vignette|upright=1.5|alt=Photographie en couleurs d'hommes d'états en pleine discussion et réunis dans un bureau|Le dans le Bureau ovale, le président américain Ronald Reagan (à droite) rencontre (de gauche à droite) le secrétaire à la Défense Caspar Weinberger, le secrétaire d'État George P. Shultz, le procureur général Edwin Meese et le chef de cabinet de la Maison Blanche Donald Regan pour échanger sur l'affaire Iran-Contra. Laffaire Iran-Contra ou Irangate est un scandale politico-militaire survenu aux États-Unis dans les années 1980 pendant le second mandat de l’administration Reagan. Plusieurs hauts responsables du gouvernement fédéral américain ont soutenu un trafic d'armes vers l'Iran malgré l'embargo touchant ce pays. L'administration espérait pouvoir utiliser les produits de la vente d'armes pour financer les Contras au Nicaragua, malgré l'interdiction explicite du Congrès des États-Unis de financer ce groupe armé en lutte contre le pouvoir nicaraguayen. L'affaire est, depuis, voilée de secrets.
Elle trouve ses origines dans une opération visant à libérer sept otages détenus au Liban par le Hezbollah, un groupe paramilitaire relié aux gardiens de la révolution iraniens. Après avoir expédié les armes à l'Iran, Israël aurait été payé pour ses services et réapprovisionné en armes, les États-Unis recevant les paiements iraniens. Pour leur part, les interlocuteurs iraniens s'engageraient à faire libérer les otages par tous les moyens à leur disposition. Toutefois, le lieutenant-colonel Oliver North, membre du Conseil de sécurité nationale, revoit l'opération de façon qu'une grande partie des paiements soient versés aux Contras, opposants violents au gouvernement socialiste du Nicaragua, que l'administration Reagan croit communiste, dans ce pays que les États-Unis considèrent comme relevant de leur zone d'influence.
La connaissance de l'affaire et le rôle exact du président Ronald Reagan, qui soutient la cause des Contras, demeurent incertains. Des notes manuscrites du secrétaire à la Défense Caspar Weinberger permettent de conclure que Reagan a su qu'un projet de cette nature était en cours, ainsi que de la vente de missiles Hawk et TOW à des de l'Iran. Lorsque la vente d'armes est révélée en , Reagan apparaît à la télévision américaine et déclare qu'en effet, des armes ont été transférées, mais que les États-Unis n'ont pas échangé d'armes contre des otages. Les enquêtes sont ralenties ou bloquées parce que de nombreux documents ont été détruits ou cachés. Le , Ronald Reagan apparaît à nouveau à la télévision américaine et se déclare entièrement responsable.
Les enquêtes menées par le Congrès des États-Unis et la Commission Tower ne découvrent aucune preuve que le président a été au courant des opérations en cours. Quatorze membres de l'administration Reagan ont été accusés, dont Caspar Weinberger ; seulement onze ont été déclarés coupables et des peines ont été annulées sur appel. Les personnes condamnées ont plus tard reçu le pardon présidentiel de George H. W. Bush.
Contexte À l'époque du Shah Mohammad Reza Pahlavi, les États-Unis sont les plus grands vendeurs d'armes à l'Iran. Lorsqu'il est renversé en , la grande majorité de l'arsenal de la nouvelle république islamique d'Iran est d'origine américaine. Pour maintenir son arsenal, l'armée iranienne doit être régulièrement approvisionnée en pièces détachées pour remplacer les armes brisées et usées. Mais après la prise d'otages à l'ambassade américaine à Téhéran en , le président américain Jimmy Carter impose un embargo sur la vente d'armes à l'Iran. À la suite de l'invasion par l'Irak en septembre 1980, l'Iran recherche désespérément des armes et des pièces de rechange. Ronald Reagan, qui prend les fonctions de président des États-Unis le , jure de poursuivre la politique de Carter en déclarant que l'Iran soutient le terrorisme.. Dès 1981, il se fixe l'objectif de renverser le gouvernement socialiste du Nicaragua et décide donc de soutenir les Contras. Dans le cadre de la guerre froide, il s'agit pour l'administration Reagan de renverser un régime qu'elle considère comme communiste, précise que le Nicaragua n'a pas d'autre choix que de se tourner vers Cuba et l'URSS pour obtenir un soutien militaire face aux manœuvres américaines. et donc ennemi du capitalisme américain. Reagan annule toute forme d'aide économique au Nicaragua en .
vignette|alt=Photographie en couleurs et en portrait d'un homme portant une barbe blanche|L'ayatollah Rouhollah Khomeini, en mai 1981.
Un groupe de haut responsables du gouvernement fédéral américain publie les résultats d'une étude secrète le . Le document conclut que l'embargo militaire est inefficace parce que l'Iran achètera toujours des armes américaines, peu importe le vendeur, et que le pays est plus susceptible d'entrer dans la sphère d'influence de l'Union soviétique puisque l'URSS peut vendre des armes aux Iraniens. L'étude recommande donc que les États-Unis recommencent à vendre des armes aussitôt que la situation politique est favorable. Entretemps, l'ayatollah Khomeini déclare ouvertement vouloir exporter la révolution islamique au Moyen-Orient et renverser les gouvernements de l'Irak, du Koweït et de l'Arabie saoudite, ainsi que de tous les autres pays du golfe Persique, ce qui amène les Américains à percevoir Khomeini comme une menace majeure aux intérêts américains.
Pendant que le gouvernement fédéral américain étudie la possibilité de vendre des armes à l'Iran, les Contras, basés au Honduras, mènent une guérilla pour renverser le gouvernement révolutionnaire du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) qui dirige le Nicaragua. Le , Ronald Reagan signe la Une (NSDD) est une sorte de par laquelle le président des États-Unis transmet des directives aux conseillers seniors et aux départements (les ministères) sur des sujets relatifs à la sécurité nationale. numéro 7 qui autorise la fabrication et l'envoi d'armes dans la région du Nicaragua sans toutefois autoriser leur déploiement (report 98-611).. Le , par la 17, le président Reagan autorise le soutien clandestin des forces anti-Sandinistes.
Au printemps 1983, les États-Unis lancent l'opération Staunch, un effort diplomatique tous azimuts visant à convaincre les autres pays de ne pas vendre d'armes ou de pièces détachées à l'Iran.. L'une des raisons pour lesquelles l'affaire Iran-Contra a autant humilié les États-Unis est que, lorsqu'elle a été médiatisée en , le pays vendait des armes à l'Iran alors que ses diplomates sermonnaient les dirigeants des autres pays sur la nécessité de ne pas vendre d'armes à la république islamique d'Iran, tout en faisant pression pour prévenir la vente d'armes.
La politique de soutien aux Contras crée un conflit sévère entre les pouvoirs exécutif et législatif du gouvernement américain. parce que le Congrès des États-Unis veut limiter, sinon endiguer, la capacité de la Maison Blanche de soutenir les Contras.. Il y parvient à la suite de la mise en vigueur du Boland Amendment, qui rend illégal tout soutien aux Contras. En , les Contras ne reçoivent plus d'aide américaine et, en octobre de cette année, un embargo complet est en place. Le deuxième , en vigueur du au , indique :
En violation du , des haut responsables de l'administration Reagan continuent secrètement d'armer et d'entraîner les Contras ; ils poursuivent également l'opération the Enterprise qui fournit des armes à l'Iran.. Puisque les Contras dépendent énormément de l'aide américaine, tant financière que militaire, le deuxième menace de briser l'élan du groupe armé. Ronald Reagan, en 1984, réagit en ordonnant au National Security Council (NSC) de , peu importe les décisions du Congrès des États-Unis.
Un important débat a porté sur l'étendue du deuxième et plus explicitement à savoir si le NSC se trouvait hors du périmètre de l'amendement. La plupart des experts en droit constitutionnel américain ont affirmé que le s'applique au NSC, même s'il n'est pas explicitement mentionné.. Plus largement, le débat a porté sur les pouvoirs respectifs du Congrès et du président en la matière. L'administration Reagan a argué que la Constitution des États-Unis avait remis au pouvoir exécutif la prérogative de mener la politique étrangère du pays, il revenait donc au président de conduire les efforts nécessaires pour renverser le gouvernement du Nicaragua. En conséquence, le Congrès n'avait aucun pouvoir pour restreindre ou arrêter ses efforts.. À contrario, les chefs du Congrès ont argué que la Constitution avait remis au Congrès le contrôle du budget et il avait donc le droit d'user de ce pouvoir pour interdire tout versement financier à des projets qui visent à renverser le gouvernement du Nicaragua. Pour court-circuiter le , le NSC conçoit l'opération , qui met en place un réseau de contrebande d'armes supervisé par Richard Secord, un ancien officier de l'US Air Force. Officiellement, il s'agit d'une entreprise privée, mais dans les faits, le réseau est contrôlé par la NSC. Pour financer , l'administration Reagan est constamment à l'affût d'argent qui ne provient pas du gouvernement américain, ce qui lui permet de contourner le , violant l'esprit de l'amendement même si la lettre est respectée.. Ironiquement, le Congrès rétablit l'aide militaire aux Contras en , un mois avant que le scandale n'éclate..
Ventes d'armes à l'Iran
Le , le conseiller à la sécurité nationale Robert McFarlane remet une National Security Decision Directive qui appelle les États-Unis à se rapprocher de la république islamique de l'Iran. La directive comprend ce passage :
vignette|alt=Photographie en couleurs et en buste d'un homme en costume|Caspar Weinberger, en 1983. Le secrétaire à la défense Caspar Weinberger réagit négativement à cette proposition, notant sur sa copie du document de McFarlane : . Le secrétaire d'État George P. Shultz s'oppose également, puisque les États-Unis ont déclaré en 1984 que l'Iran est un État qui soutient le terrorisme. Il n'y a que le directeur de la CIA, William Casey, qui soutient l'idée de vendre des armes à l'Iran.
Au début de , Michael Ledeen, consultant du conseiller à la sécurité nationale Robert McFarlane, demande le soutien du Premier ministre israélien Shimon Peres pour la vente d'armes à l'Iran. Après avoir échangé avec le diplomate israélien David Kimche et le consultant Leeden, McFarlane apprend que les Iraniens sont prêts à négocier avec le Hezbollah pour faire libérer les otages américains détenus au Liban en échange d'armes américaines. En effet, étant désigné , l'Iran en guerre ne peut compter que sur quelques pays occidentaux pour répondre à ses besoins en armes.
La réussite du projet passe par la participation d'un intermédiaire, plus tard identifié comme étant Manucher Ghorbanifar, qui transigera avec une faction prétendument modérée et influente du régime de l'ayatollah Khomeini qui tenterait de se rapprocher des États-Unis ; après la transaction, les États-Unis remettraient les mêmes armes à Israël, qui recevraient aussi des compensations monétaires. Dans un mémo à l'intention de Weinberger et Shultz, MacFarlane écrit : Cette proposition est discutée avec le président Reagan le , puis le de la même année. Shultz, dans une rencontre ultérieure, dit à Reagan que .