Agathe Habyarimana, née Agathe Kanziga, le à Gisenyi (province de l'Ouest, Rwanda), est une personnalité politique rwandaise, veuve de Juvénal Habyarimana, président de la république du Rwanda du au , et de ce fait Première dame du pays. Après l'assassinat de son mari, elle est exfiltrée en France mais elle est accusée par le nouveau pouvoir rwandais de complicité de génocide et poursuivie par ce pays. La France refuse de l’extrader vers le Rwanda, tout en la déboutant de sa demande d’asile.

Biographie

Famille Agathe Kanziga est née le à Giciye dans l'ancienne province de Gisenyi, au nord-ouest du Rwanda. Sa famille descend de l’un des clans hutu du nord du Rwanda, considéré comme une haute lignée parmi les hutus, les Abahinza. Le , elle épouse Juvénal Habyarimana, un militaire de carrière qui prend le pouvoir le par un coup d'État militaire.

Au début des années 1990, l'Akazu (« petite maison », en kinyarwanda) est un cercle politique et financier composé d'extrémistes hutu, parmi lesquels se trouve son frère aîné Protais Zigiranyirazo. Ce cercle se constitue autour d’Agathe Habyarimana.. Elle est souvent considérée comme la véritable patronne de l'Akazu., accusation qu'elle nie.

Exfiltration en France Au lendemain de l'attentat du contre son mari, les extrémistes liés à Agathe Habyarimana prennent le pouvoir, éliminent l'opposition hutu et déclenchent le génocide perpétré contre les Tutsis.

Agathe Habyarimana contacte l’ambassade de France, pour être évacuée, craignant un assaut du Front patriotique rwandais (FPR). Selon le rapport de la Commission française d’historiens sur le rôle de la France au Rwanda, à titre d'exception, François Mitterrand accorde son exfiltration ainsi que celle de douze membres de sa famille le vers Bangui, en Centrafrique. Après quelques mois à Paris, Agathe Habyarimana retourne en Afrique. Elle séjourne en RDC, au Kenya, puis revient en France en 1998 où elle réside toujours sans être en situation régulièreRadio France internationale, Demande d'asile à nouveau rejetée, 15 février 2007, : « En situation illégale sur le territoire français depuis 1998 » ; Christophe Ayad, Libération, jeudi 15 février 2007, Pas d'asile pour Agathe Habyarimana : « La veuve du président Habyarimana, qui vit en France depuis 1994 sans aucun papier ni statut [...] ».. Sa demande d'asile, déposée en Radio France internationale, 11 janvier 2007, Agathe Habyarimana déboutée du droit d’asile,., est rejetée par l'OFPRA le . Après treize ans de séjour en France, son recours est rejeté, après une audience le Christophe Ayad, « Procès improvisé de la veuve Habyarimana », Libération, 26 janvier 2007, le par la Commission des recours des réfugiés (CRR), qui souligne notamment son rôle présumé dans le génocide des Tutsi en 1994 (pour la CRR, il existe des raisons sérieuses de penser qu'elle aurait participé « en tant qu'instigatrice ou complice » au « crime de génocide », selon les termes de la décision) et l'a en conséquence exclue du bénéfice de la convention de Genève et de la protection subsidiaire. La CRR juge également que ses déclarations, « non crédibles, […] doivent être regardées comme traduisant sa volonté d'occulter les activités qui ont en réalité été les siennes durant la période de préparation, de planification et d'exécution du génocide ». Le , le Conseil d'État rejette son pourvoi en cassationCE, et sous-sections réunies, 16 octobre 2009, n° 311793. Elle pourrait désormais être expulsée, bien que cela soit peu probableChristophe Ayad, Libération, jeudi 15 février 2007, Pas d'asile pour Agathe Habyarimana : « La veuve du président Habyarimana [...] a l'intention de se pourvoir devant le Conseil d'État [...]. Mais un tel recours n'est pas suspensif d'une éventuelle expulsion. Il n'y a toutefois presque aucune chance que l'encombrante hôte soit contrainte de quitter la France. [...] Paris ne peut pas l'expédier dans un pays, où la peine de mort est toujours en vigueur et où un jugement équitable n'est pas garanti. »La veuve Habyarimana cherche toujours asile, Bakchich, 23 septembre 2009.

En 1998, elle s'installe définitivement à Évry-Courcouronnes dans l'Essonne, où elle vit sans statut légal.

Accusation de complicité de génocide Accusée d’avoir contribué à la planification du génocide contre les Tutsis, une information judiciaire est ouverte contre Agathe Habyarimana en pour « complicité de génocide et de crime contre l'humanité »RTL info, mercredi 16 mai 2007, La veuve Habyarimana visée par une information judiciaire en France : « le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) [...] avait déposé [mi-février] une plainte avec constitution de partie civile contre Habyarimana »., à la suite d'une plainte déposée par le Collectif des parties civiles pour le RwandaTexte intégral de la plainte.

En , le Rwanda émet un mandat d'arrêt international pour « génocide » et « crimes contre l'humanité » à son encontre. Elle est interpellée le en Essonne sur la base de ce mandat d'arrêt international« Rwanda: la veuve Habyarimana arrêtée », AFP, 2 mars 2010.. La demande d'extradition est rejetée le par la cour d'appel de Paris.

En , la préfecture de l'Essonne rejette une nouvelle demande de permis de séjour en raison d'une « menace à l'ordre public » que constituerait la présence d'Agathe Habyarimana. Ce rejet est annulé par le tribunal administratif de Versailles en . La préfecture fait appel devant la Cour administrative d'appel mais la décision est confirmée en . La préfecture de l'Essonne fait alors appel devant le Conseil d'État, qui soutient la préfecture dans son refus de délivrer un permis de séjour le . Agathe Habyarimana saisit alors la Cour européenne des droits de l'Homme en .

Le , les juges d'instruction Jean-Marc Herbaut et Nathalie Poux rendent une ordonnance de non-lieu concernant l'attentat du , comme l'avait requis le Parquet le . Agathe Kanziga annonce vouloir faire appel par la voix de son avocat, Philippe Meilhac. En , la cour d'appel de Paris confirme la décision des juges antiterroristes qui avaient ordonné en d'abandonner les poursuites contre neuf membres ou anciens membres de l'entourage du président rwandais Paul Kagamé.

En , la cour d'appel de Paris juge « irrecevable » la demande de non-lieu d’Agathe Habyarimana, soupçonnée d’être impliquée dans le génocide commis contre les Tutsis au Rwanda.

Le , la Cour de cassation valide l'ordonnance de non-lieu de 2018 et rejette ainsi les pourvois déposés par les familles de victimes de l'attentat. Le même jour, la juge d'instruction chargée de l'enquête pour « complicité de génocide et de crimes contre l'humanité » visant Agathe Habyarimana met un terme aux investigations contre elle, prélude à un possible non-lieu, aucune mise en examen n'ayant été prononcée.

En , à l'approche des commémorations des 30 ans du génocide contre les Tutsis, le procureur de la République antiterroriste Jean-François Ricard affirme que la justice française poursuit ses investigations. Le , le Parquet national antiterroriste français dépose un recours pour obtenir l'inculpation d'Agathe Habyarimana pour sa responsabilité dans le génocide des Tutsis au Rwanda.

Le , le tribunal judiciaire de Paris annonce sa décision, les investigations contre Agathe Habyarimana pour son rôle éventuel lors du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 sont terminées. Les juges ont conclu que les témoignages à charge étaient « contradictoires, incohérents, voire mensongers ».

Le , la justice française ordonne un non-lieu pour Agathe Habyarimana. Le 6 mai 2026, après l'appel du parquet national antiterroriste et des parties civiles, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris annule le non-lieu, au même moment qu'une lettre rédigée en juin 1994 par l'officier rwandais Charles Uwihoreye fait surface ; il dit d'elle qu'elle fait avec quinze autres personnes partie des , et serait donc l’une des premières responsables du génocide. Le , elle dépose un pourvoi en cassation contre cette annulation..

Articles connexes

Beatrice Munyenyezi Valérie Bemeriki Angéline Mukandutiye Séraphine Mukantabana Pauline Nyiramasuhuko Yvonne Ntacyobatabara Basebya

Notes et références

Liens externes

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