vignette|La Bacchante (1863), marbre, Paris, musée d'Orsay.|240x240px Albert-Ernest Carrier de Belleuse dit Carrier-Belleuse, né à Anizy-le-Château (Aisne) le et mort à Sèvres le , est un sculpteur français.
Il fut l'un des artistes les plus prolifiques du siècle et connut les plus grands succès sous le Second Empire, bénéficiant du soutien personnel de Napoléon III June Ellen Hargrove, The life and work of Albert Carrier-Belleuse, New York: Garland Press, 1977, .. Son œuvre a été grandement influencée par le style de la Renaissance italienne et par celui du , qu’il contribua à remettre au goût du jour.
Carrier-Belleuse a fortement contribué à à la modification des arts décoratifs et industriels. De son atelier rue de la Tour d'Auvergne à Paris dans lequel ont travaillé un grand nombre d’artistes parmi lesquels figure Auguste Rodin, est sortie une grande quantité de statuettes décoratives.
Carrier-Belleuse fut, vers la fin de sa vie, directeur des travaux d’art de la Manufacture de Sèvres. Son passage fut marqué par le renouvellement des collections et la modernisation du style.
Ses fils Louis Robert et Pierre Carrier-Belleuse se sont également illustrés dans le domaine des arts.
Biographie Les débuts (1824-1855)
Fils de Louis-Joseph-François Carrier de Belleuse, notaire, et de Louise-Françoise-Eulalie Eudelinne, Albert-Ernest Carrier de Belleuse nait le à Anizy-le-Château, dans l’Aisne. Son père disparaît en 1834, laissant la famille dans une situation précaire. Les frères François et Étienne Arago, cousins de la famille, prennent alors en charge son éducation. En 1837, le jeune Carrier-Belleuse entre en apprentissage dans l’atelier du ciseleur Bauchery. Il est admis peu après chez l'orfèvre Jacques Henri Fauconnier (1776-1839).
Par l'entremise de François Arago, il fait la rencontre du sculpteur David d'Angers qui lui facilite l’admission à l’École des Beaux-Arts. Carrier-Belleuse y entre le . Remarqué pour son habileté par les grandes maisons de bronze de Paris comme Barbedienne et Denière, il ne tarde pas à recevoir de nombreuses commandes de modèles pour des candélabres, des pendules, des garnitures de cheminées, etc.
En 1848, probablement à l’initiative de François Arago, président de la « commission exécutive » (Gouvernement provisoire), Carrier-Belleuse reçoit sa première commande publique pour une petite statue de Mademoiselle Rachel chantant La Marseillaise. C’est à cette même époque que commence sa liaison avec Anne-Louise AdnotJune Ellen Hargrove, The life and work of Albert Carrier-Belleuse, New York: Garland Press, 1977, page 9, (1821-1903), aquarelliste, veuve de Baudesson marchand de tableaux, qu’il épouse le à Marylebone (Londres). La même année, il participe pour la première fois au Salon des artistes français, où il présente deux médaillons de bronze.
De 1851 à 1855, Carrier-Belleuse séjourne en Angleterre, à Stoke-on-Trent où il exerce la fonction de directeur de l'école de modelage et de dessin de la maison Mintons, grande manufacture de porcelaine.
La carrière De retour en France, il s’installe à Paris dans un vaste atelier situé au 15 rue de la Tour d’Auvergne. À partir de 1857, il fait des envois réguliers au Salon et connaît la notoriété grâce au succès de grands marbres, comme la Bacchante exposée au Salon de 1863, et acquise par Napoléon III, Angelica (1866) ou encore Hébé endormie (1869). Au Salon de 1867, son groupe intitulé Le Messie, qui représente la Vierge soutenant au-dessus de sa tête l’Enfant-Jésus, lui vaut la médaille d’honneur de la sculpture. Il est acquis par l’État pour orner la chapelle de la Vierge en l’église Saint-Vincent-de-Paul.
Carrier-Belleuse acquiert en parallèle une grande renommée pour ses bustes de terre cuite qui, à bien des égards, rappellent ceux des artistes du . Il exécute les portraits d’un grand nombre de célébrités de son temps et comme l’écrit Émile Langlade dans la notice qu’il consacre au sculpteurÉmile Langlade, : ».
Il réalise ainsi, entre autres, les bustes de Napoléon III, Renan, Thiers, Grévy, Arago, Marguerite Bellanger, Théophile Gautier, Honoré Daumier, Delacroix, Hortense Schneider, Sophie Croizette, Aimée Desclée. Il modèle également de nombreux bustes fantaisies d'inspiration mythologique et une série de portraits qui représentent de grandes figures historiques et artistiques comme Marie Stuart, Shakespeare ou encore Mozart.
Carrier-Belleuse s’est beaucoup consacré à la sculpture décorative. Il contribua aux décors de nombreux bâtiments importants. On lui doit notamment les cariatides du théâtre de la Renaissance, le fronton qui surmonte l’entrée principale de la Banque de France, les plafonds en stuc des pavillons Lesdiguières et La Trémoïlle au palais du Louvre, la frise du Palais de la Bourse de Bruxelles, ou encore la décoration de l’hôtel de la Païva à Paris. Il reçoit également des commandes d’État pour des monuments : celui de Jean-Jacques Rousseau à Montmorency, d’Alexandre Dumas, à Villers-Cotterêts, de Masséna à Nice (Statue de Masséna). Il réalise à l'étranger, la statue équestre de Michel le brave à Bucarest et le tombeau de José de San Martín à Buenos Aires. Il s'est adapté aux modes de production et de commercialisation de son époque, travaillant pour les orfèvres Froment-Meurice ou Christofle,et multipliant les œuvres d'éditionEncyclopédie Universalis.
Carrier-Belleuse a fait partie du comité de la Société Nationale des Beaux Arts dès 1861.vignette|Hébé endormie (1869), marbre, Paris, musée d'Orsay.|240x240px
En 1873, Carrier-Belleuse participe au chantier de l’opéra de Paris dirigé par son ami Charles Garnier. Il réalise les deux torchères monumentales qui flanquent le grand escalier, dans le hall principal et les cariatides de la cheminée du grand foyer.
Directeur des travaux d'art de la Manufacture de Sèvres (1875-1887) et décès vignette|288x288px|Vase des Eléments (1878), Manufacture de Sèvres, Musée national de Céramique. En 1875, Carrier-Belleuse est nommé directeur des travaux d’art de la Manufacture de Sèvres. Il y imprime une impulsion toute moderne qui se manifeste par la création d’une gamme complète de vases. Les formes nouvelles imaginées par le sculpteur comme celles du vase Saïgon, du vase Fizen ou encore du vase de Mycène rencontrent un vif succès aux expositions de l’Union centrale des arts décoratif de 1884.
Dans le domaine de la statuaire, Carrier-Belleuse présente quelques figures nouvelle éditées en biscuit : une Minerve, un buste de la République et un surtout de table Le Retour des chasses.
Carrier-Belleuse meurt à , à Sèvres, à la manufactureArchives départementales des Hauts-de-Seine Acte de décès dressé à Sèvres, vue 29Revue de l'art français ancien et moderne sur le site Gallica de la BNF. le . Il est inhumé au cimetière de Saint-Germain-en-Laye.
Le maître d'Auguste Rodin Carrier-Belleuse a employé et formé dans son atelier de la rue de la Tour d’Auvergne de nombreux jeunes artistes de talent parmi lesquels on peut citer Alexandre Falguière, Jules Desbois, Eugène Delaplanche, Jules Dalou ou encore Joseph Chéret ; mais il est surtout connu pour avoir été le « maître » d’Auguste Rodin qui entre comme praticien dans son atelier en 1864. Le jeune sculpteur accompagne Carrier-Belleuse au chantier de la Bourse de Belgique en 1871 et entre, plus tard, en 1878, comme décorateur sur porcelaine à la manufacture de Sèvres. L’influence de Carrier-Belleuse sur son élève se remarque particulièrement dans les œuvres de jeunesse de Rodin comme la Jeune fille au chapeau fleuriGeorges Charensol, « Rodin inconnu, au Louvre », La Revue des deux Mondes, janvier 1963..
L'œuvre la plus emblématique issue de la collaboration de Carrier-Belleuse avec Rodin est sans doute le Piédestal des TitansNotice sur le site du musée Rodin., dont on peut voir un exemplaire à Paris au musée Rodin, conçu par Carrier-Belleuse et exécuté par Rodin mais signé du seul nom du maître selon l’usage de l’époque. Rodin réalise en 1882 un buste de Carrier-Belleuse en terre cuite, qu’il expose au Salon la même année et dont l’original se trouve aujourd’hui à Stanford au Cantor Arts Center.
Réception critique vignette|Honoré Daumier, Portrait-Charge de Carrier-Belleuse, paru en 1863 dans Le Boulevard .|251x251px
La grande rapidité d’exécution, la prolixité et la facilité d’imagination de Carrier-Belleuse furent à la fois admirées et moquées par ses contemporains. Ainsi, Honoré Daumier, ami du sculpteur le représente dans un portrait charge publié dans Le Boulevard du , sculptant deux bustes à la fois dans un atelier.
Sévèrement critiqué par les frères Goncourt dans leur Journal, lorsqu'ils décrivent l'hôtel de la Païva : Jules et Edmond de Goncourt, Journal des Goncourt : Mémoires de la vie littéraire, III, année 1867, G. Charpentier et Cie, éditeurs, 1888 ., son œuvre fut cependant très apprécié de critiques comme BaudelaireCharles Baudelaire, Salon de 1859, . ou Théophile Gautier Théophile Gautier, article sur le Salon de 1869 paru dans L'Illustration, ..
Selon Auguste Rodin, Gustave Coquiot, Rodin a l'Hôtel de Biron et a Meudon, librairie Ollendorff, 1917 ..
Pour le critique d'art Gustave Coquiot, Gustave Coquiot, Le vrai Rodin, Éditions Jules Tallandier, 1918}..
Descendance vignette|Marie Carrier-Belleuse enfant (1859), buste en terre cuite, Paris, musée d'Orsay.|240x240px
Albert Carrier-Belleuse eut de son épouse Louise-Anne Adnot (1821-1903), une postérité nombreuse : Suzanne (1847-1926) qui épousa le professeur Benjamin Ball ; Louis-Robert (1848-1913), peintre, sculpteur et céramiste, directeur artistique de la Manufacture de Choisy-le-Roi ; Henriette née en 1850, peintre de fleurs, qui épousa Jules Ponsin, architecte ; Pierre (1851-1932), peintre-pastelliste, auteur du panorama de Lourdes, qui épousa Thérèse Duhamel-Surville, petite-nièce de Balzac ; Marie née en 1853, qui épousa le sculpteur Joseph Chéret, élève de son père ; Jeanne (1854-1919) qui épousa le peintre Théophile Poilpot, et fut présidente de l’Orphelinat des Arts ; Clément (1856-1887), ingénieur ; Octavie (1857-1942), pianiste renommée.
Œuvres
vignette|Termes (1873), Paris, théâtre de la Renaissance.|341x341px
En Angleterre Londres, Victoria and Albert Museum : La Nuit, statuette en terre cuite, vers 1860-1870. L'Amour se confie à l'Amitié, bronze, 1857.
En Argentine Buenos Aires : Cathédrale métropolitaine de Buenos Aires : Mausolée du général José de San Martín, 1879-1880. Place de Mai : Monument au général Manuel Belgrano, inauguré en 1873.
En Autriche Vienne, musée des Arts appliqués (Mak) : Théophile Gautier, 1862, buste de terre cuite, .
En Belgique Bruxelles, cimetière de Laeken : Monument funéraire de Louis-Joseph Ghémar, vers 1873lib.ugent.be..
Aux États-Unis Los Angeles, musée d'art du comté de Los Angeles : Aimée Desclée, vers 1874, buste de terre cuite. New Orleans, New Orleans Museum of Art : L'Ondine, vers 1865, bronze. New York, Metropolitan Museum of ArtLéda et le cygne, vers 1870, terre cuite. Pittsburgh, Carnegie Museum of Art : Innocence tourmentée par l'Amour, vers 1871, terre cuite. Washington : National Gallery of Art : L'Enlèvement d'Hippodamie, bronze ; Buste fantaisie, représentant une femme voilée (Marguerite Bellanger ?), vers 1865, terre cuite. Maryhill Museum of Art : Diane victorieuse, 1885, marbre blanc.
En France Compiègne, château de Compiègne : Allégorie de la naissance du prince impérial, 1856, modèle en plâtre ; Buste de Napoléon III en Italie, 1859, plâtre original ; Buste en Hermès de Napoléon III à Vichy, 1864, marbre blanc ; La Comtesse de Castiglione en costume de reine d'Étrurie, 1864, plâtre ; Jeune femme avec roses et dentelles, buste de fantaisie en terre cuite ; Buste d'Hortense Schneider, terre cuite ; Buste de fantaisie, Marguerite Bellanger, vers 1886, terre cuite ; La Lecture, vers 1860, bronze. Laon, musée d'art et d'archéologie : Vestale voilée, 1859, buste de terre cuite.