Les , aussi appelés , sont un peuple autochtone vivant dans le Nord du Japon, notamment dans l'île d'Hokkaidō, et dans l'Extrême-Orient de la Russie.
Leurs ancêtres, chasseurs-pêcheurs et cueilleuses-chamanes, ont pu venir du continent asiatique pour peupler l'archipel japonais, les îles Kouriles, l'île de Sakhaline et le sud de la péninsule du Kamtchatka il y a environ , soit avant les peuples de Wa qui sont les ancêtres culturels du peuple Yamato, dont est issue la grande majorité des Japonais actuels, arrivés dans l'île de Honshū vraisemblablement depuis la Corée.
Les Aïnous ainsi que leur langue étaient il y a peu en voie d'extinction, notamment par assimilation culturelle, par immigration de Japonais issus de l'ethnie Yamato sur leur territoire et en raison de la japonisation de leur peuple due à la politique centraliste menée par l'État japonais, laquelle est conçue par certains comme un ethnocide, voire un génocide ethnico-culturel.
On compte, de nos jours, entre rattachés à ce groupe ethnique, mais aucun recensement exact n'a été tenu car beaucoup d'Aïnous cachent leur origine ou, dans bien des cas, ne la connaissent même pas, leurs parents la leur ayant dissimulée pour les protéger de la discrimination et du racisme.
Leur religion était de type animiste : la principale divinité de la montagne était représentée par l'ours et la principale divinité de l'océan par l'orque. Kamuy-huci est la déesse du feu de l'âtre, avec laquelle les femmes chamanes communiquent en état de transe par différents rituels. Elle a une place centrale dans la spiritualité des Aïnous car elle protège le foyer du clan maternel. Une autre déesse est la mère-araignée, tisserande et prenant grand soin de ses petits.
Étymologie En aïnou, aïnou signifie « humain » (par opposition aux esprits divins Kamuy) mais peut aussi signifier « humain de sexe masculin » en second sens.. Selon le Larousse, entre autresVoir pages 16-17 in Le Japon, dictionnaire et civilisation, Robert Laffont, collection Bouquins, Paris, 1996, « aïnou » est un nom commun masculin défini comme étant la langue des Aïnous (nom propre désignant la population). On trouve également l'adjectif aïnou(e)(s)Encyclopædia Universalis, 1993..
Anthropologie physique et paléogénétique vignette|Un Aïnou vers 1880. vignette|Carte montrant la répartition historique avérée (en rouge) et supposée (en rose) des Aïnous en Asie. vignette|Aïnous et Nivkhes (gravure de 1862). vignette|Un chef aïnou en costume traditionnel en 1904. Le phénotype des Aïnous dont les yeux n'étaient pas bridés et qui étaient en moyenne plus grands et plus barbus que les Japonais, a donné lieu à de nombreuses interprétations qui les ont rapprochés tantôt à des caucasiensAlfred Smith Bickmore de l'American Museum of Natural History dans American Journal of Science, 1868, tantôt à des australoïdes (tels que les andamanais ou les aborigènes d'Australie)Thèses de l'anthropologue allemand Erwin Bälz (1849-1913)Aïnous, encyclopædia Universalis, consulté le .. Par la suite, l'anthropologue canadien Reginald Ruggles Gates (1882-1962) a soutenu, en s'appuyant sur les génotypes, la thèse d'une origine mongoloïde même si la morphologie aïnoue était, à l'origine, moins typiquement asiatique.
Il semble que les Aïnous soient le seul peuple de la période Jōmon à ne pas avoir connu de brassage génétique avec les peuples de la période Yayoi, arrivés plus tard de la péninsule Coréenne. De ce fait, ils sont proches des habitants des îles Ryūkyū, eux aussi issus des peuples Jōmon et peu mélangés avec les peuples Yayoi. Les Japonais sont issus du métissage entre Jōmon et immigrants de Corée ; ils présentent des traits génétiquesLa comparaison en 2016 des haplogroupes à ADN-y a montré que les échantillons aïnous et jōmon sont proches surtout des populations sibériennes et de certains Amérindiens du nord, mais éloignés des Tibétains et des Andamanais - cf.: Cat.Inist., linguistiquesIl est possible que le proto-japonique se soit développé par créolisation dans une société mixte mêlant les apports des habitants de la période Jōmon et ceux d'immigrants venus de Corée ou d'Asie du Sud-Est : Roy Andrew Miller, Japanese and the other Altaic languages, University of Chicago Press 1971 et Martine Robbeets, Is Japanese related to Korean, Tungusic, Mongolic and Turkic?, éd. Harrassowitz, Wiesbaden 2005 et ethnobotaniques communs avec les Aïnous, les Mongols, les Coréens et les Chinois du Nord de la Chine, et des traits architecturauxNotamment les maisons sur pilotis à parois amovibles, mythologiques et culturels communs avec les peuples austronésiensJean Delvert, Étude régionale du Japon, Centre de documentation universitaire, Paris 1975, .
Selon l'ethnologue Wilhelm Joest (1852-1897), les Aïnous actuels sont toutefois largement métissés et ressemblent donc plus aux Japonais qu'il y a quelques siècles.
Selon Ishida et al., en 2009, la culture des Jōmon ressemble à l'âge du bronze du sud de la Sibérie. Il semble que les Jōmon partagent des caractéristiques des peuples paléolithiques de la moitié ouest de l'Eurasie (Europe orientale, Asie centrale et Sibérie occidentale). Plusieurs études, comme celles de Noriko Seguchi en 2015 et 2019, ont conclu que les Jōmon proviennent d'une population paléolithique située dans le sud de la Sibérie, apparentée aux paléolithiques européens et du Moyen-Orient Ryan W. Schmidt et Noriko Seguchi, Jomon Culture and the peopling of the Japanese archipelago: advancements in the fields of morphometrics and ancient DNA, researchgate.net, janvier 2014.
Selon Takurō Segawa de l'université de Sapporo瀬川拓郎『アイヌと縄文 ー もうひとつの日本の歴史』(ちくま新書、2016)Takurō Segawa, Aïnou et Jōmon, une autre histoire du Japon, Chikuma Shinsho, 2016., il ne serait pas pertinent de limiter la culture aïnoue à l'après XIVe siècle, comme le font encore certains historiens japonais qui se basent uniquement sur l'apparition de la laque dans la région de Nibutani. Il existerait une continuité culturelle, linguistique et ethnique entre les époques Jōmon, Epi-Jōmon, Satsumon et la culture Aïnou post-Nibutani (Nibutani bunka, ニブタニ文化、 二風谷文化) telle que nous la connaissons aujourd'hui. La culture aïnoue constituerait ainsi le dernier vestige vivant de la culture mésolithique Jōmon qui s'étendait à l'origine sur la majorité de l'archipel japonais, jusqu'à l'arrivée du peuplement néolithique Yayoi provenant du continent (Segawa se base entre autres sur la haute fréquence des toponymes d'origine aïnoue dans tout le nord du Honshū).
Origines, différentes hypothèses Hypothèses de parentés avec des populations australoïdes, sud-asiatiques ou tibéto-birmanes Certains scientifiques ont avancé le fait que les Aïnous descendent d'un groupe ethnique préhistorique qui aurait aussi engendré les aborigènes d'Australie. Cette hypothèse se base sur la découverte d'ossements de la période Jōmon datant d'il y a . Ces ossements possèdent un faciès semblable à celui des peuples d'Australie et de Nouvelle-Guinée. Le géographe français Jean Delvert avançait que l'architecture des maisons traditionnelles des Aïnous (sur pilotis, avec des cloisons végétales) était proche de celle des anciennes habitations proto-malaises.
Les tests génétiques effectués sur les Aïnous montrent qu'ils font partie de l'Haplogroupe D du chromosome YCat.Inist.. Or cet haplogroupe est rare et n'est retrouvé en quantité significative qu'au Tibet et dans les îles Andaman ce qui suggère une parenté avec certains peuples tibétains, mais également australoïdes. L'haplogroupe D serait apparu en Afrique de l'Est il y a . Les premiers porteurs de l'haplogroupe D, originaires d'Afrique de l'Est, auraient migré le long des côtes de l'océan Indien pour s'installer dans les îles Andaman, en Indonésie, dans l'archipel japonais, en Sibérie, en Asie centrale et finalement au Tibet. Alors que les Andamanais appartiennent à l'haplogroupe D*, c'est l'haplogroupe D2 qui est le plus répandu chez les Japonais et les Aïnous, et les haplogroupes D1 et D3 chez les peuples tibétains.
D'après ces mêmes tests génétiques, une part non négligeable (environ 35 %) des Japonais auraient une origine aïnoue, ce qui signifie que des populations aïnoues (ou génétiquement apparentées à ces dernières), ont été assimilées au sein du peuple japonais.
L'analyse génétique des gènes HLA I et HLA II et des fréquences des gènes HLA-A, -B et -DRB1 relie également les Aïnous aux peuples autochtones des Amériques, en particulier à la population du nord-est du Pacifique comme les Tlingits. Les scientifiques suggèrent que les principaux ancêtres des groupes aïnous et des Amérindiens remontent aux groupes paléolithiques du sud de la Sibérie Genetic link between Asians and Native Americans: Evidence from HLA genes and haplotypes, Human Immunology, 62(9):1001-8, octobre 2001.
Brassage avec des populations sibériennes, telles que les Nivkhes Un Aïnou sur huit possède aussi les caractères de l'haplogroupe C3 qui est le plus commun parmi les populations de l'extrême est de la Russie et parmi les populations de Mongolie. Certains ont avancé que cet haplogroupe serait le résultat d'un brassage génétique unidirectionnel avec les NivkhesSpringerLink - Journal Article avec qui les Aïnous ont d'ailleurs des points communs sur le plan culturel (sculpture sur bois, festival de l'ours, motifs des habits). Cette hypothèse de brassage avec les Nivkhes est encore soutenue par la similarité des langues des deux peuples (Université de Sapporo). Entre autres, le professeur Hidetoshi Shiraishi travaille sur cette hypothèse et publie ses conférences sur l'Auditorium de la Linguistique.
En ce qui concerne l'ADN mitochondrial, une grande partie des Aïnous appartiennent à des haplogroupes que l'on rencontre également en Sibérie (haplogroupes D4, N9a, G)Noboru Adachi, Ken-ichi Shinoda et al., Mitochondrial DNA Analysis of Hokkaido Jomon Skeletons: Remnants of Archaic Maternal Lineages at the Southwestern Edge of Former Beringia, American Journal of Physical Anthropology, 2011, , ., ce qui laisse supposer des lignages maternels d'origine sibérienne. Mais une partie des Aïnous appartiennent également à l'haplogroupe M7 que l'on retrouve également en Asie de l'Est et du Sud-Est ainsi que dans les îles du Pacifique.
Paléogénétique Une analyse complète du génome utilisant des SNP de haute confiance et des évaluations SNP fonctionnelles pour attribuer les caractéristiques phénotypiques possibles ainsi que les polymorphismes des chromosomes Y, a analysé un échantillon Jomon masculin et féminin. Le est situé sur un banc de sable séparant le lac Kushu de la baie de Funadomari sur la côte nord de l'île Rebun, une petite île au large de la pointe nord-ouest de Hokkaidō. Les résultats de l'étude suggèrent que les Jōmon sont une population distincte et ne sont pas liés aux populations de l'Asie de l'Est ou de l'Océanie. Les Jōmon sont plus proches des populations eurasiennes. Les Japonais modernes partagent environ 9% à 13% de leur génome avec les Jōmon. Le génome spécifique de Jōmon se trouve également en pourcentage mineur dans les populations d'Asie du Nord-Est, ce qui suggère un flux génétique provenant de groupes apparentés à Jōmon. De plus, les Jōmon partagent des allèles spécifiques avec les populations des régions arctiques d'Eurasie et d'Amérique du Nordhttps://www.jstage.jst.go.jp/article/ase/advpub/0/advpub_190415/_pdf/-char/en.