vignette|Couronne du sacre des rois de France par Blaise Alexandre Desgoffe, présenté lors de l'Exposition universelle de 1878. Deux instruments sont représentées : l'épée Joyeuse et la couronne de Louis .|235x235px Les instruments du sacre des rois de France ou ornements royaux sont un ensemble d'objets symboliques utilisés par la royauté française. Ils sont parfois improprement désignés sous le nom de regalia. Aujourd’hui, la plupart de ceux qui remontaient au Moyen Âge ont disparu. Sous l'Ancien Régime, ils étaient en grande partie déposés dans le trésor de la basilique Saint-Denis qui servait également de nécropole pour les rois de France. La Sainte Ampoule, utilisée selon la légende lors du baptême de Clovis, a notamment été brisée pendant la Révolution française. La Convention nationale en a décidé la destruction par décret en 1793. Il s’agissait alors de détruire un objet qui incarnait la théorie du droit divin.

Certains des ornements royaux nous sont néanmoins parvenus, comme Joyeuse, épée dite de Charlemagne, le sceptre de Charles ou la couronne de Louis . D'autres ont été reconstitués durant la Restauration (la nouvelle Sainte Ampoule ou le manteau fleurdelisé du sacre reconstitué à partir des restes de celui brûlé à la Révolution).

La plupart de ces trésors sont aujourd'hui conservés à Saint-Denis ou au Louvre.

Terminologie Depuis les dernières décennies du , l'usage anglais de désigner ces objets sous le terme de regalia s'est diffusé dans une partie de la littérature francophone. Ce terme est pourtant impropre à bien des égards.

Tout d'abord, il n'a jamais été employé dans ce sens à l'époque monarchique ni en France, ni dans les pays voisins du continent. En France, on parlait d'ornements ou d'insignes royaux, et plus anciennement d'entresignesHervé Pinoteau, La symbolique royale française, - siècle, P.S.R. éditions, 2004, .

Surtout, le terme de regalia renvoie à tout autre chose dans le contexte continental. Reprenant le pluriel de l'adjectif latin regalium (qui est au roi), il désigne non pas des objets mais une série de droits attachés à la souveraineté. Dans le contexte impérial, ces droits royaux étaient appelés jura majestica en latin et Regalien en allemand. En France, où le roi prétendait détenir des droits égaux à ceux de l'empereur, le plus éminent de ces droits était appelé droit de régaleÉdouard Jordan, « L'Allemagne et l'Italie aux », Histoire du Moyen Âge, t. 4, première partie, Paris, 1939, , définition des régalesRené Fédou, Lexique historique du Moyen Âge, Paris, 1980, ..

Sources Divers documents médiévaux signalent les différents ornements royaux : Les textes qui les évoquent sont bien connus des médiévistes : la description du sacre de , raconté par l’abbé Suger ; les ordo d’Hincmar de Reims (), de Fulrad (), de Saint Louis () Les documents iconographiques sont divers : les sceaux, les miniatures des Grandes Chroniques de France peuvent fournir des éléments visuels. Certains objets du sacre, comme le sceptre de très restauré au , sont conservés au musée du Louvre, soit dans le département des objets médiévaux, soit dans la galerie d'Apollon. D'autres objets sont conservés à la Bibliothèque nationale de France et au trésor de la cathédrale de Reims.

Couronnes Une partie des ornements royaux était confiée au trésor de l'abbaye de Saint-Denis, notamment les couronnes.

Le nombre de couronnes varia selon les règnes ; ainsi, disposait de 21 couronnes de roi, 5 couronnes de reines, 17 cercles de reines et de princesses, 5 chapels, 9 fleurons d'une couronne. Ces couronnes n'étaient pas affectées au sacre et elles étaient parfois privées de pierres passées sur d'autres objets royaux ou liturgiques ; trois couronnes avaient été faites par le roi dont une était un reliquaire et donc non destinée à être portée, une venait de son père comme chef de l'ordre de l'Étoile, un autre de Jeanne de Bourgogne, femme de .

Les rois de France portèrent ces couronnes fermées y compris dans leurs armes à partir de . Les couronnes françaises furent alors dotées de huit arches, ce qui fut imité par les autres monarchies européennes, à l'exception de l'Angleterre et l’Écosse qui conservèrent l'archaïsme des quatre arches. Toutes les couronnes royales qui avaient survécu jusqu'à la Révolution, sauf celle de sortie et de festin du sacre de , ont été détruites par la Convention nationale.

Couronnes dites de Charlemagne

Le , le roi Philippe Auguste épouse en secondes noces Ingeburge de Danemark. Le lendemain, elle est sacrée ; pour l'occasion le roi porte une couronne. En 1223, le roi lègue par un testament (conservé à l'abbaye) sa couronne ainsi que celle de la reine au trésor de Saint-Denis. Peu après et Blanche de Castille sont couronnés à Reims avec ces deux couronnes. Le roi ne respecte pas les volontés de son père et décide moyennant une importante somme d'argent au moine de récupérer les deux couronnes. En 1226, monte sur le trône. En 1261, ce dernier décide de rendre définitivement à l'abbaye de Saint-Denis les deux couronnes indiquant par un texte qu'elles furent faites pour le sacre des rois et des reines et que les jours de fête solennelle elles soient suspendues par des chaînettes au-dessus de l'autel matutinal. C'est ainsi que ces deux couronnes du roi et de la reine furent versées au trésor de l'abbaye.

L'inventaire du trésor de 1534 en donne une description précise. La couronne du roi était d'or massif et pesait avec l'ensemble des pierres du bonnet et des chaines d'argent près de quatre kilogrammes. Le cercle et les fleurons totalisaient 48 pierres précieuses réparties comme tel : 16 rubis balais (spinelles), 16 émeraudes et 16 saphirs. Le cercle de base était formé de 4 plaques rectangulaires reliées par des systèmes de charnières. En haut, au milieu de chaque élément se trouvait un rubis flanqué de deux émeraudes ainsi qu'une en dessous. Chaque élément était orné de la même façon. Chaque série était séparée par 4 saphirs ; il en était de même pour les pierres ornant les fleurs de lis. Cette couronne possédait une coiffe intérieure de forme conique surmontée par un rubis de 200 carats. C'est le roi qui fit réaliser cette coiffe de couleur cramoisie. En 1547, fit refaire un nouveau bonnet doublé de satin. En 1590, le duc de Mayenne s'empare de la couronne et la fond pour en tirer de l'argent et financer la Ligue catholique.

Par la suite, c'est la couronne de reine qui était quasiment identique qui servit pour les sacres. Ces deux couronnes furent appelées successivement « couronnes de Charlemagne ».

Sainte couronne dite couronne de saint Louis

Il existait à la fin du une couronne d'or fleurdelisée et gemméeIl s'agit du trésor de Saint-Denis. qui était déjà réparée : sur au moins la moitié de sa circonférence, elle était doublée intérieurement d'une plaque métallique. Hervé Pinoteau suppose qu'elle fut créée au pour abriter une insigne relique et qu'elle fut remaniée à l'époque de Suger, voire plus tard selon l'opinion de Danielle Gaborit-Chopin.

Cette couronne royale était dite abriter une épine de la couronne de Jésus-Christ et constituait avec le Saint Clou une des pièces principales du trésor de l'église. L'épine était placée sous un énorme cabochon qu'on nommait rubis, mais qui était un spinelle de 278 carats métriques. D'après Suger, cette épine était un don de à l'église de Saint-Denis lui venant de sa grand-mère Anne de Kiev. L'émeraude au centre de la fleur de lis centrale est de nos jours au Muséum national d'histoire naturelle, à Paris.

Au Moyen Âge, on appelait cette couronne reliquaire Sainte Couronne ou couronne d'épines, puis on prit l'habitude de l'appeler couronne de saint Louis. Elle servit pour le sacre de et celui d'Anne de Bretagne.

Cette couronne était portée en procession quand on célébrait l'obit ou la messe solennelle d'un roi. Déposée à l'autel des Saints Martyrs en compagnie d'autres reliques (Saint Clou, bras de Saint Syméon), la couronne fut ensuite déposée sous l'Ancien régime dans une armoire du trésor. Cette couronne fut représentée sur deux tableaux : "La Messe de Saint Gilles" et "La Vierge de la famille de Vic".

Danielle Gaborit-Chopin la décrit ainsiHervé Pinoteau, La symbolique royale française, - siècle, P.S.R. éditions, 2004, . : « Une couronne circulaire, d'un seul tenant, surmontée par quatre larges fleurs de lis aux extrémités renflées. Sur le bandeau, quatre grenats et quatre saphirs alternés étaient séparés par une paire d'émeraude ; sur chaque fleuron, deux grenats, une émeraude, et une topaze entouraient un saphir sauf sur le fleuron principal où une table rectangulaire d'émeraude était placée au centre, les pierres étaient serties dans des bâtes épaisses, entourée d'une moulure. Cent grosses perles étaient disséminées entre les pierres précieuses, fixées de bout par une tige verticale qui les traversaient de part en part ». Cette couronne pesait 11 marcs dont 4 pour pierres, perles et argent doré et fut détruite par la Convention nationale.

Couronne d'

Après l'accession d' au trône de France, le , il abjure solennellement le protestantisme, le en la basilique Saint-Denis. Mais, en pleine huitième guerre de religion, le camp catholique est très réticent à laisser un ancien protestant se faire sacrer, événement très important pour le nouveau roi ; Reims et la Sainte Ampoule sont toujours aux mains des ligueurs, ainsi que le trésor de Saint-Denis, détenu à Paris. Il faut donc pour le sacre du roi une autre huile sainte (l'évêque de Chartres Nicolas de Thou utilisera une huile sainte provenant de Marmoutier), fabriquer de nouveaux habits royaux, deux couronnes, un sceptre et une main de justice, transféré plus tard à Saint-Denis après la reconquête du royaume.

Cette couronne réalisée pour le sacre d'Henri IV à Chartres était à 12 demi-arches ornées de feuilles, avec 6 fleurs de lys et 6 feuilles d'ache ; 6 émaux rouges et 6 émaux bleus, imitant rubis et saphirs, étaient séparés par des boules d'émail blanc imitant des perles.

À noter qu'il existait une deuxième couronne d' : elle était identique à la première, mais faite en vermeil et non plus en or, et sans les arches partant des fleurs de lys et de fleurs d'ache. Plus légère, elle fut utilisée lors du banquet suivant le sacre. Les deux couronnes furent fondues en 1793.

Couronne de vignette|Détail du Vœu de Louis XIII, par Philippe de Champaigne (1638). Pour le sacre de , deux nouvelles couronnes - une en or et une autre en vermeil - furent réalisées ; elles étaient plus petites que celles d', car destinées à la tête d'un enfant (Louis XIII ayant à peine neuf ans, lors de son sacre en la cathédrale de Reims le ). Elles étaient basées sur le même modèle que leurs prédécesseures : un bandeau comportant de vraies et fausses pierres précieuses (sans plus de précisions), 6 fleur de lys et 6 fleurs d'ache, en or avec des branches fermant la couronne pour l'une, mais la couronne en vermeil possédait cette fois des branches. Là aussi, on ne sait pas grand-chose sur les pierres précieuses. Elles sont représentées sur la planche II des gravures de Michel Félibien du trésor de Saint-Denis Voir gravure, la couronne en or en haut à droite et celle en vermeil à gauche en haut, et il est très probable que la couronne que tient dans ses mains sur le tableau La consécration de la France à la Vierge par Louis XIII, par Philippe de Champaigne, soit une version agrandie de la couronne d'or de son sacre - vu que la vraie n'était pas à la taille de sa tête adulte, mais de sa tête d'enfant. Elles ont également été détruites à la Révolution. gauche|vignette|Détail du portrait de Louis XIV en costume de sacre par Hyacinthe Rigaud (1701) : couronne de , sceptre (tenu à l'envers) et main de justice d'.

Couronne de