Al-Jinn (arabe : , français : Les Djinns) est le nom traditionnellement donné à la sourate du Coran, le livre sacré de l'islam. Elle comporte 28 versets. Rédigée en arabe comme l'ensemble de l'œuvre religieuse, elle fut proclamée, selon la tradition musulmane, durant la période mecquoise.

Origine du nom Bien que le titre ne fasse pas directement partie du texte coraniqueA. Chouraqui, Le Coran, traduction et commentaires, 1990, ., la tradition musulmane a donné comme nom à cette sourate Les Djinns, en référence au contenu du premier verset : "1. Dis : « Il m'a été révélé qu'un groupe de djinns prêtèrent l'oreille, puis dirent : « Nous avons certes entendu une Lecture [le Coran] merveilleuse [...] »".

Période de proclamation

Il n'existe à ce jour pas de sources ou documents historiques permettant de s'assurer de l'ordre chronologique des sourates du Coran. Néanmoins selon une chronologie musulmane attribuée à Ǧaʿfar al-Ṣādiq () et largement diffusée en 1924 sous l’autorité d’al-AzharG.S. Reynolds, « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica 58, 2011, .R. Blachère, Introduction au Coran, ., cette sourate occupe la place. Elle aurait été proclamée pendant la période mecquoise, c'est-à-dire schématiquement durant la première partie de l'histoire de Mahomet avant de quitter La MecqueR. Blachère, Le Coran, 1966, .. Contestée dès le par des recherches universitaires, cette chronologie a été revue par NöldekeG. Dye « Le Coran et son contexte Remarques sur un ouvrage récent », Oriens Christianus , 2011, .E. Stefanidis, « The Qur'an Made Linear: A Study of the Geschichte des Qorâns' Chronological Reordering », Journal of Qur'anic Studies, X, II, 2008, ., pour qui cette sourate est la .

Les sourates de la fin du Coran sont généralement considérées comme appartenant aux plus anciennes. Elles se caractérisent par des particularités propres. Elles sont brèves, semblent issues de proclamations oraculaires (ce qui ne signifie pas, pour autant, qu’elles en sont des enregistrements), elles contiennent de nombreux hapaxG. Dye, « Introduction aux sourates 69-99 », Le Coran des historiens, 2019, et suiv....

Pour Nöldeke et Schwally, la quasi-totalité des sourates 69 à 114 sont de la première période mecquoise. Neuwirth les classe en quatre groupes supposés être chronologiques. Bien que reconnaissant leur ancienneté, certains auteurs refusent de les qualifier de « mecquoise », car cela présuppose un contexte et une version de la genèse du corpus coranique qui n’est pas tranchée. Cette approche est spéculative.

En effet, ces textes ne sont pas une simple transcription sténographique de proclamation mais sont des textes écrits, souvent opaques, possédant des strates de composition et des réécritures. Cela n’empêche pas ces sourates de fournir des éléments contextuels (comme l’attente d’une Fin des Temps imminente chez les partisans de Mahomet). Ces textes sont marqués par une forme de piété tributaire du christianisme oriental.

Les versets 1-14 semblent unifiés par leur thématique et par la rime. Cette section semble déconnectée du reste. Elle commence par l’injonction « Dis ! » (« Qul ») qu’il est tentant de voir comme un ajout postérieur transformant ce discours en parole divine. La fin de la sourate possède des traits très nets de travail éditorialG. Dye, G.S. Reynolds, "Sourate 72", Le Coran des Historiens, 2019, p.1853 et suiv..

Interprétations Azaiez a dénombré plus de 350 occurrences, dont 251 au « destinataire premier du message », de l’impératif Qul (« Dis ») comme forme rhétorique. Cette formule permet de « créer un locuteur divin », d’« asseoir l’autorité prophétique » et de reproduire performativement la relation coraniqueM. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. partie. QS 41 Q 72. Pour Dye, il s’agit d’un « ajout relevant du travail éditorial et rédactionnel des scribes ».

Cette sourate est divisée en trois parties, v. 1-15, 16-19 et 20-28.

Pour Dye, cette sourate participe à une diabolisation de l’hérésie ou de l’idolâtrie, perceptible dans le monde chrétien à partir du . Des djinns enseignent les erreurs et les hérésies mais le Coran en fait aussi répondre d’autres pour les contrer. Cette sourate interroge sur le statut des djinns et des démons. Pour Reynolds, les deux appartiennent au même genre et sont des anges déchus, les djinns pouvant en venir à croire. Crone considère que les djinns sont d’une espèce différente des anges. Enfin, Dye, considère que les djinns ont été assimilés par le Coran aux démons, sans s’intéresser à leur nature réelle.

Versets 1-14 : Discours des djinns Les djinns sont des figures connues de la mythologie préislamique. Ce sont des esprits ayant une existence physique, pouvant mourir. Ils peuvent perturber les humains comme les inspirer. Ils ressemblent aux esprits présents dans d’autres folklores, comme les « démons » du judaïsme tardo-antique.

Le Coran cherche à diaboliser les djinns et les présente comme des créatures à la fois dangereuses et amorales. La présentation coranique des djinns s’insère dans le courant chrétien de diaboliser les êtres intermédiaires, entre Dieu et les hommes. Néanmoins, ce passage admet que certains djinns croient et seront sauvés.

Les démons sont présentés par le Coran comme des anges déchus. Il en est de même des djinns qui cherchent à remonter au ciel pour écouter les secrets divins.

Voir aussi

Articles connexes

Islam, religion monothéiste Coran, livre sacré de l'islam Mahomet, prophète majeur de l'Islam Sourate, nom donné pour les chapitres du Coran Ayat, nom donné pour les versets du Coran

Bibliographie

G. Dye, G.S. Reynolds, "Sourate 72", Le Coran des Historiens, 2019, p.1853 et suiv. R. Paret, Der Koran. Kommentar und konkordanz, 1980En 2019, seuls deux ouvrages peuvent être considérés comme des commentaires scientifiques et continus du texte coranique. Il s'agit du Commentary on the Qur'an de Richard Bell publié en 1991 (aujourd'hui daté) et du Coran des historiens publié en 2019. L'ouvrage de Paret s'inscrit, avec ceux de Blachère, Khoury et Reynolds, dans un ensemble de traduction avec apparat critique. Voir : Sourate.

Liens externes Texte de la sourate 72 en français, d'après la traduction de Claude-Étienne Savary de 1783.

Notes et références Notes

Références

Jinn