La Fondation Jean-Jaurès est un think-tank (ou groupe de réflexion) qui est reconnu comme une fondation d'utilité publique - créée en 1992 par l'ancien Premier ministre socialiste Pierre Mauroy avec le soutien de la Première ministre Édith Cresson.

Créée 78 ans après la mort de Jean Jaurès et 41 ans après celle de son dernier enfant, elle n'a aucun lien avec sa famille ni avec le quotidien qu'il a fondé, L'Humanité.

Présidée depuis 2022 par l'ancien Premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault, la Fondation Jean-Jaurès est proche du Parti socialiste et depuis 2017, elle est aussi proche de La République en marche.. Elle reçoit à partir de cette année-là d'importantes subventions gouvernementales, puis a participé fin 2021 au lancement du comité de soutien national pour la campagne présidentielle d'Anne Hidalgo.

Histoire Liens avec le Parti socialiste depuis 1992 La fondation a été reconnue d’utilité publique par décret de la Premier ministre Édith Cresson à sa création en . Alors que le concept de « fondation politique » n’existe pas encore en France, Pierre Mauroy, premier secrétaire du PS, souhaitait que celui-ci se dote, à l’instar des autres partis socialistes européens, d’un outil de promotion de la démocratie et de rayonnement de l’expérience socialiste française.

D’autres fondations du même type ont suivi le même exemple en France, comme la Fondation Robert Schuman chez les centristes pro-européens, puis la Fondation Gabriel Péri côté communiste ou la Fondation pour l’innovation politique à droite.

Difficultés en 2017 Le budget provisoire voté en 2016 était de 2,73 millions d'euros. La Fondation bénéficiait alors de subsides versés par les présidences des deux Assemblées et les groupes parlementaires socialistes par le biais de la réserve parlementaire, supprimée après l'élection d'Emmanuel Macron. Le directeur général adjoint de la Fondation, Laurent Cohen, envisage alors « une perte sèche de ». Depuis 2017, le budget de la Fondation Jean-Jaurès n'a pas bénéficié d'une augmentation de subventions publiques.

En , un peu avant la présidentielle, la fondation s'exprime en faveur de l'idée d'un revenu universel de base de 750 euros par mois« La Fondation Jean-Jaurès prône un revenu universel de 750 euros par mois », directmatin.fr, 23 mai 2016..

Liens avec le parti d'Emmanuel Macron depuis 2017 Le rapprochement entre la Fondation Jean Jaurès et La République en Marche est signalé par le magazine Le Point dès 2017.

Bien qu'historiquement proche du Parti socialiste, la Fondation Jean-Jaurès est ensuite également en avec La République en marche, estime Grégory Rzepski du Monde diplomatique en 2019. Le directeur général Gilles Finchelstein a été critiqué au PS pour avoir pris la parole au nom de la fondation, lors d'une réunion des parlementaires de La République en marche, en . « Nous ne nous situons pas par rapport à un parti ou un homme, mais par rapport à des valeurs et des idées », a-t-il répliqué lors d'un colloque début dans son discours de clôture, en estimant que la Fondation était « indépendante, européenne, et social-démocrate ».

Gilles Finchelstein travaille pour l'agence publicitaire Havas Worldwide, qui selon Mediapart . et a continué à s’infiltrer dans la machine politique, en , bien avant son élection, .

Un des bureaux de la fondation fut occupé longtemps par Ismaël Emelien, devenu en 2017 conseiller spécial d'Emmanuel Macron. Selon Le Monde, Ismaël Emelien a longtemps côtoyé Gilles Finchelstein, pour le compte de Dominique Strauss-Kahn puis à l’agence Havas. D'autres dirigeants de la Fondation Jean-Jaurès se disent « distincts sans être distants » de ceux de La République en marche.

Organisation Présidents (1992-2013) Pierre Mauroy, Premier Ministre (1981-1983), fondateur et premier président de la fondation, ne l'a quittée qu'à son décès en 2013. (2013-2022) Henri Nallet, Ministre de l'Agriculture (1985-1986), a dirigé d'autres ministères socialistes de 1988 à 1992. (2022-) Jean-Marc Ayrault, Premier ministre (2012-2014).

Directeurs généraux (2000-2018) Gilles Finchelstein est directeur général, tout en travaillant pour l'agence publicitaire Havas Worldwide. (2018-2022) Jean-Marc Ayrault, secrétaire général de la Fondation Jean-Jaurès depuis , il en devient président le . (2022-) Laurent Cohen, qui était le directeur général adjoint, et Jérémie Peltier, qui était directeur des études, deviennent codirecteurs généraux.

Siège et archives La Fondation Jean-Jaurès a entreposé les documents de l'histoire contemporaine du Parti socialiste dans un « Centre d'archives socialistes (CAS) », hébergé au de la cité Malesherbes, dans le arrondissement de Paris. Il est chargé de collecter et conserver les archives du mouvement socialiste, avec traitement informatisé, organiser des colloques et séminaires et diffuser des textes historiques ou de contributions originales. Thierry Mérel, diplômé en archivistique, y surveille linéaires dont environ « » et « »"La Fondation Jean-Jaurès cherche son point d’équilibre" le 28 octobre 2017 dans Le Monde par Jean-Baptiste de Montvalon.

Observatoires En 2014, la Fondation Jean-Jaurès fonde un Observatoire des radicalités politiques, co-dirigé par Jean-Yves Camus et Frédéric Potier auquel participent des journalistes, historiens et sociologues, tels Rudy Reichstadt, Nicolas Lebourg, Joël Gombin ou Sylvain Crépon. Ces membres nient toute orientation partisane« L'extrême droite disséquée par un nouvel observatoire », lefigaro.fr, 9 mars 2014..

En 2021, l'Observatoire des médias est lancé, et dirigé par le journaliste David Medioni.

Chloé Morin anime l'Observatoire de l’opinion jusqu'en 2020 Antoine Bristielle lui succède la même année. Amandine Clavaud, est responsable Europe au secteur international et directrice de l'Observatoire Égalité femmes-hommes. Jérémie Peltier a été nommé en , directeur des études de la Fondation.

Un Observatoire de l'éducation dépend aussi de la Fondation Jean-Jaurès. Quelques semaines après l'assassinat le à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, il a lancé un "baromètre sur les enseignants", qui a publié en une étude, réalisée avec l'Institut de sondages Ifop.

Budget Les locaux ont été agrandis de deux étages acquis dans un immeuble voisin en 2006. Le budget provisoire voté en 2016 était de 2,73 millions d'euros.

En 2016, la fondation a reçu de subvention au titre de la réserve institutionnelle de la présidence de l'Assemblée nationaleVoir sur assemblee-nationale.fr., dont le président était Claude Bartolone, dans le cadre de la réserve parlementaire. En 2017, ce montant était sept fois plus élevé : la fondation a reçu 1,69 million d'euros de l’État, sur décision du chef de cabinet du Premier ministre. En 2018 et 2019, la Fondation a perçu 1,2 million d'euros de la part des subventions du Premier ministre.

Études

Complotisme, 2018 L'enquête d’opinion est réalisée par questionnaire auto-administré en ligne. Les personnes interrogées sont âgées de plus de 18 ans et représentatives de la population française. Elles doivent donner leur avis sur des thèmes considérés comme complotistes tels que .

Selon les résultats de l'enquête, 79 % des Français adhérent à au moins une « théorie du complot ». 25 % des Français adhèrent à plus de cinq théories complotistes, 9 % à quatre théories, 13 % à trois théories Une rumeur récente serait selon le sondage particulièrement populaire, recueillant 55 % d'adhésions, rumeur selon laquelle .. Rudy Reichstadt explique qu'il a choisi pour ce sondage les thèses conspirationnistes les plus répandues.

Plusieurs médias français rendent compte de l'enquête en présentant ses résultats comme inquiétants. D'après France 24, . La Fondation Jean-Jaurès juge toutefois que le pays ..

Arnaud Mercier, professeur en communication à l’Institut français de presse, confirme que les jeunes ont toujours plus remis en cause les théories officielles que leurs aînés, surtout depuis l’avènement des réseaux sociaux. Il juge aussi que leur esprit critique peut être exploité par des à des fins électorales..

Critiques de l'étude Pour le chercheur Arnaud Mercier, les « théories du complot » testées dans l'étude ne relèvent pas toutes à proprement parler du complotisme : ainsi par exemple, croire que n'est pas du même ordre que le fait de croire à l'implication de la CIA dans l'assassinat de John Kennedy, car l'affaire de l'assassinat de J. Kennedy n'a pas été entièrement élucidée. De même, indique ce chercheur, la croyance dans l’horoscope ne mobilise pas les mêmes ressorts psychologiques et cognitifs que le refus d'admettre le réchauffement climatique. Arnaud Mercier estime que l'enquête contribue au brouillage des repères.

Hadrien Mathoux de Marianne, ainsi que Martin Clavey, journaliste scientifique. et Jean-Michel Dumay. critiquent également la méthodologie du sondage. L'enquête ne fait pas de différence, écrivent-ils, entre les sondés qui connaissaient les théories du complot et ceux qui les découvrent au moment d'être interrogés ; ces derniers n'ont pas eu le temps de la réflexion. Il est également reproché à la formulation de certaines questions d'entraîner l'adhésion à une théorie du complot de la part de personnes non . Est aussi critiqué le fait que les sondés n'ont pas eu la possibilité de répondre « Je ne me prononce pas », ce qui créerait une polarisation : il y aurait ceux et ceux , les premiers étant automatiquement rangés dans la case « complotiste ». De plus, le sondage mélange les croyances (« la Terre est plate »), les sujets ayant fait l'objet de débats, et les théories réellement complotistes.

En 2018, le chercheur Baptiste Campion publie une étude sur le sondage et sa réception dans La Revue nouvelle. Selon lui l'hétérogénéité des questions du sondage qui mêlent des croyances (« la Terre est plate ») et d'autres plus acceptables socialement, comme la mise en cause des lobbys, entretient le flou autour dudit . Enfin, l'opposition binaire du « vrai » et du « faux » évacue des processus psychologiques complexes qui peuvent entraîner une croyance infondée pour des raisons autres qu'un penchant au complotisme, ou une non-croyance pour des motifs irrationnels. Baptiste Campion conclut sur le fait que si le sondage était intéressant dans son principe, sa mise en œuvre problématique, la volonté d'étiquetage dont il procède, l'ont rendu inutilement clivant et contre-productif.

Dans une étude de 2021, le chercheur Didier Fassin dénonce une enquête sensationnaliste qui gonfle artificiellement le nombre de complotistesDidier Fassin ajoute ce qui lui apparaît comme une déformation des réponses des sondés dans l'enquête de 2018 : « si seulement 3% des personnes interrogées ont déclaré croire que les attentats de 2015 en France étaient dus à une manipulation des services de renseignement, [le sondage] a annoncé de façon sensationnelle que près de 20% des Français contestaient la version officielle » : en effet, 19% des sondés ayant estimé que des zones d'ombre subsistaient autour des attentats ont été rangés d'office parmi les adeptes de théories du complot, , et affirme que les analyses mettant en évidence dès 2018 les faiblesses méthodologiques de ce sondage n'ont pas été suffisamment prises en considération ; l'enquête aurait réussi à imposer l'idée d'une société particulièrement vulnérable à des . Paradoxalement, dit-il, . Didier Fassin reproche aussi à ce sondage qu'il juge peu fiable d'avoir pointé du doigt les catégories pauvres et peu instruites de la population comme étant particulièrement réceptives aux théories paranoïaques.