Heinrich Gottlob Rau ( – ), appelé aussi Heiner Rau, est un ouvrier métallurgiste communiste allemand sous la république de Weimar, un officier supérieur des Brigades internationales pendant la guerre d'Espagne, et après la Seconde Guerre mondiale un homme d’Etat important en République démocratique allemande pendant .

Entre 1933 (année de l’arrivée au pouvoir des nazis) et 1945, il a été emprisonné pendant environ 8 ans. Ses titres officiels en RDA ont été : membre du bureau politique du comité central du SED, président de la Staatlische Plankommission (ou SPK : Commission nationale de planification), et ministre du génie mécanique, du commerce extérieur et du commerce inter-allemand. Il a aussi été l'équivalent d'un ministre des relations extérieures de la RDA.

Jeunesse Né à Feuerbach (aujourd’hui un faubourg de Stuttgart), dans le royaume de Wurtemberg, Rau est le fils d’un agriculteur devenu ouvrier d’usine. À , il entre chez Robert Bosch GmbH comme ouvrier sur presse, et il y restera jusqu’en 1920. Rau milite très tôt dans des organisations de jeunesses socialistes (il devient en 1916 président de son association de jeunesse), il est aussi membre du syndicat des métallurgistes (Deutscher Metallarbeiterverband).

Il participe à la Première Guerre mondiale, est blessé en . Hospitalisé, il se rétablit et participe à la tentative de révolution allemande de 1918-1919. Quand les émeutes en Wurtemberg amènent le roi à s’exiler, Rau est nommé chef d’une unité de police à Zuffenhausen, sa banlieue natale. Il suit les spartakistes, et renforce leurs consignes de grève. L’entreprise Bosch le licencie alors. Le jeune Rau devient communiste après la fondation du KPD en 1919, et il est bientôt chef de la cellule du KPD de Zuffenhausen, et membre du bureau du KPD de Stuttgart. , une des autorités du KPD, lui dispense sa protection et ses conseils, lui prête des livres. vignette|gauche|redresse| Clara Zetkin (à gauche) et Rosa Luxemburg en 1910. Clara Zetkin, éminente figure politique de la gauche wurtembourgeoise et membre fondatrice de la Internationale devient aussi mentor du jeune Rau. Il la suit à Berlin quand elle est élue députée au Reichstag en 1920.

En , Rau devient fonctionnaire du KPD et dirige (tout d’abord sous la supervision de Hoerle, puis seul après la nomination de Hoernle au comité exécutif du Comintern en 1922) le bureau Agriculture au comité central (CC) du KPD à Berlin. Pendant , il donne des cours et des conférences dans les écoles du parti, et édite divers journaux de gauche destinés à la classe agricole : « Land und Forstarbeiter » (« Le travailleur de la terre et de la forêt »), « Der Pflug » (« La Charrue »). Rau fait aussi partie des bureaux directeurs de plusieurs associations de paysans de gauche, soit nationales (comme le Reichsbauernbund, l’Association des paysans allemands) – soit internationales : Comité international des travailleurs de l’agriculture et de la forêt, Comité européen des paysans, Conseil International des paysans (Moscou 1930). De 1928 à 1933, Rau est aussi membre du Preußischer Landtag, le nouveau parlement de l'État libre de Prusse, et y est nommé à la tête du comité des affaires agricoles.

Espagne et France Hitler et les nazis arrivent au pouvoir en ; Rau entre alors dans la clandestinité, il devient instructeur pour le secteur sud-ouest de l’Allemagne. Il est arrêté fin , et condamné en décembre 34, avec Bernhard Bästlein, par le Volksgerichtshof en vertu du « décret du pour la protection du Peuple et de l’État » pris par le président de la République allemande, pour « préparation d’actes de haute trahison »Woitinas . Après avoir purgé une peine de 2 ans de prison, Rau est libéré. En , il passe en Tchécoslovaquie, puis en URSS, et est nommé à l’Institut Agraire International de Moscou.

Quand la guerre civile éclate en Espagne (à la mi-), Rau effectue un stage à l’école d’officiers de Riazan, puis est envoyé en Espagne. Il y arrive en et est d'abord affecté à la formation des commissaires politiques qui seront attribués à chaque brigade internationale. Il est par la suite nommé à l’état-major de la BIselon Hugh Thomas: Der spanische Bürgerkrieg, Verlag Ullstein, Berlin West 1962, , puis devient fin 1937-début 38 commandant de la BI à la place de Richard Staimer, qui avait lui-même remplacé le général Kleber à la tête de la BIselon Woitinas . Selon http://annasebas.vexicat.org/brigadasinternacionales/bi_xithaelmann.htm, Rau a été à la tête de la BI comme commissaire politique de mai à septembre 37, puis comme commandant de novembre 37 à mars 38, cependant que Richard Staimler en aurait été commandant d’avril à décembre 37. C'est donc fin 37, pendant leur lutte pour le poste de commandant de la BI, qu'a dû se cristalliser la haine (vivace ensuite pendant des décennies) entre Rau et Staimer..

Sous Rau, la BI suit le déclin général de l'armée républicaine face aux franquistes : elle participe à la bataille de Teruel, puis essaie de résister à l’offensive nationaliste d’Aragon (début ), pendant laquelle Rau est blesséCarlos Engel, Historia de las Brigadas Mixtas del Ejército Popular de la República, (1999) Ediciones Almena, . Blessé en , remplacé à la tête de la BI par Gustav Szinda (pour quelques semaines) puis par le hongrois Ferenc Münnich (dit Otto Flatter), Rau est hospitalisé puis emprisonné : son rival Richard Staimer (qu’il a remplacé à la tête de la BI dans des conditions chaotiques) et André Marty l’accusent de trahison et de trotskisme, et veulent sa destitution et son exécution dans le cadre de la Grande Purge. Rau est cependant libéré.

Rau est en France en , et il s’occupe activement d’aider les brigadistes germanophones qui ont quitté l’Espagne ; il est même membre du bureau central du PCF jusqu’en 1939. Puis il revient en Espagne, et avec Ludwig Renn dirige les derniers groupes armés républicains qui protègent l’exode de la population catalane vers la France après la chute de Barceloneselon Hugh Thomas, 1977, - selon Arno Lustiger, 1989, - et selon le site Axis History Forum http://forum.axishistory.com/viewtopic.php?f=32&t=92752&start=8. Cette lutte d’arrière-garde a sans doute sauvé environ et combattantsle chiffre de parait énorme, mais c'est celui qui est imprimé à la page 36 du livre d'Arno Lustiger (cf le § "Bibliographie").

Rau est arrêté par la police française en et interné au camp du Vernet (Ariège). Au printemps 1941, la justice française émet un mandat d'arrêt à son encontre. Puis, il est mis au secret () à la prison de Castres. En , le régime de Vichy le livre à la Gestapo.

Allemagne 1942-1949 vignette|redresse|Le , Prinz-Albrecht-Straße à Berlin : le siège de la Gestapo (photo de 1933). Rau, emprisonné dans le centre de détention de la Gestapo (Prinz-Albrecht-Straße) à la mi-1942 est transféré au camp de concentration de Mauthausen en mars 43. Il y organise la résistance, et fomente (avec entre autres l'aide de son fidèle ami Franz Dahlem) une révolte qui éclate à la fin de la guerreselon Dunin-Wąsowicz, Krzysztof (1982): Resistance in the Nazi concentration camps, 1933–1945. PWN-Polish Scientific Publishers. . , 269.

Dès sa libération, Rau, infatigable, se rend immédiatement à Vienne et avec l’aide des survivants du Parti communiste d'Autriche, y rassemble d’anciens prisonniers politiques. En , il ramène 120 d’entre eux, en convoi, jusqu’au secteur soviétique de Berlinselon Woitinas 1977 .

En , les autorités de la zone d’occupation soviétique (SBZ) nomment Rau à la tête du service des approvisionnements, agriculture et forêts de la province du Brandebourg. Il s’occupe ensuite de la réforme agraire au Brandebourg, puis début 1946 est nommé chef de la commission des séquestres, et du service des transports et de l’économie. vignette|redresse|Timbre commémorant la réforme agraire de 1945 en Saxe. La mauvaise qualité du papier et l'absence de dentelures témoignent de la pénurie régnant en Allemagne (notamment à l'Est) à la fin de la guerre. C’est aussi en 1946 que le SED est formé de la fusion du KPD et du SPD, et Rau est membre du nouveau parti. Après les élections de , Rau fait partie des dirigeants du SED. Le Brandebourg passe alors du statut de province à celui d’État fédéral, et de 46 à 48 Rau, qui est délégué au parlement du Brandebourg, est nommé ministre de l’Économie et du Plan.

Rau directeur de la DWK (juin 47-octobre 49) vignette|redresse|À Berlin-Est, le bâtiment de l'ancien ministère de l'Air de Goering devenu le siège de la Commission économique allemande.

En , Rau est nommé président de la Commission économique allemande (Deutsche Wirtschaftskommission, ou DWK), qui siège dans l'ancien ministère de l'Air. La DWK, qui va bientôt, grâce à des prérogatives très étendues accordées par les autorités soviétiques occupantes (la Sowjetische Militäradministration in Deutschland ou SMAD), diriger de fait la zone d’occupation russe (et deviendra même l'équivalent du futur gouvernement de l’Allemagne de l’Est) doit faire face à des situations difficiles. L’une d’elles est la réforme monétaire de : la trizone d'occupation occidentale abandonne le reichsmark pour le deutsche Mark, et pour éviter le désastre économique, la RDA doit l’imiter et créer l'ostmark (mark est-allemand). Rau profite de l’occasion pour instaurer un régime préférentiel dans les aides allouées aux entreprises d’État par rapport aux entreprises privées.

Une autre des conséquences de la disparité des monnaies ouest et est-allemandes fut une dispute entre les puissances au sujet de la monnaie qui devrait être utilisée à Berlin. Il en résulta le blocus de Berlin par l’URSS, qui fut contourné par un pont aérien instauré par les États-Unis (ce conflit faillit d'ailleurs déclencher une Troisième Guerre mondiale).

Sous la direction de Rau, qui négocie habilement avec Vladimir Semionovitch Semionov (le proconsul soviétique en Allemagne de l'Est), un important point de friction avec la SMAD est supprimé : les Russes considèreront désormais les Allemands de l’Est comme des partenaires et non des vaincus à dépouiller systématiquement au nom des réparations de guerreLe remboursement des réparations de guerre dues à l’URSS a considérablement appauvri la SBZ (Sowjetische Besatzungszone, "Zone d’occupation soviétique") et fragilisé son économie : pendant la période 45-46 les Soviétiques ont emporté environ 33 % des usines. Et début 1950 le montant des réparations versées en nature (sous forme de produits agricoles ou de matières premières) par la RDA à l'URSS atteignait d'US $ (selon Norman Naimark. The Russians in Germany: A History of the Soviet Zone of Occupation, 1945–1949. Harvard University Press, 1995. ). Un plan de coopération économique soviéto-est-allemand de 6 mois est signé pour la moitié de 1948; il sera suivi par un plan de 2 ans pour 1949 et 1950.

Cependant, le plus grand obstacle à la mise en route de ce plan fut le blocus de Berlin par l’URSS (de à ) ; ce blocus fut d’ailleurs suivi par un contre-blocus de la zone d’occupation russe par les occidentaux. Rau chercha à représenter aux Russes combien le blocus était dommageable pour la population de Berlin-Est, fortement dépendante des livraisons venues de Berlin-Ouest, et ceci malgré l’« aide généreuse et désintéressée accordée par les Soviétiques aux Berlinois ». La levée du blocus () peut être en grande partie attribuée aux efforts de Rau.

En 1949, le redressement économique de la future RDA est en bonne voie, et, tandis que la DWK voit ses effectifs administratifs doubler (ils passent de entre la mi-1948 et le début 1949), Rau signe le premier traité commercial avec un pays étranger : la Pologne ().

L'économie en RDA, de 1949 à 1953 vignette|gauche|redresse| Le , palais de Berlin-Niederschönhausen : le premier ministre Otto Grotewohl présente les membres de son gouvernement au président de la RDA, Wilhelm Pieck. Le vice-Premier ministre et président de la Commission nationale de planification Heinrich Rau vient d'être assermenté.