thumb|300px|Enluminure du figurant Josaphat annonçant son départ. Mont Athos, Iviron cod. 463

Barlaam et Josaphat ou Joasaph est une version christianisée de la « Vie du Bodhisattva » un récit bouddhiste en sanskrit.

Cette « Vie du Bodhisattva » a donné naissance à un très grand nombre de versions en différentes langues parlées au millénaire dans l'espace indo-perse. L'histoire de ce récit légendaire a pu être retracée depuis un texte du Bouddhisme mahāyāna en sanscrit datant du , jusqu'à une version manichéenne, qui a ensuite trouvé sa place dans la culture musulmane en langue arabe sous le nom de Kitab Bilawhar wa-Yudasaf (Livre de Bilawhar et Yudasaf), texte bien connu dans le Bagdad du . Elle est traduite en géorgien au , où elle est alors christianisée. Cette version chrétienne est ensuite traduite en grec au par saint Euthyme l'Hagiorite puis en latin au milieu du . À partir du , La Légende dorée, livre en français de Jacques de Voragine en assure la plus grande diffusion. Des attestations de la légende en sogdien incitent certains auteurs à penser à une provenance d'Asie centrale.

La légende originelle effectue un parallèle entre la vie de Budasaf (« Yuzasaf » en ourdou) et l'histoire du Bouddha. Comme Bouddha, Budasaf, s'étant rendu compte du poids de la souffrance dans la vie humaine, quitte le palais de son père pour s'engager sur le chemin de l'éveil. Le personnage principal du récit, Budasaf ou Yuzasaf n'est toutefois pas un Bouddha (un éveillé) mais un bodhisattva (un être promis à l'éveil).

Dans la version chrétienne, le roi Abenner ou Avenier d'Inde persécutait l'Église fondée dans son royaume par l'apôtre Thomas. Lorsque les astrologues ont prédit que son propre fils serait un jour chrétien, Abenner a pris le jeune prince Ioasaf (Josaphat) et l'a isolé de tout contact extérieur. Malgré cet enfermement, Josaphat a rencontré l'ermite saint Barlaam et s'est converti au christianisme. Josaphat a gardé sa foi, même face à la colère de son père ou à ses tentatives pour le convaincre. Finalement Abenner s'est lui-même converti, a remis son trône à Josaphat, et s'est retiré dans le désert pour devenir un ermite. Josaphat lui-même plus tard, abdiquera et se cachera avec Barlaam son ancien professeur.

Au Moyen Âge, Barlaam et Josaphat ont tous les deux été considérés comme des saints chrétiens et inclus au dans les éditions du Martyrologe romain. Ils figurent dans le calendrier de l'Église orthodoxe de Grèce à la date du et figuraient dans celui de l'Église catholique romaine le . Dans la tradition slave de l'Église orthodoxe orientale, les deux saints sont commémorés le ( du calendrier julien).

Dénomination L'œuvre initiale écrite en sanskrit au début de l'ère chrétienne est intitulée Vie du BodhisattvaFrédéric Lenoir, La rencontre du bouddhisme et de l'Occident. Selon Lionel Obadia, Barlaam serait dérivé de Bouddha (« l'éveillé ») et Josaphat de BodhisattvaVoir aussi: Kevin Trainor (ed), "Buddhism" (Duncan Baird Publishers, 2001), (« être promis à l'éveil »)Lionel Obadia, Bouddhisme et Occident: la diffusion du bouddhisme tibétain en France, éd. L'Harmattan, 1999, Paris, .. Toutefois, même si les débats autour de cette question se sont apaisés, on ne peut pas dire que « cette transposition des deux concepts centraux du bouddhisme », fassent consensus.

Le mot sanskrit (Bodhisattva) a été changé pour Bodisav (ou Budasaf) lors de la traduction en langue persane par des manichéens quelques siècles plus tard (), puis en Yudasaf ou Judasaf dans un document en arabe probablement au Selon Emmanuel Choisnel, il est possible que l'initiale arabe "b" (« ب ») ait été changée en "y" (« ي ») par duplication d'un point au cours des recopies: Les Parthes et la Route de la soie, 2004, : « Le nom de Josaphat dérive, tout comme son associé Barlaam dans la légende, du mot Bodhisattva. Le terme Bodhisattva passa d'abord en pehlevi, puis en arabe, où il devint Budasaf. Étant donné qu'en arabe le "b" et le "y" ne différent que d'un point ». Le titre de la version arabe est Kitab Bilawhar wa-Yudasaf (Livre de Bilawhar et Yudasaf). L'histoire est traduite en géorgien au où elle est alors christianisée. Le jeune prince y est appelé Iodasaf et se convertit au message du Christ, sous l'influence du vieil ermite Barlaam, au grand dam de son père. Cette version christianisée est ensuite traduite en grec au début du par Euthyme l'Hagiorite (Joasap) et en Latin au milieu du sous la forme de Josaphat. La version aujourd'hui considérée comme vulgate est la deuxième traduction latine à partir du grec, réalisée au Victoria Smirnova. « L'histoire de Barlaam et Josaphat : transformations et transpositions d'un recueil de fables enchâssées dans la littérature exemplaire » in Uhlig et Foehr-Janssens (dir.), D’Orient en Occident Les recueils de fables enchâssées avant les Mille et une Nuits de Galland, p. 79..

Les deux versions de l'histoire, chrétiennes et musulmanes, pourraient provenir toutes les deux de sources manichéennes, mais cette hypothèse ne fait pas l'unanimitéCharles Genequand. « Aux sources de la légende de Barlaam : le calife et l’ascète » in Uhlig et Foehr-Janssens (dir.), D’Orient en Occident : Les recueils de fables enchâssées avant les Mille et une Nuits de Galland, p. 67.. La version en sanskrit étant antérieure aux sources manichéennes.

L'original bouddhiste thumb|Frise kouchane représentant de Bodhisattva, c. . Musée Guimet La première version connue de ce récit légendaire est contenue dans le livre en sanskrit appelé Lalila-VistaraJacques Houriez, Litérales : Mythe et littérature, Le mythe du Bouddha dans le roman médiéval de Barlaam et Josaphat, Annales littéraires de l'université de Franche-Comté, 1997, . ou Lalitavistara sūtra. Il a ensuite été dérivé, à travers une variété de versions intermédiaires (arabe et géorgien), de l'histoire de la vie de Bouddha"Barlaam and Josaphat", Catholic Encyclopedia, New York: Robert Appleton Company, 1913.. Wilfred Cantwell Smith (1981) a retracé l'histoire de ce texte du bouddhisme mahāyāna en sanscrit datant du , jusqu'à une version manichéenne, qui a ensuite trouvé sa place dans la culture musulmane en langue arabe sous le nom de Kitab Bilawhar wa-Yudasaf (Livre de Bilawhar et Yudasaf), texte bien connu dans le Bagdad du Wilfred Cantwell Smith Towards a World Theology, Westminster, 1981.

La légende originelle paraphrase l'histoire du Bouddha qui, s'étant rendu compte du poids de la souffrance dans la vie humaine, quitte le palais de son père pour s'engager sur le chemin de l'éveil. Le personnage principal du récit, « Yuzasaf » en ourdou – dérivé de « bodhisattva » –, est aidé sur son chemin par un sage du nom de « Bilhawar » qui, s'étant introduit déguisé à la cour royale, enseigne au prince au sujet de la délivrance de la souffrance. On trouve très tôt dans ce récit des influences chrétiennes comme la parabole du semeur de l'évangile selon MarcPer Beskow, « Modern Mystifications of Jesus. Jesus in Kashmeer », in Delbert Burkett (dir.), The Blackwell Companion to Jesus, éd. John Wiley and Sons, 2010, .

Versions en sogdien et en tourfan Selon Gernot L. Windfuhr, un fragment contenant 27 distiques de l'épopée de Barlaam et Josaphat (Bilauhar et Bfidisaf) en dialecte de Turfan de la langue ouïghoure au cours du fournit des preuves de la propagation au persan par l'ancien sogdien (Moyen-iranien) langue Transoxiane de l'Asie centraleGernot L. Windfuhr, Persian Grammar: History and State of its Study, 1979, : "One is a fragment of 27 distichs of the epic of Barlaam and Josaphat (Bilauhar and Bfidisaf) written in Turfan in the century. It provides evidence for the spread of Persian from former Sogdian-speaking Transoxania into the Central Asian...". Pour Per Beskow, l'existence de cette antique version en sogdienJohn Walbridge, The Wisdom of the Mystic East: Suhrawardī and Platonic Orientalism, 2001, . laisse penser à une origine d'Asie centrale et à une propagation à partir de là dans le monde islamique et le monde chrétien.

Version musulmane

L'histoire de Bilauhar u Buddsaf a été traduite en Pehlevi pendant la période sassanide et en arabe à l'époque de l'islamAhmad Hasan Dani History of Civilizations of Central Asia: The crossroads of... 1999 Page 81 "The Bilauhar u Buddsaf is another story of Indian origin which was translated into Pahlavi during the Sasanian period, and thence into Arabic in the Islamic era. This work, which is basically an account of the Buddha's life, is not a translation of. Tandis qu'une première version du Pañchatantra en arabe (Kalila wa Dimna) a été réalisée vers 750 à partir d'une version en Pehlevi, c'est d'une version turque du Buddha Carita que le Kitab Balauhar wa Budasaf a été traduit en arabeWinand M. Callewaert, Shīlānand Hemrāj Bhagavadgītānuvāda: a study in the transcultural translation – 1983 Page 329 "An early version of the Pañchatantra in Arabic (Kalila wa Dimna) was made in about 750 A.D. from a Pahlavi rendering, and from a Turkish rendering the Buddha Carita was translated (Kitab Balauhar wa Budasaf).". Ce n'est pas une traduction stricte du livre Buddhacarita (Actes de Buddha) en sanscrit, mais une collection de légendes. La version arabe s'appelle Kitab Balauhar wa Budasaf ou Balauhar wa Budasaf dans les versions du Suresh K. Sharma, Usha Sharma Cultural and Religious Heritage of India: Islam 2004 – Page 202 "wandering monks, who could have belonged neither to Christianity nor to Islam.... of Indian books that became embodied in Arabic literature 'we find an Arabic version of Balauhar wa Budasaf (Barlaam and Josaphat), and also a Budd-book."Kallidaikurichi Aiyah Nilakanta Sastri A comprehensive history of India – 1982– Volume 3,Part 2 – Page 1365 "Balauhar wa Budasaf"Indian Muslims: a study of the minority problem in India Page 238 "These were rendered into Arabic partly from the Persian or Pahlavi translations, while others were translated direct from the Sanskrit.12 Among these translations of Indian books "we find an Arabic version of the Balauhar wa Budasaf (Barlaam...". Selon Mohsen Zakeri, la version de cette légende appelée Kitab Yudasaf mufrad mentionnée à Bagdad au pourrait être l’œuvre de Ibn al-MuqaffaMohsen Zakeri, « Translation from Middle Persian (Pahlavi) into Arabic to the early Abbasid period » in Traduction : encyclopédie internationale de la recherche sur la traduction, vol. 2, éd. Walter de Gruyter, 2007, , un manichéen converti à l'islam auteur du Kalila wa Dimna.