Caroline Marçot (née à Paris le ) est une compositrice et interprète française de musique vocale, en ensemble et en soliste. Elle est également directrice artistique d'ensembles vocaux et instrumentaux.

Ses productions, généralement axées sur la vocalité, y compris lorsque l'auteur utilise des instruments, développent assez fréquemment une polychoralité traitée de manière contemporaine, tout en se nourrissant d'éléments divers, particulièrement les polyphonies de type médiéval et Renaissance (comme celles de Roland de Lassus ou de Luca Marenzio), mais aussi le chant grégorien ou la musique de Jean-Sébastien Bach, d'Alban BergPar exemple, un extrait du Concerto à la mémoire d'un ange d'Alban Berg (1935) et le choral Es ist genug de Bach, entendu dans ce même concerto, sont repris et adaptés dans Némésis (2005)., d'Edgard Varèse et de la musique spectrale, aussi bien que d'autres références musicales, parfois traditionnelles. Ces influences ne se limitent pas à l'Europe, spécialement lorsqu'elles proviennent de la Méditerranée.

Les textes chantés peuvent être empruntés à des sagesses ou à des mystiques de diverses origines. Mais les partitions vivent aussi par les qualités propres aux différentes langues choisies. Par leur tendance à l'universalité, par l'importance donnée au sens autant qu'à leur apport plus purement sensible, en lien avec les sons, les textes choisis prennent une importance toute particulière dans le processus d'élaboration et de création.

Formation Caroline Marçot a d'abord reçu un enseignement instrumental et théorique au sein de l'École nationale de musique et de danse d'Orsay, où elle obtient de 1989 à 1995, les premières médailles en formation musicale en piano, musique de chambre, analyse et écriture, notamment dans les classes d’Annie Brunel, Michel Tavernier, Christian Accaoui et Alain Weber. Elle intègre ensuite le Conservatoire à rayonnement régional de Paris. Elle y obtient, à l'unanimité, les premiers prix d'harmonie et de contrepoint, dans la classe de Bernard de Crépy, ainsi qu'un second prix d'orchestration et un certificat de solfège ancien.

Admise en 1996 au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, elle obtient successivement les premiers prix d'analyse et de contrepoint « Renaissance » dans les classes d'Alain Louvier et d'Olivier Trachier, ainsi que les prix d'esthétique, d'écriture , d'harmonie, d'orchestration et d'acoustique musicale. Elle a notamment suivi les classes de Rémy Stricker, d'Édith Lejet, d'Yves Henri, Denis Cohen, d'Yves Henry et de Michèle Castellengo.

Elle est également titulaire en 2000 d'une licence de musicologie de l'université Paris-Sorbonne

Ces formations lui ont permis également d'enseigner en tant que professeure d'analyse musicale et Direction d'ensemble vocaux au sein de l'ARIAM (Association régionale d'information et d'actions musicales) Île-de-France, du Conservatoire à rayonnement régional d'Aubervilliers ou pour la Maîtrise de Notre-Dame de Paris.

Interprète vocale Pianiste de formation, c'est en tant que chanteuse et compositrice qu'elle s'est fait connaître. Elle a fait partie de la Maîtrise de Radio France (1995-1998) et du Jeune Chœur de Paris dirigé par Laurence Equilbey, tout en se perfectionnant auprès de Sylvie Sullé au Conservatoire Georges Bizet à Paris.

En 2000, elle intègre Les Cris de Paris dirigé par Geoffroy Jourdain, et participe à des ensembles tels que Akademia (Ensemble vocal et instrumental de musique ancienne, dirigé par Françoise Lasserre) ou Arsys Bourgogne, chœur à géométrie variable de 4 à 32 chanteursArsys aborde les différents répertoires dits « classiques », anciens et modernes : a cappella, avec continuo, avec orchestre. (dir. Pierre Cao) ou Le Concert d'Astrée (dir. Emmanuelle Haïm). Elle fonde en 1999 le trio Viva Lux avec l'objectif d'explorer et de diffuser le répertoire à trois voix égales, de la Renaissance et d'autres époques.

Cette époque de la Renaissance occupe une place particulière dans son répertoire d'interprétation car par l'utopie sonore que représente l'exposition égale des voix, elle y perçoit la traduction d'un humanisme qu'elle entend défendre dans son travail de composition et ses choix d'interprétation.. C'est à ce titre, qu'elle répond présente en avec l'Ensemble de musique ancienne "Diabolus in Musica" et le musicien algérien Qais Saadi afin de présenter un programme illustrant le lien entre musique européenne et orientale à la demande du professeur Samuel Paty assassiné en ..

Elle grave le premier enregistrement des Psaumes huguenots de Claude Le Jeune, écrits en français à la fin du et édités en 1602-1610. En 2003, elle rejoint l'ensemble Mora Vocis basé à Nîmes qui s'intéresse aussi bien aux musiques médiévales et de transmission orale qu'à la musique contemporaine.

De 2006 à 2010, elle a dirigé le Chœur Cæcilia (le chœur de filles) de la Maîtrise de Saint-Christophe de Javel, à Paris. En partie grâce à sa collaboration, les ensembles auxquels elle participe investissent les lieux par une mise en espace sonore, liée à l'acoustique de l'endroit, ce qui aboutit à mettre à contribution (à « mettre en contrepoint ») l'espace architectural, et permet de sortir du cadre formel du concert.

Elle co-fonde en 2010 puis dirige à partir de 2015 l’ensemble vocal et instrumental L'Échelle dans le but de promouvoir les répertoires de la renaissance et la création. D'abord implanté en région Grand-Est de 2012 à 2017, l'ensemble est installé depuis cette date à Amanlis dans la région de Rennes.

La composition musicale

À partir des années 2000, elle commence à écrire ses premières pièces. Les différents aspects du phénomène sonore l'intéressent particulièrement, et sa prédilection pour le chant l'amène tout naturellement à composer des œuvres principalement vocales. Elle reçoit alors de nombreuses commandes, notamment de Laurence Equilbey (Chœur de chambre Accentus), Roland Hayrabedian (ensemble Musicatreize) ou encore Geoffroy Jourdain, et de la part d'institutions comme Radio France ou la Cité de la musique. Elle travaille aussi avec la maîtrise de la cathédrale Notre-Dame de Paris (Chœur d'enfants, Jeune Ensemble et Chœur d'adultes) et la Compagnie marseillaise Cahin-caha (cirque contemporain).

Certaines de ses œuvres ont été créées par Rachid Safir et Les Jeunes Solistes (devenus l’Ensemble Solistes XXI) - pour lesquels elle a composé un cycle de madrigaux, donnés à Rome, à la Villa Médicis en .

À travers son catalogue d'œuvres, on note l'importance qu'elle accorde au choix des textes : leur fonction apparaît primordiale à plusieurs niveaux. Le texte véhicule non seulement sa signification propre mais permet en même temps de développer un sens purement musical. C'est ainsi que la compositrice explore la richesse auditive du français, de l'italien, de l'espagnol, du latin, de l'allemand et de l'arabe, ou de langues à caractère régional comme le breton, le corse ou le créole. Ces paramètres restent cependant étroitement liés car si le texte influence directement la forme, la langue, elle, incite la compositrice à écrire dans un style capable de s'y rapporter.

Ainsi, l'italien appelle par exemple le madrigal : Non et O sorte dura « O dureté du sort » (2000), sa première pièce a cappella, est un madrigal en deux parties pour chœur de chambre à 5 voix mixtes. Écrite sur l'unique sonnet italien de Louise Labé, cette œuvre offre une mise en forme dramatique du texte, que la compositeure obtient grâce à l'attention très personnelle qu'elle a portée à l'accentuation prosodique et aux respirations de la forme littéraire.

Dans Crux (2001) et Lux (2002), madrigaux spirituels pour 10 voix solistes, se mêlent l'espagnol et le latin dans des textes de Jean de la Croix et dans les emprunts aux liturgies du Credo et du Requiem. Si chacune de ces deux pièces reprend le poème Llama de amor viva (La Vive Flamme d'amour) de Jean de la Croix, Crux tente plutôt de réunir les cultures catholique romaine et arabo-andalouseLa culture arabe était encore présente en Andalousie à l'époque de Juan de la Cruz. à travers ces deux langues, tandis que Lux propose une conjugaison du latin liturgique du Lux Aeterna (« Lumière éternelle »)Prière grégorienne chantée pendant la Communion au cours de la messe de Requiem. avec un castillan mystique, et projette un éclairage lumineux sur ces textes.

Le latin incite plutôt au motet liturgique. Citons In Pace (2001), motet pour chœur à 7 voix mixtes, Agnus (2001), dernière prière de l'ordinaire de la messe, écrit pour double chœur à 6 voix égales, Nigra sumNigra sum sed formosa (« Je suis noire mais je suis belle »)., « Je suis noire » (2001), autre motet pour chœur à 7 voix mixtes et Pulchra es amica mea, « Tu es belle, mon amie » (2005), motet pour chœur à 5 voix mixtes, tiré, comme le précédent, du Canticum canticorum Salomonis (Cantique des cantiques du roi Salomon), poème d'amour intégré à la liturgie des Vêpres de la Vierge.

La création de Chalk Line en 2025 en hommage à Joséphine Baker et à son discours au Lincoln Memorial lors de la Marche sur Washington pour l'emploi et la liberté le illustre l'attention que porte l'artiste à certains sujets ainsi que l'importance qu'elle donne au texte et à la voix dans son processus créatif. Ce sont ainsi des extraits de ce discours, la scansion et la fréquence de la voix de la militante qui constituent la trame fondamentale de l'œuvre.

Œuvres

2025. Chalk Line, pour une voix, orchestre et vidéo. Commande du consortium créatif regroupant l'Orchestre national de Bretagne, d'Avignon-Provence , l' Orchestre national de Cannes, l'Orchestre national de Mulhouse et l' Orchestre de Picardie. Création au Théâtre des Champs-Elysées le à l'occasion du centième anniversaire de l'arrivée en France de Joséphine Baker, et du cinquantième anniversaire de sa mort. 2023 Hold Your Own, pour 3 voix de femmes, alto, viola da gamba, viola da spalla, virginal et piano. 20’ C.M. le 27.06.23. Commande de l’ensemble Acte 6. Vie-Eau-Lente, extraits de l’eau et les rêves de Gaston Bachelard.  5’ C.M. Bordeaux. Voix Sauvages et viola da gamba, de la Compagnie Eclats. 2022 Jungo (commande du CCR d'Ambronay). Pièce pour chœur mixte de 16 chanteurs répartis en 5 voix, avec orgue positif et violoncelle. ayant pour thème Venise et plus spécifiquement l'eau qui irrigue la cité. Cette composition vient répondre à des œuvres de Vivaldi, interprétées lors de la même occasion. Son titre a un double sens qui traduit à la fois la "Jeunesse" mais également, par sa racine latine, la notion d'union, de pont : entre deux époques () mais également deux styles, puisque cette œuvre d'écriture contemporaine est irriguée par du grégorien, qui prend l'aspect d'un cantus firmus. Tantôt dièse, Tantôt bémol, pièce pour accordéoniste chantant. 4’ C.M. 14.10.22. La Scala Paris. Commande de Vincent Lhermet et Pro-Arti. Le petit soldat de Plomb (extrait) conte pour chœur d’enfants à l’unisson, clarinette, batterie et piano. 45’ Livret d’après Andersen : Christian Eymery, mise en scène : Victoria Duhamel. C.M. le 28.06.22. Espace Jacques Prévert, Aulnay sous Bois.. Unicornis, pour 4 voix de femmes. Commande de Catherine Ravenne pour l'ensemble Cum Jubilo.  5’ C.M. 07.05.22. Château de Larochefoucauld. Carmin, pour 4 voix d’hommes. Commande de l’ensemble Beatus. 7’ Non créé. Narcisse, Pour 5 chanteurs, textes de Gaston Bachelard. 5’ Commande de l’ensemble Perspectives, par Geoffroy Heurard. 2018 Torquemada, musique de scène pour l'adaptation radiophonique du drame de Victor Hugo (2018). L'acteur et réalisateur Michel Sidoroff écrit à ce propos : « Dans ce travail musical et vocal de construction d'un univers inquiétant et farouche, la compositrice Caroline Marçot me fut d'une aide précieuse, avec sa pratique spectrale de la musique contemporaine dans le chant et son expérience du mariage des instruments anciens et contemporains ».. 2015