alt=symbole de l'égalité des sexes. Le symbole de la femme et celui de l'homme sont fusionnés et le signe égal est inscrit dans le cercle commun|thumb|upright=0.8|Symbole signifiant « égalité des sexes », qui fusionne deux autres symboles : celui de la femme et celui de l'homme.

L'histoire du féminisme commence dans la seconde partie du , lorsque le mot féminisme apparaît sous la plume d'Alexandre Dumas fils puis sous celle d'Hubertine Auclert. Cependant, dès la fin du Moyen Âge, des auteurs critiquaient la place accordée aux femmes dans la société. Le discours féministe, à partir de ce moment, met plusieurs siècles pour s'élaborer et s'afficher comme un mouvement revendiquant, dans un premier temps, l'égalité civique et civile des femmes et des hommes puis une libération des femmes du carcan patriarcal.

À partir donc de cette apparition structurée du féminisme, son histoire est le plus souvent divisée en trois périodes pendant lesquelles certaines revendications sont plus mises en avant. Ainsi, la première vague se réfère au et au début du siècle quand les principales revendications se rapportent au droit de vote, aux conditions de travail et aux droits à l'éducation pour les femmes et les filles. La deuxième vague (1960-1980) dénonce l'inégalité des lois, mais aussi les inégalités culturelles et remet en question le rôle assigné aux femmes dans la société. La troisième vague (fin des années 1980-début des années 2000) est perçue à la fois comme une continuation de la deuxième vague et une réponse à l'échec de celle-ci.

Si ce découpage prédomine dans la critique occidentale il ne peut être plaqué sur l'histoire du féminisme des autres parties du monde. La littérature sur le sujet tend à délaisser les autres cultures et civilisations alors que des mouvements de défense de droits des femmes apparaissent dès le début du sur les autres continents, d'ailleurs souvent inspirés par les idées occidentales. En fonction de la période, des cultures ou du pays, les féministes, à travers le monde, ont défendu des causes et affiché des objectifs différents. La qualification de féministes pour ces mouvements est sujette à controverse. En effet, en Occident, la plupart des historiens du féminisme s'accordent pour dire que tous les mouvements et tous les travaux accomplis pour obtenir des droits pour les femmes doivent être considérés comme des mouvements féministes même si leurs membres ne se revendiquent pas comme tels, alors que certains historiens pensent que le terme ne doit s'appliquer qu'au mouvement féministe moderne et à ses continuateurs.

Origine du terme

alt=Facsimilé d'un tract américain intitulé What is Feminism|thumb|upright|Tract américain de 1914.

Le terme « féminisme » est souvent attribué au philosophe français Charles Fourier (1772-1837). Cependant, s'il se montre bien par ses écrits un défenseur de la liberté des femmes et de l'égalitarisme, le terme n’apparaît pas sous sa plume.. En revanche, à partir des années , de rares écrivains utilisent ce mot pour désigner ce qui serait propre à la femme, comme c'est le cas, par exemple, de Jean-Baptiste Fonssagrives.. Par la suite, des médecins s'en servent pour désigner les sujets masculins dont le développement de la virilité s'est arrêté.. Toutefois, c'est en dans L'Homme-femme d'Alexandre Dumas fils que le sens actuel apparaît: .. Le sens actuel est donc présent, mais avec une valeur péjorative. C'est un peu plus tard, sous la plume d'Hubertine Auclert, en , que le féminisme est défini dans un sens positif comme la lutte pour améliorer la condition féminine... Le terme est popularisé par la presse à l'occasion d'un congrès organisé à Paris en par Eugénie Potonié-Pierre.. Il apparaît ensuite aux Pays-Bas dans une lettre ouverte de Mina Kruseman à Dumas fils., en Grande-Bretagne en ., puis aux États-Unis en .. Dans un ouvrage en deux volumes intitulé Le Féminisme français ().., Charles Turgeon distingue trois sortes de féminisme, le féminisme révolutionnaire ou de gauche, le féminisme catholique et le féminisme indépendant, dans lequel il inclut le féminisme protestant.. Dans les années , aux États-Unis, le terme recouvre , ..

Proto-féminisme

Avant l’existence des mouvements féministes, les penseurs et les militants qui ont cherché à faire avancer la cause des femmes ou ont réfléchi à la condition féminine, sont parfois appelés .. Certains spécialistes critiquent l'usage de ce terme : il minimiserait l'importance des premières contributions ou impliquerait que le féminisme présente une histoire linéaire (notion de proto-féministe et post-féministe)..

Renaissance et humanisme thumb|alt=Trois femmes couronnées devant une autre dame à son bureau à gauche et deux d'entre elles à droite construisent un mur.|Raison, Droiture et Justice apparaissent à Christine de Pisan puis Christine et la Raison construisent La Cité des dames. Miniature du Maître de la Cité des dames, vers 1407-1409, BNF, Fr.607, f.2.

L'écrivaine française Christine de Pisan (-), auteure de La Cité des dames (-) et du Livre des trois vertus à l'enseignement des dames (), est décrite par Simone de Beauvoir comme la première femme à écrire sur la relation entre les sexes et à dénoncer la misogynie..

Plus tard, des écrivains du , comme l'occultiste allemand Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim et l'italienne Moderata Fonte, auteure du Mérite des femmes publié en , et des écrivains du , comme Hannah Woolley ou Margaret Cavendish en Angleterre, Juana Inés de la Cruz au Mexique, Marie de Gournay et François Poullain de La Barre en France ou Anne Bradstreet en Amérique, sont considérés comme des proto-féministes.. Ces auteurs demandent avant tout pour les femmes le même droit à l'éducation que pour les hommes, mais les progrès en ce domaine sont lents et limités puisque ce sont des rudiments de catéchisme et, au mieux, la lecture plutôt que l'écriture qui sont enseignés..

Parti des femmes L'Anglaise Mary Astell (-) fait aussi partie de ces femmes qui, dans le système social de la période moderne, s'élèvent contre la « domination masculine ». En s'opposant à John Locke, qui prône un système politique fondé sur les libertés individuelles, mais en exclut les femmes, Mary Astell montre que l'affirmation de l'infériorité de la femme n'est pas tenable philosophiquement..

Toutefois, dans la philosophie de Locke, la soumission de la femme à l'homme s'appuie sur les textes bibliques et, en particulier, la Première épître aux Corinthiens, qui est analysée dans en . Mary Astell, qui est théologienne, réfute cet argument en renvoyant le texte biblique à la morale chrétienne et non à la philosophie. La Bible est un guide pour l'individu, mais ne doit pas être invoquée pour résoudre des débats philosophiques. : cette position radicale est à remettre dans le contexte de la Glorieuse Révolution britannique et d'une manière de penser issue de la réforme protestante. Sur le plan philosophique, Astell convoque ici l'éthique et une forme de matérialisme : deux manières de penser qui vont ouvrir le champ de la réflexion à la question du rôle politique, et donc sociétal, des femmes..

, le Siècle des lumières Le « siècle des Lumières » marqué par l'essor de la philosophie, qui aboutit à la mise en question de l'ordre établi, se différencie peu des siècles passés en ce qui concerne la condition féminine. Malgré quelques écrits féministes, les femmes sont toujours vues comme naturellement inférieures. Rares sont celles qui sortent de ce rôle consacré pour se révolter et exiger une égalité totale avec les hommes.

Au quotidien et sur le plan politique, la femme est toujours considérée comme mineure et devant se soumettre à l'homme. Même si les philosophes mettent à mal les préjugés religieux, ils sont rares à imaginer une évolution possible de la situation sociale des femmes. Ceci est visible aussi bien dans l'article Femme de l'Encyclopédie que dans celui du Dictionnaire philosophique de Voltaire ou dans les textes de Jean-Jacques Rousseau. En effet, celui-ci dans l'Émile écrit .. Toutefois, certains philosophes de cette époque défendent les droits des femmes. Parmi eux, on peut citer Mary Wollstonecraft, considérée parfois comme la plus importante des écrivaines féministes du , et le marquis de Condorcet.

Mary Wollstonecraft et la Défense des droits de la femme

alt=portrait en plan rapproché taille d'une femme, Mary Wollstonecraft, toute de blanc vêtue sauf un fichu noir sur les cheveux, qui regarde sur le côté.|thumb|upright|Portrait de Mary Wollstonecraft par John Opie (env. 1797).

Mary Wollstonecraft est parfois considérée comme la première philosophe féministe, bien que ce terme n'existe pas encore à l'époque. En effet, au , l'historiographie féministe en fait une des devancières du mouvement. et la Défense des droits de la femme () est présenté parfois comme l'un des premiers écrits féministes, bien que la métaphore de la femme comparée à la noblesse qu'elle utilise dans celui-ci (la femme dorlotée, fragile et exposée au danger par sa paresse intellectuelle et morale) puisse apparaître comme un argument dépassé. Malgré ses apparentes contradictions révélatrices des problèmes auxquels il est difficile de donner une réponse satisfaisante, ce livre est devenu par la suite la pierre angulaire de la pensée féministe.. Le livre est un succès et la critique de l'époque est quasi unanime pour reconnaître son importance..

Comme les auteures précédentes, Mary Wollstonecraft insiste sur la nécessité d'éduquer les jeunes filles. Grâce à l'éducation, elles réaliseront mieux leurs potentiels et seront enfin des êtres humains à part entière. De plus, elle préconise un apprentissage qui permettrait aux femmes de subvenir seules à leurs besoins en exerçant un emploi. Enfin, elle réclame pour les femmes des droits civils et politiques et même des élues les représentant..

Période révolutionnaire en France

La Révolution française est une période pendant laquelle les droits des femmes ont été l'objet de nombreux débats. Lors de la convocation des États généraux, les femmes nobles et les religieuses peuvent être représentées par l'ordre auxquelles elles appartiennent. Quant aux femmes du peuple, dès l'écriture des cahiers de doléances, elles réclament l'amélioration de leur condition et pour cela demandent en priorité le droit à l'éducation.. L'une d'elles réclame ainsi : ..

Cependant, Isabelle Krier nuance ces revendications, en expliquant qu'une grande part de ces femmes souhaitent être simplement plus considérées, non pas d'avoir autant, voire plus de droits que les hommes..

Le marquis de Condorcet Le marquis de Condorcet, mathématicien, politicien libéral et acteur important de la Révolution française, est également un défenseur de l'égalité entre femmes et hommes. Dès , il affirme, dans Lettres d’un bourgeois de New Haven à un citoyen de Virginie., l'égalité des hommes et des femmes. Durant la période révolutionnaire, il se prononce pour le vote des femmes dans un article du Journal de la Société de 1789 : Sur l'admission des femmes au droit de cité publié le , ..

Olympe de Gouges et la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne