La création du département français de la Loire a lieu à l'issue de la Révolution française, en 1793, à la suite de la scission du département de Rhône-et-Loire. La Révolution française dans la Loire voit se succéder plusieurs bouleversements sociaux, politiques et culturels, et est marquée par plusieurs épisodes de violente répression et contre-révolution.
Contexte national
L'avènement de la Révolution bouleverse la société française, notamment en lui donnant un nouveau visage avec la création de nouveaux territoires : les départements. Ceux-ci soumis à l'autorité de la Convention Nationale, vont amener à une décentralisation progressif du pouvoir. Ces nouveaux territoires correspondant quasiment à nos départements actuels. Cependant, des exceptions sont à noter comme le département de la Loire. Celui-ci voit le jour en 1793, après une scission du département de Rhône-et-Loire, principalement à la suite de la crise fédéraliste. La Loire nouvellement née va être représentative de la France, en connaissant les différentes périodes caractérisant la Révolution. Malgré tout, la présence d'une personnalité comme Claude Javogues reste propre à ce département, tant par sa personnalité atypique, que par sa conception de la société privilégiant le simple citoyen, car il tenait pour ennemis du Peuple les riches et les prêtres. Par ailleurs, il reste associé à la période de la Terreur « anarchique », même si d'autres facteurs sont à prendre en compte comme : l'absence de contrôle gouvernemental, les initiatives locales d'institutions d'exceptions, la répression intensive, la déchristianisation.
Les dernières années de la révolution sont marquées par les idées royalistes qui vont se propager dans le département de la Loire à travers deux facteurs importants : tout d’abord la pensée paysanne. Farouchement antirévolutionnaire, la paysannerie peu violente ne souhaite véritablement qu’une seule chose : continuer à mener une vie villageoise paisible tandis que dans le même temps s’est développé le phénomène de la Terreur blanche, beaucoup plus violente de par le nombre d’assassinats politiques, dans la mesure où les historiens sont aujourd’hui quasiment certains qu’il s’agissait d’actes commis par la bourgeoisie, diamétralement opposée à la Révolution. Néanmoins les choses rentrent au fur et à mesure dans l’ordre à partir de et les exactions vont être stoppées à tel point que Saint-Étienne se trouve dans une sorte de torpeur à la fin de la Révolution.
1789 - 1793 : les prémices révolutionnaires en Forez, au département de Rhône-et-Loire.
La propagation de la Révolution française en Forez
La Révolution française arrive en Forez quelque temps après le 14 juillet : en effet la nouvelle met dix jours à atteindre la province. Ce chamboulement politique n'est pas un grand évènement pour les habitants, cependant la nouvelle est bien accueillie. À Montbrison la nouvelle est reçue et l'on fête la Révolution avec un Te Deum, comme à Saint-Étienne.
D'autres problèmes déjà existants durant l'année 1789 vont s'aggraver au cours de l'été. C'est le phénomène de la Grande Peur. Les habitants du Forez comme la plupart des français de l'époque subissent la crise économique. On observe une augmentation du cours du blé dû aux mauvaises récoltes, à ceci s'ajoute une peur du Complot de la part des nobles désirant se venger. Ce contexte très tendu est propice aux méfaits et brigandages.
Ainsi le la province est en proie à la confusion et à la peur. On apprend que Saint-Chamond brûle. En conséquence les villes du Forez s'arment comme c'est le cas à Saint-Étienne où l'on distribue des fusils en grande quantité, et à Montbrison on crée une milice pour se défendre des brigands ou des troupes royalistes. On envoie des éclaireurs pour évaluer la situation aux alentours. Finalement après toute cette agitation les habitants comprennent qu'il ne s'agissait que de rumeurs. On note tout de même que certains châteaux ont été brûlés par une population en colère, cet épisode marquant alors le départ de cette rumeur.
Pourtant dans l'ensemble la nouvelle de la Révolution est reçue favorablement dans le Forez sans qu'il y ait de troubles majeurs recensés. Ce bouleversement politique va influencer l'administration de l'Ancien Régime.
Création du département de Rhône-et-Loire et municipalités en péril.
L'idée de la Révolution française étant bien installée, certaines tensions persistent pourtant entre les différentes villes. Saint-Étienne demande à ce qu'un département de Rhône-et-Loire soit créé, regroupant trois provinces : celles du Forez, du Lyonnais et du Beaujolais. Ainsi le le département de Rhône-et-Loire est créé. Le chef-lieu en est Lyon et de nouvelles élections municipales ont lieu. À Saint-Étienne est élu Antoine Neyron. Pour Montbrison c'est un certain Barrieu qui est choisi. L'année 1790 est bénéfique pour le département. Dans la région du Forez, la première fête de la fédération est célébrée avec enthousiasme et les villes s'identifient parfaitement à la Révolution et ses apports sur l'industrie et le commerce.
Tout ceci est de courte durée puisque la fin de l'année est entachée par des pénuries alimentaires provoquant des émeutes. C'est le cas à Saint-Étienne où la municipalité est débordée et fait face à des émeutiers en nombre. À Montbrison c'est la même situation : la disette a provoqué des émeutes dans le mois de . La municipalité y répond par la mobilisation de la Garde nationale et de la maréchaussée pour calmer les foules.
De plus les municipalités font face à un nouveau problème, la question religieuse. En effet l'assemblée constituante s'est prononcée pour un décret qui va encore une fois diviser les Français. Il s'agit de la Constitution civile du clergé, votée le . Elle consiste à faire prêter serment à la constitution, « au roi, à la nation et à la loi », et bon nombre de biens ecclésiastiques sont considérés comme bien nationaux. Dans le Forez si la loi ne pose pas réellement de problème dans l'ensemble du territoire, il en va différemment pour Montbrison où, bien que la municipalité soit en accord avec l'Assemblée Constituante, elle se heurte à la résistance des habitants refusant de dénoncer les prêtres réfractaires.
Les municipalités, bien que survivantes aux évènements de la Révolution et aux diverses révoltes urbaines, sont affaiblies et effectuent un travail laborieux. Pour autant d'autres évènements difficiles sont à prévoir.
L'insurrection fédéraliste dans la Loire
Dans le département de Rhône-et-Loire, comme dans tout le territoire français, une insurrection fédéraliste voit le jour. Le , à Paris, l'arrestation puis l'exécution d'une vingtaine de dirigeants Girondins par leurs adversaires politiques, les Montagnards, provoque une insurrection populaire dans les Provinces favorables aux Girondins contre le pouvoir Jacobin : c'est la révolte fédéraliste. En Rhône-et-Loire, c'est à Lyon que commence la révolte durant l'été 1793. Elle est particulièrement violente puisqu'elle débouche sur la création de milices armées.
Cette insurrection fédéraliste est soutenue dans les districts du Forez et de Montbrison sans toutefois créer de milice. Quant au district de Roanne, il reste neutre, se gardant de réagir à ce sujet. Lyon, craignant une répression rapide des républicains et un siège de la ville, prend la décision d'occuper militairement les districts du département voisin afin d'éviter tout retournement de situation. Dans ce contexte Lyon occupe Saint-Étienne le et Montbrison le 22. Cette occupation n'est pas anodine : il s'agit non seulement de contrer les influences républicaines dans le département de Rhône-et-Loire mais aussi de récupérer les réserves de nourriture du Forez, car la ville est privée de sa principale source de subsistance : la Bourgogne, et d'autre part d'assurer le contrôle de la manufacture d'armes de Saint-Étienne, réputée à l'époque.
Les troupes fédéralistes, au départ accueillies comme libératrices sont de plus en plus mal vues durant cet été 1793 car elles vivent sur le territoire du Forez. Sous la menace de l'arrivée imminente d'une troupe républicaine, l'armée des Alpes et un soulèvement populaire des habitants des villes occupées forcent les troupes fédéraliste de Lyon à évacuer Saint-Étienne le et Montbrison le . L'insurrection fédéraliste est matée le .
Cet évènement marque la fin des premiers bouleversements révolutionnaires dans la Loire, avec la fin de l'insurrection fédéraliste. Le il est décidé de scinder en deux le département de Rhône-et-Loire, avec d'un côté le département du Rhône, avec Lyon, et de l'autre la naissance du département de la Loire, regroupant l'essentiel du territoire du Forez avec comme chef-lieu Feurs.
De la naissance de la Loire à la Terreur
Un département né d'une scission : la Loire
Ce département est né principalement par la poussée fédéraliste et par l'occupation lyonnaise du Forez, transformant des luttes locales en rébellion ouverte contre la Convention nationale.
La création du département de la Loire par les Représentants en mission le , est confirmée plus tard par un décret de la Convention du 29 brumaire brumaire an II, soit le , inspiré par cette crise fédéraliste. On veut détruire le semblant de légalité de l'occupation lyonnaise du Forez et les ordres des autorités fédéralistes de Lyon. La tradition ajoute que la Convention voulait punir Lyon, siège du département de Rhône-et-Loire, de sa rébellion. On est frappé par la violence du vocabulaire s'agissant de qualifier les contre-révolutionnaires : « usurpateurs », « tyrannie », « effroi », « massacrent », « oppression », aboutissant à la défense expresse faite aux citoyens ligériens « de continuer à reconnaître l'administration de Rhône-et-Loire ». On est aussi frappé par l'esprit démocratique des représentants en mission : « le chef-lieu sera dans la ville de Feurs, jusqu'à ce que les administrés aient émis leur vœu sur son placement … »
Cette création reste assez logique tant administratif que géographiquement. À une unité physique correspondait une unité administrative, à l'ouest les trois districts de Roanne, Montbrison et Saint-Étienne couvrant la vallée de la Loire, à l'est Villefranche, Lyon et la campagne de Lyon, couvrant les vallées de la Saône et du Rhône avec leurs arrière-pays montagneux. De plus, chaque district a ses propres caractéristiques ; Saint-Étienne : cité populeuse et industrielle, Montbrison : petite ville de propriétaires terriens et d'hommes de loi, Roanne : ville de négociants réalistes dont les intérêts se trouvent plus au dehors qu'à l'intérieur du département.
Claude Javogues : un représentant en mission.
Claude Javogues, né en 1759 dans le Forez, partagea ses années de jeunesse entre la propriété familiale à Bellegarde et Montbrison. Au début de la Révolution, il exerce la profession d'avocat et remplit des fonctions publiques peu importantes à Montbrison. Il contribue à fonder la société populaire de Montbrison et est élu député à la Convention, en quatorzième sur quinze, en 1791. Son élection est certainement un compromis entre les factions dans l'assemblée électorale car il satisfait tant les conservateurs que les Jacobins. Une fois à la Convention, en , Javogues devient un Montagnard reconnu, car il fait partie des « députés sans-culottes du département de Rhône-et-Loire ». Le , il est envoyé en mission dans le Forez à la tête d'une des colonnes militaires contre Lyon, pour en expulser les fédéralistes.