 .. Émile Massard, conseiller municipal à Paris, prône en fait l’éducation des piétons dans son rapport de 1910, mais constate que rien n’a été fait officiellement à Paris sur ce point. La plupart de ses propositions portent d'ailleurs plutôt sur des aménagements de la voirie en faveur des piétons que sur leur éducation.. Il signale aussi qu'en Allemagne à Kiel, sont distribués aux passants de « petits placards-prospectus », qu'il synthétise dans les quatre courtes recommandations suivantes :
La prévention de la sécurité des piétons est au cœur des préoccupations de ce début de siècle. En 1913, l’Automobile-Club du Finistère fait placarder une affiche rédigée en breton et français que la Revue du Touring club de France reproduit et qui comprend trois chapitres : ..
Constructeurs, premiers formateurs à la conduite Le début du siècle voit l'apparition des premières automobiles et leur nombre croît très rapidement. En 1899, année de publication du décret portant règlement relatif à la circulation des automobiles., ancêtre du code de la route, circulent (mais plus de ), en 1903 et en 1907.. Jules Perrigot, ingénieur de l'École Centrale des Arts et Manufactures et vice-président des Automobiles-clubs régionaux, publie fin 1904 un document d'explicitation des règles sommaires d'usage de la route édictées par le décret de 1899. Il est adopté en février 1905 par l'Automobile Club de France, sous le nom de « code Perrigot ». L’Association générale automobile le diffusera à l'ensemble de ses adhérents (près de ) et la presse automobile le relaiera .. Au-delà des règles de conduite définies dans le décret de 1899, Perrigot ajoute une rubrique « observations diverses » où il préconise des recommandations déontologiques prenant en compte l'ensemble des usagers ..
En 1896, le comte de la Valette, ingénieur civil des Mines et fonctionnaire au ministère des Colonies ., et des associés fondent la première école de conduite à Paris, la « Société L’Automobile ». Mais l'enseignement de la conduite va principalement se développer grâce aux constructeurs de voitures. L’école Panhard et Levassor fondée en 1900 forme par an, avec un cursus de huit jours dont deux consacrés à la conduite, et le reste à la mécanique. Le cours est gratuit pour les clients de la firme et leurs chauffeurs et coûte pour les autres, prix élevé afin « de ne recevoir que des hommes ayant la ferme intention d’apprendre ».
Quelques manuels pour automobilistes sont édités avant 1900, par exemple par le comte de la Valette, Lucien Périssé, centralien et fonctionnaire au ministère du commerce et de l’industrie, et Louis Baudry de Saunier, ou pour les motocyclistes par Henry de GraffignyGuide pratique du motocycliste, 1900. Ils se multiplieront rapidement.
Le service des Mines, premier service à délivrer les permis de conduire Depuis 1899, le certificat de capacité, titre qui a précédé le permis de conduire, introduit dans le code de 1922, ne pouvait être délivré par le Préfet qu'après l'avis favorable du service des Mines. Ce service fait passer un examen au candidat qui doit également fournir un brevet ou une attestation de formation par un organisme agréé par l'administration .. L’Association générale automobile (AGA) crée ainsi une « commission d’examen de chauffeurs [et] obtint l’autorisation ministérielle de contrôler et de consacrer officiellement leurs aptitudes et de faire passer des examens » avant 1906. D'autres associations obtiennent l'agrément.
Entre-deux guerres La délivrance du permis de conduire est sous-traitée à un organisme privé, l'U.N.A.T. Devant l'augmentation du nombre de candidats au permis en lien avec l'augmentation du nombre de véhicules, le service des Mines est débordé et ne peut pas répondre à la demande. Pour le soulager, le Ministre exclut de l’examen dans un premier temps, en 1918, les hommes mobilisés et mobilisables, au motif qu'ils pouvaient passer le brevet militaire. Malgré tout, les services des mines restaient débordés et durent même recruter des contractuels en fin 1923. Devant cette difficulté, l'Union nationale des associations de tourisme (U. N. A. T.) est habilitée le , à fournir des avis sur la capacité des candidats au permis de conduire les automobiles, sauf dans , généralement peu peuplésLes départements exclus de la délégation de lo'rganisation du permis de conduire à l'U.N.A.T. sont les suivants : Eure, Eure-et-Loir, Yonne, Ardèche, Lozère, Corrèze, Creuse, Indre, Ain, Savoie, Haute-Savoie, Hautes-Alpes, Drôme, Haute-Marne, Haute-Saône, Ariège, Aveyron, Gers et Lot.. Cette délégation à l'U.N.A.T de l'organisation de l'examen du permis de conduire et de la délivrance du titre est étendue à la France entière en 1926 ..
L'U. N. A. T., qui revendique en 1928, est chargée également de tenir un fichier central du permis de conduire. En 1927, elle fait passer et en 1930.
Cette délégation du permis de conduire à un organisme privé ne plaît pas à tout le monde et en premier lieu aux candidats recalés qui revendiquent un retour du service à l'État. Une offensive est menée sur le plan politique en 1938 mais n'aboutira pas. En fait il faudra attendre la fin des années 1960 pour qu'un service de l'État spécifique soit créé.
Professionnalisation de l'enseignement L'enseignement de la conduite commence à se professionnaliser. Les leçons de conduite sur la voie publique sont peu à peu réglementées. Les dispositifs de « double commandes » sont rendus obligatoires à Paris en 1925 et sont recommandés sur le territoire national par une circulaire du . Celle-ci impose également que le moniteur soit titulaire du permis de conduire du modèle correspondant à la catégorie de véhicules utilisés pour l'apprentissage. La professionnalisation des moniteurs commence donc à être imposée à Paris et dans les grandes agglomérations..
L'éducation des enfants L'intérêt se focalise-t-il entre les deux guerres sur l’éducation routière des écoliers. En 1927, Édouard Herriot, ministre de l’instruction publique, prescrit, dans une circulaire adressée aux inspecteurs d'académie, l'enseignement du Code de la route dans les écoles primaires. Il introduit sa circulaire en ces termes. : . Les maximes du code de la route présentées se répartissent en quatre catégories : principes généraux, code du piéton, code du cycliste, conseils au futur conducteur de véhicules.
L'implication de la Gendarmerie dans des activités de secours et d'éducation des écoliers date également de cette époque .. En lien avec l'Union Nationale des Associations de Tourisme, la Gendarmerie participe dès 1933 à des « causeries » dans les écoles, s'appuyant sur des « films éducatifs ». Cette activité va se développer et perdurer jusqu’à aujourd’hui.
L'éducation de tous les usagers La meilleure connaissance du nombre des accidents grâce à la mise en place d'un recueil de statistiques à partir de 1925 met en évidence leur croissance très rapide. Dans les années 1930, de multiples initiatives sont engagées par les associations tant vers les automobilistes que les piétons ou les cyclistes, très exposés la nuit, à qui par exemple on recommande le port de vêtements clairs ou de signaux ..
Camille Chautemps, ministre de l'Intérieur, officialise ce mouvement de lutte de l'insécurité routière engagé par les associations par une circulaire du en suggérant aux préfets la création de « Comités de Sécurité routière » départementaux regroupant fonctionnaires et représentants des associations et dont les objectifs sont définis ainsi :
1949-1971 Création de la Prévention routière et premiers guides et objets pédagogiques Au lendemain de la seconde Guerre mondiale, le réseau routier français est dévasté. Le parc automobile est en pleine croissance. Le nombre de véhicules est estimé entre et , selon les sources. et le trafic augmente corrélativement de de véhicule.km/an, soit un taux moyen de 11,4 % (par rapport à la moyenne sur la période) .. Enfin les véhicules sont très peu sûrs. Ces éléments conduisent logiquement à un accroissement du nombre d'accidents, le nombre de tués à Avant 1954, on décompte les tués sur le coup à 24 heures, puis à 3 jours de 1954 à 1966, et à 6 jours de 1967 à 2004. Des coefficients de corrélation appliqués aux anciennes données permettent de présenter l'ensemble des statistiques en tués à 6 jours. passant de en 1948 à en 1957 . Les sociétés d’assurances et les professions de l'Union routière de France décident alors de créer en 1949 l'association Prévention Routière, association régie par la loi de 1901, qui est reconnue d'utilité publique le . Elle se donne comme objectif principal d'agir pour réduire le nombre et la fréquence des accidents de la route, en misant en premier lieu sur l'action locale. Le premier comité départemental ouvre ses portes à Lyon dès 1950.. Convaincue que l'éducation routière à l'école est l'une des clés pour préparer le futur citoyen automobiliste, l'association édite dès 1952 un « guide du maître », livret pédagogique destiné aux enseignants. En 1953, elle crée sa première piste d'éducation routière, animée par des forces de police et de gendarmerie.
L'association distribue également dans les écoles des objets de prévention. : des protège-cahiers avec indication des panneaux de signalisation. ou des conseils de conduite aux motards. ou aux cyclistes ou scootéristes. ou des buvards publicitaires avec indication de règles..
L’enseignement du code de la route devient obligatoire avec la loi du .. En 1959, le programme de l’enseignement des règles de la sécurité relatives à la circulation routière est défini dans un arrêté.