vignette| de J. Howard Miller, 1943.

(« On peut le faire ! ») est une affiche de propagande américaine réalisée en 1943, pendant la Seconde Guerre mondiale, par J. Howard Miller pour Westinghouse Electric, dans une campagne de remotivation des salariées.

L'affiche serait basée à tort sur une photographie en noir et blanc d'une ouvrière nommée Geraldine Doyle travaillant dans une usine du Michigan, en réalité il s'agirait de Naomi Parker qui, durant cette période, travaillait à la chaîne dans la base aéronavale d'Alameda en Californie.

L'affiche n'a pas été très diffusée au cours de la guerre. Elle a été redécouverte dans les années 1980 et largement reproduite sous de nombreuses formes, souvent appelée « » mais aussi, de façon abusive, (« Rosie la riveteuse ») en référence à la figure emblématique d'une travailleuse pendant la guerre dont l'apparence est similaire. L'image du « » a été utilisée pour promouvoir notamment le féminisme dans les années 1980 Disponible également à l'adresse through Highbeam. . Elle a fait la couverture du magazine Smithsonian en 1994 et a été reprise sur un timbre postal américain en 1998 ; elle a aussi été reprise et détournée dans le cadre de diverses campagnes politiques. L'affiche, qui demeure très populaire, est l'une des dix images les plus demandées à la .

Depuis sa redécouverte, il est courant de penser que l'image a toujours été utilisée comme un appel aux travailleuses pour qu'elles participent à l'effort de guerre. Cependant, pendant la guerre, l'image n'a été affichée qu'à Westinghouse, en interne, pendant le mois de , et n'avait pas un objectif de recrutement, mais plutôt celui d'encourager les employées à travailler encore plus. Les féministes se sont approprié l'aspect revendicateur et le slogan de l'affiche et ont utilisé l'image sous plusieurs formes, notamment pour promouvoir l'auto-émancipation et faire la promotion de leurs campagnes. L'image a aussi été utilisée dans des publicités ou des parodies.

Contexte vignette|redresse|Un poster de propagande de 1942 promouvant l'unité entre les travailleurs et le patronat de GM. Efforts de guerre et propagande Après l'attaque de Pearl Harbor, le gouvernement américain lance un appel aux industriels afin que ceux-ci produisent plus de biens pour la guerre. L'atmosphère dans les grandes usines est souvent tendue, à cause d'une certaine rancœur entre les patrons et les syndicats qui s'est installée pendant les années 1930. Les dirigeants d'entreprises comme General Motors (GM) veulent minimiser les frictions et encourager l'esprit d'équipe. En réponse à une rumeur de la possibilité d'une campagne de presse lancée par le syndicat United Auto Workers, GM produit rapidement une affiche de propagande en 1942 montrant les travailleurs et le patronat se retrousser les manches, travaillant de concert dans le but de maintenir un flot de production constant pendant la guerre. Les slogans de l'affiche sont « » (« Ensemble, on peut y arriver ! ») et « » (« Faites en sorte qu'ils [les Alliés] continuent à tirer ! »)Bird/Rubenstein 1998, p. 58.. En créant ces affiches, les entreprises souhaitent accroître la production en se servant du sentiment pro-guerre, avec comme but d'empêcher le gouvernement de contrôler encore plus la production.

Westinghouse Electric

vignette|redresse|Un autre poster de J. Howard Miller, de la même série d'affiches que « ».

En 1942, J. Howard Miller, artiste de Pittsburgh, est embauché, via une agence de publicité, par le Comité de Coordination de la Production en temps de guerre (War Production Coordinating Committee) de Westinghouse Electric, pour créer une série d'affiches destinées à une campagne de communication s'adressant aux ouvriers de l'entreprise. Le but de cette campagne est de remonter le moral du personnel, pour réduire l'absentéisme, inciter les travailleurs à poser leurs questions à leurs chefs, et minimiser le risque de grogne du personnel ou de grève dans l'usine. Chacune des affiches (plus de 42 au total) de Miller est affichée à tour de rôle dans l'usine pendant deux semaines. La plupart d'entre elles mettent en scène des hommes, et renforcent l'image des rôles traditionnels attribués aux hommes et aux femmes. L'une d'elles montre par exemple un chef de service masculin, souriant, avec le slogan ().

Moins de (d'une dimension d'environ ) de l'affiche « » sont tirées. L'affiche n'est diffusée que dans quelques usines de Westinghouse à East Pittsburgh, en Pennsylvanie, et dans le Midwest, où il est prévu qu'elle soit accrochée pendant deux semaines à partir du lundi Search results for catalog number 1985.0851.05.. Les usines ciblées fabriquent des revêtements pour casques faits de plastique en Micarta, une résine phénolique inventée par Westinghouse. La plupart des ouvriers de l'usine sont des femmes, et cette usine fabrique treize millions de revêtements pour casques au cours de la guerre - Extrait de : . Les employés de l'usine n'interprètent sans doute pas le slogan « » comme s'appliquant uniquement aux femmes ; avant cette affiche, il y a eu une série au ton paternaliste et dominant, promouvant l'autorité des supérieurs, l'autonomie des employés et l'unité au sein de l'entreprise, donc les employées comprennent sans doute l'image « » comme signifiant « les employés de Westinghouse peuvent y arriver », en travaillant tous ensemble. L'image positive a pour but de renforcer le moral des employés et d'empêcher la production de ralentir.

L'affiche

Inspiration

Pendant près de soixante-dix ans, on prétend que pour l'affiche « », Miller s'est inspiré d'une photo en noir en blanc de l'United Press International (UPI) de Geraldine Doyle, vivant à Ann Arbor dans le Michigan, cliché pris début 1942 alors qu'elle a 17 ans. Sur la photo, la jeune femme porte un bandana à pois sur la tête, et se penche sur un emboutisseur de métal, contrôlant fermement la machine. Elle démissionne de son poste à l'usine peu de temps après la réalisation de cette photo ; elle a en effet entendu dire que l'emboutisseur avait blessé les mains de l'opératrice précédente, et elle ne voulait pas prendre le risque de ne plus pouvoir jouer du violoncelle. Elle obtient un autre emploi dans une autre usine, en tant que .

Cependant, Charles A. Ruch, historien de Westinghouse et habitant de Pittsburgh qui était ami avec J. Howard Miller, déclare qu'il doute que Doyle est liée à l'image. Selon lui, Miller n'a pas pour habitude de s'inspirer de photographies, mais plutôt de modèles réels. Penny Coleman, auteure de Rosie the Riveter: Women working on the home front in World War II, déclare que Ruch et elle ne peuvent déterminer si la photo de l'UPI de Doyle avait paru dans un périodique que Miller aurait pu voir.

Miller n’évoque jamais le modèle qui lui a inspiré l'affiche. C'est seulement en 2011 qu'un professeur de l'université Seton Hall, James J. Kimble, identifie et démontre après une longue enquête le véritable modèle de la célèbre affiche. Kimble retrouve et questionne en Naomi Parker et sa sœur Ada, âgées alors respectivement de 93 et 91 ans, qui confirment son enquête, corrigeant ainsi une erreur historique. Parker, qui travaillait à cette époque (tout comme sa sœur cadette) à la chaîne dans la base aéronavale d'Alameda en Californie, avait environ vingt ans.. La photo qui la représente a paru le dans The Pittsburgh Press, le journal de Pittsburgh, ville dans laquelle Miller résidait à l'époque. Le dessinateur travaillait alors sur cette série d'affiches. Selon Kimble, celui-ci s'en serait « involontairement » inspiré pour créer le personnage de « Rosie la riveteuse ».

Après la guerre, Parker travaille comme serveuse dans un restaurant de Palm Springs en Californie, et se marie trois fois.. Elle meurt en 2018 à l'âge de 96 ans.

Composition

Si J. Howard Miller s'est inspiré de la photo de l'UPI, son affiche la réinterprète librement. Le personnage principal est présenté sur un fond vide, selon l'habitude de l'artiste ; il ajoute également un badge d'identification d'employée de Westinghouse sur son col. Les vêtements aux couleurs rouges, blanches et bleues sont un appel subtil au patriotisme, une tactique fréquemment utilisée par les comités de production des entreprises en temps de guerre.

La posture adoptée par le personnage sur l'affiche est également différente de la photo de Doyle : son visage est tourné vers le spectateur, sa main droite est fermée et le poing est levé, pendant que la main gauche retrousse la manche droite. Le bras droit est musclé et mis en avant, bien plus que sur la photo originale, ce qui renvoie à l'affiche de General Motors, « ». Les codes de la féminité sont également présents : maquillage, foulard laissant passer une coiffure à la mode et ongles vernis soigneusement entretenus. Si cette manucure, qui peut alors quelquefois être un motif de renvoi, ne va pas de soi à l'époque, la mise en avant des critères de féminité s'inscrit dans la logique d'un exercice provisoire de métiers par les femmes le temps de la guerre, la suite attendue étant un retour au foyer à la fin de celle-ci. Finalement, comme le note le professeur d'histoire Jeremiah Axelrod, l'image combine la féminité avec .

Rosie la riveteuse

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'affiche « » n'était liée ni à la chanson de 1942 Rosie the Riveter, ni à la toile de Norman Rockwell Rosie the Riveter, image connue car ayant fait la couverture du Saturday Evening Post le (Memorial Day). Le poster de Westinghouse n'est pas associé aux femmes surnommées « Rosie » qui sont mises en avant pour promouvoir les femmes qui travaillent au pays et participent à l'effort de guerre. En réalité, après avoir été affiché pendant deux semaines en à des employés de Westinghouse, le poster disparaît pendant près de 40 ans. D'autres images de « Rosie » sont alors plus connues et sont souvent des photographies réelles d'employées. Le Bureau d'information de guerre des États-Unis monte en puissance pour créer une campagne de publicité nationale pour justifier la guerre, mais « » n'en fait pas partie.

La toile emblématique Rosie the Riveter de Rockwell est prêtée par le Saturday Evening Post au département du Trésor des États-Unis pour être utilisée pour des affiches et des campagnes promouvant les obligations de guerre. Après la guerre, l'œuvre de Rockwell perd graduellement sa notoriété car l'image est sous copyright : toutes les peintures de Rockwell sont défendues de façon intransigeante par ses héritiers après sa mort en 1978. Cette protection fait gagner de la valeur à la peinture originale, qui est vendue pour presque 5 millions de dollars en 2002. Réciproquement, l'absence de protection pour l'image « » est l'une des raisons qui permet sa renaissance.

Ed Reis, un historien travaillant bénévolement avec Westinghouse, note que l'image originale n'est pas montrée à des riveteuses pendant la guerre, et donc que le lien récent qu'on lui prête à « Rosie la riveteuse » n'est pas justifié. Reis dit sur le ton de la plaisanterie que la femme sur l'affiche avait plus de chance de s'appeler ou .

Redécouverte

En 1982, l'affiche « » est reproduite dans un article de magazine, (), paru dans le Washington Post. Cet article traite des affiches répertoriées dans les collections des archives nationales américaines. Geraldine Doyle n'apprend qu'en 1984 qu'elle aurait pu servir de modèle à l'affiche, lorsqu'elle lit un article dans le magazine Modern Maturity qui fait le lien avec une photo d'elle. Elle reconnaît immédiatement l'affiche comme la représentant, même si elle ne l'a jamais vue auparavant.