Peder Claussøn Friis, né le à Egersund (Rogaland) et mort le à Valle (commune de Lindesnes, Agder), est un pasteur, historien, traducteur et topographe norvégien.

Il est décrit comme un homme au très fort caractère, proche de ses ouailles, bien qu'il ait eu régulièrement fort à faire pour récupérer la dîme auprès des paysans ou pour défendre ceux-ci face aux notables.

Auteur prolifique, il a traduit la (Saga des rois de Norvège). Il a ainsi fait redécouvrir Snorri Sturluson. Cette traduction, en dehors de ses qualités littéraires, a permis grâce à une édition au qui touchera toutes les couches de la société, de rappeler le passé indépendant de la Norvège mais aussi de réveiller un sentiment d'identité nationale et une volonté des Norvégiens de s'émanciper du Danemark et de sa monarchie absolue.

Lecteur de manuscrits anciens comme d'ouvrages de son temps, il écrit lui-même plusieurs ouvrages de topographie où il décrit la Norvège et les îles environnantes dans un style vivant qui deviendra un modèle. De la même manière il écrit toute une série de petits ouvrages sur la faune et la flore.

Pasteur passionné, refusant les restes du catholicisme, homme de la campagne toujours prêt à défendre les paysans contre les édiles — hommes de loi et fonctionnaires — lorsqu'il le croit juste, Peder Claussøn Friis est un savant en avance sur son temps, que ce soit dans la manière d'aborder son travail, dans le regard critique qu'il peut poser sur les ouvrages scientifiques, ou encore dans le regard qu'il pose sur la Norvège et ses contemporains. Comme l'explique Éric Eydoux : ..

Biographie Peder Claussøn Friis est né à Egersund. dans le Rogaland, de Niculas (Claus) Torolfssøn Friis, pasteur. Il est élevé dans le diocèse d'UndalDans la plupart des ouvrages on trouve que Friis a vécu soit à Audnedal, soit à Sør-Audnedal, selon les auteurs. De fait, Friis a vécu à Valle (aujourd'hui juste un lieu-dit du village de Vigeland) qui à l'époque de Friis était un village du diocèse d'Undal. Le diocèse a été transformé en commune en 1838. La commune a vécu jusqu'en 1845, année de sa division en nord et sud. Valle s'est retrouvé dans la partie sud, à Sør-Undal, qui vers 1900 est devenue Sør-Audnedal. Lors de la grande réforme communale de 1964, Sør-Audnedal, Spangereid et Vigmostad sont rassemblés pour créer la commune de Lindesnes. La même année, on joint à Nord-Audnedal deux autres communes pour créer la commune d'Audnedal qui, lors de la réforme de 2020, a été rattachée à Lyngdal. (qui regroupe quatre églises : Konaxmo, Vigmostad, Valle et Spangereid), où son père officiait. Il grandit au sein du milieu paysan, puis fréquente l'école latine de Stavanger, sous la direction de Jakob Matssøn, où l'un de ses professeurs, Jon Simonssøn, lui apprend le norrois.. Il y fait une excellente scolarité comme l'atteste une lettre datée du qui vante son écriture et son orthographe..

Il interrompt ses études en , pour devenir le vicaire à Valle auprès de son père ; puis, à la mort de celui-ci l'année suivante, il lui succède comme pasteur. Parallèlement, il est nommé doyen de la commune de Lista, et cumule ces deux postes jusqu'à son décès. Succéder à son père, comme pasteur d'Undal, à l'âge de seulement 21 ans, montre l'importance des relations qu'il est parvenu à tisser et entretenir. Ses nouvelles responsabilités, dont il s'acquitte sans apparente difficulté, l'empêchent néanmoins de poursuivre ses études à l'université..

Sa vie personnelle est très peu documentée, si ce n'est qu'il s'est marié et a eu au moins quatre enfants : un garçon, nommé Claus, et trois filles. À sa mort en , son fils Claus lui succède comme pasteur à Valle jusqu'en , date à laquelle il meurt sans descendance..

Carrière religieuse Il rencontre en l'évêque de Stavanger, Jørgen Eriksen. Semblables par le caractère, ils deviennent proches. Très religieux et luthériens, ils agissent pour faire disparaître les coutumes et croyances catholiques.. En , Eriksen le nomme « conseiller spirituel du diocèse » ; il devient chanoine à Stavanger la même année. De par ses fonctions, il va régulièrement dans cette ville prononcer des sermons, ce qui lui assure des revenus réguliers. Comme pasteur de Valle, il paye une partie des travaux de reconstruction et d'agrandissement de l'église Et cela à trois reprises, en 1577, 1591 et 1608. L'église a été détruite à la fin du mais quelques éléments de l'église qu'a connue Peder Claussøn Friis ont été conservés.. Il est nommé représentant du chapitre de Stavanger à Oslo une première fois lors d'un hommage à Christian IV en , puis une seconde fois pour un hommage au prince héritier Christian de Danemark en . En , un nouvel évêque est nommé à Stavanger : Laurids Scavenius. L'entente entre les deux hommes est bonne, l'évêque pousse Friis à poursuivre ses travaux. Enfin, en , il est nommé archidiacre comme il est indiqué dans les actes du chapitre car il en était le doyen. Cette fonction aurait été probablement honorifique..

Pasteur au fort caractère Peder Claussøn Friis use de son fort caractère dans ses relations avec ses fidèles. En effet, au , celles-ci pouvaient être très difficiles, tant les populations étaient attachées à des traditions, que les pasteurs désignaient comme des superstitions papistes à éradiquer.. Ainsi, au début de la Réforme, un pasteur fut tué par ses fidèles et un autre eut deux doigts coupés en Norvège. Certains lieux sont restés pendant deux ou trois ans sans pasteur, aucun homme d'église n'osant y officier..

En tant que pasteur, il se doit d'être l'avocat des paysans lorsqu'ils sont menacés dans leurs droits, et en même temps, il doit les obliger à remplir leurs devoirs envers leur église. Ainsi il lui arrive plusieurs fois d'entrer en conflit avec ses paroissiens, en particulier pour le paiement de la dîme La dîme date de Sigurd Jórsalafari (roi de Norvège de à ). Elle représentait un dixième de la richesse de l'année (grains, poissons…). Avant la Réforme, la dîme était divisée en quatre (paroisse, curé, évêque, pauvres), avec la Réforme elle est divisée en trois (pasteur, église, roi). Or, les gens ont voulu garder l'ancienne formule car avec le temps, l'habitude avait été prise de garder pour soi la quatrième partie. Cela a conduit à de nombreux conflits, en particulier dans le diocèse de Stavanger... À Mjølhus, lors de la fête de Noël, le , il est blessé par un paysan, Olaf Tjøstelssøn. Dans une autre affaire, Friis est condamné à une amende pour avoir blessé d'un coup de couteau au bras l'homme de loi Torkel Hage.. Néanmoins, malgré ces conflits, Peder Claussøn Friis semble continuer à jouir de la confiance de ses paroissiens..

En , la commune de Lista est placée sous la responsabilité de l'homme de loi Peder Grubbe, qui durcit les exigences quant au travail des paysans. Ces derniers protestent et Friis les soutient, ce qui lui vaut un procès, intenté par Grubbe, à Bergen en . Durant le procès, où est invoquée cette ancienne affaire où Friis avait été condamné, Grubbe reproche à Friis d'avoir permis à un couple de divorcer puis de se remarier chacun de leur côté sans en avoir référé avant au chapitre. Il lui reproche également une foule de petits délits et d'amendes. De hauts personnages du royaume étaient présents à Bergen, dont le roi Christian IV. Friis argumente en montrant que Grubbe tente de pervertir la vérité, en faisant feu de tout bois et en montant en épingle des faits sans conséquences. Finalement, Friis reçoit une simple remontrance, tandis que les quatre paysans poursuivis pour rébellion sont acquittés le . Grubbe, quant à lui, reçoit une sévère remontrance du tribunal et se trouve renvoyé de son comté l'année suivante..

Au terme de ce procès, Friis garde la confiance de ses paroissiens. Considéré, malgré son fort caractère, comme quelqu'un d’éminemment sympathique, les paysans le voient comme l'un des leurs, car non seulement il n'hésite pas à s'insurger contre les hommes de loi et les gens de la bonne société, mais il leur apporte également son soutien lorsqu'ils sont en conflit avec les autorités..

Travaux En , le roi Christian III signe une charte par laquelle la Norvège perd sa qualité de royaume pour ne plus être qu'une simple province danoise. La Réforme, qui privilégie la langue nationale au détriment du latin, permet au danois de se développer à l'écrit alors que dans le même temps, le norvégien écrit vit ses derniers soubresauts. Le danois est désormais la langue écrite de Norvège et la langue orale des cercles de pouvoirs.

On est alors en pleine période de la Renaissance. On compte deux cercles humanistes en Norvège, l'un à Bergen, l'autre à Oslo. Friis rencontre l'évêque Jens Nilssøn, figure de proue de l'humanisme d'Oslo, en à SkienIl ne rencontre pas, par contre, Absalon Pederssøn Beyer, figure de proue de l'humanisme de Bergen.. Il a ainsi rencontré de nombreuses personnes instruites qui ont pu l'aider entre autres à emprunter nombre de manuscrits anciens. Il a surtout écrit dans les vingt dernières années de sa vie, même s'il a vraisemblablement accumulé des notes pendant des années avant d'écrire.

Traductions Traduction des lois vignette|droite|Magnus VI dit le législateur, établissant ses lois. Axel Gyldenstjerne, gouverneur général de Norvège pour le Danemark, le charge de traduire en les anciennes lois de Magnus VI Lagabøte (le Législateur), encore en vigueur en Norvège, mais plus vraiment comprises puisqu'écrites en norrois. Anders Sæbjørnsson avait traduit vers les lois des Landslover portant sur le foncier ; produites à quatre-vingts exemplaires, il est certain que Friis en a eu connaissance.. Il a donc traduit les anciennes lois avec l'aide de Peder Christenssøn : Norrigis Low. Néanmoins, ce corpus de lois traduites n'est pas utilisé.

Cette traduction, malgré quelques erreurs, est reconnue par les historiens du comme un travail correct., et finalement, d'une meilleure qualité que celle de , établie par les traducteurs mandatés pour rédiger la loi pour la Norvège de Christian IV.Le gouverneur général de Norvège n'est plus alors Axel Gyldenstjerne mais, depuis , Jørgen Friis..

Traduction des sagas À nouveau encouragé par Gyldenstjerne, il se met à traduire en danois des sagas : lHeimskringla (ou Saga des rois de Norvège) et la Saga de Håkon Håkonsson. Il est non seulement le premier à les traduire dans leur intégralité mais de plus, ses traductions sont jugées de bien meilleure qualité que celles de ses prédécesseurs ou de ses contemporains.. Il ne traduit pas les sagas d'un seul tenant, mais au contraire, au fur et à mesure qu'il parvient à se les procurer. Par ailleurs, il ne se contente pas d'une traduction mot à mot, mais il effectue tout un travail de recoupement entre les différents manuscrits, excepté pour la période -, pour laquelle il se résout à traduire le manuscrit original, aujourd'hui perdu..

Pour la réalisation de ses sagas en langue norvégienne, il a pu travailler à partir d'au moins six manuscrits. : Bergsbogen, copie d'environ — transcription des plus grandes sagas sur Olaf Tryggvason et Olav den Hellige ; un manuscrit aujourd'hui perdu des sagas royales de Snorri (le même manuscrit que celui utilisé par Laurens Hansson). Ce manuscrit est en lien avec le Jǫfraskinna ; un manuscrit aujourd'hui perdu des sagas sur Håkon III Sverreson, Guttorm Sigurdsson, Inge II Bårdsson et Håkon Håkonsson (dont il manquait déjà quelques feuilles) ; un manuscrit de Nóregs konungatal dont un fragment a été retrouvé à Bergen ; un manuscrit aujourd'hui perdu des Annales islandaises ; un manuscrit aujourd'hui perdu du Miroir royal, œuvre du .