L'autel de la Gens Augusta est un autel sacrificiel d'époque romaine consacré au culte impérial, découvert sur le flanc de la colline de Byrsa, au sein du site archéologique de Carthage et conservé au musée national du Bardo, dans la salle dite de Carthage occupant l'ancien patio du palais beylical.

L'œuvre, depuis sa découverte deux ans avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, fait l'objet de commentaires élogieux qui évoquent divers aspects des qualités de cette découverte, dont une monographie par Louis Poinssot, qui reste fondamentale près d'un siècle après sa publication en 1929.

Au milieu du , Jean Charbonneaux considère pour sa part que l'œuvre est un bel exemple de l'art populaire romain, avec qui le caractérisent selon lui, d'autant plus important que .

Les spécialistes contemporains confirment l'importance de cette pièce archéologique. selon Abdelmajid Ennabli, il est considéré comme un manifeste de l'art augustéen, selon Mohamed Yacoub et comme le témoignage le plus spectaculaire à ce jour de cet art en Afrique romaine selon Yann Le Bohec.

Datation et histoire Contexte historique

gauche|vignette|alt=Plan de la Carthage romaine avec localisation du lieu de la découverte|Plan de la Carthage romaine : le lieu de la découverte est à proximité du forum.

L'autel est découvert dans les environs immédiats du temple de la Gens Augusta de Carthage, et appartient sans nul doute au même complexe cultuel. La cité punique de Carthage, détruite en 146 av. J.-C. à l'issue de la troisième guerre punique, fait l'objet d'une tentative sans lendemain d'établissement d'une colonie romaine du fait de Caius Sempronius Gracchus, tribun de la plèbe en 123 av. J.-C., qui meurt en 121 av. J.-C.

Le projet d'installer des vétérans refait surface avec Jules César, mais reste à nouveau sans suite, du fait de l'assassinat de ce dernier aux Ides de mars en 44 av. J.-C. La renaissance de la cité est l'œuvre du futur Auguste, qui la refonde en 29 av. J.-C. et la renomme . Au nom ancien sont apposés ceux de sa famille d'adoption, les Iulii, et la cité est placée sous le patronage de la Concorde, tant désirée après les affres des guerres civiles qui ont agité Rome dans le dernier siècle

Les premières constructions de la cité sont publiques ; elles répondent au dessein d'en faire un exemple de la romanité afin de lancer le processus de romanisation dans cette région au passé à la fois libyco-numide et puniqueConnaissance des arts, hors-série « Carthage », , 1995, .

, c'est une capitale administrative qui est tout d'abord fondée, les installations privées ne venant que tardivement, avec l'enrichissement grandissant que procurent les nombreuses exportations vers Rome : blé essentiellement, mais aussi huile d'olive, destinés particulièrement au système de l'annone.

Redécouverte du temple de la Gens Augusta et de l'autel

vignette|alt=Carte postale ancienne représentant la villa Saumagne, lieu de découverte de l'autel|Villa Saumagne, lieu de découverte de l'autel, sur une carte postale ancienne.

Le temple de la Gens Augusta, composé de trois salles de deux mètres sur trois, est retrouvé le dans le jardin de la propriété de Charles Saumagne, à proximité du bureau de poste et non loin des absides dites de Beulé. Il comporte notamment une inscriptionVoir photographie de l'inscription dans ..

= AE 1926, +134 ; ILAf, 353 selon ..

« À la famille Auguste, Publius Perelius Hedulus, prêtre perpétuel, a fait le premier un temple sur sa propriété à ses frais ».

L'inscription est datée du début de l'empire par la forme des lettres de l'inscription.

L'autel est retrouvé pour sa part le . Le bloc de couronnement de l'autel est conservé de façon partielle, un quart étant manquant selon Poinssot. Ce bloc est trouvé non loin du soubassement et du dé de l'œuvre.

Conservé dans un jardin à proximité de son lieu de découverte, il est légué par les propriétaires du terrain, Albert et Victor Bessis, au musée du Bardo« Au musée du Bardo », Les Annales coloniales, 16 mars 1929, .. Il est déplacé par Louis Poinssot, peu avant l'édition de son ouvrage de 1929, dans le grand patio du palais du Bardo où il se trouve toujours. L'espace au centre duquel se trouve l'œuvre, désormais porte le nom de « salle de Carthage ».

Datation

vignette|alt=Vue de l'autel dans la salle de Carthage du musée du Bardo|Vue de l'autel dans la salle de Carthage du musée du Bardo. vignette|alt=Couronnement de Vénus issu des fouilles de la maison d'Ariadne|Couronnement de Vénus issu des fouilles de la maison d'Ariadne ayant livré des tuiles estampillées du nom de Perelius Hedulus.

L'autel provient d'un atelier de Rome. Il est daté de la fin du ou du début du ap. J.-C., soit la même époque que l'. L'autel est érigé à ses frais et dédié par un Africain, sans doute un citoyen romain, P. Perelius Hedulus, sur un espace situé entre le cardo IV et V de la ville romaine. Le terrain appartient au dédicant, sans doute un riche affranchi, vu son selon Marcel Le Glay, et qui est le premier titulaire local du culte impérial dans la capitale provinciale. Son titre est : ce titre est peut-être lié à un titre honorifique conservé à vie ou à une mission confiée du fait de son enthousiasme pour un culte qu'il avait été le premier dans sa cité à célébrer. Non loin du lieu de découverte de l'autel sont découvertes des briques estampillées portant le nom de Perelius HedulusCinq inscriptions référencées , de a à e, d'autres au nom de C. Iuli AntimachiQuatre inscriptions référencées , de a à d avec un capricorne. Le nom de Perelius Hedulus est présent sur les tuiles retrouvées lors des fouilles de la maison d'Ariadne, également à Carthage. Selon Le Glay, . L'autel tout comme le temple qui lui était sans doute associé sont donc des manifestations de l'évergétisme du dédicant.

L'autel est lié à un temple dédié par P. Perellius Hedulus dans les environs duquel sont trouvées des tuiles au motif du capricorne, lié à la conception d'Auguste. De même, la personne de l'empereur n'est pas considérée comme divinisée, or on sait que l'apothéose d'Auguste intervient très rapidement sous son successeur Tibère. La remise du , datée de 27 av. J.-C., est également un élément de datation, tout comme des emprunts présumés à l' érigé entre 13 et 9 av. J.-C.. Le culte du est instauré en 8 av. J.-C. et aurait entraîné la naissance du culte de la . Le sujet du panneau d'Énée est repris très souvent avant la mort d'Auguste mais le thème présent dès le milieu du présente Énée avec Anchise mais sans Ascagne.

L'œuvre date du règne d'Auguste même si la date précise fait toujours débat : datable selon Poinssot d', d'une fourchette entre 27 ou 15 av. J.-C. et le règne de Tibère selon Gilbert Charles-Picard et selon Le Bohec, elle constitue l'une des pièces les plus anciennes évoquant l'idéologie et la religion impériale, lorsque . Octave rétablit l'ordre après les guerres civiles du et devient Auguste en 27 av. J.-C. Dans ce contexte, la personne du est adulée par les artistes et les poètes, comme Virgile dans lÉnéide.

L' inauguré en 9 av. J.-C. est le : sont rappelés en particulier dans cet édifice le rôle d'Énée, la fondation de Rome, la protection d'Apollon dont bénéficie l'empereur. L'autel de la est une preuve de la refondation de Carthage par Auguste, et de la diffusion de thèmes définis à Rome dans l. Même si d', l'œuvre est un témoignage parmi d'autres . Les œuvres sont d'inspiration grecque ou italique mais la nouveauté est la thématique et le programme iconographique utilisé, qui .

L'œuvre a subi ultérieurement des mutilations sans doute volontaires selon Poinssot, en particulier aux mains et aux visages et sur les objets qui faisaient saillie : ces mutilations avaient pour objectif de réduire le pouvoir des idoles représentées.

Description Généralités L'autel est en marbre de Carrare, un grain fin mais, selon Poinssot, de second choix car des veines sont présentes, en particulier dans la scène d'Énée. L'artiste a utilisé de façon modérée le trépan pour certains évidements. Selon Poinssot, le monument était situé dans un temple, vu l'état de conservation de l'épiderme du marbre.

Il est orné de bas-reliefs sur ses quatre côtés ; les panneaux sont encadrés par une sorte de pilastre pourvu de tiges avec soit des feuilles de laurier, soit des fleurs.

Il est possible de relever sur l'un des côtés une représentation de la préparation d'un taurobole (un sacrifice au génie impérial selon Colette Picard) et sur un autre la fuite d'Énée, ancêtre mythique des Romains, accompagné de son père Anchise et de son fils Ascagne. Les deux derniers côtés représentent pour l'un une Rome casquée faisant face à des armes et à un autel orné d'une corne d'abondance, pour l'autre Apollon, divinité protectrice de la , assis sur un trépied. Cette dernière face est considérée par Colette Picard comme une représentation d'Apollon Actien, destinataire du vœu formulé par Octave à Actium.

Certains détails évoquent des réparations antiques, peut-être dans l'atelier d'origine selon Poinssot : ainsi dans le relief d'Anchise le pied droit désormais perdu était une pièce rapportée.

Panneaux figurés Panneau d'Apollon

vignette|alt=Panneau d'Apollon|Panneau d'Apollon.

La divinité est représentée à la moitié de la taille normale d'un être humain. À ses côtés se trouve une cithare représentée selon la même échelle et pourvue de six cordes ainsi qu'un résonateur présent sur son avant. Face à la divinité est représenté un trépied, qui est très mal conservé, ainsi que deux pieds pourvus de griffes. Poinssot évoque un troisième pied figuré par une bande peinte.

Selon la propagande augustéenne, Apollon est la divinité protectrice d'Auguste après son engagement à ses côtés lors de la bataille d'Actium. Il a rendu à Rome la paix et la prospérité. La divinité représentée sur l'autel est également liée à la personne d'Auguste : en effet, c'est ce dieu qui aurait présidé, sous la forme d'un serpent, à la conception du futur empereur.

Panneau de Rome

vignette|gauche|alt=Représentation de Rome personnifiée|Représentation de Rome personnifiée. vignette|alt=Base de la colonne d'Antonin le Pieux, apothéose d'Antonin le Pieux et de Faustine|Base de la colonne d'Antonin le Pieux, apothéose d'Antonin le Pieux et de Faustine ; à remarquer à droite l'attitude proche de la personnification de Rome de la représentation carthaginoise.

La personnification de Rome est présentée en guerrière et figurée telle une amazone, avec le sein droit découvert, si ce n'est qu'elle est drapée jusqu'à ses pieds. À ses côtés sont accumulés des armes et des éléments de cuirasses, dont un casque. L'embouchure d'une trompette est visible. La déesse tient un bouclier sous le bras gauche et un glaive court dont la poignée est dégradée.

Le visage de la divinité a souffert de dégradations. Son casque est surmonté d'un cimier qui s'achève en queue de cheval. Dans la main droite, la déesse porte un pilier muni d'un bouclier derrière lequel vole une Victoire ailée. Poinssot pense que le panneau représente le offert à Octave en 27 av. J.-C. par le Sénat et le peuple de Rome et placé dans la Curie Julia sur le forum, après avoir été placé sur une colonne et surmonté d'une Victoire.

Poinssot évoque la similitude d'attitude de Rome avec celle de la face du piédestal de la colonne d'Antonin le Pieux, la seule différence notable étant la représentation de la Victoire ailée qui est absente dans le piédestal, qui possède par ailleurs des éléments beaucoup plus détaillés que sur l'autel. Selon cet auteur, l'archétype des deux œuvres serait une représentation de Rome sur l.