Démétrios Pépagoménos (en grec Δημήτριος Πεπαγωμένος) est un médecin byzantin à qui sont attribués plusieurs ouvrages de médecine humaine et vétérinaire. La délimitation de l'œuvre et l'identification de l'auteur sont problématiques.

Identification Le patronyme Πεπαγωμένος est connu à Byzance du , appartenant à une famille de fonctionnaires civils qui a fourni des juges et des notairesAlexandre Kazhdan, article « Pepagomenos » dans . Il y a entre autres un Nicéphore Pépagoménos secrétaire impérial (« γραμματικὸς τῆς βασιλείας μου ») sous Isaac Ange. Plusieurs lettres de Nicéphore Grégoras sont adressées à un certain Nicolas Pépagoménos.. À la fin du , une lettre de Georges de Chypre (le patriarche Grégoire II de Constantinople) est adressée à un « Démétrios Pépagoménos » qui est logothète des troupeaux (λογοθέτης τῶν ἀγελῶν). Plus tard, dans la première partie de la satire intitulée Voyage de Mazaris dans l'Hadès, ou entretien avec des morts sur certains personnages de la cour impériale (composée dans le premier semestre de l'année 1414)Dans ce récit, l'auteur s'imagine mort de maladie (il revient ensuite à la vie) et descendant dans l'Hadès où il rencontre d'anciens dignitaires de la cour impériale. apparaît un médecin Pépagoménos (mort à l'époque d'après la logique du récit), qui dans le dialogue mentionne deux de ses fils : Démétrios (surnommé comiquement « Σαυρομάτης », le Sarmate ou plutôt l'homme aux yeux de lézard) et Théodose. Enfin, et surtout, un Démétrios Pépagoménos, médecin (qui doit être le fils du personnage de la satire) est connu dans le milieu intellectuel de la première moitié du , comme correspondant de Jean ChortasménosDestinataire des lettres 43, 44, 47, 48. Voir l'édition de Herbert Hunger., de Basile BessarionLudwig Mohler, Kardinal Bessarion als Theologe, Humanist und Staatsmann, Paderborn, 1962, t. III, 429-430 (lettre 7). et de Jean Eugénikos (le frère de Marc d'Éphèse)Émile Legrand (éd.), Cent dix lettres grecques de François Filelfe, Paris, 1892, 291-310.. Nous savons par le premier que Démétrios Pépagoménos était secrétaire de l'empereur Manuel II (ὑπογραφεὺς τῶν ἐκείνου διατάξεων) pendant le séjour que fit celui-ci dans le Péloponnèse en 1415. Il est aussi l'auteur d'une déploration funèbre (monodie) sur Cléofé Malatesta, femme du despote de Morée Théodore II Paléologue, morte en couches en 1433Gudrun Schmalzbauer (éd.), « Eine bisher unedierte Monodie auf Kleope Palaiologina von Demetrios Pepagomenos », Jahrbuch der Österreichischen Byzantinistik 20, 1971, 223-240.. Nous voyons par les lettres de Bessarion et de Jean Eugénikos (datant probablement des années 1430 ou 1440) qu'il avait une femme et deux fils (dont l'un nommé Nicolas). Il mourut sans doute vers le milieu du siècle.

Ce dernier Démétrios Pépagomenos s'est adonné à la copie de manuscrits, par exemple le Paris. gr. 2256, signé par lui au f. 2, probablement à Constantinople dans les années 1440 ; il y a copié une collection médicale comprenant des textes d'Hippocrate et d'Aétios d'Amida ainsi que le De urinis de Jean Actuarius ; on y relève particulièrement un lexique de vingt-six plantes médicinales (trouvées dans Aétios) classées par ordre alphabétiqueHerbert Hunger, Die hochsprachliche profane Literatur der Byzantiner, Munich, 1978, t. II, 273.. Dans un autre manuscrit à contenu médical, le Paris. Coislin. 335 (dû au copiste Michel Souliardos, de la seconde moitié du ), on trouve des « remèdes variés proposés par Pépagoménos ». Une autre compilation médicale se trouve dans un manuscrit conservé à la Medical Society de Londres (Cod. 60), attribuée à « σοφώτατος <καὶ> λογιώτατος ἀνὴρ ὁ Πεπαγωμένος καὶ ἐν ἰατροῖς ἀριστό<τατο>ς (médecin éminent) ».

Œuvre médicale Depuis le , on attribue traditionnellement à « Démétrios Pépagoménos, médecin de l'empereur Michel VIII » (regn. 1258-82) les ouvrages suivants : un Traité sur la goutte (Σύνταγμα περὶ τῆς ποδάγρας), connu par deux manuscrits byzantins du (Leiden. Perizon. F 6 et Paris. Coislin. 321) et quatre du , où il apparaît sans nom d'auteurDans le Leiden. Voss. gr. Q. 18, le nom de Démétrios Pepagoménos a été ajouté postérieurement, sans doute par Isaac Vossius. et adressé à un empereur anonyme, traduit en latin, à Rome, en 1517, par Marcus Musurus, toujours sans nom d'auteurÉdition de cette traduction : Medicæ artis principes post Hippocratem et Galenum græci latinitate donati…, Paris, 1567, t. II, col. 835-846 (« De podagra libellus incerti auctoris, e græco sermone in Latinum a Marco Musuro versus »)., attribué à « Démétrios Pépagoménos » et à l'époque de Michel VIII dans l'editio princeps réalisée en 1558 par Ange VergèceΔημητρίου Πεπαγωμένου σύνταγμα περὶ ποδάγρας, αἰτηθὲν αὐτῷ πρὸς τοῦ βασιλέως Μιχαὴλ τοῦ Παλαιολόγου - Demetrii Pepagomeni liber De podagra, quem ab eo petivit Imperator Michael Palæologus, Paris, 1558. ; deux traités consacrés aux faucons, Sur l'élevage des faucons et les soins à leur donner (Περὶ τῆς τῶν ἱεράκων ἀνατροφῆς τε καὶ θεραπείας) et Second traité d'ornithologie plus rustique sur le faucon (Ἕτερον ὀρνεοσόφιον ἀγροικότερον εἰς ἱέρακα), connus par huit manuscrits d'entre le , dont un seul (le Paris. gr. 2323) porte un nom d'auteur, « Démétrios de Constantinople »Nom ajouté postérieurement sur le Monac. gr. 390., avec un prologue adressé à un empereur anonyme ; un traité consacré à l'élevage des chiens (Βιβλίον περὶ κυνῶν ἐπιμελείας, inspiré du traité d'Arrien sur le même sujet), qui se trouve dans sept des huit manuscrits mentionnés précédemment (sauf le Monac.gr. 135) à la suite des deux traités de fauconnerie, sans jamais de nom d'auteur.

Le premier traité sur les faucons et le traité sur les chiens doivent vraiment être du même auteur car ils sont construits de la même façon, mais le second traité sur les faucons, attribué également à « Démétrios de Constantinople » dans le Paris. gr. 2323, doit avoir été ajouté au premier par un copiste, mais être d'un auteur différent. Ce Paris. gr. 2323 a été copié à Rome vers 1540, probablement pour Pierre Gilles, qui y a fait figurer sa traduction latine des deux traités de fauconnerieÉdition de cette traduction (avec aussi celle du traité sur les chiens, ajoutée par le neveu Antoine Gilles) : P. Gillio (interprete) Æliani De historia animalium libri XVII, Lyon, 1562, 527-654.. Le traité sur les chiens avait été auparavant attribué à un « Phæmon, ancien philosophe » dans une traduction latine publiée à Vienne en 1535Rudbert Moshaim (trad.), Kynosophion ac opusculum Phæmonis de cura et conservatione canum, per… Rudbertum a Moshaim… e græco in latinum translatum, Vienne, 1535. et dans l'editio princeps du texte grec à Wittemberg en 1545Andreas Goldschmidt/Aurifaber (éd.), Phæmonis veteris philosophi Cynosophion seu de cura canum liber…, Wittemberg, 1545.. En 1555, Conrad Gessner, dans son Historia animalium, se réfère à « Démétrios de Constantinople » comme auteur des traités de fauconnerieConrad Gessner, Historia animalium, livre III: Qui est de avium natura, Zurich, 1555..

C'est Ange Vergèce qui a identifié « Démétrios de Constantinople » et « Démétrios Pépagoménos, médecin de Michel VIII », après s'être vu chargé d'établir la notice du Paris. gr. 2323 pour le catalogue de la bibliothèque royale de Fontainebleau. Selon les recherches de Stavros Lazaris : 1. il est certain que le Traité sur la goutte, le premier traité sur les faucons et le traité sur les chiens sont du même auteur, comme l'a vu Vergèce ; 2. on ignore ce qui a conduit Vergèce à identifier cet auteur comme « Démétrios Pépagoménos », peut-être une tradition orale ou des informations perdues ; 3. si ce nom d'auteur est le bon, alors tout indique qu'il s'agit du médecin de la première moitié du (la langue utilisée, le fait qu'il n'existe aucun manuscrit antérieur au , le silence des auteurs byzantins ayant vécu depuis le sur ces textes). Le raisonnement ayant conduit Vergèce à mettre ces textes en rapport avec un empereur Michel (d'après sa notice pour le Paris. gr. 2323, il avait d'abord pensé à Michel III, empereur du ) était sans doute erronéVergèce a semble-t-il rapproché un troisième traité de fauconnerie dont le titre indique qu'il a été composé pour un empereur Michel, mais rien n'indique qu'il soit du même auteur..

Bibliographie Stavros Lazaris, "La production nouvelle en médecine vétérinaire sous les Paléologues et l'œuvre cynégétique de Dèmètrios Pépagôménos", in: M. Cacouros et M.-H. Congourdeau (dir.), Philosophie et sciences à Byzance de 1204 à 1453 : les textes, les doctrines et leur transmission, Louvain, 2006, 225-267

Notes et références

Catégorie:Médecin de l'Empire byzantin