L’accord commercial germano-soviétique (également appelé accord germano-soviétique sur le commerce et le crédit) était un accord économique entre l'Union soviétique et l'Allemagne nazie où l'Union Soviétique obtenait un crédit de 200 millions de Reichsmark sur 7 ans avec un taux d'intérêt effectif de 4,5 %. La ligne de crédit devait être utilisée au cours des deux années suivantes pour l'achat de biens d'équipement (matériel d'usine, installations, machines et machines-outils, navires, véhicules et autres moyens de transport) en Allemagne et devait être remboursée, à partir de 1946, par la fourniture de matières premières soviétiques. Cet accord fut la première étape vers l'amélioration des relations entre l'Union soviétique et l'Allemagne. Le lendemain de la conclusion de l'accord, l'Union soviétique se trouva engagée dans des combats contre le Japon, dans une campagne militaire victorieuse de quatre semaines en Extrême-Orient. Le pacte germano-soviétique fut signé quatre jours après cet accord, ce dernier revigorant les relations économiques germano-soviétiques qui périclitaient, puis fut adapté et étendu avec l'accord commercial germano-soviétique de février 1940 et l'accord germano-soviétique relatif aux frontières et au commerce en janvier 1941. Tous ces accords prirent fin lorsque l'Allemagne envahit l'Union soviétique en juin 1941, en violation des traités liant les deux pays. Le commerce entre les deux pays avait fourni aux Allemands la plupart des ressources dont ils avaient besoin pour envahir l'Union soviétique.
Contexte Commerce traditionnel et commerce à l'époque pré-nazie L'Allemagne manquait de ressources naturelles, dont plusieurs des matières premières essentielles nécessaires aux opérations économiques et militaires. Depuis la fin du , elle dépendait fortement des importations russes pour ces matériaux stratégiques. Avant la Première Guerre mondiale, l'Allemagne importait chaque année de Russie pour 1,5 milliard de reichsmarks de matières premières et autres marchandises. Ces importations chutèrent après la Première Guerre mondiale. Au début des années 1930, les importations soviétiques diminuèrent, le régime stalinien, plus isolationniste, fit valoir le droit et le respect du traité de Versailles en matière de désarmement. Cela diminua la dépendance de l'Allemagne vis-à-vis des importations soviétiques.
Détérioration des relations La prise de pouvoir du parti nazi accrût les tensions entre l'Allemagne et l'Union soviétique, l'idéologie raciale nazie présentant l'Union soviétique comme peuplée de « sous-hommes » slaves gouvernés par leurs maîtres « judéo-bolchéviques ». En dépit de la montée des tensions, dans le milieu des années 1930, l'Union soviétique fit des efforts répétés pour rétablir des contacts plus étroits avec l'Allemagne ; ils furent repoussés par Hitler, qui ne souhaitait pas de tels liens politiques.
Les relations entre les deux pays déclinèrent en 1936, lorsque l'Allemagne soutint les nationalistes espagnols pendant la guerre civile espagnole, tandis que les Soviétiques soutenaient leurs adversaires, les républicains espagnols partiellement dirigés par les socialistes, tandis que l'Allemagne et le Japon avaient signé le pacte anti-Komintern et que les grandes purges soviétiques avaient perturbé la diplomatie soviétique.
Besoins économiques à la fin des années 1930 À la fin des années 1930, en raison d'une approche économique autarcique et alors qu'une alliance avec la Grande-Bretagne était impossible, l'Allemagne avait besoin d'établir des relations plus étroites avec l'Union soviétique, et pas uniquement pour des raisons économiques. L'Allemagne manquait des fournitures stratégiques, comme le pétrole, les denrées alimentaires, les minerais métalliques et le caoutchouc ; elle comptait sur les fournitures soviétiques ou le transit de fournitures par l'Union soviétique, et avait donc dû se tourner vers la Russie et la Roumanie. En outre, les besoins alimentaires de l'Allemagne augmenteraient encore, si elle conquerrait des nations qui étaient également des importateurs nets de produits alimentaires. Les importations soviétiques de céréales ukrainiennes ou les transbordements soviétiques de soja de Mandchourie pourrait combler le déficit. De son côté, l'Union soviétique avait besoin, à court terme, de matériels militaires et d'armements pour renforcer l'Armée rouge et la marine très affaiblies. Le réseau de transport soviétique était terriblement sous-développé, avec des routes quasi inexistantes et un réseau ferré déjà sollicité au maximum de ses capacités.
Après l'Anschluss, à la mi-1938, la réconciliation économique fut entravée par des tensions politiques et l'hésitation croissante d'Hitler à traiter avec l'Union soviétique. Cependant, les besoins allemands en matières premières stratégiques et les besoins soviétiques en matériels militaires avaient augmenté après les accords de Munich.
Négociations Premiers pourpalers à propos de l'économie et d'autres sujets En , l'Allemagne chercha à étendre les relations économiques entre les deux pays ; elle présenta un plan aux Soviétiques le . Staline, cependant, n'était pas disposé à vendre sa puissante position de négociation économique au (petit) prix qu'Hitler était alors prêt à offrir. Les Soviétiques étaient prêts à s'engager dans des pourparlers pour discuter d'une nouvelle offre allemande en février et à Moscou. L'Allemagne suspendit les pourparlers à la mi-mars. Quelques jours plus tard, l'Allemagne occupait la Tchécoslovaquie, puis la région de Klaipeda (Memel), ce qui rendait une guerre allemande avec la Pologne beaucoup plus probable.
thumb|alt=Photo d'un Junkers Ju 90 en cours d'assemblage.|L'avion allemand Junkers Ju 90 développé pour la et utilisé par elle, 1938.
L'Allemagne et l'Union soviétique convinrent de conclure un accord économique tout au long du début de l'année 1939. Au cours du printemps et de l'été 1939, les Soviétiques négocièrent un pacte politique et militaire avec la France et la Grande-Bretagne, tout en discutant dans le même temps, avec les responsables allemands d'un potentiel accord politique germano-soviétique. Le , le diplomate soviétique Georgii Astakhov déclara au ministre allemand des Affaires étrangères qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre la lutte idéologique germano-soviétique et que les deux pays pouvaient parvenir à un accord. Dix jours plus tard, l'ambassadeur soviétique Alexei Merekalov rencontra le secrétaire d'État allemand Ernst Weizsacker et lui présenta une note demandant le retrait rapide de tous les obstacles pour l'exécution des contrats militaires signés entre l'URSS et la Tchécoslovaquie avant qu'elle ne soit occupée par l'Allemagne. Selon les comptes-rendus allemands, à la fin de la discussion, l'ambassadeur déclara : . D'autres sources affirment que ce pourrait être une exagération ou compte-rendu inexact des propos de l'ambassadeur. Immédiatement après la réunion, l'ambassadeur soviétique rentra à Moscou et ne revint jamais en Allemagne.
La probabilité d'une guerre faisait augmenter la production militaire en Allemagne et en Union soviétique. Le troisième plan quinquennal soviétique demandait la prise en compte de grosses quantités de nouvelles technologies et nouveaux équipements industriels. Pendant ce temps, les dépenses militaires allemandes augmentaient pour atteindre 23 % du produit national brut en 1939. Les planificateurs allemands en avril et craignaient que l'arrêt du commerce suédois ne mette fin aux fournitures de minerai de fer. Sans fournitures soviétiques, il avait été estimé que l'Allemagne devait trouver des fournisseurs de substitution pour environ tonnes de manganèse et près de 2 millions de tonnes de pétrole par an. L'Allemagne faisait déjà face à des pénuries graves en caoutchouc en raison des refus britannique et néerlandais de commercer. En plus de la dépendance à la graisse alimentaire nationale et aux importations de pétrole, d'autres problèmes alimentaires avaient fait leur apparition du fait de la pénurie de main-d'œuvre dans le secteur agricole, ce qui a nécessité de faire travailler des écoliers et des étudiants. Le , les autorités allemandes estimait que l'Allemagne disposait de réserves pétrolières pour seulement 3,1 mois.
Dans le cadre de la poursuite des discussions économiques, le , Astakhov dit à un officiel allemand qu'il voulait réaffirmer . Trois jours plus tard, le , Molotov dit à l'ambassadeur allemand à Moscou qu'il ne voulait plus discuter que des questions économiques, et qu'il était nécessaire d'établir une , que les autorités allemandes ont vu comme une et une . Le , les autorités allemandes craignaient que les Soviétiques ne réagissent favorablement aux propositions de la Grande-Bretagne et la France. Le , l'Allemagne orienta ses diplomates à Moscou vers . Les discussions qui ont suivi ont été conduites par le biais de la négociation économique, parce que les besoins économiques des deux parties étaient considérables et parce que les discussions militaires et diplomatiques rapprochées avaient été rompues au milieu des années 1930 après la création du pacte antikomintern et la guerre civile espagnole, ne laissant, comme seul moyen de communication, que ces négociations.
Signaux contradictoires thumb|right|alt=Portrait de Vyacheslav Molotov.|Viatcheslav Molotov.
La position soviétique demeurait cependant confuse. Le , le discours de Molotov semblait être positif, alors que le , le commissaire soviétique au Commerce extérieur Mikoyan dit à un officiel allemand que Moscou . Le , l'ambassadeur soviétique eut une discussion avec l'ambassadeur de Bulgarie à Berlin, Purvan Draganov, qui servait d'intermédiaire officieux lors des négociations avec les Allemands. L'ambassadeur soviétique expliqua qu'un accord avec l'Allemagne était mieux adapté aux besoins soviétiques qu'un accord avec la Grande-Bretagne et la France ou que des négociations infructueuses ne débouchant sur aucune transaction. Draganov informa promptement le ministère allemand des Affaires étrangères de la conversation. Sept jours plus tôt, les Soviétiques étaient convenus qu'un haut fonctionnaire allemand viendrait à Moscou pour poursuivre les négociations qui se tiendrait à Moscou le . Par la suite, des entretiens officiels commencèrent à Berlin le .
Pendant ce temps, dans l'espoir d'arrêter la machine de guerre allemande, en juillet, la Grande-Bretagne a mené des discussions avec l'Allemagne au sujet d'un potentiel plan pour renflouer l'économie allemande fortement endettée d'un coût d'un milliard de livres en échange de la fin du programme d'armement allemand. La presse britannique révéla l'histoire et l'Allemagne finalement rejeta l'offre.
Aborder les hostilités passées et finaliser les accords Le , l'Union soviétique et l'Allemagne étaient très près de finaliser les termes d'un accord économique. Le , au cours du dîner, les Soviétiques acceptèrent une proposition d'agenda en trois étapes qui comprenait d'abord un ordre du jour économique et . Le , les Soviétiques mirent en avant deux conditions avant que les négociations politiques ne puissent commencer : la signature d'un nouveau traité économique et la cessation des attaques antisoviétiques des médias allemands. Les Allemands acceptèrent immédiatement. Deux jours plus tard, le ministre des Affaires étrangères allemand Joachim von Ribbentrop présenta un plan où les pays seraient d'accord pour ne pas intervenir dans les affaires de l'autre partie et pour renoncer aux mesures visant les intérêts vitaux de l'autre camp et .
thumb|alt=Photo de Joachim von Rivventrop assis à son bureau.|Joachim von Ribbentrop assis à son bureau.