André de Constantinople, ou André le Fou, ou André Salos, est un personnage de l'hagiographie byzantine, saint du calendrier de l'Église orthodoxe et catholique, fêté le selon le calendrier julien ( selon le calendrier grégorien) pour les Orthodoxes et le pour les Catholiques, qualifié de « fol-en-Christ » (en grec « σαλός »). Le manuscrit retraçant sa vie, attribué à Nicéphore Ier de Constantinople, prêtre de la basilique Sainte-Sophie, pourrait être un faux et avoir été écrit autour du . Le texte, intitulé La vie d’André le fou, composé en grec sous forme de long roman a été traduit et édité par le chercheur Lennart Ryden en 1995 de l’Université d’Uppsala. Le récit raconte la vie et les visions de ce fou du Christ ainsi que son voyage au paradis et sa rencontre avec Dieu.
Texte de la Vie Ce fut un texte qui a été très diffusé (plus de cent manuscrits en langue grecque, dont le plus ancien, huit folios du Monac. gr. 443, date d'entre le milieu du ). Le narrateur place son personnage sous le règne de l'empereur Léon (457-474) et prétend lui-même en être contemporain, se posant en témoin de sa carrière (mais entre autres anachronismes, il présente Syméon d'Émèse, saint du , modèle d'André, comme une figure « de jadis »). Il s'agit en fait d'un « roman hagiographique » dont la datation a été débattue par les spécialistes ; l'opinion majoritaire, défendue en dernier lieu par Lennart Rydén, éditeur du texte, le situe dans la seconde moitié du Cyril Mango (« The Life of St Andrew the Fool Reconsidered », Rivista di Studi Bizantini e Slavi 2, 1982, 297-313, repris dans Byzantium and its Image, Londres, 1984) a défendu, contre l'opinion courante, l'idée que le texte serait antérieur à l'époque iconoclaste (fin du ). Sa position est approuvée par John F. Haldon (Byzantium in the Seventh Century : The Transformation of a Culture, Cambridge University Press, 1990) : « If the fictional Life of Andrew the Fool is to be placed in the later seventh century, as Mango has reasonably argued [...] » (336, note 33). ; l'argumentation repose principalement sur une comparaison stylistique et idéologique avec d'autres textes du (dont la Vie de Basile le Jeune, la Vie de Niphon de Constantiana, le prologue de la Vie de Philarète dans sa version remaniée du ), l'auteur « romancier » ayant par ailleurs accompli un gros effort d'« antiquaire », oblitérant les marques de son époque. L’auteur ne compare pas André aux autres saints dans son récit, démontrant son caractère artificiel. L’auteur savait pertinemment qu’il commettait un anachronisme dans la rédaction de son récit, puisque les Vitae comme style littéraire ne sont pas censés être historiques mais sont plutôt de nature théologique. En effet, le récit présente aussi bien des discussions et des épisodes de visites au paradis qu’un récit eschatologique à la toute fin.
Les récits de l'au-delà du byzantin trouvent leur authenticité dans la valeur du narrateur qui la raconte mais sont également garantis par les témoignages sur lesquels reposent ces récits. Ici l'auteur de la Vie d'André se présente comme témoin et confident de la vie du saint, apportant ainsi une authenticité aux visions de l'au-delà. Tel que le démontre Patlagean, les auteurs de ce type de récits utilisent autant le factuel que le symbolique, le temps linéaire que le récit mythique et ce, avec une souplesse surprenante. Les auteurs byzantins trouvaient l'inspiration dans les écrits chrétiens ou mythiques de l'Antiquité pour rappeler la gloire ancestrale de Constantinople. Byzance et ses récits de l'au-delà ont un structure qui permet l'intégration du faire croire comme modèle narratif.
Récit de la vie d'André le fou André est un esclave d'origine scythe appartenant à un riche habitant de Constantinople du nom de Théognoste. Acheté étant enfant, son maître remarqua rapidement sa capacité d'apprentissage et son intelligence vive, il l'introduisit donc aux Écritures saintes qu'il apprit rapidement par cœur. Il est également mentionné, dans le récit de sa vie, qu’il était d’une grande beauté faisant douter à tous les nobles de Constantinople de son origine étrangère et de basse famille. Étant de nature humble et aimé de tous, ses maîtres en firent le secrétaire de la maison, il devint ainsi un intellectuel bien pieux. C’est ainsi que débutèrent ses aventures de «fol-en-Christ» Le monde chrétien byzantin, tout comme celui de l’Occident, s’est inspiré des anciens écrits juifs et grecs pour sa conception de l’au-delà. Beaucoup des pères de l’Église orthodoxe citaient 1 Énoch et l’Apocalypse de Paul pour établir ce à quoi pouvait ressembler l’Au-delà La présence des anges et des démons est très importante dans les textes sur l’Au-delà byzantin, ce sont eux qui jugent et apportent l’âme des défunts au Paradis ou en Enfer. L'auteur dans la Vie d'André fait même mention de la présence d’un dragon féroce qui mange les âmes des pécheurs Mais avant d’avoir vu les démons, André le fou est invité au Paradis et sa description de l’Au-delà est plutôt différente de la majorité des écrits chrétiens occidentaux de l’époque tel qu'il le sera démontré dans la section sur la Vision du Paradis. Voici un court résumé de La vie d'André le fou.
Un jour il a la vision des anges du ciel et d'un combat contre les démons, et du Christ qui lui dit de devenir « fou pour l'amour de [lui] ». Envoyé chercher de l'eau au puits, il y est pris de frénésie, ôte ses vêtements et les met en pièces. Son maître, prévenu, le fait enchaîner et transporter dans l'église Sainte-Anastasie pour y être confié aux soins du clergé. Mais rien n'y fait : la sainte (Anastasie) apparaît même à André pour l'encourager à continuer. Renonçant à le ramener à la raison, Théognoste l'abandonne à lui-même. André vit alors comme un mendiant dans les rues de la ville, adoptant un comportement souvent extravagant et choquant, méprisé de tous et recevant fréquemment des coups, faisant figure de souffre-douleur d'une population cruelle. Mais il passe ses nuits en prières, et il ne feint pas la folie devant tout le monde : sont dans la confidence son directeur spirituel, le prêtre Nicéphore, et un disciple du nom d'Épiphane, futur patriarche, dont la jeunesse édifiante est racontée, ce qui fait d'ailleurs dériver le récit du genre de la biographie à celui du « roman » à plusieurs personnages. Grâce à sa vie de totale humilité et de parfaite pureté, André est gratifié du don de prophétie et de seconde vue ; il a plusieurs visions du Paradis ou de l'Enfer dont la description vient souvent interrompre le récit. Il a notamment, dans l'église des Blachernes, la vision de la Vierge étendant son maphorion sur les fidèles en prièresCette relique fut apportée de Jérusalem et placée dans l'église des Blachernes sous le règne de Léon .. La fin du texte est occupée par un récit prophétique sur la fin des temps où il annonce à son disciple Épiphane qu'il s'agit de leur dernier entretien. André prédira la fin de Constantinople et la construction de la cathédrale Sainte-Sophie où celle-ci s’élèvera dans les cieux pour plonger dans la mer lors de la fin des temps.
Le récit se poursuit avec André qui affronte plusieurs aventures et reçoit plusieurs visions. Le récit de sa vie frôle le fantastique et démontre toute sa piété infaillible comme étant un exemple à suivre pour les chrétiens de Constantinople. André vise une vie très pieuse donc lorsqu’il reçoit de l’argent dans la rue il la donne aux mendiants et ne s’abreuve que dans les trous d’eau. Le texte rapporte que plusieurs témoins l'ont vu léviter dans les airs lorsqu’il prie. Un jour il frôle la mort, agonisant de froid dans la rue et un ange le sauve en l’emmenant au Paradis pour une première fois où il voit un paradis céleste d’une grande beauté. Il y séjourne deux semaines et rencontre par la suite Dieu sur son trône. Lorsqu’il revient il raconte tout ce qu’il a vu à Nicéphore, l’auteur. À la suite de cette rencontre, André passe ses nuits à prier et à faire le «fou» dans les rues durant le jour. Le Diable tente de le piéger sous la forme d’une vieille femme qui le traite de voleur mais réussit à le déjouer en le transformant en serpent Il est souvent attaqué par des démons qui tentent de le faire pencher vers le péché mais André réussit toujours à leur échapper. Il prédit l’accession d’Épiphane à la position de Patriarche ainsi que la construction d’une cathédrale à cinq dômes pour saint Pierre. Épiphane, disciple d'André, reçoit même une révélation de Dieu au sujet du rôle d’André dans les cieux, étant à l’image de l’empereur du Paradis.(Détails expliqués dans le paragraphe sur la Vision du Paradis)
André établit ainsi les normes de ce qui est moral pour les chrétiens et il lui apparaitra même un grand dragon qu’il associe au péché de l’avarice. Il dénonce la fornication et toutes pratiques sexuelles, l’utilisation d’outils pour la magie, les habitudes de voler l’argent chez les moines et aide même Épiphane à surmonter ses désirs charnels. L’auteur présente clairement les valeurs religieuses ascétiques qu’André préconise dans toute sa sainteté, démontrant ainsi son importance au sein des personnages religieux de Constantinople. Le récit se termine par une Vision de L’Apocalypse et par la mort d’André après soixante-six ans de vie secrète. L’épilogue se termine par la présentation de l’auteur qui s'identifie comme étant Nicéphore
La présence de dragons qui jugent les pécheurs et surtout les inconduites sexuelles ainsi que la magie et le vol est quelque chose de très commun pour dénoncer un mode de vie pécheur dans les hagiographies de l’époque byzantine. En effet, selon d’autres hagiographies comme la Vie de Niphon, récit datant de la même époque que la Vie d’André, qui raconte également les aventures d'une âme qui lors de son périple vers le paradis se fait attraper par un dragon et battre par les démons pour se faire transporter dans les abysses de l’Enfer Ceci témoigne du jugement des âmes dans l’après-vie des chrétiens byzantins pour ceux qui ne menaient pas une vite pieuse et pure, digne du Christ.
La Vision du Paradis « Et tout de suite, je fus ravi dans un sommeil profond et agréable sans rien savoir de ce qui m’arrivait. Comme si j’avais dormi paisiblement toute la nuit et que je m’étais réveillé le matin, j’ai passé deux semaines là où Dieu l’avait ordonné selon sa volonté. Je me trouvais dans un beau et très merveilleux jardin (parádeisos) et j’en étais très étonné dans mon esprit, me demandant ce que c’était [...]. Il paraissait, en effet, que je n’avais pas de corps car il ne me semblait pas que j’avais de la chair. Cependant, j’étais vêtu d’un vêtement brillant, blanc comme neige (chionoeidês) et garni de pierres précieuses et je me réjouissais beaucoup de sa beauté. Je regardai le sommet de ma tête et j’y vis une couronne (stéphanos) parée de toutes sortes de fleurs, brodée d’or et resplendissante ; j’avais des chaussures (hupodêmata) aux pieds et une ceinture autour de la taille d’un rouge merveilleux (zônê dè êmên diezôsménos hôs kókkinon phoberóbaphon). L’air dans le jardin brillait d’une lumière indescriptible, faisant chatoyer la couleur des roses. Un arôme étrangement changeant saisit mes sens et remplit mes narines de plaisir. Comme un empereur (basileus), je marchais dans le jardin de Dieu en me réjouissant énormément de me sentir au-dessus de la condition humaine.