Jean-Paul Thenot est un artiste, performeur et écrivain français né le .

Il est l’un des premiers créateurs de l'art sociologiqueCent Lectures de Marcel Ducham, Yellow Now, Crisnée, Belgique, 1978, réédition augmentée 2006, l’un de ceux qui ont axé leur travail sur la communication et repensé l’art hors du concept rétinien, vers la fin des années 1960.

Biographie

Jean-Paul Thenot a étudié la psychologie à la Sorbonne où il a suivi les cours de Jean-François Lyotard. Initié à l’analyse pendant quelques années, il travaille ensuite dans une institution qui reçoit des enfants et des adolescents présentant des troubles de l’identité et de la communication.

Jean-Paul Thenot, docteur en psychologie cliniqueThèse soutenue à Paris VII en 1987 : L'Image de soi dans le processus psychothérapique : une utilisation de la vidéo., pratique la psychothérapie et met au point une méthode thérapeutique appuyée sur l’utilisation de la vidéo, méthode décrite dans de nombreux articles et ouvrages.

Mais la psychologie n’est pas le seul domaine à éveiller sa curiosité. Thenot est également fasciné par l’art, la sociologie ou la science d’une manière générale. Chacun de ses travaux reflète ce désir de transdisciplinarité et sa pratique relie les champs de ces différents domaines.

S’il gagne sa vie en tant que psychothérapeute, Jean-Paul Thenot est également un artiste reconnu, entre autres cofondateur du Collectif d’Art Sociologique. Il a participé à de nombreuses manifestations internationales (Biennale de Paris 1971, Musée Galliera, Paris, 1974, ICC d’Anvers, Musées d’art moderne Paris, Rio, Sao Paulo…) ainsi que la Biennale de Venise en 1976.

Débuts dans le monde de l'art

Jean-Paul Thenot s’affirme dans le monde de l’art en débutant par des interventions dans la rue entre 1969 et 1970, centrées sur l’idée de progression. Il présente des objets de la vie courante, d’une taille normale à une échelle démesurément grande. Cordes à sauter, ratières, cintres à jupes deviennent alors des objets intrigants, non seulement par leur taille excessive, mais également par le simple fait qu’ils sont placés en série dans la rue. Thenot demande aux passants ce qu’ils pensent de ces détournements, ce qu’évoquent pour eux ces objets, et quelles sont leurs sensations à leur vue. Il s’intéresse au retentissement que l’art provoque chez les gens.

À la même époque, Jean-Paul Thenot procède à des envois postaux, ses Constat d’existence. Il décrit dans ces lettres-manifestes des dizaines d’actions ou d’interventions d’artistes contemporains, sans les nommer, tels que Buren, Arman, Beuys, etc. Ces envois sont adressés à des spécialistes de l’art, mais également à un public non concerné composé de de diverses catégories socioprofessionnelles, choisies par des tables de nombre au hasard. En s’adressant à des destinataires anonymes, ces messages, isolés de tout contexte demeuraient partiellement incompréhensibles pour ceux qui les recevaient. Dans la perspective de l’énigme, ils acquéraient une portée réellement interrogative.

Il applique ensuite son processus de progression à des concours réalisés dans le cadre de la Biennale de Paris ou lors de l’organisation d’émission vidéo où chacun peut réaliser librement sa propre émission, exprimant ses souhaits et ses désirs.

Ses interventions ont lieu à la fois dans le champ artistique spécifique et dans le champ social global. Soutenu par François Pluchart, Pierre Restany, remarqué par d’autres comme Anne Tronche ou Jean-Marc Poinsot, son travail se révèle ensuite plus psychosocial, tant dans ses méthodes que dans sa mise en scène. Le public davantage ciblé., est choisi parmi un échantillon représentatif de la population. Thenot demande aux personnes à travers des questions ouvertes, simples et naïves de dire ce qu’évoquent pour eux des formes, des couleurs, etc. Il questionne sur la cote des œuvres, des reproductions d’œuvres d’artistes, ou encore le travail de Duchamp. Ces résultats peuvent être utilisés dans le domaine de la sociologie, mais Thenot les expose dans des lieux d’art.

L'art sociologique

Le mouvement de l’art sociologique est né des rencontres entre des artistes comme Michel Journiac, Gina Pane, Bertrand Lavier, Thierry Agullo, Joan Rabscall, Jocelyne Hervé, Sosno, Hervé Fischer, Fred Forest, Jean-Paul Thenot, sans oublier des critiques d’art comme François Pluchart et Bernard Teyssèdre. Pluchart lance alors un débat entre Journiac, Pane, Fischer et Thenot, à propos de leur façon de pratiquer l’art, débat qui sera publié en 1973 sous le titre « Dix questions sur l’art corporel et l’art sociologique » dans le magazine arTitudes.

Le , le Collectif de l’Art sociologique, fondé par Jean-Paul Thenot, Hervé Fischer et Fred Forest, devient officiel grâce à la publication d’un premier manifeste dans le journal Le Monde.

L’art sociologique est une pratique artistique articulée autour de la communication. Ce mouvement utilise des méthodes de la sociologie pour questionner de façon critique l’art et ses relations avec la société. Son projet est de faire participer autrui, de façon critique, en vue de modifier les prises de conscience L’art sociologique part avant tout d’un objectif ambitieux : être en rupture avec une pensée rigide. Le projet est à la fois politique, épistémologique, sociologique et artistique. L’art sociologique se doit de faire bouger la société, ou mieux, de faire en sorte que la société se modifie elle-même.

Le Collectif d’art sociologique a influencé de nombreux artistes, et de nombreux critiques d’art y ont fait référence. Le Collectif a organisé des expositions et des manifestations, (l’art et ses structures socio-économiques, Galerie Germain, Paris, problèmes et méthodes de l’art sociologique, Galerie Mathias Fels, Musée Galliéra, Paris, art et communication, Institut français de Köln, Allemagne…). Il a publié des manifestes, créé l’École sociologique interrogative où il a fait intervenir des praticiens et des intellectuels, entre autres Paul Virilio, Abraham Moles, Vilem Flusser, Pierre Restany, Edgar Morin, René Lourau, Henri Lefèvre ou René Thom..

La médiatisation du mouvement lui fait perdre son caractère critique et sa valeur fondamentale de questionnement. Il implose et se dissout en 1981, au moment où il entrait dans une phase d’institutionnalisation.

Des années 1980 aux années 2000

Les travaux de Jean-Paul Thenot se sont diversifiés après la dissolution du Collectif de l’Art Sociologique.

En 1978, il réalise, avec Jean-Pierre Giovanelli, Nous sommes tous des écrivains, une intervention qui propose aux visiteurs du Festival international du Livre de Nice de devenir les coauteurs et les copropriétaires d’un livre écrit par eux, réalisé et dédicacé sur place pendant ce Festival.

En 1980, il réalise une série d’entretiens dans le but de parodier et de critiquer la culture et le marché d’art. Il demande à des personnes quel est à leur avis l’artiste le plus représentatif et capable de servir de « valeur étalon ».

En 1981, il rend Hommage aux artistes inconnus avec le projet d’un monument commémoratif réalisé à partir de dessins, d’interventions ou de documents.

Entre 1983 et 1988, il développe une pratique thérapeutique comme pratique artistique en déplaçant la communication au-delà du concept de l’art, faisant basculer l’esthétique dans une forme d’éthique. Il édifie l’œuvre d’art en un véritable questionnement philosophique.

Thenot s’était intéressé à la vidéo qu’il avait introduite dans la relation thérapeutique ou dans des groupes notamment avec Janine Manant, au village de Botmeur, en utilisant ses possibilités de visualisation et d’éveil. Pour la première fois en France, en 1989, il fixe dans un ouvrage un cadre théorique à une pratique des psychothérapies utilisant la vidéo

À partir de 1989, Thenot consacre un intérêt particulier pour les phénomènes invisibles et énergétiques, à la science et aux systèmes de perception globale, qui le dirigeront vers la sensibilisation aux modes de régulation vibratoire des lieux et des habitants. Il s’intéresse à la géobiologie et aux phénomènes psychiques dits paranormaux. Il publie un ouvrage en 2004, où certaines hypothèses permettent de mieux comprendre certains phénomènes, comme la voyance ou la télépathie, en se basant sur des expérimentations effectuées en laboratoire et des explications scientifiques. Son livre Les sorciers face à la science : les phénomènes paranormaux faits et preuves remet en question les façons traditionnelles de penser. En pointant des analogies entre la matière et l’esprit, cela ouvre la psychologie à une autre compréhension de la conscience et l’art à de nouvelles perspectives.

De l'art sociologique à l'esthétique du Tao

L’esthétique du Tao est une réflexion que Jean-Paul Thenot a initiée, notamment entre 2005 et 2007. Il s’agit de montrer l’invisible, de prononcer l’inaudible, de ressentir l’insensible. Il faut éveiller l’individu à ses propres sensations. L’esthétique du Tao, c’est tenter de poser des mots sur l’indicible. Cette démarche marque beaucoup tout le travail de Jean-Paul Thenot.

C’est éveiller chez l’homme une révolution de sa sensibilité et souligner l’intérêt que l’on porte, en tant que conscience, à sa présence dans le monde, qu’elle soit physique, énergétique ou spirituelle

Œuvres Signatures Jean-Paul Thenot a travaillé sur des installations autour de la signature d’artiste, et de ses significations. Partant de l’idée que parfois l’artiste est devenu un fétiche et sa signature un logo à l’égal de n’importe quelle marque, la valeur marchande de la signature compte alors plus que la valeur artistique de l’œuvre. La signature peut être vue comme « trace du corps glorieux de l’artiste ». Entre 2008 et 2009, Thenot a proposé des signatures d’artistes en trois dimensions, comme des signatures qui seraient sorties de leur toile pour prendre forme dans des matériaux physiques et solides comme du bois. La signature, mise en évidence dans une installation, avec des jeux de matières, ou des jeux d’ombres, devient palpable. Thenot montre ainsi son intérêt pour l’esthétique de la graphie, mais également pour la capacité marchande que renferme une signature dans le monde de l’art. En détachant la signature de l’œuvre et en la posant au regard de tous, Jean-Paul Thenot met l’auteur et l’observateur sur un pied d’égalité. Dans ces installations, il tente de rendre à la signature son pouvoir symbolique, en montrant qu’il s’agit avant tout d’un reflet de l’individu qui la crée.

Ghosts of Art Thenot est allé encore plus loin dans ce travail en proposant des installations qui mettent en scène des signatures en feu. Ce travail soulève encore une autre question, qui est celle de la survivance de l’artiste dans le temps. En faisant brûler la signature, Jean-Paul Thenot propose l’idée que « c’est quand une chose commence à disparaître que le concept apparaît ». Les signatures d’artistes sont aujourd’hui, pour certaines encore plus que pour d’autres, devenues de véritables logos, des arguments de vente. Faire brûler ces symboles marchands, c’est faire revenir les artistes pour leur travail avant tout, c’est montrer les créateurs, et mettre en avant leur caractère mythique. Thenot fait disparaître les signatures des artistes pour les faire vivre autrement, et faire survivre ces artistes à leur propre disparition.

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