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En arrière-plan : des cadres et des militants

Le clan d'Oujda« Clan d'Oujda » sur Google Books« Clan d'Oujda » sur El Watan« Clan d'Oujda » sur Le Matin.dz, appelé parfois le « groupe de Tlemcen »Gilbert Meynier, Histoire intérieure du FLN 1954-1962, Fayard, 2002. , est un groupe politico-militaire ayant opéré durant la guerre d'Algérie. Le clan s'est bâti sur la première communauté algérienne installée au Maroc depuis 1950, composé de la petite bourgeoisie, de propriétaires terriens, d'auxiliaires de l'administration marocaine ou d'étudiants et des cadres, tous encadrés par les combattants algériens de l'Armée de libération nationale (ALN), repliés derrière la frontière marocaine dès le début de l'insurrection de 1954. Ils sont plus organisés, lourdement armés et fortement politisésHistoria magazine Guerre d'Algérie, Déjà Boumédiène songe au pouvoir, , 2373. 1973.

Le clan dont les liens se sont noués en 1956 autour d'un tandem formé par le colonel Boussouf, chef du service de renseignements du MALG, et son adjoint le colonel Boumédiène, chef d'État-major général (EMG) de l'armée des frontières, secondé par quatre hommes : Kaïd Ahmed, Chérif Belkacem, Ahmed Medeghri et Abdelaziz Bouteflika, qui attendent leur heure et très opposés aux négociations de paix à Evian par peur d'en être exclus après l'indépendance du pays. Les rapports entre ces hommes demeureront très étroits pendant toute la suite de la guerre et longtemps après l'indépendance du pays, quand ils ont investi les plus hautes fonctions politiques de l’Algérie indépendante.

La base arrière de l'EMG est implantée à Oujda, ville marocaine frontalière avec l'Ouest algérien. C’est ce qu'on appellera plus tard le « clan d'Oujda » et qui est à l'origine de l’assassinat d'Abane Ramdane au Maroc en 1957Daho Ould Kabila défend et justifie l’assassinat de Abane Ramdane, TSA, du novembre 2015.Le témoignage d’un “malgache” atypique, Liberté, du 15 octobre 2015 , la crise de l’été 1962, l'assassinat de plusieurs opposants politiques après l'indépendance et de la prise du pouvoir par les militaires de l'armée des frontières à sa tête le colonel Boumédiène. Ils remportent une offensive guerrière contre les maquisards des wilayas qui se sont opposés militairement aux hommes du clan durant la crise de l'été 1962.

Pour les historiens, le coup de force militaire de l'armée des frontières à sa tête le colonel Boumédiène durant l'été 1962, c'est l'été de « l'indépendance confisquée » par le « clan d'Oujda » qui a scellé le destin politique et économique de l'Algérie post indépendante où l'armée occupe toujours une place centrale dans les décisions politiques depuis le coup d'État du 19 juin 1965, au terme duquel le président de la République Ahmed Ben Bella est renversé par le colonel Boumédiène, qui devient le nouveau président de l'Algérie.

Une partie des présidents successifs de l'Algérie qui ont gouverné le pays plus de dix années, sont issus de ce clan depuis le coup d'État du 19 juin 1965 (Houari Boumédiène et Abdelaziz Bouteflika).

Le clan s'est effrité en 1979 après la mort du président Boumédiène, supplanté par un nouveau clan, le « clan de l'Est » dont les hommes qui le composent sont tous originaires du triangle géographique de la région de l'Est de l'Algérie : Batna-Tébessa- Souk Ahras connu sous l'acronyme « BTS », où les villes de Khenchela et Batna sont sur-représentées.

20 ans après, le « clan d'Oujda » s'est imposé de nouveau dans tous les rouages du pouvoir après le retour d'Abdelaziz Bouteflika et son accession à la tête du pays en 1999Les luttes de clan exacerbent la guerre civile en Algérie in Le Monde diplomatique, numéro d'octobre 1997. En 2019, celui-ci est contraint à la démission par le Hirak. thumb|280px|Frontière algéro-marocaine thumb|280px|Oujda, ville marocaine frontalière avec l'Ouest algérien

Histoire Beaucoup d'Algériens sont installés au Maroc dès 1848 après la défaite de l'Émir Abd el-Kader, puis la défaite des soulèvements de la tribu Ouled Sidi Cheikh et de celle de Cheikh Bouamama face à l'armée française. Une autre génération d'Algériens a quant à elle rejoint le Maroc, après l'insurrection du par crainte des représailles de l'armée française. Le colonel Ahmed Bencherif estime que le nombre d'Algériens rentrés du Maroc en 1962 dès le cessez-le-feu en Algérie dépasse les .

Guerre d'Algérie Dès le début de l'insurrection de 1954, le Maroc oriental avait servi de base logistique pour d'éventuelles opérations en Oranie.

Le , à à l'ouest d'Oran, sur la plage de Turgot, dans la région d'Aïn Témouchent, avait lieu une tentative de débarquement au moyen de petits bateaux partis la veille de la zone espagnole du Nord marocain. La police judiciaire française découvrira, entre Rio-Salado et Er-Rahel, des dépôts de bombes de fabrication artisanale (tubes de fonte bourrés d'explosif et de grenaille) qui devaient servir à l'exécution d'attentats dans les villes et les campagnes de l'Oranais. C'est dans l'ex-zone espagnole du Rif, que les nationalistes algériens vont implanter leurs bases d'instruction des troupes et cadres de la future Armée de libération nationale (ALN). Le PC s'installe à Nador. La frontière algérienne est à quelques kilomètres plus à l'Est. Les bateaux de contrebandiers pourront, pendant de longs mois, débarquer impunément leurs cargaisons d'armes et de munitions, jusqu'au moment où la marine française recevra enfin l'autorisation de mettre fin à ce trafic. Mais à huit cents kilomètres au sud, aux confins des territoires algéro-marocains, les immensités désertiques de la région de Tindouf permettent le passage de caravanes dont chacune transporte des armes et du matériel de guerre. Les Reguibat, qui nomadisent en permanence du territoire contrôlé par les Espagnols à celui contrôlé par les Français, sont passés maîtres dans la pratique de la contrebandeHistoria magazine Guerre d'Algérie, L'aide du Maroc, , pp : 1236. 1972.

Oujda : garnison de l'ALN

Mohamed Ben Brahim Boukharouba (futur colonel Boumédiène), de nature austère et taiseux s'impose très vite d'abord comme organisateur du trafic d'armes du Maroc vers les maquis des wilayas de l’intérieur, puis comme organisateur de la guérilla, il se montre parmi les plus assidus des militants qui se trouvent dans la base à Oujda suivent les cours (stratégie, histoire, économie, politique) du Centre de formation et de perfectionnement du FLN. Il travaille avec Boussouf lieutenant de Larbi Ben M'hidi chef de la wilaya V. Quand Ben M'Hidi meurt en 1957, Boussouf le remplace en . C'est lui qui fera transférer à Oujda le siège de la wilaya V et l'état-major qu'il avait sous ses ordres dans la ville marocaine de la région orientale disposait d'une armée des frontières plus de .

Le colonel Boussouf mettait à la disposition de l'État-major général (EMG) 5000 fusils anglais ENFIELD 303, 500 fusils BREN et 3000 grenades quadrillées MILLS. d'armement étaient déjà parvenues en Oranie via Nador

Un an plus tard Boussouf devint membre du CCE et fut nommé en , ministre du MALG et de l'Armement du GPRA, son successeur à la tête de la wilaya V sera son ex-adjoint Boukharouba - ou plutôt Houari Boumediene, car le nouveau colonel commandant en Oranie a pris comme nom de guerre celui du célèbre mystique soufi Sidi Boumédiène, saint et savant musulman, dont un sanctuaire fameux, à Tlemcen perpétue la mémoireRachid Massali, L'Homme énigme. Houari Boumédiène, Canstantine, EL Baath. 1990, pages : 295-300.

Remarquable organisateur d'une wilaya qu'il dirige depuis son P.C. d'Oujda, au Maroc, Boumédiène est nommé colonel et chef du commandement opérationnel de l'Ouest. Désigné enfin comme chef de d'État-major général (EMG), il n'a pas cessé de prendre, au sein de l'armée des frontières des responsabilités de plus en plus lourdes.

thumb|300px|Oujda, un centre de transit de l'ALN entre le Maroc et l'Algérie.

Le colonel Boumédiène réclame au GPRA les moyens matériels et financiers nécessaires pour atteindre, au moins partiellement, ses objectifs, ses demandes sont importantes, car la tâche qu'il se propose d'accomplir est lourde. En , en effet, l'armée des frontières de Tunisie et du Maroc ne compte que , dont seulement peuvent combattre avec des moyens modernes, les autres ne disposant que d'un armement hétéroclite ou démodé. Pour redresser la situation, le colonel Boumédiène doit rétablir l'unité du commandement et faire régner, à tous les échelons, une discipline rigoureuse. Il doit aussi augmenter la « force de frappe » de l'armée en gonflant ses effectifs, grâce au recrutement intensif de jeunes Algériens vivant hors des frontières de leur pays, en dotant ces nouvelles recrues d'un armement équivalant à celui de l'adversaire et en assurant enfin la promotion de cadres, surtout de cadres moyens compétents et qualifiés.

Le chef de l'État-major général (EMG) se lance, en somme, avec une volonté de fer, dans une rude entreprise : transformer un conglomérat de combattants éparpillés sur les territoires tunisien et marocain en une armée digne de ce nom. Pour commencer, il transforme les P.C. opérationnels assez légers de l'armée des frontières à Oujda (frontière algéro-marocaine) et à Ghardimaou (frontière algéro-tunisienne) en véritables quartiers généraux.

Un travail d'organisation considérable, l'EMG est devenu un pouvoir homogène avec sa propre armée, organisée davantage comme une force prétorienne susceptible d’être un marchepied dans la course au pouvoir que comme une force militaire conçue pour en découdre avec l'ennemi, forte de , bien équipée, disciplinée, dispose de matériel mécanisé et de blindés, dont la menace immobilisait d'importants effectifs français aux frontières marocaines, dotée d'une administration, ses services spécialisés (transports, transmissions, centres de formation et de perfectionnement), ses écoles de cadres, sa hiérarchie d'officiers et de sous-officiers plus dévoués à leur chef, le colonel Boumédiène, qu'aux « Excellences » du GPRA. Il attire à lui, du coup, des éléments dynamiques dans les milieux les plus divers de la résistance algérienne. À Oujda il constitue une équipe où l'on trouve déjà Chérif Belkacem, Ahmed Medeghri, Ahmed Kaïd et Abdelaziz Bouteflika, (futur ministre des Affaires étrangères de l'Algérie indépendante), qui devait tous jouer un rôle important auprès de lui, ce qui est devenu plus tard le « clan d'Oujda ».

Son quartier devient une sorte de laboratoire du socialisme algérien : on y lit Fanon et Guévara, on y cite Sartre et Jeanson, les portraits de Castro y foisonnent. Des étudiants qui ont combattu dans les rangs de l'ALN viennent aussi grossir l'équipe des conseillers qui entourent le colonel Boumédiène au QG d'Oujda, de jeunes intellectuels issus des milieux citadins d'Oranie ou de familles algériennes repliées au Maroc commencent à jouer les premiers rôles. L'EMG reçoit enfin le renfort des fameux « DAF » officiers algériens déserteurs de l'armée française, notamment le capitaine Zerguini, le lieutenant Chabou, le lieutenant Slimane Hoffman – qui quittent leurs régiments stationnés en Allemagne pour rallier le FLN et qui apportent à l'ALN leur expérience de professionnels sortis des écoles militaires françaises

Force militaire en expansion et force politique en construction, l'EMG traite avec le GPRA d'égal à égal. souvent les deux autorités donnent ensemble leurs directives pour la conduite de la guerre, la gestion des affaires courantes, la création d'institutions nouvelles.

Ateliers d'armement de l'ALN au Maroc contrôlés par les hommes du « clan d'Oujda »