Usinor-Denain est une usine sidérurgique, fondée en 1839 par Jean-François Dumont, qui a fermé définitivement ses portes en 1988, au terme de dix années de restructurations. La première, annoncée le , entraîne licenciements. En , le dernier haut-fourneau est arrêté. Au total, les effectifs de l'usine de Denain passent de en 1966 à 200 lors de la fermeture définitive en 1988 Archives nationales de la Culture - .

Denain au Le , lors de la bataille de Denain l'armée française est commandée par le maréchal de Villars dans la guerre de succession d'Espagne. Vainqueur, Louis XIV peut définitivement annexer par le traité d'Utrech le Nord à son royaume. Une nouvelle frontière s'établit alors mais la région est alors privée du charbon en provenance de Charleroi. Louis XIV encourage les recherches de charbon . Le , le vicomte Jacques Désandrouin obtient la permission du roi pour mettre en œuvre des recherches de Houille à Fresnes-sur-Escaut.

Le Jacques Mathieu et son équipe de mineurs venus de Charleroi découvrent une veine de charbon maigre de quatre pieds d'épaisseur () à 35 toises de profondeur (). En une journée on remonte deux charrettes pleines. L'événement fit accourir la foule de partout, certains emportent chez eux quelques précieuses gaillettes.

Cette énergie de proximité entraîne dans la région une industrialisation charbonnière, verrière et sidérurgie.

Les forges de Denain

Jean-François Dumont installe en 1839 une usine de fonte à Denain au bord de l'Escaut au lieu-dit le rivage et fonde ainsi les Forges de Denain. Un haut fourneau, huit fours à puddler, un marteau-pilon et une machine à vapeur de 80 chevaux constituent l'usine qui est alimentée en minerai provenant de l'Avesnois et du Boulonnais. La production de fonte était de par jour.

MM. Serret, Lelièvre et de Denain deviennent propriétaires et se font remarquer par une médaille d'or pour leur production.

Société des hauts fourneaux et des forges de Denain et d'Anzin La fusion de la société Talabot et de l'usine de Denain créera en 1849 la société des hauts-fourneaux et des forges de Denain et Anzin par arrêté présidentiel du avec une description très précise des apports en société. MM. Serret Lelièvre apporte l'intégralité de l'actif social des forges de Denain. La société de commerce de Bruxelles apporte l'usine d'Anzin. Le siège social est établi à Paris.

Napoléon III signe le décret du approuvant la création d'un chemin de fer d'embranchement d'une voie ferrée à hauteur de Lourches vers Somain et Busigny.

En 1875, l'affinage de la fonte brute, pour fabriquer de l'acier peu coûteux par le convertisseur Bessemer est installé ainsi qu'un autre convertisseur Martin. Un procédé Thomas est installé en 1902 par l'ingénieur Samson Jordan.

À la veille de la Première Guerre mondiale, l'usine de Denain est un ensemble industriel des plus importants de France.

La Compagnie des mines d'Azincourt est achetée le par la Compagnie des hauts fourneaux, forges et aciéries de Denain-Anzin. Une voie ferrée relie les puits de la compagnie situés à sur les territoires d'Aniche, d'Abscon, à Monchecourt et Erchin, à Usinor-Denain.

Entièrement détruite en 1919, très endommagée en 1945, elle fut reconstruite et produira d'acier en 1947.

Usinor

À la Libération, la France décide la construction de deux train de laminage continu à larges bandes, une technologie apparue aux États-Unis avant la Seconde Guerre mondiale et qui a révolutionné la sidérurgie : les produits plats remplacent les produits longs et les trains continus permettent d'accéder à une qualité et une productivité sans commune mesure avec les laminoirs traditionnels. Dès l'automne 1945, les Forges et Aciéries de Denain-Anzin proposent la construction d'un train à bandes. Le , l'État français donne son accord à la construction du train du nord, contre la promesse d'une fusion des Forges et Aciéries du Nord et de l’Est avec Forges et Aciéries de Denain-Anzin.

La société nouvelle est fondée en 1948. Il s'agit d'Usinor, dont René Damien prend la direction. Cette rapidité paie : le premier train de laminage continu à larges bandes de France est construit à partir de 1948 et mis en service en 1951. Usinor produit 15% de l'acier français en 1953 et détient alors plusieurs usines dans le Nord : Denain, Anzin, Trith-Saint-Léger, Hautmont, et Louvroil, mais aussi deux usines en Lorraine (Longwy et Thionville).

Le train à chaud à bande de Denain représente un investissement énorme, à l'échelle même du pays : l'investissement se compte en dizaines de milliards de francs de l'époque ( pour le train de la Sollac, l'alter ego de celui de Denain) et pour l'amortir, il faut que son amont comme son aval soient capables de le saturer. Le train n'a cependant qu'une capacité de , soit la moitié de ce qui se fait alors de mieux aux États-Unis, où 30 installations sont opérationnelles en 1949, et il ne fait que , alors que les Lorrains, à la demande de leurs clients automobiles, on opté pour un train de .

Le train de laminage continu initial de Montataire, dans l'Oise, est saturé dès 1954, et un second est lancé, qui entre en service en 1956, année où deux nouveaux fourneaux sont lancés à Denain pour porter leur nombre à six. Denain passe de un à deux puis à trois aciéries, mais ne parvient pas à satisfaire la croissance de la demande automobile malgré des semaines de 160 heuresRibbon of Fire. How Europe Adopted and Developed Us Strip Mill Technology (1920-2000), par Ruggero Ranieri et Jonathan Aylen.

L'usine sidérurgique de Blaenavon, dans le Pays de Galles, avait démarré une installation de fabrication de roues monobloc avant la guerre, mais doit la cesser après, en raison de grosses difficultés avec le laminoir à roues qui ne marchait pas. À la Libération, en France, la SNCF cherche à augmenter fortement son trafic et donc la vitesse des trains. La roue monobloc devient indispensable pour pouvoir absorber la chaleur du freinage, incompatible avec les roues bandagées.

Usinor ayant eu connaissance de la mise en vente de l’installation de l'usine sidérurgique de Blaenavon, la rachète. L'atelier gallois, destiné à remplacer le martelage, sera complété par un atelier d’essieux monté en 1963. L’aciérie Martin fournissant le métal cessera son activité en 1972, et remplacé par l’Usine de Dunes de Leffrinckoucke, concurrent d'Usinor.

Entre-temps, en 1956, l’État français décide de soutenir l'implantation d'une usine sidérurgique sur le littoral dunkerquois, à la suite de l'entente finalement trouvée par Usinor avec les aciéries de Firminy, leur rival local, qui ont apporté au projet leur usine des DunesLes fils de Vulcain: la saga des maîtres de forges par Laëtitia de Warren - 1999 - - Page 162 , à Dunkerque, avant de s'en retirer en 1960. Entre temps, Jean Raty, président d'Usinor, décède et il est immédiatement remplacé, en , par René DamienHistoire, réalité et destin d'un monopole : la Banque de Paris et des Pays-Bas et son groupe (1872-1972), par Henri Claude, aux Editions sociales, 1969.

Théoriquement, l'alliance de Firminy et de Châtillon pouvait contrebalancer l' influence d'Usinor au sein du projet Usinor-Dunkerque, car ce dernier n'est pas majoritaire au capital. En fait, René Damien, le président d'Usinor, soutenu par le gouvernement Debré peut décider unilatéralement de tripler les capacités de production d'Usinor-DunkerqueHenri Malcor, héritier des maîtres de forges, par Philippe Mioche et Jacques Roux, aux Editions du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), 1988, provoquant le départ de ses partenaires.

En 1962, cette usine de 450 hectares, appelé à l’époque Usinor-Dunkerque, voit démarrer ses premières installations : une aciérie, deux hauts fourneaux […] et une tôlerie forte, et surtout le premier grand terminal permettant d'accueillir les navires du type minéralier les plus importants de l'époque, acheminant du minerai de fer d'Afrique, dont la teneur est deux fois plus élevée que celle du minerai de fer de Lorraine. Ce minerai est acheminé aussi à l'usine de Denain, qui accueille une usine de la société Air Liquide permettant d'injecter de l'oxygène pur dans la production des hauts-fourneaux. En 1960, Usinor dote son usine de Denain d'un convertisseur à oxygène pur OLP (Oxygène Lance Poudre), relié à celui de Dunkerque par un pipe-line de 120 kilomètres, assurant souplesse et sécurité à l'approvisionnement.

L'usine de Dunkerque, celles de Valenciennes, Anzin, et de Louvroil vont parvenir assez tôt à utiliser ce minerai plus compétitif: les minerais nationaux représentaient 98,8% de l'approvisionnement sidérurgique français en 1953 et 93% en 1963, mais plus que 75% en 1973, tandis que pour les charbons et cokes, 46% sont importés en 1953 et 49% en 1963, puis 58% en 1973Une région en mutation, le Nord-Pas-de-Calais, Presses univ. Septentrion, 1975 .

En , les grandes grèves sont bien présentes à Denain Grand meeting des ouvriers d'Usinor à Denain - Nord actualités télé - 25/05/1968 - Ina -.

Cependant, comme d'autres sites Usinor, celui de Denain est affecté au moment des chocs pétroliers de 1973 et 1979, puis par la concurrence de l'acier chinois. L'usine de Louvroil disparaît entre 1967 et 1977Les Centres sidérurgiques des rivages de la mer du Nord et leur influence sur l'organisation de l'espace: Brême, IJmuiden, Gand, Dunkerque : recherches sur l'expression et sur la signification géographiques de l'activité industrielle, par Jacques Malézieux Publications de la Sorbonne, 1981 , celle de Longwy et Trith-Saint-Léger résistent mieux, mais Thionville et Longwy voient leur effectif plonger en 1977, tandis qu'une seconde usine d'Usinor est fondée à Mardyck, tout près de Dunkerque, en 73.

Annonce de fermeture Le mardi , lors de la réunion du comité central d’entreprise d'Usinor, est annoncé un plan de restructuration sans précédent. Claude Etchegaray, PDG du groupe, présente dès 1979 un plan de suppression de pour Usinor-Denain et 400 emplois à Blagny, et ce pour les usines spécialisées dans les produits plats. Pour les établissements dédiés aux produits longs, 550 emplois seront supprimés à Trith-Saint-Léger, 400 aux trains à fil d’Anzin, à la Chiers-Longwy et à Usinor Longwy. Deux autres établissements seront fermés : les fours à chaux de Billemont (90 emplois) et les fonderies de Sedan (110 emplois). Au total, ce plan prévoit la suppression de , dont dans les territoires de Denain et Valenciennes. Pour mesurer l’ampleur du plan concernant Denain et Valenciennes, il convient d’ajouter aux emplois directs supprimés (), les à induits par l’activité sidérurgique ECO du Nord du 27 mai 2012,.

Les manifestations Le une grande manifestation défile dans Denain à l'appel des syndicats CGT, CFDT, FO et CGC. Pierre Mauroy annonce aux sidérurgistes de Trith-Saint-Léger qu'il a demandé des mesures d'urgence pour la région à Valéry Giscard d'Estaing. Le , il revient dans le Valenciennois avec Gaston Defferre annoncer qu'il va être reçu par le président de la République. défilent dans Denain et à Valenciennes Youtube . Le , le directeur et deux des cadres sont séquestrés Ina produit France Régions 3 - au 13 heures Information télévisée 1 d Yves Mourousi. Le , François Mitterrand, Pierre Mauroy, etc. égrènent les promesses : pas de fermeture de hauts fourneaux et de l’aciérie ; construction d'une aciérie moderne ; création d'une pour le travail en continu ; 35 heures hebdomadaires; retraite à 55 ans pour pénibilité, etc. En réaction à la fermeture annoncée, la Confédération générale du travail lance également en six radios pirates dont Radio-Quinquin, qui émet de Thiant à partir d'un appartement de syndicaliste, et Lorraine Cœur d'Acier