vignette|« La Bille Bleue » : vue de la Terre par l'équipage d'Apollo 17 lors de leur voyage vers la Lune.

Les droits de la nature regroupent un ensemble d'initiatives et de réflexions visant à accorder des droits donc la personnalité juridique à certains écosystèmes ou à la nature en général. Liés au courant de l'écologie profonde et de l'éthique environnementale, ils se fondent sur la critique du système juridique occidental, qui oppose les humains, titulaires de la personnalité juridique face à la nature.

Dans le droit international et national Selon le juriste David Victor, .

La Terre Mère à l'ONU La demande déposée par la Bolivie de mettre la question des Droits de la Terre Mère (Rights of Mother Earth) à l'ordre du jour des Nations unies a été adoptée le http://boliviarising.blogspot.fr/2009/12/bolivia-we-must-support-universal.html [archive]. Elle a été confortée par la Conférence mondiale des peuples contre le changement climatique. Celle-ci axée sur le changement climatique. autant que sur les Droits de la Terre-Mère a réuni entre et participants représentant cent quarante sept nationalités, sept gouvernements ainsi que la représentante de l’ONU. La Déclaration universelle des droits de la Terre-Mère qui en est issue spécifie que « la Terre-Mère est source de vie, de subsistance[, qu’elle] nous prodigue tout ce dont nous avons besoin pour bien vivre. [La déclaration recommande] d’éviter que les activités humaines n’entraînent l’extinction d’espèces, la destruction d’écosystèmes ou la perturbation des cycles écologiques ».. Elle a vocation à être adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies.

Les droits de la nature dans le monde En , il existait plus de 500 initiatives en faveur des droits de la nature dans au moins 40 pays du monde entier., revendiquant l'octroi de droits ou d'une personnalité juridique à un écosystème particulier ou à la nature. Certaines d'entre elles ont abouti à l'adoption de législations ou de révision constitutionnelles.

Équateur et Bolivie En Amérique du Sud, les droits de la nature sont reconnus par deux Constitutions, celles de l’Équateur (2008) et de la Bolivie (2009)Azam, . Via Cairn.info.. Le juriste Victor David indique en 2012 que .

La Constitution équatorienne se targue d’être la première Constitution au monde à accorder un certain nombre de droits inaliénables à la nature elle-même. Selon l'universitaire Françoise Morin, avec l'article 72 de cette constitution, c'est que .. L’article 395 de la Constitution équatorienne précise l’objectif de respect de la diversité culturelle et de satisfaction des besoins des générations actuelles et futures.. Selon Victor David, . En 2019, 25 procès ont été menés en Équateur sur cette base et 21 ont été gagnés par les défenseurs des droits de la nature : un projet d’exploitation d’élevage intensif de crevettes a par exemple pu être bloqué pour préserver une mangrove dans la réserve Cayapas-Mataje (province d’Esmeraldas)..

La constitution bolivienne a été complétée par la « loi sur les droits de la Terre Mère » de . Selon Françoise Morin, il s'agit de la première loi du genre au monde. Pour Victor David, .

Inde En Inde, le Gange et la Yamuna (l’un de ses affluents) en Inde, avant que la décision de la Haute Cour de l’Uttarakhand ne soit annulée par la Cour suprême indienne.. La juriste Valérie Cabanes relève que la Haute Cour de l’Uttarakhand avait reconnu le Gange , et , conduisant le secrétaire en chef de l’Uttarakhand à saisir la Cour suprême indienne .

Nouvelle-Zélande En Nouvelle-Zélande, le fleuve Whanganui s'est vu accorder une personnalité morale par le Parlement en 2017. Cette législation reconnaît au fleuve sa qualité d'« être vivant unique », et le dote ainsi d'une personnalité juridique lui permettant d'être représenté dans les procédures judiciaires par deux avocats ; l'un membre du gouvernement et l'autre issu de l'iwi (clan) Whanganui.

Espagne En Espagne, la Mar Menor, située dans la communauté autonome de Murcie a été dotée d'une entité juridique propre le . Cette législation ..

États-Unis En 2019, un référendum local organisé dans l’agglomération de Toledo (Ohio, États-Unis) a conduit à l'adoption d'une Déclaration des droits du lac Erié, particulièrement vulnérable à la prolifération d’algues bleu vert, qui s'est ainsi vu accorder le droit légal « d’exister et de prospérer naturellement », permettant ainsi aux habitants d'engager des poursuites contre les pollueurs, au nom du lac. Valérie Cabanes indique en 2019 qu'.

Nature et civilisations

Nature et culture Dans la civilisation occidentale, nature s'oppose à culture. En effet, le Petit Robert définit la culture comme « l’ensemble des aspects intellectuels propres à une civilisation »’’Le nouveau Petit Robert’’, 2004. Dans son sens philosophique culture désigne « ce qui est différent de la nature »Voir Culture. Descola précise « Est culturel ce qui est produit par l’action humaine, est naturel ce qui se produit indépendamment de l’action humaine »Descola, 2010, . L’opposition entre nature et culture qui se retrouve dans la civilisation occidentale ne se retrouve pas forcément dans les autres civilisationsDescola, 2011, .

Fabrice Flipo souligne que la civilisation occidentale est étroitement imbriquée dans la nature, mais une nature minérale: celle des sous-sols. Les vastes cités et le béton témoignent géographiquement de cette séparation. La civilisation des sous-sols se construit sur la base d'une ontologie cartésienne, avec d'un côté les sujets qui pensent (res cogitans, les humains) et de l'autre la matière étendue (res extensa). La matière souterraine extraite des sols est manipulée par les sciences de l'ingénieur au sens large. La "crise écologique" émerge quand les prélèvements directs ou les effets inintentionnels (changements climatiques) sur les écosystèmes provoquent des inquiétudes, des mouvements et des conflits. Une conception spécifique de la nature émerge alors, ancrée dans cette situation particulière. Les peuples qui vivent dans les forêts ont évidemment un concept de nature très différent.

Dans le même livre Flipo souligne trois sens du concept de nature : 1/ la nature comme désignant l'essence de quelque chose, comme ce qui les définit (il est dans la nature des oiseaux de voler etc. - l'essence peut être ascrite de manière aliénante, par exemple dans le cas du racisme, par exemple quand James Watson affirme que les noirs sont moins intelligents que les blancs, sur la base de quelques tests.) 2/ la nature comme ce qui se produit indépendamment de l'action humaine (la biosphère, le vivant, mais aussi le cosmos, le big bang, la tectonique des plaques, la fusion nucléaire dans le Soleil etc. - la nature recouvre dans ce cas toutes les formes d'action non humaines, et non pas exclusivement celles du vivant) 3/ une action en tant qu'elle est habituelle (par exemple l'entraînement rend certaines pratiques naturelles).

Flipo affirme que le concept occidental de nature dépend très largement des enjeux politiques liés à ces civilisations, qui sont pluriels : c'est une nature saisie par l'écologie, une science qui s'intéresse aux populations, à la génétique ; une nature-wilderness, vierge, livrée à la contemplation paysagère, aux réserves de biodiversité ou aux activités sportives ; une nature sous-sol, liée aux activités extractives qui engendrent des déplacements colossaux de matière, pour n'en citer que quelques-uns.

Diversité des civilisations

La représentation du monde de chaque civilisation est « le fruit d’héritages lointains, de croyances, de peurs, d’inquiétudes anciennes dont les germes sont perdus dans le passé et transmis à travers des générations et des générations d’hommes »Braudel, . Chaque civilisation a son approche de la natureDescola, 2010, et 69. Les anthropologues étudient des milliers de cultures très différentes les unes des autresDescola, 2010, et 80. Ils constatent qu’il y a d’autres façons de penser le monde que la nôtreDescola, 2010, . Ils étudient la question des rapports entre l’homme et l’environnement. Cette question est cruciale au regard du changement climatique et des dégâts causés par l’homme à la natureDescola, 2011, .

Cultures premières

Les cultures premières témoignent d’une grande clairvoyance de leur rapport à la natureLaurent, . L’indigène, faisant partie du monde où il vit doit se préoccuper d’en renouveler les ressourcesLarrère, . Dans les faits la relation des sociétés primitives avec la nature ne relève pas d’une croyance ou d’une religion. Il n’y a pas chez elles de division entre la réalité vécue quotidienne et une quelconque croyance ou vision du monde. Il y a un tout qui est une pratique sociale spécifique qui donne sens à la réalité mythico-rituelle. En Afrique il n’y a aucun équivalent du terme occidental de religion, ou même de rituelLahire, à 66,

En Afrique

En Afrique prédominait l’animismePourtier, . L’animisme consiste à attribuer une âme aussi bien à tous les êtres vivants qu’aux éléments naturels comme les pierres ou le ventVoir Animisme. Des lieux sont interdits ou sacrés. Il en reste des traces de nos jours comme le bois sacré de Bé en plein centre de Lomé ou les valeurs des Bochimans en Afrique australePourtier, .

En Équateur

En Équateur les Achuar estiment que les hommes et la plupart des plantes, des animaux et des météores sont des personnes dotées d'une âme et d'une vie autonomeDescola, 1986, . Pour eux ce sont des personnes comme nousDescola, 2010, . Ils ne font pas la différence entre nature et cultureDescola, 2010, .

En Amérique du Nord

Il en est de même chez les Amérindiens du Grand Nord canadienDescola, 2010, . C’est par un acte de générosité que les animaux donnent leur corps aux hommes pour qu’ils se nourrissentDescola, 2010, .

Pour les Amérindiens des États-Unis, la Terre est leur mère. Tout ce qui est dans la nature, êtres vivants ou non, participe au lien sacré de la vie. Chacun à sa manière remplit sa mission. L’homme n’a pas tissé la toile de la terre : il en est simplement un fil. Chaque élément naturel, chaque animal est digne de respectUn célèbre et mythique discours de 1854 du chef Seattle est fréquemment cité au sujet des rapports des amérindiens à la nature. Cependant il n’existe aucune certitude sur la teneur de ces propos, qui étaient la réponse de ce chef amérindien au gouverneur Isaac Stevens lors de la négociation qui conduisirent les tribus Duwamish et Suquamish à céder leurs terres. Des textes circulent aujourd’hui, souvent présentés comme des transcriptions des paroles de Seattle, mais il ne s’agit que de versions bien ultérieures, se basant sur des sources approximatives et peu fiables. La version du discours la plus fréquemment reproduite semble avoir été imaginée en 1971 par le scénariste américain Ted Perry, et comporte d’ailleurs plusieurs inexactitudes et anachronismes. Toutes ces versions ne doivent pas être considérées comme des sources utilisables d’un point de vue historique..

En Australie

Les Aborigènes d’Australie protègent les sites totémiques. C’est dans ces sites que se reproduisent les « petits esprits » à l’origine de la reproduction du totem, c’est-à-dire tant de l’animal que de son correspondant humain. Leur destruction entraînerait l’extinction de l’espèce humaine et non humaineDescola, 2010, et 31. Tuer un animal pour se nourrir n’est pas dommageable car les petits esprits le régénérerontDescola, 2010, . Les Aborigènes d’Australie ne font pas la distinction entre ce qui serait naturel et ce qui serait culturel. Dans leur monde tout est à la fois naturel et culturelDescola, 2010, .

Au Viêt Nam

Les Reungao des hauts plateaux du Viêt Nam, grâce à leurs rêves peuvent nouer des relations avec des animaux, au même titre qu’avec des humainsDescola, 2010, .

La civilisation asiatique