L'église abbatiale de Saint-Riquier est un édifice religieux majeur de la Picardie. Elle constitue avec la collégiale Saint-Vulfran d'Abbeville et la chapelle du Saint-Esprit de Rue l'un des plus complets spécimens de l'art gothique flamboyant en Picardie maritime. Faisant partie d'un ensemble monumental plus vaste, l'abbatiale est classée au titre des monuments historiques dès 1840. D'autres classements suivent en 1960 et 1965 pour des éléments annexes à l'abbatiale.
Histoire
De l'abbaye fondé par Riquier de Centule au il ne reste rien de visible aujourd'hui.
Des trois églises construites, sous le règne de Charlemagne, par l'abbé Angilbert, ne subsistent que deux gravures reproduites au , d'après le manuscrit de la Chronique de l'abbaye de Saint-Riquier d'HariulfGeorges Durand, L'Église de Saint-Riquier, Paris, Henri Laurens Éditeur, 1960. vignette|centre|redresse=1.5|Le plan de l'abbatiale carolingienne.
Une église gothique Après l'incendie de l'abbaye de Saint-Riquier par le comte de Saint-Pol, en 1131, la reconstruction de l'abbatiale fut entreprise par l'abbé Gilles de Machemont (1257-1292). Malheureusement, en 1421, le duc de Bourgogne, Philippe le Bon fit le siège de Saint-Riquier dont l'abbaye et l'abbatiale eurent à souffrir. En 1475, se vengea cruellement du ralliement des habitants aux Bourguignons, l'église abbatiale et l'abbaye furent pillées et incendiées. Sous les abbatiats de Pierre Le Prestre, Eustache Le Quieux et Thibault de Bayencourt, les travaux de redressement furent entrepris mais, mis à mal par l'incendie du , ils reprirent sous la conduite du maître-maçon Nicolas Léveillé en 1503. La salle du trésor, les chapelles absidiales, la chapelle de la Vierge, les voûtes de la nef, des bas-côtés et du transept furent reconstruites. Des stalles furent réalisées par trois habiles huchiers qui s'illustrèrent également à la cathédrale d'Amiens.
Destruction et reconstruction des En 1554, un nouveau malheur s’abattit sur l'abbaye et l'abbatiale, le fils de Charles Quint, le futur , incendia l'abbaye. Peu de temps après, les voûtes de la nef calcinées s'écroulèrent détruisant les tombeaux des abbés reconstructeurs. L'église resta ainsi ruinée pendant près d'un siècle. C'est l'abbé commendataire Charles d'Aligre fils du chancelier Étienne d'Aligre qui, faisant adopter par les moines la réforme de la Congrégation de Saint-Maur, redressa l'abbaye et l'église-abbatiale en reconstruisant les voûtes dans le style gothique original et en la dotant d'un riche mobilier et de tableaux que l'on peut toujours voir aujourd'hui. Au , l'abbatiale fut dotée d'un orgue.
Les restaurations des Pendant le , l'abbatiale connut de nombreux travaux de restauration dus aux architectes, François-Auguste Cheussey, Daniel Ramée, Pierre Verdier, Natalis Daullé, Edmond Duthoit...
En , à la suite de fouilles effectuées sur le parvis de l'abbatiale, des ossements humains furent mis au jour. On supposa que c'était ceux de Nithard, petit-fils de Charlemagne, abbé laïc de Saint-Riquier au . Après des études scientifiques au laboratoire Pierre Süe. du C.E.A. et du CNRS de SaclayBulletin de la Société des Antiquaires de Picardie Numéro spécial Saint-Riquier, premier trimestre 1994, les ossements furent stockés dans les greniers de l'abbaye. Redécouverts en 2011, ils ont été confiés au Centre archéologique départemental de Ribemont-sur-Ancre puis restitués à la commune de Saint-Riquier et exposés dans l'abbatiale le . Les études scientifiques menées sur ces ossement ont cependant révélé que ce n'étaient pas ceux de Nithard.
Architecture et décoration L’abbatiale de Saint-Riquier est un édifice gothique aux vastes dimensions construit selon un plan basilical. Sa longueur intérieure est de , la largeur de la nef de , celle des bas-côtés de . Les voûtes de la nef s'élèvent à sous clef. La hauteur de la tour est de . L’église a été édifiée pour une large part dans la seconde moitié du mais les destructions successives ont amené une rénovation générale aux , ce qui fait que la décoration de la façade et d’une grande partie de l’intérieur est en style gothique flamboyant.
Façade occidentale Elle est composée de trois portails très richement décorés. Les sculptures ont cependant subi les outrages de l’érosion éolienne et pluviale et des destructions de la période révolutionnaire. Cette façade est surmontée d’un clocher carré flanqué de deux tourelles hexagonales qui abritent des escaliers.
Le tympan du portail central, le plus majestueux, est décoré avec profusion. On y distingue un Arbre de Jessé avec Jessé dormant dans un fauteuil, au sommet se trouve la Vierge Marie avec l’Enfant Jésus dans les bras. Au-dessus sont sculptées les trois personnes de la Trinité avec de part et d’autre les deux abbés Eustache Le Quieux et Thibault de Bayencourt. De chaque côté, les statues de dix apôtres sur deux registres, on identifie seulement Pierre, Jacques le Majeur, Jean, André et Mathieu. Au sommet du grand gâble est sculpté le Couronnement de la Vierge. En haut du clocher, Saint Michel avec à sa droite Adam et Ève et à sa gauche Moïse et Élie.
Le tympan du portail nord est décoré de sculptures, un homme et une femme en costume luxueux, Saint Gilles…
Le tympan du portail sud est décoré de sculptures se rapportant à l’histoire de la Vierge Marie, on y voit Anne et Joachim, la nativité de Marie, l’Annonciation, la Nativité, l'Adoration des mages. On distingue également une statue de sainte Geneviève tenant un cierge. Les vantaux des portes sculptés datent du .
Nef La nef de type basilical est composée de trois vaisseaux, la nef centrale et de part et d'autre un bas-côté. Elle est formée de six travées dont une sous le clocher. Sa construction débuta dans la seconde moitié du sous l'abbatiat de Gilles de Marchemont et son style architectural est le gothique. La nef fut remaniée au après les dévastations dues à la guerre de Cent Ans.
Deux statues majestueuses encadrent l’entrée principale sous la tribune d’orgue : saint Christophe traversant un torrent d’un côté et saint Jacques le Majeur de l’autre.
La nef s'élève sur deux niveaux d'arcades et de baies hautes. Une corniche décorée de feuillage séparent les deux niveaux. Les colonnes sont formées d'un pilier cylindrique flanqué de quatre colonnettes engagées.
Les voûtes reposent sur des piliers cylindriques avec quatre colonnes engagées. La décoration des nervures, des clefs de voûte et des chapiteaux est faite d’une profusion de feuillage enroulé où l’on distingue, varech, feuilles d’érable, de vigne, de houblon, de chêne, de chardon etc.
Bas-côtés Les bas-côtés sont ornés de clefs de voûte pendantes sculptées. On remarque également les fonts baptismaux et les châsses de saint Mauguille et de saint Vigor en bois doré et sculptéMinistère de la Culture, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine..
Les orgues Histoire de l'instrument
vignette|redresse L'orgue de Saint-Riquier provient de l'abbaye des Prémontrés de Chartreuve (Aisne) et a été installé sous le clocher de l'abbatiale en 1731. Le remontage de l'instrument a été assuré par le facteur Louis Labour qui effectua des travaux en 1748.
Un relevage complet de l'orgue par les frères basiliens fut réalisé en 1854. À la fin du , Salomon van Bever, facteur d'orgues amiénois, effectua des modifications.
De 2001 à 2005, le facteur d'orgue Laurent Plet, de Troyes exécuta une restauration permettant un retour à l'état, d'origine, de 1852 pour la registration..
L'instrument comporte répartis sur trois claviers et un pédalier.
Transept Il est séparé de la nef par une grille du exécutée sous l’abbatiat de Charles d’Aligre. Les voûtes d’ogives sont à liernes et tiercerons avec clefs sculptées de feuillage. Le cordon au-dessus des arcades est composé d’une guirlande de rose de Provins. La balustrade posée sur un larmier décoré de minuscules têtes d’hommes et d’animaux est de style flamboyant.
Chœur Cette partie de l’édifice date du . Le chœur a gardé du en chêne sculpté représentant Charlemagne et Angilbert relevant le monastère en ruine.
Offert par l'abbé Charles d'Aligre, au , le maître-autel à la romaine est composé de trois panneaux de marbre blanc sculptés de fleurs et de tête de chérubins séparés par deux autres panneaux en mosaïque de Florence ; il est classé monument historique au titre d'objet depuis le .. La pierre d’autel est une dalle grise de sur . L’autel est garni de six chandeliers de cuivre argenté et ciselé aux chiffres de l’abbé d’Aligre. Une lampe de chœur en argent ciselé du est suspendue devant l'autel. Les chandeliers et la lampe sont classés monuments historiques au titre d'objet depuis le .
On peut également voir, dans le chœur, un lutrin monumental en marbre décoré de petits génies de bronze et un grand Christ en bois dû à Girardon au-dessus du maître-autel, et l’ancienne chaire abbatiale en chêne sculpté aux armes de l’abbaye.
Déambulatoire et chapelles rayonnantes Les chapelles rayonnantes ont toutes reçu la même décoration : boiseries de chêne sculptées laissant place à un tableau et une grille de fer forgé.
Chapelle de la Vierge La chapelle axiale dédiée à la Vierge est plus grande que les autres chapelles. Elle est formée de trois travées qui possèdent une voûte retombant sur des culs de lampe richement sculptés et polychromes. On y distingue Samson luttant contre un jeune lion, la Présentation de Marie, l’Annonciation, la Visitation, la Nativité, l’Annonce aux bergers, l’Adoration des mages, La Présentation de Jésus au Temple, la Fuite en Égypte, le Couronnement de la Vierge, la Vierge apparaissant à un navire au milieu des flots, un homme jouant avec un singe… Sous les culs de lampe, se trouve une série de statues : sainte Agnès, saint-Paul, sainte Marguerite, Marie, mère de Jacques, sainte Catherine, une statue de sainte polychrome, sainte Cécile, Marie Madeleine, sainte Marthe, Marie l'Égyptienne, saint Pierre, sainte Apolline. L’autel à la romaine du est en lumachelle surmontée d’une statue de la Vierge due aux frères Duthoit (1862), une statue de saint Roch. Deux toiles, dépôt de l’État, complètent la décoration de cette chapelle : Vision de sainte Philomène (salon de 1846) de Louis DucornetPierre-Yves Corbel, « Louis-César-Joseph Ducornet, peintre né sans bras », notice sur cnap.fr. et une copie de la Flagellation du TitienPhilippe de Chennevières, Les tableaux de l'abbaye de Saint-Riquier, Paris, 1851..
Chapelle Saint-Pierre Sur le côté nord du déambulatoire, à partir de la chapelle axiale, on rencontre d'abord la chapelle dédiée à saint Pierre. On peut y voir les statues de saint Pierre, saint Riquier, le Christ ressuscité, saint Thibaut, le Christ sauveur du monde, saint Pierre, saint Paul, saint Jacques le Majeur. Le tableau du retable est de Claude Guy Hallé, il représente Jésus donnant à saint Pierre les clefs du ciel et date de 1690, classé monument historique au titre d'objet, le ..
Une Trinité en bois polychrome et le soubassement du tombeau mutilé de Jean de Bruges décédé en 1522 complètent le décor de cette chapelle.
Chapelle Saint-Benoît Antoine Paillet a peint le tableau du retable qui représente L’Oblation de saint Maur et de saint Placide enfants, entre les mains de saint Benoît. Il daterait de 1690.
Chapelle Saint-Gervin Le tableau du retable de 1712 de Louis de Silvestre orne cette chapelle. Il représente L’Invention du corps d’Angilbert par saint Gervin, classé monument historique au titre objet, le ..
Chapelle Saint-Angilbert