vignette|Les Tard-Venus défont en 1362 à Brignais, près de Lyon, l'ost royal. Chroniques de Jean Froissart (manuscrits Gruuthuse), Paris, BnF, ms. Français 2644, quart du . Les compagnies de mercenaires recrutées du au , privées d'employeurs pendant les périodes de paix, se regroupaient en bandes appelées « Grandes compagnies », et vivaient au détriment des populations. Ces mercenaires étaient désignés comme « routiers », car appartenant à une « route » (une « troupe armée » en ancien et moyen français), et aussi comme « ribauds », « cottereaux », « écorcheurs » ou « brabançons »Chroniques de FroissartBoussard Jacques. Les mercenaires au : Henri II Plantegenêt et les origines de l'armée de métier. In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1946, tome 106. ..
Début de la présence permanente dans les armées royales Une première vague de compagnies de routiers est apparue aux et . Ces mercenaires étaient déjà présents au début du . Ils participent notamment à la guerre civile en Angleterre (qui oppose le Roi Étienne à Mathilde, la mère d'Henri II, entre 1137 et 1153)L'Empire des Plantagenet - 2004 - Aurell Martin ; mais ils sont intégrés de façon permanente à l'armée du roi d'Angleterre Henri II à partir de 1159. Il faut attendre les années 1180, sous Philippe Auguste, pour constater le même phénomène dans les troupes du roi de France.
Un corps décisif dans les batailles Ces Routiers étaient des éléments importants des armées d'Henri II d'Angleterre puis de ses fils Richard Ier d'Angleterre et Jean sans Terre. Ces troupes de mercenaires aguerris, organisées et très mobiles pour l'époque, constituaient un élément décisif dans les batailles. Elles permirent à Henri II d'Angleterre de remporter plusieurs victoires. Le roi de France Philippe Auguste dut, lui aussi, avoir recours aux compagnies de routiers pour vaincre les Plantagenêt.
Un autre exemple de leur importance : au début de son règne, Jean sans Terre était plus riche et plus puissant que le roi de France, mais, en 1204, Jean ne paya pas ses mercenaires ; certains, comme Lupicaire, passèrent dans le camp ennemi ; de l'autre côté, Philippe Auguste avait, au moins, la troupe de mercenaires de Lambert Cadoc, qui lui permit de prendre Château GaillardHistoire de la conquête de la Normandie par Philippe-Auguste en 1204 - Adolphe Poignant - 1854.
Les grandes compagnies en France
et Chefs routiers célèbres
CurbaranHistoire du Berry: Volume 2 (1844 - Louis Reinal - page 67) Raymont Brun Lambert Cadoc Mercadier Lupicaire Martin Algais Louvart Brandin Falco ou FalcaiseLa guerre au Moyen Âge (1999 - Philippe Contamine - page 398) Guillaume d'Ypres Renaud de Dammartin Arnaud Courberan
Origines géographiques Les routiers proviennent de nombreuses régions. Mais beaucoup sont issus de régions pauvres comme la Provence et les Pyrénées, ou de zones surpeuplées telles que le Brabant, la Flandre et le Hainaut.
Noms désignant les routiers Les routiers sont désignés avec une grande variété de noms provenant, notamment, de leurs origines géographiques ou de leurs tenues : Allemands Aragonais Bandouliers : de bandolero, « brigand » en espagnol et originaires des Pyrénées Basques Brabançons Bretons Catalans Cotereaux : provenant de couteau ou de cottier (paysan pauvre) ou encore de coterie Gascons Hennuyers Mainades Navarrais Paillers : ils portaient une paille sur leur chapeau comme signe distinctif Ravisseurs Routiers Triaverdins
Les grandes compagnies étaient des troupes d'aventuriers qui, financées par les princes en temps de guerre, vivaient de pillage et de rançons en temps de paix ou de trêve. Elles désolèrent la France au , sous les règnes de Jean II et de Charles V.
En 1356, des compagnies de gens d'armes et de brigands se répandent dans les régions situées entre la Seine et la Loire et y commettent toutes sortes d'excès. Ils infestent particulièrement les routes de Paris à Orléans, à Chartres, à Vendôme et à Montargis.
Un de leurs principaux chefs est un Gallois nommé Ruffin, qui s'enrichit de ses brigandages et devient chevalier. Ces compagnies occupent ou rançonnent Saint-Arnoult, Gallardon, Bonneval, Cloyes, Étampes, ChâtresChâtres est l'ancien nom d'Arpajon, Montlhéry, Pithiviers-en-Gatinais, Larchant, Milly, Château-Landon, Montargis, Yèvre, etc.
Pendant ce temps, Robert Knolles se met à la tête de brigands anglo-navarrais et rançonne les frontières de la Normandie, où ils gagnent bien Chroniques de Froissart volume 5.
Elles se recrutaient parmi des étrangers de toutes nationalités et surtout des Germaniques que le roi Édouard III d'Angleterre avait licenciés après le traité de Brétigny, en 1360.
Le , Édouard III charge Guillaume de Grantson et Nicolas de Tamworth de faire évacuer les forteresses de Champagne, de Brie, des duché et comté de Bourgogne, de l'Orléanais et du Gâtinais ; Thomas Fogg et Thomas Caun celles du Perche, du Chartrain, et du Drouais ; le sire de Pommiers, Bérard et Arnaud d'Albret celles du Berry, du Bourbonnais, de la Touraine et de l'Auvergne ; Amauri de Fossat et Hélie de Pommiers celles du Périgord, du Quercy et de l'Agenais ; le captal de Buch Jean de Grailly, le sire de Montferrand et Thomas de Holland, celles de la Normandie, de l'Anjou et du Maine.
Irrités de leurs déprédations, les paysans les battirent en plusieurs rencontres et les dispersèrent pour quelque temps.
Le connétable Bertrand Du Guesclin fut employé à emmener ces compagnies en Espagne pour débarrasser le royaume de France ; elles y soutinrent, contre Pierre le Cruel, la cause d'Henri de Trastamare, son demi-frère. vignette|Les grandes compagnies en Espagne (1369).
Chefs routiers célèbres : Arnaud de Cervole, dit l'Archiprêtre. Croquart Bernardon de la Salle Hugh Calveley Robert Knolles Seguin de Badefol Bertucat d'Albret John Creswell Cahours
Après avoir placé sur le trône Henri de Trastamare, les compagnies rentrent en France. Une des compagnies pille Vire en 1368, puis, conduite par John Creswell et Folcquin Lallemant, s'empare de Château-Gontier, ..
Les Tard-Venus Les Tard-Venus sont des mercenaires démobilisés après le traité de Brétigny du : Le , une trève est conclue entre Jean II le Bon et Edouard III. Le roi d'Angleterre ordonne à tous ses capitaines de libérer les diverses places fortes tenues dans le royaume de France. Les mercenaires abandonnés sans solde décident de guerroyer pour leur propre compte. Sous les ordres de Petit Meschin et Seguin de Badefol, ils sévirent de la Bourgogne au Languedoc. En 1362, à Brignais, ils défirent Jacques de Bourbon, comte de La Marche, envoyé contre eux.
La Compagnie Blanche
Cette compagnie s'est formée après la paix de Brétigny du , sous les ordres de John Hawkwood.
Les « Bretons » et les « Anglais » en Dauphiné De 1374 à 1411, ces compagnies accompagnent successivement le comte d'Armagnac, Turenne et Du Guesclin durant les conflits en Provence et en Italie (Grand Schisme entre papes d'Avignon et de Rome, guerres de Provence entre Louis d'Anjou et la Reine Jeanne).
Ces surnoms « Bretons » et « Anglais » furent donnés par les Dauphinois. L'un de leurs exploits est d'avoir pris le château de Soyons en 1381, d'où ils seront délogés par Bouville, gouverneur du Dauphiné, et le maréchal de Clisson.
Principaux capitaines : Guilhem Camisard, Amaury de Sévérac, le Bâtard de Bertusan, Jean de Broquiers.
Il connurent des démêlés avec le comte de Valentinois.
Les Écorcheurs Les Écorcheurs sont des mercenaires démobilisés qui désolèrent la France au après le traité d'Arras de 1435
Les Coquillards Les Coquillards sont également des mercenaires désœuvrés, originaires principalement d’Alsace et de Suisse.
Chefs routiers célèbres : Le bâtard de Bourbon Antoine de Chabannes Étienne de Vignolles, dit La Hire Rodrigue de Villandrando Jean Poton de Xaintrailles
Ailleurs Les grandes compagnies ne sont pas uniquement propres à la France. On peut citer la Compagnie catalane des Almogavres, soldats mercenaires au service de la Couronne d’Aragon-Catalogne, majoritairement catalans et aragonais, qui avait vu le jour dans la péninsule Ibérique à l’occasion des guerres contre les Sarrasins, entre le et le , et qui alla aider l'empereur byzantin Andronic II Paléologue contre les Turcs. En Italie
Leur apparition date de la fin des années 1200 et début des années 1300 : bandes formées de soldats professionnels, pour la plupart issus des basses classes sociales, prêts à tuer et à se faire tuer pour de l'argent ou pour un quelconque butin. Au cours du , la plupart des princes italiens utilisaient ces troupes professionnelles dans l'art de la guerre, car leurs membres avaient un niveau élevé de formation et étaient experts dans l'utilisation des nouvelles armes. La première unité de grande importance est la Compagnia di San Giorgio, formée par Mastino II della Scala et confiée aux ordres de Lodrisio Visconti, qui, lancée à la conquête de Milan, fut battue à la bataille de Parabiago.
Le déclin de ces compagnies mercenaires s'amorce avec la naissance et le renforcement des États nationaux.
La dernière compagnia di ventura célèbre est celle commandée Giovanni de' Medici, connu comme Jean des Bandes Noires (« Giovanni dalle Bande Nere »), au début du Cinquecento.
Lutte contre les grandes compagnies
right|300px|thumb|Royaume de France entre 1356 et 1363 : Jacqueries et Compagnies
La lutte contre les compagnies est l'un des enjeux majeurs du retour de captivité de Jean II. Ce dernier tente de les utiliser les unes contre les autres. Ainsi, en 1363, plutôt que de leur faire la guerre, Philippe II de Bourgogne prend à son service Arnaud de Cervole, dit l'Archiprêtre, dont les troupes rançonnent la Bourgogne (il est même parrain du premier fils du jeune duc). Le routier reçoit de fortes rétributions de Philippe le Hardi et de Jean le Bon pour éviter les pillages. Cette stratégie se révèle désastreuse et se termine par la défaite de Brignais, où les troupes levées par le roi sont mises en déroute par les compagnies, en partie à cause de la trahison de l'Archiprêtre. Ce dernier récidive à la bataille de Cocherel, où il négocie avec les Navarrais puis quitte le champ de bataille en prétextant une reconnaissance. Philippe le Hardi doit employer toute sa science de la diplomatie pour calmer la colère du roi Charles V, et il soutiendra d'ailleurs Arnaud de Cervole jusqu'en 1366, année au cours de laquelle le routier est assassiné par un de ses propres hommes.
Dès 1364 et l'avènement de Charles V, le ton change. Le rétablissement de l’autorité royale et de l’économie passe par l’éradication des grandes compagnies qui saignent le pays. Charles V doit faire comprendre que le royaume n’est plus un havre pour les pillards. Il traite le problème avec la plus grande rigueur et fermeté : il fait appliquer la loi et ne négocie pas avec les truands. Il réorganise l'armée en déléguant à ses frères l'organisation de la réponse militaire au sein de chaque principauté. C’est rapidement tout le pays qui s’organise contre les grandes compagnies. Chevaliers, villes, paysans envoient des contingents d'hommes pour les combattre. Les routiers français sont exécutés, et les étrangers de quelque valeur soumis à rançon. Ainsi, Philippe le Hardi, à la tête de l'une de ces armées, mène campagne contre elles en Normandie et dans la Beauce. En Bourgogne, c'est Hugues Aubriot, futur prévôt de Paris mais pour l'heure bailli de Dijon, et non pas le duc qui mène la vie rude à l'Archiprêtre. Cette lutte permet de roder de petites armées formées de volontaires aguerris sous commandement de chefs expérimentés et fidèles comme Bertrand Du Guesclin.