Edmond Locard, né à Saint-Chamond (Loire) le Acte de naissance et mort à Caluire-et-Cuire (Rhône) le Acte de décès ., est un professeur de médecine légale qui fonde à Lyon en 1910 le premier laboratoire de police scientifique au monde.Google Livre, "Les archives de la police scientifique française" par Gérard Chauvy Ed. Presses de la Cité, consulté le 29 mai 2020., ainsi qu'un critique musical et musicographe.
Il est généralement considéré comme l'un des fondateurs de la criminalistique et comme un défenseur de la coopération policière internationale. Cette idée est notamment à l'origine d'Interpol..
Biographie Enfance et études Edmond est le fils d'Arnould Locard, et de Marie Gibert de Sennevières. Par son père, il serait issu d'une vieille famille écossaise (Lock heart) venue en France au . Lorsqu'il a trois semaines, sa famille quitte Saint-Chamond, sa ville natale (qui a été celle de Ravachol), pour Allevard en Isère jusqu'en 1880. À la naissance de sa sœur MargueriteActe de naissance d'Ernestine Marie Marguerite Locard ., la famille s'installe alors à Lyon, quai de la Charité - aujourd'hui, 38 quai Gailleton. vignette|gauche|100 px|Léopold Ollier Issu de la petite bourgeoisie lyonnaise, il baigne dans un milieu de scientifiques. Edmond est cousin des descendants de Nicéphore Niépce, l'inventeur de la photographie, petit-fils de l'ingénieur Eugène Locard et fils d'Arnould spécialiste de malacologie. Élève brillant, il passe de la pension Blanchoux au collège dominicain Saint-Thomas d'Aquin, à Oullins, dans la section des langues anciennes. Bachelier à 17 ans, mention lettres et sciences, il parle déjà 11 langues.
Après ce double baccalauréat, il effectue des études de droit puis, sur les conseils de son père, étudie la médecine avec Louis Léopold Ollier, spécialiste de la chirurgie osseuse. À la mort du Ollier, il devient l'élève d'Alexandre Lacassagne, professeur titulaire de la chaire de médecine légale de Lyon.
En 1902, il est reçu docteur en médecine en soutenant une thèse médicale sur La médecine légale sous le grand royGoogle livre "La police de l'écriture: L'invention de la délinquance graphique (1852-1945) de Philippe Artières, consulté le 29 mai 2020..
Carrière Ayant rejoint l'équipe du Alexandre Lacassagne comme secrétaire externe puis préparateur, il en devient l'assistant mais travaille de concert avec d'autres grands pionniers de la police scientifique, notamment Rodolphe Archibald Reiss, de l'Université de Lausanne. Il côtoie sans doute un autre élève de Léopold Ollier et Alexandre Lacassagne : le médecin ardéchois Jos Jullien, qui met au point un "conformateur manuel", servant à l'identification d'un individu par ses mainsJos Jullien, Essai de construction d´un conformateur manuel, t. XXIII, Archives d'anthropologie criminelle de médecine légale et de psychologie normale et pathologique, 15 avril 1908, p. 268-270.Laurent Jullien, Le conformateur manuel Jullien–Souel, un nouvel outil d'anthropométrie médico-légale pour l'identification d'un individu par ses mains, Clystère, n°71, septembre 2020..
Locard obtient sa licence de droit en 1905.. vignette|gauche|100 px|Alexandre Lacassagne Il introduit la dactyloscopie à Lyon (étude des empreintes digitales) parallèlement aux méthodes de Bertillon (anthropométrie)Google Livre La police technique et scientifique: « Que sais-je ? » n° 3537 de Christian Jalby, consulté le 29 mai 2020..
En 1910, le premier laboratoire de Police scientifique est créé officiellementSite la-croix.com, article "Le premier laboratoire de police scientifique fête son centenaire", consulté le 29 mai 2020. et s'installe dans les combles du Palais de justice de LyonSite franceinter.fr, article d'Anne Audigier"Edmond Locard, le père de la police scientifique", consulté le 29 mai 2020. permettant l'identification des criminels et résout en novembre de la même année sa première enquête grâce à la dactyloscopie, douze ans après la première identification dactyloscopique réalisée par Bertillon. Edmond Locard est mondialement reconnu pour son principe d'échange, toujours d'actualité dans les laboratoires de sciences judiciaires et qui se présente sous cette formuleSite criminalistique.free.fr, texte du "principe d'échange de Locard, consulté le 29 mai 2020. : Nul ne peut agir avec l'intensité que suppose l'action criminelle sans laisser des marques multiples de son passage. gauche|vignette|Lettre d'Edmond Locard adressée le 19 mai 1922 au secrétaire général du Parquet, photographiée à l'Institut national de police scientifique à Lyon le 13 septembre 2010. Il applique aux problèmes policiers les principes des recherches scientifiques de la médecine légale : balistique, toxicologie, identification des écritures (sa passion et son expertise reconnue pour la graphologie, comme en témoigne l'affaire du corbeau de Tulle) ou sa réfutation de la thèse d'Alphonse Bertillon lors de l’Affaire DreyfusJ. Desvigne, Edmond Locard, LAffaire Dreyfus et l'expertise des documents écrits, Lyon, Bibliothèque de la Revue internationale, 1937., ne l'empêche pas de commettre des erreurs. En 1945, sur la base d'une lettre anonyme, il fait condamner une femmeAffaire Renée Laffite. Voir Marcel Le Clère, Manuel de police technique, 1966, p. 120. aux travaux forcés à perpétuité, attribution reconnue erronée en 1956Jean-Marc Berlière, Le Monde des polices en France aux XIXe et XXe siècles, Bruxelles, Complexe, 1996, p. 123.. Cela explique en partie qu'il abandonne à la fin de sa vie la graphométrie, méthode aux résultats incertains..
Il prend ensuite sa retraite et quitte le laboratoire de police technique de Lyon à l’âge de 73 ans. Il continue cependant à exercer dans un cabinet privé d’expertises qu'il ouvre rue Mercière à LyonSite archives-lyon.fr, page "Edmond Locard", consulté le 29 mai 2020..
Décédé le , Edmond Locard est inhumé au cimetière d'Oullins, ville située dans la partie méridionale de l'agglomération lyonnaise..
Autres activités Edmond Locard est l'auteur d'un Traité de police scientifique en sept volumes. Cet ouvrage propose une méthodologie de cette nouvelle science et sert encore de base à tous les laboratoires de police scientifique du monde. Ce traité comprend une étude, entre autres, de l'enquête criminelle, des preuves de l'identité, des empreintes et de l'expertise de documents écritsLevy, A. (2008). La police scientifique, pp.24-25. Paris: Hachette..
Il participe également à la Revue musicale du musicologue (et médecin) français Léon Vallas et devient critique musical dans les colonnes du Lyon RépublicainSite linflux.com, page "Edmond Locard", consulté le 29 mai 2020..
Edmond Locard avait d'autres centres d'intérêt, en qualité de critique d'opéra, grand défenseur du théâtre de Guignol lyonnais et auteur d'un Manuel du philatéliste. Écrivain et journaliste à ses heures, il donna des « causeries radiophoniques » après la Seconde Guerre mondiale et publia de nombreux articles dans des périodiques lyonnais et en particulier dans Le Mois à Lyon de son ami Marcel E. Grancher, ainsi que quelques titres aux Editions Lugdunum, mais également Payot, Rieder ou encore Gallimard.
Il est élu le à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon.
Famille Il est le père de Denise Stagnara (1917-2016), initiatrice de l'éducation sexuelle à l'école. et de Jacques Locard (1914-1952), professeur à l’École Nationale de PoliceSite criminocorpus.org bibliotheque : Cours de police scientifique, consulté le 29 mai 2020.. Il est également le beau-frère d'Émile Bender, député du Rhône et président du conseil général de ce même département de 1920 à 1951Site persee.fr Nécrologie d'Émile Bender par André Allix, consulté le 29 mai 2020..
Œuvre La Médecine judiciaire en France au , T.M. Lyon, 1902 L'Identification des récidivistes, Paris, Maloine, 1909 La Police. Ce qu'elle est, ce qu'elle devrait être, Paris, Payot, 1919 L'Enquête criminelle et les méthodes scientifiques, Paris, Flammarion, Bibliothèque de philosophie scientifique, 1920 Manuel de technique policière, Paris, Payot, 1923 Policiers de romans et policiers de laboratoire, Paris, Payot, 1924 Le Crime et les Criminels, Paris, La renaissance du livre, 1925 Traité de criminalistique (T I et II), Les Empreintes et les traces dans l'enquête criminelle, Lyon, Desvigne, 1931 Traité de criminalistique (T III et IV), Les Preuves de l'identité, Lyon, Desvigne, 1932 La Malle sanglante de Millery, Lyon, Desvigne et Cie, 1933 Contes apaches, Lyon, Les Éditions Lugdunum, 1933 Notions élémentaires sur l'histoire du théâtre lyrique, Lyon, Desvigne et Cie, 1933 Traité de criminalistique (T V et VI), L'Expertise des documents écrits, Lyon, Desvigne, 1933 Note sur l'identification des suspects, Revue Internationale de criminalistique, 1935 La Criminalistique à l'usage des gens du monde et des auteurs de romans policiers, Lyon, Desvigne et Cie, 1937 Confidences (Souvenirs d'un policier), Lyon, Les Éditions Lugdunum, 1942 Manuel du philatéliste, Paris, Payot, 1942 Préface de l'ouvrage de Félix Benoit, L'Épuration à travers les âges, 1945 La Défense contre le crime, Paris, Payot, 1951 Mémoires d'un criminologiste, Paris, Fayard, 1958 Les Faux en écriture et leur expertise, Payot, 1959 Mystères de Lyon, Lyon, Édition Pierre Bissuel, 1967
Récompenses, hommages, distinctions, postérité Hommages La dix-huitième promotion de commissaires de police issus de l'école nationale supérieure de la police, entrés en fonction en 1967, porte son nom, ainsi qu'une rue du cinquième arrondissement de la ville de Lyon.
Les développeurs d'Overkill Software ont rendu hommage à Edmond Locard en créant un ARG (jeu en réalité alternée) dans le jeu .
L'histoire d'Edmond Locard a inspiré la romancière Odile Bouhier pour sa trilogie Le sang des bistanclaques, De mal à personne et La nuit, in extremis (Presses de la Cité et 10-18, collection Grands Détectives). Le personnage Hugo Salacan, référence à Edmond Locard, incarne la passion des sciences.
L'histoire d'Edmond Locard a été mise en image dans la série Empreintes criminelles, inspirée de son travail, diffusée sur France 2. Le personnage Julien Valour, référence à Edmond Locard, y est joué par Pierre Cassignard.
En , il est intronisé à titre posthume au panthéon francophone de la criminalistique de l'association québécoise de criminalistique..
Sa biographie a été réalisée en 1957 par Robert Corvol sous le titre Dr Edmond Locard. Mémoires d'un criminologiste.
En 1959 est organisé le premier prix « Edmond Locard » de littérature policière.
Postérité Sa mémoire et ses méthodes perdurent dans les six laboratoires de police scientifique qui composent l'Institut national de police scientifique..
Une thèse de doctorat en histoire soutenue en 2020 a été consacrée à Edmond Locard et la police scientifique par l'historien Amos Frappa.
Des planches photographiques produites par Locard, seules sont dans un bon état de conservation. Depuis 2023, elles font l'objet d'une numérisation sous la direction du thanatopracteur Nicolas Delestre, avec le concours de l'historien lyonnais Amos Frappa.
Influence Le jeune Georges Simenon, qui deviendra plus tard le célèbre écrivain de livres policiers, a reconnu avoir assisté à quelques conférences du Docteur Locard en 1919 ou en 1920.
Notes et références
Annexes Bibliographie
Amos Frappa, Edmond Locard et la police scientifique, AFITT, 2024, 410 p. Christian Jaby, La police technique et scientifique : chapître III, , Presses universitaires de France. Nicolas Quinche, Experts du crime sur les bords du Léman : naissance de la police scientifique en Suisse romande et en France. Hauterive : Éditions Attinger, 2014, 352p., 130 photos, collection Nouvelles Éditions. Nicolas Quinche, Crime, Science et Identité. Anthologie des textes fondateurs de la criminalistique européenne (1860-1930). Genève : Slatkine, 2006, 368p., passim.